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Serge Bile épingle le Vatican dans son dernier livre "Et si Dieu n'aimait pas les Noirs"
02/02/2009
 

Après les best-sellers Noirs dans les camps nazis, La légende du sexe surdimensionné des Noirs, et Quand les Noirs avaient des esclaves blancs, le journaliste et écrivain franco-ivoirien Serge Bilé publie, en collaboration avec son confrère camerounais Audifac Ignace, Et si Dieu n’aimait pas les Noirs, enquête sur le racisme aujourd’hui au Vatican aux éditions Pascal Galodé. Un ouvrage qui regroupe des témoignages de prêtres et de religieuses d’origine africaine, en poste à Rome, sur le racisme et les discriminations dont ils sont victimes.
 
Par JCL
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La scène est rapportée dans le livre de Serge Bilé et Audifac Ignace. Elle se passe en 1985. Un cardinal burkinabé, Paul Zoungrana, concélèbre la messe de clôture du synode extraordinaire à la basilique Saint-Pierre de Rome. Il est malade et en petite forme. Assez en tout cas pour inquiéter son compatriote, prêtre lui aussi, qui l’accompagne. Ce dernier, sans attendre la fin de la cérémonie, s’avance vers le cordon de sécurité, mais se heurte à un vigile italien. Il insiste pour récupérer Zoungrana, en expliquant que celui-ci est souffrant. Mais, le vigile, qui ne veut rien entendre, lui répond aussi sec : "Qu’est-ce que j’en ai à foutre de votre cardinal !"

Autre lieu, autre prêtre. Lui est malgache. Il s’appelle Edmond Velonzara. Il a secondé, pendant quatre ans, dans une paroisse de la banlieue romaine, un vieux curé italien, qui n’a eu à son endroit que mépris, morgue, et sarcasmes, au point d’ailleurs de ne jamais l’appeler par son nom : "Il disait toujours l’Africain ou encore ce nègre en parlant de moi !", raconte, avec tristesse, l’infortuné Malgache. Des mésaventures comme celles de Zoungrana et Velonzara, on en trouve à foison dans le livre de Serge Bilé et Audifac Ignace. Scènes de racisme ordinaire, qui n’auraient, somme toute, rien d’extraordinaire, si elles n’avaient pour théâtre le Vatican, haut-lieu par excellence de la chrétienté, et ses environs.

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Serge Bile et Mgr Kabongo  
Serge Bile et Mgr Kabongo
 

On y voit, au fil des pages, des prêtres et de simples employés de l’institution céder à la tentation du racisme, en prenant de haut les prélats africains, en poste ou de passage au Saint-Siège. Même l’archevêque béninois Bernardin Gantin, qui fut pourtant l’un des plus hauts personnages de l’Eglise catholique, n’y a pas échappé. L’huissier du Vatican, qui lui fait visiter son logement, à son arrivée, lui lance, hautain : "Regardez-bien l’état dans lequel on vous donne cet appartement. Ce n’est pas pour faire vos saletés africaines ici !"

L’évêque congolais Emery Kabongo, ancien bras droit de Jean-Paul II, confie, pour sa part, les "réticences" et "l’hostilité" qu’il a rencontrées à la curie, où l’un de ses collègues ira même jusqu’à regretter que le pape polonais ait pris "un valet de chambre noir" à son service. Kabongo sera plus tard victime d’une agression qui a failli lui couter la vie.

Prêtres sans papiers et religieuses prostituées
Pie XII  
Pie XII
 

Avec le racisme ordinaire, viennent aussi naturellement les discriminations, tout aussi ordinaires. C’est le cas à l’université catholique Urbaniana, qui dépend du Vatican. Les prêtres africains, qui y enseignent, doivent attendre parfois jusqu’à dix longues années pour être titularisés, alors que leurs collègues européens le sont au bout seulement de trois ans. Tout ça, au vu et au su du saint-Siège.

"Tout est fait pour nous rendre la vie difficile et nous décourager finalement de rester ici", confie un prêtre africain. D’autres, moins chanceux, victimes de tracasseries administratives, sont tombés dans la déchéance. Ils se retrouvent aujourd’hui...sans papiers à Rome. Ils seraient une centaine dans ce cas. Obligés de mendier pour survivre, ils ont interdiction de célébrer la messe, alors que les églises italiennes, et plus généralement européennes, manquent cruellement de prêtres. Un comble !


Mais, il y a plus grave. C’est le cas des religieuses africaines, que les congrégations romaines, crise des vocations oblige, font venir pour travailler dans les maisons de retraite qu’elles possèdent et qui les font vivre. Les nouvelles venues, qui ne parlent généralement pas la langue, constituent une main d’œuvre taillable et corvéable à merci. Désemparées, beaucoup d’entre elles échouent dans la prostitution. C’est le cas d’une religieuse congolaise. Elle raconte comment la mère supérieure de son couvent lui a confisqué sa carte de séjour, le jour même de sa délivrance, pour être sûre de la tenir à sa merci. "On travaille de six heures du matin jusqu’à parfois vingt-heures le soir", raconte la jeune femme, en regrettant de n’avoir même pas de quoi s’acheter un slip et un soutien-gorge.

Du coup, de brimades en privations, elle a fini par sombrer et par accepter, contre rémunérations, les avances d’un prêtre italien, puis d’un deuxième, puis d’un troisième… L’argent qu’elle gagne ainsi, est envoyé "au pays" à sa famille. « Je sais que ce n’est pas bien ce que je fais, mais, mes parents sont pauvres et on souffre ici », se justifie t’elle.

Pie XII ne veut pas de soldats noirs au Vatican

Toutes ces histoires suffiraient amplement à recommander la lecture de ce livre étonnant et détonnant. Mais Serge Bilé et Audifac Ignace ne se contentent pas d’anecdotes et de témoignages. Ils vont plus loin en plongeant dans l’Histoire même du Vatican pour dévoiler les ombres et contradictions de cette institution, qui peine à se débarrasser de ses propres préjugés sur les Noirs, qu’elle considérait jadis à l’image, non pas de Dieu mais du diable !

Défilent alors la malédiction de Cham, l’implication de l’Eglise dans l’esclavage, et toutes les vieilles théories catholiques, selon lesquelles les Noirs doivent leur couleur à leurs vices et leurs péchés. Une vision des choses que devait certainement partager le désormais célèbre et controversé Pie XII.

Serge Bilé et Audifac Ignace révèlent en effet, document à l’appui, que ce pape avait, à la libération de Rome en 1944, exigé, du commandement allié, qu’aucun soldat noir, africain, antillais, ou américain, ne soit déployé aux portes du Vatican. Et dire que, malgré ça, et malgré tout le reste, le Vatican envisage aujourd’hui de le canoniser !

télégramme envoyé à la demande de Pie XII, au commandement allié, pour exiger qu'aucun soldat noir ne soit déployé aux portes du Vatican, à la libération de Rome





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Mots-clés
afrique   antilles   caraïbes   discrimination   et si dieu n'aimait pas les noirs   pie xii   racisme   religion   serge bile   vatican   
 
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