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L'Inde, puissance économique émergente, peut-elle servir de modèle à l'Afrique ?
15/04/2008 |
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Il y a quelques semaines, le groupe indien Tata a racheté Jaguar et Land Rover à Ford. Selon la banque Goldman Sachs, l'Inde sera en 2035 la troisième économie du monde. Pour l'Afrique, y a t-il quelques leçons à tirer des succès de cette démocratie d'un milliard d'habitants ?
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Par
Haby Niakate |
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Ratan Tata, PDG du groupe Tata
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Mittal Steel absorbe Arcelor en juillet 2006, Vijay Mallya patron de Kingfisher rachète et fonde une nouvelle écurie de formule 1 “Force India”, 4 des des 10 hommes les plus riches au monde sont indiens, Tata Motors, premier constructeur indien de camions et d’autocars, dévoile la Nano, l’automobile la moins chère du monde, à 2.500 dollars (1.600 euros), et l’on pourrait continuer ainsi pendant longtemps.
La Chine est sur toutes les lèvres mais n’a pas le monopole quand il s’agit d’inquiéter les occidentaux. En effet, l’Inde est l’autre pays qui revient souvent au devant de la scène. Ce pays, ancienne colonie britannique, indépendant depuis 1947, a connu un taux de croissance annuelle de plus de plus 9,4% en 2007. Avec une population de 1,1 Milliards d’habitants, dont presque la moitié a moins de 20 ans, le pays a un marché national gigantesque et se prépare donc un bel avenir.
Coup d’éclat il y a quelques semaines, l’Indien Tata rachète Jaguar et Land rover au géant américain Ford pour 2,3 milliards de dollars. Pour illustrer cet événement, plusieurs journalistes n’hésitent pas sur les exemples : "c’est comme si Citroën était vendu par son propriétaire français, Peugeot, à un industriel algérien, ou bien Alfa Romeo cédée par Fiat à un opérateur libyen..." L’ancienne colonie rachète deux joyaux de la couronne britannique, incroyable retournement historique, la boucle est bouclée. Comble de l’ironie, on avait même presque oublié que le thé anglais "Teatley Thea" est Indien depuis l’an 2000. Que de chemin parcouru, pour arriver à cette affaire que certains voient déjà comme l’affaire du siècle. |
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Le cas Tata |

La légende raconte que l’entrepreneur était furieux de s’être vu refuser l’entrée d’un hôtel britannique à Bombay à la fin du 19ème siècle et a décidé, sur un coup de tête, de construire son propre hôtel, l’Hôtel Taj Mahal, devenu depuis l’un des fleurons de la chaîne hôtelière Taj. Ainsi débute donc l’histoire de Tata.
Aujourd’hui, Tata est le plus grand conglomérat Indien :
• 98 sociétés (thé, sel, acier, chimie, sidérurgie, télécommunications, informatique, services financiers...)
• un chiffre d’affaire de plus 28,8 milliards de dollars
• représente 3,2% du PIB indien
• 290 000 salariés
• le groupe est détenu à 60% par des associations caritatives.
• beaucoup de grandes entreprises indiennes (publiques ou privées) sont souvent contrôlées et/ou détenues par des familles. Ici la famille Tata depuis sa création.
Le groupe Tata, modèle de la réussite capitaliste à l’indienne à été créé il y a un siècle et demi. "Les indiens portent des montres Tata, boivent du thé Tata, téléphonent avec le portable Tata et prennent des bus Tata".
Une réputation et une crédibilité à toutes épreuves, qui ont permis au patron de Tata Motors d’emprunter un peu plus de 2 milliards de dollars à un consortium de banques pour pouvoir racheter les deux marques (Land Rover et Jaguar), avec des clauses assez dures. Mais en quoi cette transaction peut-elle être une affaire en or pour Tata ? L’objectif est simple et indissociable de la stratégie d’une entreprise qui a pour but de devenir l’un des leaders mondiaux de l’automobile.
Même si le patron de la société, Ratan Tata a déclaré qu’il avait un "immense respect pour les deux marques" et promis tous ses efforts pour "préserver leur héritage, leur compétitivité et maintenir leurs identités intactes", l’objectif stratégique est bien évident. Avec ces deux marques prestigieuses, Tata va bénéficier d’un transfert de technologies avancées sans précédent pour son entreprise, et jamais vu pour un pays émergent. L’Inde peut ainsi s’éviter des dizaines d’années de recherche, et de développement industriel pour ses ingénieurs et rattraper son retard technologique. Tata est en voie de devenir un modèle incontournable pour les autres pays du sud. |
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Autres domaines, autres acteurs, autres Indiens |

Vijay Mallya est un milliardaire indien, possédant plus de vingt-cinq propriétés dans le monde, dont un château au Royaume-Uni, plusieurs bateaux et jets privés, ainsi que 250 chevaux de course. Député au Parlement indien, Mallya est surtout connu comme étant le président d’United Breweries acquis par son père lors de l’indépendance du pays. La société indienne est numéro trois mondial des vins et spiritueux et détient aujourd’hui près de 60% du marché indien des alcools. Essentiellement grâce à sa célèbre bière Kingfisher, distribuée mondialement. Le groupe contient d’autre part, sa propre compagnie aérienne privée, Kingfisher Airlines.
En 2006 Mallya souhaitait se diversifier sur des alcools plus haut de gamme, comme le whisky, la vodka ou le rhum, mais aussi le champagne afin d’augmenter ses parts de marché, notamment en Europe. Si King Fisher a racheté en 2007 le producteur écossais de whisky Whyte & Mackay, pour 868,7 millions d’euros, ses tentatives pour s’installer dans le temple du vin et du champagne qu’est la France se sont heurtées à bien des réticences. En effet, il avait échoué en 2006, dans sa tentative de rachat des champagnes français Taittinger, alors détenus par Starwood Capital. Le patriotisme français jouant là à plein pot, c’est l’alliance du Credit agricole et de la famille Taittinger qui avait réussi à convaincre le fonds américain. |
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Mukesh et Anil Ambani 5ème et 6ème hommes les plus riches du monde selon Forbes
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timeinc.net |
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Dans cette sorte de boulimie acheteuse d’entreprises occidentales, Mallya va encore plus loin et s’offre en fin 2007, l’ancienne écurie de Formule 1 Spyker, rebaptisée dans la foulée Force India. L’Inde devient ainsi le seul pays du Sud à posséder actuellement une écurie dans ce sport de haut niveau, si sélectif et où seulement 11 écuries (1 française, 3 japonaises, 2 anglaises, 1 allemande, 2 italiennes, 1 autrichienne et 1 indienne) sont en compétition. Une acquisition extrêmement symbolique car l’univers de la F1 évoque la catégorie reine des sports automobile, mêlant technologies de pointe, pilotes de génie, voitures de rêves, en résumé toute la magie qui donne à ce sport une dimension mondiale.
Il va sans dire que le champagne et la formule1 ne sont que des exemples parmi d’autres dans cette véritable bataille que les entrepreneurs indiens et les conglomérats qu’ils ont réussi à former débutent sur les marchés européens. En 2006, les entreprises indiennes ont déboursé 21 milliards de dollars pour acquérir des firmes étrangères, 134 sociétés étrangères ont été rachetées par des indiens dans le monde. Le "soft power" indien, ou "force tranquille" comme on le surnomme n’a pas inventé ni mis en marche la mondialisation mais y contribue largement aujourd’hui.
De quoi agacer des occidentaux qui font de plus en plus appel au patriotisme, quitte à bafouer les règles élémentaires d’un libéralisme économique tant théorisé et pratiqué, souvent de façon très critiquable, justement dans des pays, qui sont souvent anciennes colonies comme l’Inde. De quoi se poser la question d’une possible revanche sur l’histoire ou même au delà se demander si l’affirmation de l’auteur indien Pavan Varma dans le titre de son livre en 2006 : "Le défi indien; pourquoi le XXIème siècle sera le siècle de l'Inde" n’est pas déjà entrain de devenir réalité. |
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L’Inde et sa diaspora : un modèle pour l’Afrique ? |
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Vinod Khosla, co-fondateur de Sun Microsystems est l'un des pionniers de la Silicon Valley
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La diaspora indienne, forte de 25 millions de personnes, installées dans 130 pays est très souvent aisée. Très tôt, l’Inde a compris l’importance stratégique de cette population, et commence à partir des années 1970, à définir, compter, puis enfin mettre tout en place pour "chouchouter" cette "Indiaspora".
Dans le discours officiel cette diaspora se divise en "People of Indian Origin", personnes d’origine indienne et "Non Resident Indian", indiens non residents. Autrement dit, même les descendants des immigrés de 1ère génération, de 2ème génération et mêmes ceux d’après sont comptés en tant qu’Indiens. Une ambassade, une fête, plusieurs cérémonies sont consacrées aux relations entre ces migrants et leur pays d’origine. L’Inde a donc structuré sa diaspora pour la mettre face à ses responsabilités, et la mettre à contribution pour le développement du pays. Par exemple, il est reconnu aujourd’hui que le rôle des indiens travaillant à la Silicon Valley a été déterminant dans le développement du secteur des logiciels, et des nouvelles technologies en Inde.
New Delhi instaure en 2003 une législation permettant aux Indiens de l’étranger de vivre, de travailler et d’investir dans leurs pays d’origine, sans préalablement requérir de visas ou de permis de travail. Une disposition qui a eu pour conséquence rapide un drainage de cerveaux imprévu et étonnant. De nombreux indo-américains et indo-européens, surtout les diplômés, sont revenus ou ont découvert leurs racines et leur pays. L’Inde a donc eu et continue à avoir cette habileté indispensable, qui manque généralement aux pays africains et qui est de savoir fédérer puis utiliser les compétences des nationaux et celles des migrants. Voilà l’une des clés des success stories indiennes.
Résultat : l’Inde est le premier bénéficiaire de transferts de fond des migrants en 2007 selon la Banque mondiale. Les migrants indiens ont envoyé plus de 27 milliards de dollars dans leur pays l’année dernière. Une aubaine, pour les familles de ces migrants mais surtout pour les banques, l’Etat et les investisseurs, donc pour les entreprises comme Tata, Kingfischer etc. |
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Quid des futures relations entre l’Afrique et l’Inde ? |

Le premier sommet Inde-Afrique a eu lieu les mardi 8 et mercredi 9 avril 2008 à New Delhi, la capitale indienne. Sous la co-présidence du Dr Manmohan Singh, Premier ministre de l’Inde et de Jakaya Mrisho, président de la Tanzanie et président en exercice de l’Union africaine, ce sommet a réuni entre autres, quatorze chefs d’Etat et de gouvernements. Visant à établir un véritable partenariat entre l’Inde et l’Afrique, les principales avancées concrètes prévues sont : la mise en place d’un régime préférentiel d’accès au marché indien pour les exportations pour 34 pays Africains, la promesse de 5,4 milliards de dollars pour l’Afrique, étalés sur 5 ans, l’élaboration, sous un an, d’un plan d’action qui détaillera les modalités de coopération etc.
Pour s’aider l’Inde pourra compter sur sa diaspora qui a créé et contrôle des centaines d’entreprises dans beaucoup de pays africains. Cette diaspora est ancienne en Afrique, a développé des réseaux solides, et s’appuie sur le secteur privé, contrairement à la stratégie adoptée par la diaspora chinoise par exemple. L’Inde a donc une vision que l’on peut qualifier de long terme, qui edt peut être également plus intéressante pour les pays africains. |

Souvent éclipsée par la Chine qui monopolise l’attention des médias, l’Inde, puissance émergente comme sa voisine, est également un acteur qui devient de plus en plus présent sur le continent africain. Mis à part tous ces aspects économiques, l’un des principaux avantages de cet exemple indien, réside dans son modèle de développement et de mobilisation de toutes ses forces sans exception.
Il reste maintenant à savoir si l’un des paramètres de ce modèle de développement à l’indienne, c’est à dire la mobilisation de la diaspora, et le capitalisme "familial" peut s’exporter dans d’autres pays en voie de développement, et surtout en Afrique. Et si non, Où sont les principaux obstacles ? Le débat n’est pas nouveau, est certes complexe, mais mérite toujours autant d’être posé. Par pragmatisme intellectuel et économique. Par intérêt pour l'avenir de l'Afrique aussi. |

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