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Bonjour M. Soumah. Pouvez-vous vous présenter à nos internautes ?
Je suis Fodé Mohammed Soumah je suis né en Guinée, j'ai grandi au Sénégal et en France où j'ai passé une trentaine d'années. J'ai décidé de rentrer au pays pour me lancer dans la vie publique. J'ai démarré cette carrière politique avec l'élection présidentielle dont le premier tour vient de s'achever. Je n'ai pas pu me qualifier pour le second tour. Je suis président d'un parti politique qui s'appelle "Génération citoyenne" qui soutient aujourd'hui la coalition dont le leader est Cellou Dallein Diallo qui est le président de l'UFTG, aux côtés de l'UFR, du PUP, de la NGR et bien d'autres partis qui n'avaient pas de candidats à la présidentielle.
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Le paradoxe de la Guinée est que les Guinéens manquent de tout alors que le pays a le potentiel pour être un pays émergent |
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| Fodé Mohamed Soumah |
Comment analysez-vous ce premier tour qui vient d'avoir lieu en Guinée ?
Ce premier tour a été précipité selon nous. Mais en tant que démocrates, quand un choix est partagé par le plus grand nombre nous l'acceptons. Nous sommes allés à l'élection tout en sachant qu'il y aurait des problèmes. Maintenant il ne faut pas refaire le monde. Le premier tour est terminé, il y a deux candidats en lice au second tour. Nous devons faire en sorte que cette transition qui n'a que trop duré se passe dans le calme, l'apaisement. Nous voulons vraiment que ce second tour ait lieu. Nous avons tout fait pour qu'il ait lieu dans les délais réglementaires, c'est à dire deux semaines après la proclamation des résultats définitifs.
Mais ça a empiété sur le mois de ramadan, et la date a été fixée au 19 septembre. Nous espérons que tout a été aplani et nous insistons sur le fait que l'organisateur du premier tour doit être le même qu'au second tour. La CENI (Commission Nationale Indépendante) a organisé le premier tour en collaboration avec le MATAP (Ministère de l'administration du territoire et des affaires politiques) donc aujourd'hui il n'est pas question de changer de façon de procéder, selon le bon vouloir du premier ministre et du parti en face. |
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Cellou Dallein Diallo, arrivé en tête au premier tour, a formé une coalition
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Toutes les gesticulations politiciennes et les calculs qui se font en ce moment vont à l'encontre du droit et surtout de la volonté du peuple guinéen qui veut en finir avec cette transition et ce pays qui a besoin d'être gouverné. (A noter que les deux candidats se sont engagés le vendredi 3 septembre à accepter le verdict des urnes au second tour et à n'utiliser que des moyens légaux de recours NDLR)
Vous avez dit soutenir Cellou Dallein Diallo. Qu'est ce que vous en tant que parti associé pouvez-lui apporter d'une part, et apporter à la Guinée d'autre part ?
Nous accompagnons l'UFDG à la victoire afin de pouvoir partager ledit pouvoir. Nous entendons gouverner aux côtés de Cellou Dallein Diallo, apporter notre expertise, notre compétence, afin que ce pays renaisse de ces cendres. Nous voulons être parmi les acteurs qui vont oeuvrer au décollage économique de la Guinée. Nous lui apportons du sang neuf, de la crédibilité et de la compétence.
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Cellou Dallein Diallo fera appel aux compétences des Guinéens de l'extérieur |
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| Fodé Mohamed Soumah |
Je dirai que l'équipe qui est autour de Cellou Dallein Diallo aujourd'hui est une « Dream Team ». C'est une équipe dont aurait rêvé beaucoup de pays et que nous mettons à la disposition de la Guinée et des Guinéens.
Pouvez-vous nous citer quelques unes des personnes composant l'équipe dont vous avez parlé ?
Nous avons le troisième de l'élection présidentielle, M Sidya Touré, qui a un passé éloquent dans le domaine économique, depuis la Côte d'Ivoire jusqu'en Guinée et qui a été premier ministre. Nous avons M. Abbé Sylla qui est un homme d'affaires et un grand technicien dans le domaine de l'énergie et des énergies renouvelables. Je sors moi même de la plus grande institution financière au monde, NYSE Euronext. Il y a bien d'autres personnes qui ont un parcours à l'intérieur du pays et à l'extérieur. Je peux vous assurer que d'après mes discussions avec celui qui j'espère sera le futur président, nous ferons appel aux Guinéens de l'extérieur. |

Il a eu un score écrasant et sait la responsabilité qu'il a vis à vis de cette communauté qui a souvent été décriée et écartée. Cette communauté que nous appelons la cinquième région naturelle parce que la Guinée est découpée en quatre régions naturelles. Nous allons faire appel aux compétences qui se trouvent à l'étranger afin de pouvoir bâtir une Guinée nouvelle, une Guinée debout qui serait prémice à une construction de grands ensembles. C'est à dire l'Afrique de l'Ouest avec un développement endogène et le continent tout entier.
Qu'avez vous à dire aux Guinéens qui ont vu depuis des décennies le potentiel du pays être gâché ? Avez-vous un message particulier pour eux ?
Oui tout à fait. Nous avons une population qui a beaucoup souffert. Qui suite aux événements dramatiques du 28 septembre [2009] n'est plus gouvernée. Ceux qui sont passés ont régné sans gouverner car après cinquante deux années d'indépendance, le quotidien des guinéens ressemblent aux quotidien de gens qui vivaient au moyen âge. Nous avons encore des problèmes d'électrification, d'infrastructures, de distribution d'eau. C'est à dire le soubassement de tout décollage économique. Si le travail qu'il fallait faire progressivement avait été effectué, la Guinée serait aujourd'hui un pays normal.
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Il fut un temps où la guinée a été la locomotive de la région (...) Nous entendons récupérer cette place, être un phare dans la sous-région et briller dans le monde |
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| Fodé Mohamed Soumah |
Mais il y a eu la gouvernance révolutionnaire, dictatoriale, puis la gouvernance des militaires. Nous entendons mettre l'armée hors jeu dans la mesure où la fonction régalienne d'une armée est la sécurisation des personnes et des biens, ainsi que la surveillance du territoire. Nous avons un général, le chef de l'Etat par intérim Sekouba Konaté, qui joue le jeu et qui veut vraiment passer la main.
C'est pourquoi nous entendons remettre l'armée dans les casernes, lui donner les moyens de pouvoir protéger la population, de créer une synergie entre elle et la jeunesse qui a payé un lourd tribut. En la mettant au travail, en lui donnant une forme de reconnaissance car tout ce qui passe aujourd'hui n'est qu'un gâchis produit d'une incompréhension entre des hommes qui habitent un même pays. |

Nous entendons créer une nation unie et moderne. Nous espérons qu'avec l'avènement d'une nouvelle ère avec Cellou Dallein Diallo, la Guinée a enfin trouvé la personne qu'il fallait, a mis le pied à l'étrier afin d'être un Etat normal. Et pourquoi pas à l'horizon 2020 un Etat émergent. Il fut un temps où la guinée a été la locomotive de la région, en avance sur la Chine, l'Inde et le Brésil. Nous entendons récupérer cette place, être un phare dans la sous région et briller dans le monde.
Si on nous donne dès à présent les moyens de notre politique, dans dix ans, la Guinée sera un Etat émergent.
Qu'en sera t-il de vos relations avec les Etats voisins africains, et les Etats étrangers tels que la France, les Etats-Unis...
Nous allons mettre l'accent sur nos relations extérieures. La Guinée est absente du concert des nations. Les seules fois où la Guinée est mentionnée, c'est en termes négatifs. La dernière fois qu'on a parlé de la Guinée, c'était lors des événements dramatiques du 28 septembre. Donc nous devons valoriser notre potentiel et surtout redorer notre blason national.
Nous allons mettre l'accent sur les relations extérieures, d'abord vis à vis de la France qui est un partenaire depuis très longtemps. Il y a eu la parenthèse avec l'actuel ministre des affaires étrangères [Bernard Kouchner NDLR] qui a été trompé et qui a eu des propos excessifs vis à vis de la Guinée. Nous sommes certains que la France a une place à occuper.
Nous allons surtout oeuvrer dans le sens du multilatéralisme. Nous n'en sommes plus à l'époque coloniale où on devait rester enchaînés. Aujourd'hui la Guinée à des intérêts. Les autres pays lorgnent sur la Guinée. Comme on le dit si bien, les Etats n'ont pas d'amis, ils n'ont que des intérêts. Tous ceux qui pourront apporter quelque chose à la Guinée seront les bienvenus. Nous allons faire voter des lois, améliorer la sécurité à tous les niveaux afin d'attirer les investisseurs. Si on a cette confiance restaurée au plus haut sommet de l'Etat, je puis vous assurer que les investisseurs se bousculeront au portillon. |
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Les Guinéens ont voté lors du premier tour de l'élection présidentielle
©
getty |
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Nous mettrons l'accent sur les relations extérieures afin que la Guinée ait une image positive, qu'elle occupe cette place qu'elle n'aurait jamais du quitter, c''est à dire être le phare et pourquoi pas le pôle fédérateur de la sous-région. Nous entendons créer une passerelle entre le Sénégal et la Guinée, ensuite avec le Mali, le Burkina, la Côte d'Ivoire. On veut faire en sorte qu'au niveau de l'Afrique de l'Ouest, la Guinée soit incontournable. Une fois que cela sera fait, nous nous attacherons à créer des zones de convergence avec l'Afrique centrale, l'Afrique australe, le Maghreb. Avec ces cinq pôles, il serait bien plus facile de construire l'Afrique.
On en a parlé depuis les indépendances avec Nkrumah. Nous sommes en perte de vitesse parce que l'Europe se construit, l'Alena se construit avec les Etats-Unis, le Canada le Mexique, l'Asie se construit aussi. L'Afrique a tout intérêt à se regrouper afin de pouvoir être un acteur incontournable, fixer le cours de ses matières premières, obtenir un droit de véto à l'ONU...Ce sont des préalables afin de faire en sorte que l'Afrique soit le continent de demain et prenne le relais de l'Asie. Le prochain continent qui émergera sera l'Afrique et il faut que nous soyons au rendez-vous.
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Génération citoyenne est venu avec un langage nouveau, du sang neuf, les mains propres et une compétence, mais les guinéens ne nous ont pas fait confiance. En bon démocrates, nous acceptons ce choix (...) Nous allons oeuvrer au sein de l'équipe qui sera constituée afin que ce changement soit une rupture car la Guinée a besoin d'aller de l'avant |
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| Fode Mohamed Soumah |
Vous êtes issu du monde de l'entreprise. Pensez-vous que ce profil constitue un atout pour la compréhension des problématiques économiques de la Guinée ?
Bien sur. L'avantage d'un gestionnaire c'est d'anticiper sur les événements. Je ne vois pas la Guinée seulement sur les cinq prochaines années. J'ai une vision globale. Nous réfléchissons aussi à ce que vont trouver les prochaines générations. C'est pour vous dire que notre politique guinéenne ne se limite(ra) pas seulement au mandat de Cellou Dallein Diallo.
C'est une vision qui s'étend sur une génération ou deux. J'ai cette capacité d'anticipation qui fait que je suis très optimiste. Avec une bonne équipe, nous sommes capables de résorber le chômage endémique des jeunes aujourd'hui, créer l'autosuffisance alimentaire au point de pouvoir exporter et apporter de la plus-value à l'agro-industrie, soigner nos populations car l'état de deliquescence de nos hôpitaux incite tout le monde à aller se soigner ailleurs. Tout progrès social commence par l'éducation.
L'éducation a été mise à mal en Guinée depuis la révolution alors que la Guinée a eu les premiers intellectuels africains avant les indépendances. Donc nous allons faire en sorte de créer des chances au niveau de l'éducation, faire en sorte que tout le monde soit à égalité au départ. Nous avons un projet dense pour faire de la Guinée un acteur incontournable de la sous-région.
J'ai cette vision qui va sur plusieurs générations, et c'est qui nous fera rattraper le retard pris sur cinquante deux années. Pas un retard total car tout n'a pas été mauvais dans ce qui a été fait. Mais quand on fait le constat, quand on analyse l'existant, la Guinée aurait du être loin devant et ce n'est pas le cas. |

Avec les élections il va y avoir un certain renouveau. Mais en même temps une partie de la classe politique est composée de gens qui ont déjà été aux affaires et qui n'ont pas spécialement brillé. Donc quelque part n'est ce pas une contradiction qui pourrait empêcher la Guinée de réaliser le projet de développement que vous évoquiez précédemment ?
Vous savez, nous ("Génération citoyenne" NDLR) sommes venus avec un langage nouveau, du sang neuf, les mains propres, avec une compétence, mais les guinéens ne nous ont pas fait confiance. En bon démocrates, nous acceptons leur choix. Tout le monde s'attendait à une rupture dans ce pays. Mais aujourd'hui nous constatons que c'est le changement dans la continuité. Nous allons oeuvrer au sein de l'équipe qui sera constituée afin que ce changement soit une rupture car la Guinée a besoin de repartir de l'avant.
Tout est à faire. Nous n'allons pas repartir sur des lambeaux, nous allons construire et bâtir. Nous avons avec nous quelqu'un qui a fait ses preuves lorsqu'il a été premier ministre. Même s'il a été critiqué. Même si moi qui vous parle ait eu à critiquer tous ceux qui étaient aux affaires. J'imagine qu'ils ont tous une responsabilité directe ou indirecte. La realpolitik fait aujourd'hui que nous devons aller dans le sens du changement voulu par les Guinéens. Vouloir rester figer sur nos anciens principes montrerait que nous sommes intolérants. Donc nous avons fustigé les anciens gouvernants, aujourd'hui nous sommes alliés avec quelqu'un qui a déjà gouverné. Ça prouve que nous avons évolué dans notre analyse.
Et nous pensons qu'en participant aux affaires publiques, nous pouvons changer la donne. |
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