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Bonjour Jerry. Vous êtes le créateur de la maison d'édition Afromundi. Peut-on savoir quel est votre background ?
Bonjour, franco-centrafricain, je suis né en Belgique il y a 36 ans. Diplômé d'une école de commerce, j'ai commencé à travailler dans l'audit financier, puis j’ai passé 10 années très formatrices et enrichissantes dans le marketing hôtelier, avant de démissionner pour créer Afromundi.
Pourquoi avoir créé Afromundi et quels sont ses objectifs ?
Grand lecteur depuis toujours, j’ai voulu à l’adolescence approfondir ma connaissance du continent africain et de ses diasporas. J’ai donc commencé à rechercher des livres sur ces questions. J’ai alors découvert ce qu’on peut appeler les « classiques » : Cheikh Anta Diop, Mongo Béti, Frantz Fanon, Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant, etc. J’ai aussi lu L’histoire générale de l’Afrique publié en huit volumes par l’Unesco.
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De nombreuses personnes (...) nous disent que les afros ne lisent pas, s'intéressent plus à la musique et aux fringues, aux voitures et aux femmes, qu'à la connaissance, notamment de leurs histoires. Info ou intox? Ma question qui risque d'être débattue avec virulence sur votre site est la suivante : si les Afros continuent à si peu lire des ouvrages en rapport avec leurs cultures d'origine ou leur vie quotidienne, comment peuvent-ils espérer se construire un avenir meilleur, se défendre (...) contre les préjugés et jugements erronés entretenus à leurs dépens |
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| Jerry Sanghami |
Ces lectures m’ont permis de nourrir ma curiosité sans pour autant la satisfaire, complètement. Je restais sur ma faim : en effet, bien souvent, la façon d’aborder les différents thèmes liés à l’Afrique ou à ses diasporas américaines, européennes et caribéennes me semblaient soit trop compassionnelle, soit trop polémique ou biaisée. |
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Il y avait beaucoup d’essais mais je manquais de livres de vulgarisation sur des sujets qui m’intéressaient comme l’esclavage, les grandes figures afros, etc. Quant à la production des maisons d’édition d’Afrique ou des Caraïbes, je me suis rendu compte qu’elle était principalement composée de romans, de sujets en décalage avec mes aspirations de jeune afro-français, voire s’arrêtait bien souvent à la génération de mes parents.
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La viabilité d'une maison d'édition se construit très souvent entre 5 et 8 années, à partir du catalogue de livres qu'elle développe. Nous travaillons avec application à atteindre cette viabilité |
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| Jerry Sanghami |
Fort de ce constat, j’ai souhaité lancer une maison d’édition consacrée aux mondes afros dans leurs diversités et dans leurs complexités, tout en ayant le souci de partager ces ouvrages avec le plus public le plus large. Les ouvrages que nous publions ont pour objectifs de donner à tous des clés de compréhension, de créer des ponts entres les différentes cultures, de permettre également à la jeune génération d’Afropéens d’établir ou de rétablir un lien avec un pan de leur histoire personnelle ou collective, de donner des références, de susciter des vocations, d’encourager la connaissance.
Est-ce facile de lancer en France une maison d’édition traitant de thématiques afro-caribéennes ?
Lancer une maison d'édition n'est pas facile, même lorsque l'on est spécialisé sur les cultures afros comme Afromundi. En effet, l'activité d'édition est caractérisée par une triple difficulté souvent insurmontable pour les petites maisons d'édition. C'est d'abord un marché très concentré dominé par des grands groupes, à l'assise financière solide, qui intègrent souvent la plupart des métiers indispensables à la production et à la vente du livre. |

C'est ensuite un marché frappé par la surproduction éditoriale et la starisation des ventes. Enormément de livres sont publiés chaque année, mais très peu trouvent un public suffisant pour faire vivre la maison d'édition qui les produit. Et les dépenses de promotion du livre nécessitent des investissements qu'aucune petite maison d'édition indépendante ne peut s'offrir.
C'est enfin un marché qui impose, pour promouvoir et vendre un livre, de passer par de nombreux intermédiaires, notamment les logisticiens (distributeurs), les promoteurs des livres (diffuseurs) ainsi que les points de vente (magasins, libraires, etc.).
Lorsque vous êtes une jeune maison d'édition, il ne suffit pas d'être professionnel et de proposer des produits ciblés, actuels, qui plaisent aux lecteurs. Si une majorité de libraires refuse vos livres - comme c'est trop souvent le cas pour notre premier livre Histoire des indépendances africaines et de ceux qui les ont faites - au motif que ceux-ci concernent surtout un public afro, vous perdez facilement de l'argent alors que votre livre se vend bien sur tous les autres canaux de vente (notamment afromundi.com, amazon.com, fnac.fr etc..) et chez certains libraires - curieux, disponibles, engagés - qui jouent le jeu!
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De trop nombreux libraires refusent de prendre nos livres au motif que ceux-ci concernent principalement une clientèle afro ou que le sujet n'est pas intéressant. C'est un jugement erroné que certains libraires ont déjà commencé à réviser. En effet, nous avons placé des livres dans des librairies fréquentées majoritairement par une population de lecteurs n'ayant aucun lien avec l'Afrique ou les Caraïbes, et les livres se sont bien vendus. Pourquoi? Tout simplement parce que les libraires avaient lu puis recommandé notre ouvrage à leurs clients |
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| Jerry Sanghami |
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Combien de temps vous donnez vous pour faire d’Afromundi une entreprise viable et rentable ?
Grâce à un modèle économique "économe", une équipe restreinte et expérimentée, aux compétences complémentaires, ainsi qu'une politique éditoriale ambitieuse et ciblée, nous espérons atteindre l'équilibre dès la fin de l'année 2011. La viabilité d'une maison d'édition se construit très souvent entre 5 et 8 années, à partir du catalogue de livres qu'elle développe. Nous travaillons avec application à atteindre cette viabilité. Un proverbe africain résume notre état d'esprit à ce sujet : "La nuit dure longtemps mais le jour finit par arriver."
Le premier livre sorti par Afromundi est un livre sur les indépendances africaines. Pourquoi ?
Ayant lu il y a quelques années deux ouvrages généralistes abordant le thème de la colonisation et des indépendances, malheureusement sous un angle trop élitiste, j'ai recherché l'année dernière - sans succès - des ouvrages de vulgarisation à ce sujet. Etonnés de cette carence, à l'approche du cinquantenaire des indépendances africaines, nous avons décidé d'écrire un livre sur les indépendances de tous les pays d'Afrique.
Destiné au grand public français, quelle que soit son origine, ce livre se veut clair, facile à lire, didactique, refusant la polémique. Si la lecture de ce livre motivait un lecteur sur dix à se renseigner davantage sur les indépendances africaines, notre pari de popularisation des connaissances liées à l'Afrique et à ses diasporas serait sur de bons rails. |

Comment se passent vos rapports avec les libraires et les distributeurs qui sont des maillons essentiels du potentiel succès d’Afromundi ?
Comme je le pointais précédemment, nous constatons une certaine indifférence des libraires à la production éditoriale de notre petite maison d'édition, laquelle propose des contenus différents de ceux à quoi ils sont habitués. Nous travaillons néanmoins ardemment à faire évoluer cette situation favorablement.
Premièrement, de trop nombreux libraires refusent de prendre nos livres au motif que ceux-ci concernent principalement une clientèle afro ou que le sujet n'est pas intéressant. C'est un jugement erroné que certains libraires ont déjà commencé à réviser. En effet, nous avons placé des livres dans des librairies fréquentées majoritairement par une population de lecteurs n'ayant aucun lien avec l'Afrique ou les Caraïbes, et les livres se sont bien vendus. Pourquoi? Tout simplement parce que les libraires avaient lu puis recommandé notre ouvrage à leurs clients.
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Les libraires doivent revenir aux fondamentaux de leur métier, malgré le contexte économique actuel, et ainsi s'ouvrir aux productions de nouveaux acteurs de petite taille |
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| Jerry Sanghami |
Les libraires doivent revenir aux fondamentaux de leur métier, malgré le contexte économique actuel, et ainsi s'ouvrir aux productions de nouveaux acteurs de petite taille, sans attendre que ces derniers aient "produit 20 ouvrages avant de revenir (les) voir", comme cela nous a été dit dans une grande librairie du boulevard Saint-Michel qui a érigé cet été une table sur les indépendances africaines mais a refusé catégoriquement de vendre notre livre et de prendre connaissance de son contenu, malgré l'actualité. |

Deuxièmement, de trop nombreux libraires souhaitent nous ghettoïser en nous plaçant uniquement dans le rayon Afrique de leurs boutiques, alors qu'un sujet comme les indépendances africaines a également toute sa place sur les linéaires des rayons "actualité"; lesquels offrent une visibilité des livres permettant de doper les ventes. C'est étrange. En faisant la semaine dernière ma tournée hebdomadaire des libraires, je constatais que d'autres livres en rapport avec l'Afrique mais publié par des maisons d'édition plus anciennes bénéficiaient d'une double exposition : en rayons Afrique et Actualité !
Quels sont les prochains livres qui seront édités à court terme par Afromundi ?
Le prochain livre que nous allons publier, fin octobre 2010, s'intitule "Métis, Métisse, Métissage : de quoi parle-t-on?". Destiné au grand public, comme tous nos ouvrages, il aborde la notion de métissage dans toute sa richesse et sa diversité.
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Les ouvrages que nous publions ont pour objectifs de donner à tous des clés de compréhension, de créer des ponts entres les différentes cultures, de permettre également à la jeune génération d’Afropéens d’établir ou de rétablir un lien avec un pan de leur histoire personnelle ou collective, de donner des références, de susciter des vocations, d’encourager la connaissance |
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| Jerry Sanghami |
A l'heure où la question du métissage s'invite de plus en plus dans les débats, cet ouvrage qui s'intéresse avant tout au métissage entre Noirs et Blancs s'adresse à tous ceux qui s'interrogent sur les ressorts d'une réalité humaine complexe mais passionnante. |

Un message à l’attention des grioonautes ?
De nombreuses personnes, sans distinction d'origine géographique, nous disent que les afros ne lisent pas, s'intéressent plus à la musique et aux fringues, aux voitures et aux femmes, qu'à la connaissance, notamment de leurs histoires. Info ou intox? Je n'ai pas encore d'avis à ce sujet mais je m'interroge. Nous avons participé à plusieurs événements où des livres étaient vendus et rencontré sur ceux-ci très peu d'afros.
Lorsque nous avons organisé des séances de dédicaces auxquelles nous avions invité un grand nombre d'afros, nous avons été étonnés des très nombreuses défections de ceux-ci, contrairement à d’autres publics…Ma question qui risque d'être débattue avec virulence sur votre site est la suivante :
si les Afros continuent à si peu lire des ouvrages en rapport avec leurs cultures d'origine ou leur vie quotidienne, comment peuvent-ils espérer se construire un avenir meilleur, se défendre personnellement et posément contre les préjugés et jugements erronés entretenus à leurs dépens notamment par des journalistes, responsables politiques, collègues, enseignants ou d'autres? |

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