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Tommie Smith et John Carlos, ces athlètes qui ont levé le poing
13/07/2010
 

16 octobre 1968. Mexico. Un podium. Deux hommes qui ont marqué l’histoire du sport mais surtout l’histoire de la lutte contre le racisme et la ségrégation aux États-Unis.
 
Par Hugo Breant
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Deux athlètes de très haut niveau
Tommie Smith  
Tommie Smith
 

Tommie Smith est né le jour du débarquement américain en Normandie, le 6 juin 1944, à Clarksville, au Texas. Septième enfant d’une fratrie qui en compte douze, il a bien failli ne pas survivre à la suite d’une pneumonie contractée durant les premiers mois de sa vie. Alors qu’il est en première année du cours moyen, il rencontre l’athlétisme lors d’une course contre sa sœur qui est la meilleure de leur école. Par la suite, Tommie Smith poursuit des études de sociologie à l’Université de San José. Il y pratique l’athlétisme avec son coach, Lloyd Winter. C’est à cette époque qu’il rencontre, John Carlos.

John Carlos est né à New York, dans le quartier d’Harlem, un an plus tard, le 5 juin 1945. Grâce à son don pour l’athlétisme, il reçoit une bourse pour aller étudier à l’East Texas State University. C’est notamment grâce à lui que l’Université remporte son premier championnat. Un an plus tard, il part étudier au San José State College. Les deux jeunes étudiants s’entrainent alors ensemble. Très vite, c’est Tommie Smith qui se fait remarquer pour ses performances dans les 200 et 400 mètres.

Le 7 mai 1966, il bat le record du monde du 200 mètres (220 yards) en ligne droite en courant en 19 secondes 5. Le 11 juin, il bat cette fois-ci le record du monde du 200 mètres avec virage en 20 secondes lors d’un championnat à Sacramento. Le 25 juillet de la même année, à Los Angeles, il participe au succès du relais 4 x 400 mètres de l’équipe américaine.

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Là encore, un nouveau record du monde est battu avec 2 minutes, 59 secondes et 6 centièmes, ce qui constitue la première performance en dessous des 3 minutes. Le 20 mai 1967, de retour à San José, il bat deux nouveaux records, celui du 440 yards (402 mètres en 44 secondes et 8 centièmes) et du 400 mètres (44 secondes et 5 centièmes). Mais il se concentre surtout sur son épreuve fétiche, le 200 mètres. Lors de l’Universiade d’été de Tokyo en 1967, il remporte d’ailleurs la médaille d’or sur cette distance.

Quand je gagne, je suis Américain, pas Noir-Américain. Mais si je fais quelque chose de mal, ils vont dire que je suis un Négro. Nous sommes Noirs et nous sommes fiers de l’être. L’Amérique Noire comprendra ce que nous avons fait ce soir (…) Nous ne sommes pas les braves garçons, ni de braves animaux que l’on récompense avec des cacahuètes. Si les gens ne s’intéressent pas à ce que les Noirs pensent en temps normal, qu’ils ne viennent pas voir les Noirs courir en public… (…) L’Amérique blanche ne nous reconnaît que comme champions
Tommie Smith


Tommie Smith a donc battu ou égalé treize records du monde en quelques années de sport universitaire. Il a également été nommé trois années consécutives « meilleur athlète » en basket-ball, football américain et athlétisme. À la fin de l’année, il passe son baccalauréat en arts et sociologie avec pour spécialité la science militaire et l’éducation physique à l’Université d’État de San José. Par la suite, il obtient également sa maitrise de sociologie à Boston.

Alors qu’approchent les qualifications américaines pour les Jeux Olympiques de 1968 organisés à Mexico, John Carlos participe à la création du Projet Olympique pour les Droits de l’Homme (OPHR). Avant le début de ces J.O. d’été, le fondateur de l’OPHR, le sociologue Harry Edwards propose à tous les athlètes noirs de boycotter l’évènement, pour marquer leur opposition à la situation qui prévalait alors aux États-Unis et ailleurs et pour soutenir le mouvement des droits civiques porté par Martin Luther King, notamment.

Deux destins liés le 16 octobre 1968
13 septembre 1968. De G à D : Larry Questad, Tommie Smith et John Carlos  
13 septembre 1968. De G à D : Larry Questad, Tommie Smith et John Carlos
© ap
 

À la surprise générale, alors que tout le monde attend Tommie Smith, c’est son ami John Carlos qui s’impose. Il améliore le record du monde de Smith en courant en 19 secondes et 92 centièmes. Toutefois, le record n’est pas homologué car Carlos coure avec des chaussures à pointes interdites par le règlement de l’époque. Déjà détenteur du titre aux Jeux panaméricains de 1967, Carlos s’impose donc lui aussi comme un sprinter sur qui il va falloir compter. La rivalité sportive entre les deux hommes ravit la presse internationale qui attend avec impatience la confrontation à Mexico.

Lors des Jeux Olympiques de 1968, après la finale du 200 mètres courue le 16 octobre, trois athlètes s’approchent du podium pour recevoir leur médaille. Parmi eux, deux athlètes noirs américains, Tommie Smith et John Carlos. À ce moment, tout est symbole. Pour symboliser la pauvreté des populations noires, les deux hommes retirent leurs chaussures blanches et marchent en chaussettes noires sur la pelouse. À leur cou, ils portent un foulard et un collier, symboles du lynchage des noirs.

Après avoir serré la main de l’officiel et avoir reçu leur médaille, les trois hommes reçoivent l’ovation du public présent dans le stade. L’hymne américain peut alors retentir. Tommie Smith et John Carlos baissent la tête devant le drapeau américain et lèvent leur poing ganté de noir. Alors que John Carlos a oublié sa paire de gants noirs dans le village olympique, c’est Peter Norman, l’athlète australien qui a obtenu la médaille d’argent, qui suggère à Smith et Carlos de partager une paire de gants. Les deux hommes peuvent donc afficher devant les caméras du monde entier ce poing levé, salut du « Black Power » américain. Ce dernier marque d’ailleurs son soutien en arborant lui aussi le badge de l’OPHR.

Peter Norman, Tommie Smith et John Carlos lors de leur protestation après le 200m aux J.O 1968 à Mexico  
Peter Norman, Tommie Smith et John Carlos lors de leur protestation après le 200m aux J.O 1968 à Mexico
 

Dans le public, les applaudissements du début de la cérémonie qui venaient féliciter la nouvelle performance de Tommie Smith, qui a couru en 19 secondes et 83 centièmes malgré une légère blessure aux adducteurs contractée lors de la demi-finale et a même perdu quelques centièmes en se relâchant en fin de course pour lever les bras au ciel, laissent place aux huées, aux sifflets, aux insultes. Tommie Smith commente cette ambiance en disant :

« Quand je gagne, je suis Américain, pas Noir-Américain. Mais si je fais quelque chose de mal, ils vont dire que je suis un Négro. Nous sommes Noirs et nous sommes fiers de l’être. L’Amérique Noire comprendra ce que nous avons fait ce soir […] Nous ne sommes pas les braves garçons, ni de braves animaux que l’on récompense avec des cacahuètes. Si les gens ne s’intéressent pas à ce que les Noirs pensent en temps normal, qu’ils ne viennent pas voir les Noirs courir en public… […] L’Amérique blanche ne nous reconnaît que comme champions…».

La réponse du Comité Olympique International est cinglante. Supposé être politiquement neutre, le président Avery Brundage explique que ce geste est « une infraction délibérée et violente aux principes de l’esprit olympique » et décide immédiatement de faire exclure Smith et Carlos du village olympique et de la délégation américaine. Et lorsque que le Comité Olympique Américain refuse de mettre en application cette sentence, Brundage qui en avait d’ailleurs été le président en 1936 et n’avait rien dit face aux saluts nazis lors des J.O. de Berlin, décide de faire exclure toute la délégation américaine. En 2008, le site officiel du Comité Olympique International stipule toujours que, « au-delà des médailles remportées, les athlètes noirs-américains se sont fait un nom par un acte de protestation raciale ».

 
 

Finalement, les deux athlètes ont été peu à peu écartés du sport américain et de plus en plus critiqués pour leur action. Le magazine Time a notamment transformé le logo olympique en remplaçant la formule « Faster, Higher, Stronger » par ces mots : « Angrier, Nastier, Uglier ». Quant aux familles des athlètes, elles ont reçu de nombreuses menaces de mort.

Une autre athlète noire-américaine, Wyomia Tyus, qui défendait son titre olympique obtenu sur 100 mètres en 1964 a remporté le 100 mètres et le relais 4 x 100 mètres. Elle a offert ses deux médailles d’or à Smith et Carlos, en remerciement de leur geste. Quant à celui que l’histoire a trop vite oublié, Peter Norman, il a lui aussi été écarté par la délégation australienne. Malgré sa troisième place lors des qualifications australiennes de 1971, il n'a pas été sélectionné pour les Jeux Olympiques de 1972. Il a également été écarté de la délégation australienne lors des Jeux Olympiques de Sydney en 2000. Lors de son enterrement en 2006 à Melbourne, Tommie Smith et John Carlos sont venus porter son cercueil.

Les deux jeunes athlètes ne regrettent rien de ce « Stand for Victory ». Sur le plan sportif, d’abord il faut attendre 1979 pour que le record de Smith soit battu, et 1984 pour qu’il soit battu lors de Jeux Olympiques. Mais c’est surtout la portée politique de ce geste qui fait la fierté des deux hommes. John Carlos déclare ainsi que cet acte citoyen est un « geste […] qui peut servir à montrer à un jeune qu’il n’a pas à attendre l’âge de la retraite pour marquer le monde de son empreinte ».

Tommie Smith et John Carlos transportant le cercueil de Peter Norman en octobre 2006. L'athlète australien les avait soutenu sur le podium en 1968  
Tommie Smith et John Carlos transportant le cercueil de Peter Norman en octobre 2006. L'athlète australien les avait soutenu sur le podium en 1968
 

Malgré les difficultés qu’ils rencontrent par la suite, Smith et Carlos poursuivent tant bien que mal leur carrière. John Carlos obtient ses meilleurs résultats en 1969 en égalant le record du monde du 100 yards, en remportant le 200 mètres lors des Jeux Panaméricains de Winnipeg, en participant à la première victoire en championnat de la San José State University et en battant deux records du monde, sur 60 yards et 220 yards en salle.

Carlos arrête l’athlétisme très rapidement pour se consacrer au football américain. Il rejoint les Philadelphia Eagles. Terrassé par une blessure au genou, il doit abandonner cette expérience au bout d’une année. Il revient finalement au football dans la Ligue canadienne, d’abord avec les Alouettes de Montréal puis avec les Argonauts de Toronto. Par la suite, il prend sa retraite sportive, travaille pour Puma, pour le comité olympique américain, pour la ville de Los Angeles. En 1985, après le suicide de sa femme, il devient entraineur de l’équipe d’athlétisme du lycée californien de Palm Springs.

Tommie Smith a lui aussi tenté l’expérience de la National Football League en rejoignant l’un de ses anciens amis de San José dans l’équipe des Bengals de Cincinatti. Son entraineur qui voulait le tester a très vite compris que sa vitesse était impressionnante et qu’il ne manquait jamais un ballon. Il est alors officiellement recruté. Malheureusement pour l’équipe, le nouveau « quarterback » n’envoie pas les ballons assez loin pour Smith.

La statue immortalisant le geste de Tommie Smith et John Carlos sur le campus de San José State University  
La statue immortalisant le geste de Tommie Smith et John Carlos sur le campus de San José State University
 

Après une blessure à la clavicule, Smith est contraint d’arrêter pendant une année. L’année suivante, ses performances diminuent. Menacé de mort, il quitte alors l’équipe. Il retourne alors à l’athlétisme et devient entraineur des équipes de sprint du Oberlin College de l’Ohio puis de celle de l’Université californienne de Santa Monica. En 1995, il entraine l’équipe olympique pour les championnats du monde d’athlétisme de Barcelone.

Dès 1978, avec l’évolution des mentalités américaines, Tommie Smith entre au Hall of Fame des athlètes américains. En 1995, il entre cette fois au Hall of Fame afro-américain de Californie du sport. Ce n’est qu’en 2003 que John Carlos entre lui au National Track & Field Hall of Fame. En août 1999, la chaine américaine HBO donne la parole aux deux athlètes qui peuvent enfin livrer leur version de l’histoire grâce au documentaire Fists of Freedom : the story of the 1968 Summer Games.

Une statue de sept mètres de haut, érigée en 2005 en la présence des deux athlètes sur le campus de San José State University, immortalise ce geste militant qui fait désormais partie intégrante de l’histoire contemporaine. Chaque visiteur peut alors prendre la place de Peter Norman, laissée vide, pour s’engager lui aussi aux côtés de Tommie Smith et John Carlos. Enfin, en juillet 2008, les deux hommes reçoivent le Arthur Ash Award for Courage. En août 2008, Tommie Smith offre les chaussures qu’il portait le 16 octobre 1968 au champion jamaïcain Usain Bolt.

Le 200 mètres de Mexico 1968 ; 1er Tommie Smith, 2e Peter Norman, 3e john carlos



Vidéo : bande annonce du documentaire consacré à Tommie Smith, John Carlos et Peter Norman






       
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Mots-clés
droits civiques   jeux olympiques   john carlos   peter norman   racisme   tommie smith   
 
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