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James Aggrey (1875-1927)
12/01/2004
 

Intellectuel, universitaire et missionnaire ghanéen, James Emmanuel Kwegyir Aggrey contribua au développement de l'éducation en Afrique et influença par sa pensée de futurs hommes d'Etat africains
 
Par Paul Yange
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James Aggrey  
James Aggrey
© greatepicbooks.com
 

JAMES AGGREY (1875-1927)

Intellectuel et missionnaire ghanéen, Aggrey oeuvra pour le développement de l’éducation sur le continent africain et influença par sa pensée plusieurs hommes importants dans l'histoire de l'Afrique.

James Emmanuel Kwegyir Aggrey est né le 18 octobre 1875 à Anamabu, un village de la Gold Coast (le futur Ghana). Il est le fils de Kodwo Kwegyir (né en 1816) qui est conseiller et porte parole de Amonu IV, chef d’Anamabu. Sa mère est fille de guérisseur et entrevoit pour son fils une éducation menanr à une carrière de docteur en médecine.

Aggrey est bercé des récits racontant les aventures guerrières et militaires de son père, mais se destinera à une carrière plus universitaire. A l’âge de 9 ans, il a déjà une vision de ce que sera son avenir : "je serai porte parole de mon pays, l’Afrique, de mon Afrique". En juin 1883, Aggrey est baptisé et reçoit son prénom chrétien, James. Il entre dans une école méthodiste où ses professeurs détectent en lui un élève exceptionnel. Sa soif de savoir est grande et son intérêt se porte aussi bien sur le latin que sur le grec, les mathématiques ou les sciences. Au fil des années, la soif d’instruction d’Aggrey surpasse les possibilités d’éducation que peuvent lui offrir les institutions scolaires de la Goldcoast.

Seul le meilleur est assez bon pour l'Afrique
James Aggrey





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 Le trajet de la commission Phelps-Stokes sur l'éducation en Afrique  
Le trajet de la commission Phelps-Stokes sur l'éducation en Afrique
© greatepicbooks.com
 

Le destin frappe à la porte en 1898 lorsque John Bryan Small, évêque de "l’African Methodist Episcopal Zion Church" se rend en Gold Coast afin de rechercher des jeunes éduqués qui seront formés aux Etats-Unis, puis reviendront en Gold Coast comme missionnaires au service de cette branche méthodiste. Aggrey embarque donc pour les Etats-Unis le 10 juillet 1898. Il s’installe en Caroline du Nord et poursuit ses études au Livingstone College. Aggrey s’interesse à tout : chimie, physique, logique, économie, sciences politiques...En mai 1902, il termine major de sa promotion et reçoit trois prix académiques. Aggrey parle couramment l’anglais, le français, l’allemand, maîtrise le grec ancien et moderne...de même que le latin. En novembre 1903, il est ordonné pasteur de l’African Methodist Zion Church à Salisbury. Il y rencontre une afro-américaine, Rose Douglas qui deviendra sa femme deux ans plus tard en 1905. Quatres enfants naîtront de cette union. Parallèlement, Aggrey commence à enseigner au Livingston College.

En mai 1912, après avoir achevé ses dissertations doctorales qui viennent couronner son cursus, Aggrey reçoit un master et un doctorat en théologie délivré par le "Hood Theological Seminary". Il obtient également en 1914 un doctorat en osthéopathie avec félicitations. En novembre 1914, il a accepté un poste de pasteur dans un petite ville de Caroline du Nord, mais s’ennuie vite. Chaque Eté, de 1915 à 1917, Aggrey suit des sessions d’été à l’Université de Columbia où il s'est inscrit avec la ferme intention d’obtenir à nouveau un doctorat. A Columbia Aggrey s’intéresse à la sociologie, la psychologie, la langue japonaise...Ses capacités intellectuelles ne passent pas inaperçues. En juin 1920, une grande opportunité se présente à lui lorsque le professeur Paul Monroe, professeur à l’université de Columbia et membre du comité directeur de la fondation Phelps-Stokes recommande son inclusion dans l’équipe de la commission qui va effectuer une tournée sur le continent africain afin d’évaluer les conditions nécessaires à l’amélioration de l’éducation en Afrique.

 
© greatepicbooks.com  

Un nouveau chapitre s’ouvre dans la vie d’Aggrey. Le 3 juillet 1920, il embarque en compagnie d’autres membres de la commission sur le RMS Adriatic (il est passager en première classe et seul noir à bord). Le bâteau fait escale à Londres où Aggrey rencontre le 5 août 1920 Sir Frederick Gordon Guggisberg qui vient d’être nommé gouverneur de la Gold Coast. Le 24 août, Aggrey embarque à destination du continent africain pour un long voyage en compagnie des autres membre de la commission.

Ils visiteront au final 10 pays où ils feront des observations et des analyses concernant l’éducation des hommes et des femmes, l’école missionnaire, les ambitions des étudiants et leurs désirs, et bien d’autres éléments qui figureront dans le rapport final. Un des grands moments du voyage pour Aggrey est l’arrêt au Ghana où il a l’occasion de revoir sa famille (sa mère, ses sœurs, ses oncles, neveux...) enthousiasmés à l’idée de revoir le "grand-frère d’Amérique"). Tout au long de l’année 1920, la commission avait visité des pays comme la Sierra-Leone, le Liberia, la Gold Coast, le Cameroun, le Nigeria. En 1921 elle visita notamment le Congo Belge, l’Angola, l’Afrique du Sud...

Lors de son séjour en Afrique du Sud, Aggrey prononce un discours devant une assemblée composée de plus d’une centaine de personnes parmi lesquelles se trouvent un jeune africain du nom de Hastings Kamuzu Banda, qui est très impressionné par les propos d’Aggrey sur l’importance de l’éducation. Kamuzu Banda sera par la suite le premier président du Malawi. Kamuzu Banda n’est pas le seul grand africain à être influencé par la pensée d’Aggrey. Au Nigeria, le jeune Nnamdi Azikiwe, qui sera plus tard un homme d’affaires à succès et un homme politique nigerian de premier plan aura aussi été marqué par le passage d’Aggrey au Nigeria. Un troisième grand africain, Kwame Nkrumah sera influencé par la vision du Docteur Aggrey concernant l’éducation. Il est à noter que Nkrumah, comme Kamuzu Banda et Nnamdi Azikiwe suivront un cheminement ressemblant à celui d’Aggrey (formation initiale dans leurs pays d’origine suivie d’études aux Etats-Unis).

Dans le sens des aiguilles d'une montre : Hastings Kamuzu Banda, Kwame Nkrumah, James Aggrey et Nnamdi Azikiwe. La pensée d'Aggrey influença les 3 futurs hommes d'Etat africains  
Dans le sens des aiguilles d'une montre : Hastings Kamuzu Banda, Kwame Nkrumah, James Aggrey et Nnamdi Azikiwe. La pensée d'Aggrey influença les 3 futurs hommes d'Etat africains
 

Le 18 juin 1921, le Docteur Aggrey et ses collègues quittent l’Afrique. Le 1er août, ils sont de retour à New-York où ils produisent leur rapport "Education in Africa, a study of west, south and equatorial africa by the african education commission, under the auspices of the phelps-stokes fund & foreign mission societies of north america & Europe, NY" : phelps-stokes fund 1922.

Aggrey reçut de nombreuses offres d’emplois étant donné son CV et son travail avec la commission. Mais l’obtention d’une thèse en sociologie et en économie à Columbia était prioritaire dans son esprit. En octobre 1922, Aggrey reçut un diplôme d’enseignant ainsi qu’un Master Degree, et finalement en décembre 1923 avait rempli les conditions nécessaires à l’obtention de sa thèse sauf une : la dissertation. Mais en 1924, Aggrey fut de nouveau sollicité par la commission Phelps-Stokes pour un nouveau séjour en Afrique. De janvier à juin 1924, la nouvelle commission se rendit en Abyssinie, au Kenya, en Ouganda, au Tanganyika, à Zanzibar, au Nyasaland, en Rhodésie, en Afrique du sud...ce qui aboutit à un second rapport : "Education in East-Africa, New-York, phelps Stokes Fund, 1925".

l'Achimota College  
l'Achimota College
 

Pendant ce temps, le nouveau gouverneur de la Gold Coast, qu'Aggrey avait eu l’occasion de rencontrer à Londres quelques années auparavant avait proposé la création d’une nouvelle école à Accra. Une première pierre fut posée en 1924. L'Achimota College (composé d’une école primaire, d’un lycée et d’une branche universitaire) allait voir le jour. Aggrey se vit proposer une place de Vice-principal et accepta avec enthousiasme de revenir construire l’école de ses rêves dans son pays d’origine. Aggrey revint au Ghana en 1924 en compagnie de sa femme et ses enfants.

L’Achimota School (encore appelé "Prince of Wales College") était devenu la raison de vivre d’Aggrey qui s’était jeté corps et âme dans le projet. Malgré les obstacles, les critiques, la bureaucratie de l’administration britannique, Aggrey ne se découragea et continua en compagnie du révérend Fraser qui travaillait avec lui, à faire avancer la construction de l’école. Réalisant que la bibliothèque de l’école était vide, Aggrey fit don de 2500 livres de sa bibliothèque personnelle pour combler le vide. Il mettait lui-même la main à la pâte si necessaire, lavant les fenêtres, nettoyant le sol...Le 28 janvier 1927, l’Achimota School ouvrit officiellement ses portes avec 60 élèves prêts à suivre les cours, 250 autres étant sur liste d’attente le temps que la construction soit entièrement achevée.

Les demandes de renseignement ou d’admission affluaient de pays comme l’Ouganda, le Swaziland, l’Afrique du Sud, le Tanganyika. Plus de 7000 personnes (notabilités locales, foctionnaires, gouverneurs...) étaient réunies pour la cérémonie d’ouverture de l’Achimota College. Le rêve d’Aggrey se réalisait. Prenant la parole, il prononça les mots qui allaient devenir le cri de ralliement des étudiants de l’Achimota College "let’s go Eagles ! let’s go Eagles ! let’s go eagles !"



James Aggrey en compagnie de membres de sa famille lors de son passage au Ghana avec la commission Phelps-Stokes  
James Aggrey en compagnie de membres de sa famille lors de son passage au Ghana avec la commission Phelps-Stokes
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Au fur et à mesure que l’établissement trouvait son rythme de fonctionnement, Aggrey éprouva le besoin de retourner aux Etats-Unis, où il avait passé une grande partie de sa vie. Sa femme était également désireuse de retourner vivre aux Etats-Unis. Le 3 mai 1927, Aggrey embarqua donc pour les Etats-Unis. Il s’arrêta à Salisbury où il rencontra de vieux amis, puis se rendit à Columbia où il prononça un discours le 21 juillet. Il avait pour ambition de terminer la dissertation qui devait lui permettre de recevoir le doctorat de repoussée plusieurs fois en raison des sollicitations qu'ils avaient reçues. Aggrey essaya de se concentrer sur sa dissertation, mais se sentit continuellement fatigué. Hospitalisé, il décèda brusquement le 30 juillet à l’hôpital de Harlem.

Le 1er août, plusieurs milliers de personnes assistèrent à l’éloge funèbre prononcée par le Docteur Anton Phelps Stokes, président de la fondation Phelps-Stokes : "Je pense que le service qu'Aggrey a rendu à l’Afrique en amenant une meilleure compréhension entre Noirs et Blancs peut-être comparé à ce que Booker T Washington a fait de manière semblable aux Etats-Unis ." Environ un millier de personnes, membres du corps enseignant et étudiants de l’Achimota College lui rendirent hommage le 8 août. Parmi les futurs élèves de l’Achimota College, un jeune ghanéen appelé à avoir un grand destin, le futur "Osagyefo", Kwame Nkrumah.

 
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CITATIONS :

"Si quelqu’un vous dit que les africains ne peuvent rien apprendre, ne le croyez pas. Dites lui que votre frère Aggrey a apprit quelque chose !"

"Seul le meilleur est assez bon pour l’Afrique"

"La plus sure façon de faire stagner un peuple est d’éduquer les hommes et de négliger les femmes. Si vous éduquez un homme, vous éduquez simplement un individu. Si vous éduquez une femme, vous éduquez une famille entière."

"On nous enseigne à penser que nous sommes des poules. Et nous pensons véritablement être des poules alors que nous sommes des aigles. Etendez vos ailes et envolez-vous ! Et ne vous contentez jamais des miettes que l’on vous jette."





RENCONTRE ENTRE KAMUZU BANDA & JAMES KWEGYIR AGGREY :

En avril 1921, en Afrique du Sud, Hastings Kamuzu Banda alors âgé de 23 ans rencontre Aggrey qui est de passage en tant que membre de la commission Phelps-Stokes : "Les yeux d’Aggrey semblèrent se poser sur moi. Il me parlait...il parlait du leadership et de l’honnêteté qui devraient être présents dans toute action (...) Aux africains présents dans l’assistance, il déclara qu’il fallait travailler dur, très très dur en effet pour réussir, mais que nous pouvions et devions réussir pour le futur de l’Afrique. Un certain nombre de femmes étaient présentes dans l’assistance. Il leur affirma qu’elles n’étaient pas seulement des mères d’enfants, mais les mères de l’Afrique et qu’il viendrait un temps où elles auraient une grande importance politique et une grande influence en Afrique. J’étais en transe, le regardant et l’écoutant. Il était comme un prophète noir envoyé par Dieu et j’eus le sentiment que je devais retenir chaque mot (...) C’était assurément l’homme le plus incroyable que j’aie jamais rencontré.

Le 25 août 1925, Kamuzu Banda arrive à New-York et rencontre Aggrey à sa descente du bateau.
Après avoir passé les formalités de débarquement, deux personnes sont arrivées vers moi. La seconde personne m’a tendu la main et m’a dit : "jeune homme, je vous ai vu courir en bas de l’échelle et j’ai voulu saluer un frère africain. Mon nom est James Kwegyir Aggrey, de la Côte d’Or." J’étais trop assommé pour parler. Quand j’ai retrouvé la parole, j’ai begayé : "Je vous ai vu faire un discours à Johannesburg il y a quelques années." Le Dr Aggrey a ri et m’a demandé : "ai je bien parlé ?" je lui ai répondu que j’avais estimé qu’il me parlait directement quand il avait parlé à l’époque de l’importance de l’éducation, de l’honnêteté, de la place des femmes dans l’avenir de l’Afrique...Il a ri et m’a embrassé en ajoutant qu’il s’était toujours demandé si les gens écoutaient vraiment ce qu’il disait et qu’il était heureux que je l'ai entendu (...) J’étais sans voix parce que le docteur Aggrey était une de mes idôles depuis que je l’avais vu à Johannesbourg. Dejà, rien que par le fait de le rencontrer, mon séjour aux Etats-Unis allait au delà de mes espérances !


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