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Bockel, Sarkozy, Bongo et la rupture qui tarde : quand l’homme de l’ouverture se fait éjecter
  Retour sur la "rétrogradation" au sein du gouvernement de Jean-Marie Bockel qui avait prôné la fin de la Françafrique
Par Haby Niakate
 

Entre secrétaire d’état chargé de la coopération et de la francophonie et secrétaire d’état à la défense et aux anciens combattants, il y a un pas. Un grand pas que réalise depuis le 18 mars 2008, Jean-Marie Bockel (JMB), pour qui ces lendemains d’élections municipales auront décidemment eu un goût plutôt amer. Arrivé au gouvernement après l’élection de N.Sarkozy, JMB sensé représenter l’ouverture chère au président de la République, était membre du PS avant d’en être exclu et de créer son propre parti de la Gauche Moderne, de tendances sociales-libérales, le 26 septembre 2007.

Fraîchement réélu à la mairie de Mulhouse, dont il est maire depuis 1989, Jean-Marie Bockel a dû parallèlement subir les frais du remaniement ministériel de M.Sarkozy. Malgré tout l’intérêt que ce dernier affirme avoir pour la défense, en tant que colonel réserviste de l’armée de l’air, ce changement de poste à surtout l’air aux yeux de la plupart des observateurs, notamment de ses anciens compagnons du PS, d’une rétrogradation.

Entre les mésententes avec son ministre de tutelle, Bernard Kouchner, son faible score aux municipales, et ses positions sur la "Françafrique", les interprétations fleurissent et divergent. Mais comme beaucoup de choses en matière de politique, tout se passe en coulisse, tout se sait, tout se dit, sous couvert d’anonymat bien sûr.

Bockel et l’Afrique
 
Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Bockel
 

Le 15 janvier dernier, Jean-Marie Bockel demandait publiquement à Nicolas Sarkozy de respecter les promesses faites et de soutenir la fin de la Françafrique. Cette promesse devait être symbolisée par une signature de "l’acte de décès de la Françafrique". Par Françafrique on entend bien entendu, le concept forgé par François-Xavier Verschave, rappelant tout le côté occulte de la politique menée par la France en Afrique et des réseaux multiples de relations personnalisées entre chefs d’Etat notamment, qui en découlent.

Les propos, quels sont-ils ? "Jean-Marie Bockel, bien qu'estimant ne pas avoir d'états d'âme sur le déplacement de Nicolas Sarkozy, lors de sa première tournée africaine en juillet, dans notre pays le Gabon, 'du reste ami fidèle de la France depuis quarante ans', a exhorté la France à ne plus céder à un certain nombre de caprices, un certain nombre de demandes incohérentes de certains pays qui ont (...) une rente pétrolière qu'ils ne consacrent pas aux investissements qu'ils nous demandent de financer", rappelait alors le communiqué du gouvernement gabonais.

 
Jean-Marie Bockel
 

Les propos avaient provoqué l’indignation d’un Gabon et d’un Omar Bongo représentant l’incarnation même de cette Françafrique. Une agitation remarquée de l’entourage de Bongo et un communiqué du gouvernement gabonais répondront d’ailleurs à ces propos. Aura-t-il suffit d’un Bongo et d’un Sassou Nguesso vexés, pour que le Ministre-Afrique du gouvernement soit sommé de quitter ses fonctions? Le saura-t-on dans l’immédiat ? Sûrement pas.

Le départ de Jean-Marie Bockel a d’ores et déjà été très bien accueilli à Libreville. "Pour nous, c'est un signe intéressant", explique le porte-parole du gouvernement gabonais. Une source anonyme, proche du pouvoir, confirme même des pressions sur Paris : "Libreville a bien demandé un changement de tête à la Coopération". Le Quai d'Orsay, de son côté, se refuse à "tout commentaire" sur les éventuelles pressions du Gabon. Mais ne dément pas. Les silences et l’embarras en disent long sur cette rupture, tant promise et qui tarde insolemment.

S’il en est un qui ne s’est pas tu et qui ne se tait pas c’est bien Jean-Marie Bockel qui a en tous les cas affirmé qu'il "ne retirait pas un mot" de ses déclarations sur les relations entre la France et les régimes africains. Espérons qu’il soit entendu, un jour au moins.




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