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Haïti : La tragédie haïtienne et le parrainage international
03/02/2010
 

Analyse des ramifications de l'aide internationale à Haïti suite au tremblement de terre
 
Par Castro Desroches
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Il fut un temps où l’expression « République bananière » était souvent utilisée, de manière péjorative, pour designer les pays arriérés, oligarchiques et instables de l’Amérique Latine. Avec sa production agricole archaïque et ses interminables bouleversements politiques, Haïti apparaissait, à côté du Honduras et du Guatemala, comme un prototype de République bananière. L’agonie du fascisme tropical de Papa Doc et l’avènement d’une fragile démocratie n’ont pas eu de retombées positives sur l’économie nationale. De globalisation en paupérisation, de tragédies en catastrophes, la production nationale est descendue à un niveau si bas, qu’un nouveau cliché s’est développé dans la presse internationale. Personne ne semble vouloir parler d’Haïti sans l’appeler au préalable : "pays le plus pauvre de l’Hémisphère occidental."

De globalisation en paupérisation, de tragédies en catastrophes, la production nationale est descendue à un niveau si bas, qu’un nouveau cliché s’est développé dans la presse internationale. Personne ne semble vouloir parler d’Haïti sans l’appeler au préalable : "pays le plus pauvre de l’Hémisphère occidental."
Castro Desroches


Le tremblement de terre du 12 janvier est venu assener le coup de grâce à Haïti en détruisant les semblants d’infrastructure qui lui donnaient encore l’inquiétante « normalité » d’une ancienne colonie désespérément empêtrée dans les rouages du sous-développement. La capitale d’Haïti que l’on appelait hier encore la République de Port-au-Prince est en ce moment en ruines. En proie à la plus grande catastrophe naturelle et humanitaire de l’Histoire nationale. L’espace d’un cillement, Port-au-Prince est passé de l’état de ville surpeuplée à l’état de vaste cimetière.

Que reste-t-il en somme aux Haïtiens ? La solidarité internationale… ?

Face à la démission des élites et aux images embarrassantes d’un gouvernement incompétent ou dépassé par les circonstances, Haïti est devenue le lieu géométrique de toutes les misères du monde. Un lieu de pèlerinage pour politiciens désœuvrés et missionnaires philanthropes, désireux d’apporter un répit au problème persistant de l’abjecte pauvreté. Jamais on n’aura vu un tel étalage de dévouement et de générosité. Un embouteillage monstre règne sur la piste de l’aéroport International Toussaint Louverture transformée momentanément en Boulevard Jean-Jacques Dessalines.

Face à la démission des élites et aux images embarrassantes d’un gouvernement incompétent ou dépassé par les circonstances, Haïti est devenue le lieu géométrique de toutes les misères du monde. Un lieu de pèlerinage pour politiciens désœuvrés et missionnaires philanthropes, désireux d’apporter un répit au problème persistant de l’abjecte pauvreté
Castro Desroches


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Avec la tragédie du 12 janvier, Haïti offre une opportunité en or aux protagonistes de la politique internationale d’affirmer enfin une prétention humanitaire ou de confirmer une vocation internationaliste.

A cause d’Haïti, la douillette retraite politique n’est plus ce qu’elle était. Les anciens chefs d’État américains, toutes tendances confondues, sont invités à couronner leur carrière dans un plan de parrainage pour pays en détresse. Hier, c’était Jimmy Carter. Aujourd’hui, c’est George Bush et Bill Clinton qui sont invités au chevet d’un pays malade, depuis deux siècles, des avatars de la décolonisation.

La grande bataille médiatique pour le sauvetage d’Haïti a déjà commencé.

Il y a quelques mois, l’ancien président Bill Clinton avait déjà hérité des Nations Unis la lourde tâche d’assister Haïti dans la lutte incertaine pour le développement et la stabilité politique. Cette mission devient du coup extrêmement compliquée. Il ne s’agit plus, simplement, de combattre le marasme économique en augmentant les investissements en Haïti mais de sortir le pays pour de bon du gouffre de la catastrophe. Il reste à savoir si les forces conservatrices locales, habituées à profiter au maximum du malheur et de la corruption, sauront admettre finalement la nécessité de libérer le pays des emprises du passé.

 
 

L’ancien président George W. Bush a été invité à mettre la main à la pâte en vue de façonner le futur d’Haïti. Pendant, les huit années de son administration, il a été accusé (par les secteurs libéraux) de tous les maux qui minent la planète. Sa crédibilité et sa côte de popularité ont été particulièrement affectées par son inaction lors de l’ouragan Katrina qui a ravagé la Nouvelle Orléans en 2005. Par pays interposé, l’opportunité est offerte à M. Bush de reconstruire son image.

Dès l’annonce du tremblement de terre en Haïti, le président Barack Obama n’a pas hésité à annoncer les mesures d’urgence. En cela, il a battu de vitesse le propre président d’Haïti. Pendant que M. Préval faisait à moto le tour de la ville (pour évaluer personnellement les dégâts) le président des États-Unis lançait déjà une opération de sauvetage en faveur d’Haïti. M. Obama vient de remporter, prématurément, le prix Nobel de la Paix. Haïti lui offre donc sur un plateau d’argent l’opportunité de justifier cette haute distinction. A défaut de pouvoir gagner définitivement une guerre d’usure en Irak et en Afghanistan, le président américain va-t-il gagner la paix des ventres et des cœurs en Haïti ?

Toutefois, cette politique humanitaire de grande envergure ne fait pas toujours l’unanimité dans les secteurs conservateurs parfois xénophobes d’une superpuissance confrontée à une crise économique aigüe. Le très influent commentateur républicain Rush Limbaugh, s’est vite inquiété de l’engouement envers Haïti. A l’en croire, il faudrait tout simplement abandonner les victimes à leur sort. Il accuse M. Obama de vouloir utiliser Haïti à des fins politiciennes en vue de renforcer sa popularité auprès des Afro-américains.

 
 

De son côté, Bill O’Reilly de la chaine Fox 5 ne voit pas le bien-fondé de l’assistance humanitaire. Selon lui, dans un an, la situation en Haïti sera aussi lamentable qu’aujourd’hui. Enfin, le pasteur Pat Robertson, ancien candidat à l’investiture républicaine et vrai maniaque de la publicité négative, a cru devoir ajouter une autre note discordante. Selon l’évangile de Robertson, le séisme du 12 janvier 2010 est le résultat d’un pacte que les Haïtiens auraient signé avec le Diable lors de la Cérémonie du Bois Caïman du 14 août 1791. Un véritable tollé a éclaté dans la presse afin de rejeter avec véhémence ces réflexions morbides et cyniques.

Sur le terrain, les Américains font de leur mieux pour maintenir une réputation d’efficacité et de solidarité internationale. Le président Obama est très clair à ce sujet : il y a va de l’image des États-Unis. A travers le monde, les actions, les inactions et les exactions des uns et des autres seront observées à la loupe. Tandis que les secouristes essayaient héroïquement de sauver les derniers survivants, quelques barbouzes de la Police Nationale d’Haïti ajoutaient leurs propres victimes à l’hécatombe.

C’était comme si le nombre de morts ne leur suffisait pas. « Ne faut-il pas tuer les Haïtiens de temps de temps pour leur apprendre à vivre ? » Dans les circonstances aussi tragiques, le chef de la PNH, M. Mario Andrésol, aurait intérêt à mettre un peu d’eau dans le vin de ses pistoleros. L’exécution sommaire des affamés (et des délinquants) ne saurait remplacer l’arrestation des milliers de bandits qui se sont évadés pour la énième fois.

 
 

En attendant la délivrance promise, les puissances d’hier, d’aujourd’hui et de demain se chamaillent déjà pour savoir qui fera quoi, qui aura accès à quoi en Haïti. Les Américains ont pris les devants en « occupant » l’aéroport et ce qui reste du Palais National.

Les Français se rebiffent et promettent de reconstruire notre Maison Blanche. De Paris à Caracas, de Rome à La Havane, les susceptibilités régionales et les rivalités internationales se réveillent. Les accusations justifiées ou farfelues (essais d’armes tectoniques, invasion militaire, mise sous tutelle, nouvelle occupation) fusent de toutes parts. Pourtant, la politique du gros bâton semble vouloir faire place à la politique du bon voisinage. Cuba accorde aux États-Unis le droit de survoler son espace aérien en vue de faciliter la délivrance de l’aide humanitaire à Haïti. Enfin, à force d’avoir des parrains, à force de laisser aux autres le soin d’assumer nos propres responsabilités, à force de vouloir toujours capitaliser sur la misère et la dépendance, allons-nous perdre à nouveau le pari du sauvetage national ?

A force d’avoir des parrains, à force de laisser aux autres le soin d’assumer nos propres responsabilités, à force de vouloir toujours capitaliser sur la misère et la dépendance, allons-nous perdre à nouveau le pari du sauvetage national ?
Castro Desroches



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