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Emeutes au Cameroun : le bilan se situerait aux alentours de 100 morts
  Les autorités camerounaises n'ont pour l'instant communiqué aucun chiffre, mais la maison des droits de l'homme du Cameroun, affiliée à la FIDH, l'évalue à une centaine. Chiffre provisoire.
Par Redaction Grioo.com
 
 
© cia.gov  

La vie reprend son cours au Cameroun, mais les journalistes et les médias locaux sont toujours sous pression tandis que le ministre de la communication Jean-Pierre Biyiti Bi Essam a hérité d’un nouveau surnom peu flatteur : "Small Goebbels" en référence au responsable de la propagande de Hitler. Dans "l’Etat de droit" qu’est le Cameroun, les peines disproportionnées commencent à se multiplier (plusieurs manifestants auraient été condamnés à 15 ans de prison NDLR).

Selon la maison des droits de l'homme au Cameroun, les émeutes qui ont eu lieu la semaine dernière auraient causé une centaine de morts. Mais le gouvernement n'a pas communiqué de chiffres pour l'instant. On sait toutefois que dans certains quartiers de Douala, la capitale économique, au moins une dizaine, (parfois une vingtaine) de personnes ont été tuées. Mercredi 27 mars dernier, le président Biya avait fait savoir que le "Cameroun était un Etat de droit" et que le gouvernement utiliserait "tous les moyens légaux à sa disposition pour faire régner l’ordre".

Si le calme semble être revenu, les médias sont surveillés de près par un pouvoir qui semble soucieux de montrer une "bonne image", et d’éviter que la presse locale et la presse internationale ne s’intéressent de trop près aux nombreuses victimes, -pour la plupart tuées par balles- et aux jugements pour le moins expéditifs. Las, comme le soulignait Théophile Kouamouo dans son blog, le mythe du Cameroun comme "pays stable" a vécu, ce qui est d’autant plus inquiétant qu'il pèse près de 70% du PIB de la sous région. Qui plus est, le Tchad et la Centrafrique, qui sont des pays frontaliers sont dans une situation politique encore plus instable.


La tension politique ne risque pas de diminuer au cours des prochains mois étant donné les projets de révision constitutionnelle qui s'annoncent pour permettre au président camerounais de briguer un nouveau mandat. Les dégâts matériels se chiffreraient à plusieurs milliards de francs CFA (plusieurs millions d’euros).

Le journal "Le Messager" avance le chiffre de 500 personnes arrêtées à la suite des émeutes, dont l’âge varierait essentiellement de 14 à 30 ans. (Certaines étant effectivement des pillards, tandis que d’autres n’auraient aucunement participé aux pillages NDLR). Si les autorités ont affirmé que les jeunes étaient "manipulés par des adultes "(les fameux "apprentis sorciers" mentionnés par Paul Biya), la crise socio-économique que traverse le Cameroun fait du pays une véritable poudrière :

la majorité des jeunes qui achèvent leurs études sont sans emploi ou dans le secteur informel (10% seulement de la population active aurait un emploi), et ces jeunes constituent au moins 50% de la population. La corruption est généralisée (le pays figure régulièrement en tête des palmarès de Transparency International), et on ne compte plus les personnalités politiques qui se sont enrichies à une vitesse supersoniques via le trafic d'influence et/ou le détournement de fonds publics.

Par ailleurs, la mobilisation des parachutistes et des éléments de la garde présidentielle pour faire régner l’ordre face à des manifestants à mains nues et armés de cailloux ne peut que susciter des interrogations : y a-t-il à ce point le feu à la maison pour qu’on fasse appel aux troupes d’élites camerounaises, ou la police et la gendarmerie étaient-elles si dépassées ?

 
Une personne tuée lors des événements de la semaine dernière au Cameroun
 

Les camerounais ironisent volontiers sur les forces de maintien de l’ordre promptes à arrêter des émeutiers et des simples citoyens, mais aux abonnés absents quand il s’agit d’arrêter des voleurs et autres bandits qui font régner l’insécurité quotidiennement dans les villes camerounaises.

Le Syndicat national des journalistes du Cameroun a fait savoir dans un communiqué (voir ci-dessous) que plusieurs journalistes avaient été arrêtés ou avaient été placés en détention à la suite de la couverture qu’ils avaient fait des émeutes.

Dans "l’Etat de droit" qu’est le Cameroun, la liberté d’expression est à géométrie variable : le maire de la ville de Penja, pourtant membre du RDPC (le parti au pouvoir NDLR), Paul Eric Kingue, a été suspendu de ses fonctions pour une durée de trois par le ministre de l’administration territoriale. Au motif officieux qu'il aurait été trop bavard dans son récit sur les tueries survenues dans sa commune alors que les "forces de l’ordre" tentaient de mater les manifestants.

Ecouter des journalistes camerounais, ainsi que le ministre de la communication dans l'émission d'Alain Foka "médias d'Afrique" (2ème partie)

Communiqué du Syndicat National des Journalistes du Cameroun:

Le Syndicat National des Journalistes du Cameroun (SNJC) est très préoccupé par le climat d’insécurité généralisée que vivent les hommes de médias camerounais depuis quelques semaines, accusés qu’ils sont par les pouvoirs publics d’encourager les manifestations.

1. Jacques Blaise Mvié, directeur de publication de l’hebdomadaire La Nouvelle Presse a été enlevé ce jour, 03 mars 2008, à Yaoundé par des éléments de l’armée, apparemment sur ordre du Ministre délégué à la présidence de la République en charge de la défense nationale, Rémy Ze Meka alias « Bad Boy ». Ce dernier a, en effet, été indexé dans l’édition de La Nouvelle Presse n°333 du 27 février 2008 comme étant le vrai auteur de la « tentative de coup d’Etat » qui a entraîné de nombreuses arrestations d’officiers de l’armée camerounaise.

2. Eric Golf Kouatchou, caméraman/réalisateur à la chaîne de télévision Canal 2 International a été arrêté par des éléments du Groupement Mobile d’Intervention (GMI) de Douala mercredi 27 février 2007 à 8h00, alors qu’il allait couvrir une marche à Bonanjo. Les policiers ont détruit sa caméra après avoir confisqué sa carte professionnelle, et notre confrère a été contraint de rejoindre un groupe de 36 jeunes à qui le Groupement demandait manu militari de ramasser tout ce qui avait été déposé en plusieurs jours de crise sur les rues et avenues de l’axe Bonanjo-Yassa (environ 10 km).

Une fois au siège du GMI, ce confrère a été roué de coups, fouetté et entendu sur procès-verbal ; il a été libéré à 18h30 le soir après avoir payé, sans reçu, la somme de 56 000 francs Cfa à ses bourreaux et suite à une intervention du directeur de la chaîne, M. Eric Fotso.


3. Polycarpe Essomba, correspondant permanent de Radio France Internationale à Douala, a, quant à lui, été obligé d’abandonner son domicile pendant toute la durée de la crise suite à des menaces téléphoniques à lui adressées, ainsi qu’à sa mère résidant à Yaoundé. Ce dernier à qui l’on reproche ses comptes-rendus « peu patriotiques » n’a pu rejoindre son domicile qu’hier « à ses risques et périls ».

4. David Nouwou, rédacteur en chef délégué du quotidien La Nouvelle Expression, et Patient Ebwele, correspondant du quotidien Le Jour, ont été, chacun, roués de coups par des éléments de forces de l’ordre à Douala, avec, souvent, leur matériel de travail confisqué. On leur reprochait simplement de couvrir les événements et d’être sur le terrain, tandis que Yvonne Cathy Nken, journaliste à Canal 2 International a vu son véhicule vandalisé à Douala, et conduit au garage pour d’onéreuses réparations à sa charge.

Le SNJC s’inquiète de cette subite offensive armée des forces de sécurité contre les médias qui fait suite à l’interdiction par les autorités administratives et gouvernementales des chaînes Equinoxe TV, Radio Equinoxe et Magic Fm en une seule semaine.

En exigeant la libération immédiate et sans condition de Jacques Blaise Mvié, directeur de La Nouvelle Presse,

le SNJC interpelle, à cet effet, le Gouvernement camerounais en vue d’une vraie protection des journalistes et des médias dans l’intervalle tumultueux 2008-2011, et appelle à témoins l’opinion nationale et internationale contre cet état de terreur où l’armée n’hésite plus à tirer à balles réelles, sans sommation, sur les citoyens.


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