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Liberia : quel bilan pour Ellen Johnson Sirleaf ?
12/12/2011
 

Beaucoup ont contesté l’attribution du Nobel de la paix à Ellen Johnson Sirleaf, présidente de la Libéria. Au-delà du discours contestataire ou politicien, quel bilan peut-on dresser de son premier passage à la tête de ce pays à une histoire chargée ?
 
Par Oasis Kodila Tedika
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Beaucoup ont contesté l’attribution du Nobel de la paix à Ellen Johnson Sirleaf, présidente de la Libéria. D’autres y ont vu une « intrusion occidentale » pour faire passer celle-ci en force comme président. Au-delà du discours contestataire ou politicien, quel bilan peut-on dresser de son premier passage à la tête de ce pays à une histoire chargée ? Pour répondre à cette question, observons rapidement quatre compartiments clés de la société. Du reste, ce bref bilan mettra aussi en exergue quelques défis pour le nouveau président.

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1. Sécurité et souveraineté des droits

A son arrivée au pouvoir, Ellen Johnson Sirleaf hérite d’un pays en transition qui était encore très mal côté en termes d’état de droit. Le graphique ci-dessous retrace l’évolution de la sécurité et souveraineté des droits, selon l’indice de la Fondation Ibrahim. Globalement, la tendance est positive. En fait, c’est depuis le départ du président Taylor que les choses ont commencé à s’améliorer. Quand elle arrive au pouvoir, Ellen Johnson Sirleaf retrouve un pays qui venait de gagner en trois ans 9 points sur cet indice. Et de 2006 à 2010, elle a fait gagner au pays 13,7 points.

 
Evolution de la sécurité et de la souveraineté au Liberia. (Source : auteur à partir des données de la fondation Mo Ibrahim)
 


Du fait que cet indice reste inférieur à 50, il est clair que dans ce pays la sécurité et la souveraineté des droits ne sont pas encore acquises en dépit du progrès réalisé. En effet, le processus judiciaire reste un chantier où il y a encore à faire. Car les interférences ou de pressions de groupes d’intérêt sont encore présentes. La reddition des comptes des responsables publics n’a vraiment connu un changement qu’en 2009, selon l’indice de The Economist.

La corruption au sein du gouvernement et des responsables publics n’est pas encore éradiquée, en dépit d’une forte volonté de vouloir le changement. Cela se traduit entre autres par une poursuite des abus du pouvoir. En dépit de l’amélioration de la sécurité nationale, la sécurité individuelle s’est dégradée alors qu’elle avait connu un changement remarquable au début de son mandat.

2. Participation et droits de l’homme

 
Evolution de la participation et droits de l’homme au Libéria (Source : auteur, à partir des données de la Fondation Ibrahim)
 


Sous le mandat d’Ellen Johnson Sirleaf, la participation libérienne à la vie politique s’est nettement améliorée. La libéralisation politique a été donc au rendez-vous, avec plus de droits politiques. Il y a davantage de représentativité féminine, bien que non suffisante. Cependant, le respect des droits de l’homme s’est affaibli. De même pour la liberté d’expression, qui reste toujours dans le vert, mais est réduite comparativement aux deux premières années de sa prise du pouvoir. Enfin, la liberté d’association et de réunion a connu de sérieux problèmes.

3. Développement économique

 
Evolution du PIB nominal et de la croissance réelle (Source : agence monétaire de l'Afrique de l'Ouest)
 


L’économie a continué de se redresser de manière sensible. Les indicateurs macroéconomiques ont présenté des signes d’amélioration. La croissance a flirté avec les 10% avant la grande crise de 2008. L’inflation a été gérée, tandis que le taux de change s’est amélioré. La gestion des finances publiques a été relativement positive. Car le gouvernement a pris des mesures appropriées, avec l’appui du FMI surtout pour la fiscalité. Le solde budgétaire a été amélioré, à la suite de l’augmentation du ratio des recettes budgétaires sur les dépenses budgétaires. L’amélioration relative de la politique budgétaire s’explique donc par le renforcement de l’efficacité opérationnelle des institutions de recouvrement des recettes. Il faut cependant aussi souligner que les dépenses ont été contrôlées. La gestion de la dette a été remarquable.

Sous son mandat, les institutions financières sont devenues plus fiables. Le pays a connu la levée des sanctions sur les exportations de diamant et de bois. Et l’économie a connu une très légère diversification. Les secteurs miniers et manufacturiers ont progressé, malgré leur sous-exploitation. Ainsi donc, les exportations ont connu une évolution positive, en dépit du déficit commercial.
Sur l’environnement des entreprises, élément indispensable au progrès d’une nation, l’Indice ad hoc de la Fondation Ibrahim attribue en 2010 la note 34 sur 100. Vu sous cet angle, le défi est donc très important. Il faut néanmoins reconnaitre un certain changement : en 2006, le pays recevait la note de 22.

Les infrastructures traditionnelles constituent une réelle difficulté. Aucun progrès significatif n’a été réalisé pour l’accès à l’électricité. Idem pour les réseaux routiers et ferroviaires, et le transport aérien. Néanmoins, pour la couverture numérique et l’accès aux téléphones, on a constaté des changements positifs.

4. Développement humain

De manière générale, la santé a connu une évolution positive : les mortalités maternelles et infantiles ont reculé. Sous le mandat d’Ellen Johnson Sirleaf, le traitement par antirétroviraux a progressé dans les couches sociales. En 2006, l’espérance de vie à la naissance était de 71,9 ; elle s’est légèrement améliorée (72,6 en 2009). Aucune action efficace n’a été réellement lancée pour permettre l’accès à des sanitaires et à l’eau potable. Moins d’enfants libériens achèvent l’école primaire aujourd’hui qu’il y a cinq ans. Néanmoins la qualité de l’enseignement s’est améliorée.

Sur le graphique ci-après, on constate une évolution positive de l’indice global du développement humain de la Fondation Ibrahim du Libéria. Avec Ellen Johnson Sirleaf, le Libéria a gagné 7,9 points entre 2006 et 2010. Mais là encore, comme dans le premier graphique, l’indice est inférieur à 50. En des termes différents, beaucoup reste à faire comme le paragraphe précédent l’a démontré en partie.

 
Evolution du développement humain (Source : Auteur, à partir des données de la fondation Ibrahim)
 



Conclusion

A voir le comportement de plusieurs indices, le bilan d’Ellen Johnson Sirleaf nous paraît relativement positif. Elle a fait de son pays le leader en termes de d’amélioration de la gouvernance en Afrique, selon l’indice de la gouvernance de la Fondation Ibrahim. Mais la question qui reste posée est celle se rapportant au sens du "relatif". Pouvait-elle faire plus ? Les libériens ont sans doute tranché : choisir le candidat de l’opposition pour remplacer cette économiste aurait probablement signifié qu'elle n’a pas su exploiter notamment toutes les options et les marges de manœuvre qu'elle avait à sa disposition.

Malheureusement, l’opposition s'est retirée la course pendant les récentes élections, prétextant de fraudes. Ce qui pose donc problème au delà du bilan d’Ellen Johnson Sirleaf : celui de la légitimité. A-t-elle fait mieux au regard des attentes libériennes ? Difficile à dire quand vous êtes seule comme candidat.



Oasis Kodila Tedika est un économiste congolais, analyste sur www.unmondelibre.org

Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org





       
Mots-clés
afrique   ellen johnson sirleaf   liberia   présidentielles libériennes   prix nobel   winston tubman   
 
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