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France : Nicolas Sarkozy reconnaît ses erreurs mais reste déterminé à accélérer le rythme de sa politique de réformes
25/04/2008
 

Alors qu'il s'apprête à célébrer le premier anniversaire de son arrivée à l'Élysée, le président de la République Nicolas Sarkozy, toujours au plus bas dans les sondages, s'est exprimé lors d'une interview télévisée, le 24 avril 2008 au soir. Il a admis avoir "commis des erreurs", et précisé qu'il s'était préparé à devoir gérer de telles difficultés, comme la déception des Français. Mais que l'on ne s'y trompe pas, les réformes continuent.
 
Par Audrey Brière
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Nicolas Sarkozy le 24 avril  
Nicolas Sarkozy le 24 avril
© reuters
 

"Si les Français sont déconcertés, j’en ai ma part de responsabilité. J’ai sans doute commis des erreurs." Jeudi 24 avril, alors qu'il s'exprimait lors d'un interview télévisée en direct du Palais de l'Élysée, Nicolas Sarkozy a donc fait son mea culpa, admettant avoir "commis des erreurs" et être – en partie – responsable de la déception des Français à son égard.

Voilà des déclarations que l'on n'a pas l'habitude d'entendre dans la bouche du président de la République – on se souvient de la conférence de presse donnée à l'occasion de ses vœux, le 8 janvier, au cours de laquelle il avait lâché, impuissant : « Qu’est-ce que vous attendez de moi ? Que je vide des caisses déjà vides ? » alors qu'un journaliste l'interrogeait sur le pouvoir d'achat.

Mais ne nous méprenons pas. Si le président entend bien les critiques et les comprend, s'il "s'y était préparé", cela ne va pas changer grand-chose, car les réformes vont continuer. "Depuis 20-25 ans, la France était endormie. Le monde change, le monde a changé et la France quels que soient les efforts méritoires des gouvernements de gauche comme de droite, ne s'est pas adaptée au même rythme que les autres" a-t-il déclaré. "On a un contexte international difficile, raison de plus pour accélérer les réformes" a-t-il ajouté pour expliquer le marasme. Tant pis pour ceux qui ne sont pas contents.

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Petit tour d'horizon
Nicolas Sarkozy  
Nicolas Sarkozy
© reuters
 

« Je veux réhabiliter la valeur travail », a-t-il martelé. Selon M. Sarkozy, le problème de la France réside dans le fait que les Français ne travaillent pas assez. Et de vilipender sans pitié les 35 heures, qui « ont coûté 20 milliards d'euros pour travailler moins et gagner moins de richesse ». Il a, par ailleurs, chanté les louanges du dispositif d'exonération sur les heures supplémentaires entré en vigueur au 1er octobre, affirmant que « ça marche » et qu'au dernier trimestre 2007, il y avait eu « 28% d'heures supplémentaires en plus » et que « 5 milliards 500 millions d'euros de pouvoir d'achat » avaient été distribués.

Le président de la République a également annoncé que Luc Chatel, secrétaire d'État à l'Industrie et Christine Lagarde, la ministre de l'Économie, présenteraient en juin un texte qui permettra la négociabilité entre les fournisseurs et les grandes surfaces. Ce qui permettra de remédier au problème du manque de concurrence et de la hausse des prix.

Au journaliste qui lui faisait part de l'opinion des Français sur la loi dite du « paquet fiscal » – une loi qui a profité aux plus riches uniquement – Nicolas Sarkozy a estimé qu'une « erreur de communication totale » avait soulevé cette polémique.

En outre, il a répété que non seulement il n'était pas question de renoncer au Revenu de solidarité active (RSA), qui viendra remplacer les minima sociaux que sont le RMI et l'API (parent isolé) ainsi que la prime pour l'emploi (PPE), mais qu'il allait en plus le généraliser. Cette mesure devrait entrer en vigueur en 2009, « en en maîtrisant les coûts » et pour « 1 ou 1,5 milliard d'euros ».

PPDA et Nicolas Sarkozy  
PPDA et Nicolas Sarkozy
© reuters
 

Par ailleurs, le président a parlé de fusionner l'ANPE avec l'Unedic pour que les demandeurs d'emploi n'aient plus qu'un seul et unique interlocuteur. Ajoutant qu'un salarié au chômage serait à l'avenir « obligé d'accepter un emploi représentant 95% de son salaire au bout de trois mois de chômage ». Un processus de sanction serait également mis en place pour un chômeur qui refuserait deux offres d'emploi correspondant à ses qualifications et aspirations. « Il y a 500.000 offres d'emploi pas satisfaites avec 1,9 million de chômeurs, l'immense majorité des chômeurs essayent de trouver un emploi, mais certains ne veulent pas se mettre au travail, c'est une minorité qui choque », a-t-il asséné.

Nicolas Sarkozy a également confirmé la position gouvernementale sur les régularisations des travailleurs sans papier en grève depuis le 15 avril, en affirmant qu'il n'y aurait « pas de régularisation globale », car cela conduirait « à la catastrophe ». « Ça conduit à un appel d'air qui profite aux trafiquants, on fait la politique des trafiquants », a-t-il expliqué. « On ne devient pas français parce qu'on travaille dans la cuisine d'un restaurant, aussi sympathique soit-il », a-t-il poursuivi. Il a par ailleurs suggéré aux patrons en pénurie de main d'œuvre d'embaucher parmi les immigrés au chômage en situation régulière.

En outre, le déficit public devrait être réduit d'ici 2012 – même si, pour le moment, aucune évolution significative n'a été observée, comme l'a fait remarquer David Pujadas – grâce au non remplacement d'un fonctionnaire sur deux qui partira à la retraite. « Si nous ne remplaçons qu'un fonctionnaire sur deux on reviendra au niveau de la fonction publique en 1992 », or « la France n'était pas sous-administrée », a-t-il argué.

Nicolas Sarkozy  
Nicolas Sarkozy
© reuters
 

Pour ce qui est du financement des retraites, ne voulant ni baisser les pensions ni augmenter les cotisations, il est décidé que les Français travailleraient plus longtemps – Nicolas Sarkozy rappelant au passage que la loi prévoyait un passage à 41 ans de cotisations.

Interrogé sur les suppressions de postes des enseignants et la grève des lycéens en colère, il a affirmé qu'avoir plus de professeurs n'était en rien une solution au problème de la dépression qui touche la profession et de l'échec scolaire : « s'il suffisait d'embaucher des enseignants pour avoir la meilleure éducation nationale, ça se saurait ». Aussi la priorité est-elle la qualité – moins de profs, mieux payés et mieux soignés – et non pas à la quantité.

Sujet incontournable, la Chine et la joyeuse répression au Tibet à quelques mois des Jeux Olympiques de Pékin. Nicolas Sarkozy s'est déclaré « choqué par ce qui s'est passé au Tibet », et a précisé qu'il l'avait dit au président chinois Hu Jintao. Mais ce n'est pas une raison pour mettre ce pays « au ban de l'humanité ».

Malgré quelques couacs dans l'équipe gouvernementale, M. Sarkozy a réaffirmé que tout allait bien et que les « jeune ministres » qui pouvaient faire des « erreurs » avaient le bon sens de ne pas les répéter. Le Premier ministre François Fillon donne toute satisfaction. Les deux travaillent « main dans la main » : « C’est un bon Premier ministre, a estimé le chef de l’Etat. J’ai confiance en lui ». Tout serait donc en ordre de marche au sommet de l’Etat. Même si des journaux comme "Le Canard Enchaîné" livrent une vision moins idyllique des choses.

Bref. Il s'en est dit, des choses. Mais il n'est pas dit que François Fillon obtienne la feuille de route des réformes qu'il avait réclamé la veille, puisque qu'après quasiment deux heures d'émission, la conclusion du président a été celle-ci : « Tout se tient. Ça fait des années que les gouvernements successifs hiérarchisent » les réformes, et à l’arrivée ne font rien ou presque. Donc, aux Français qui ne savaient plus à quoi s'en tenir, il a répondu qu'il ne changerait pas sa stratégie. De toute manière, la fin de son mandat, c'est dans quatre ans : "Mon rendez-vous c’est la fin du quinquennat". Alors qu'on lui laisse le temps, que diable.

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