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Sous-développement de l’Afrique : Tant que nous appliquerons les schémas du Nord
  Un journal burkinabé revient sur le dernier rapport publié par la banque mondiale
Par Lefaso.net
 
 
 

La Banque mondiale a sacrifié à la tradition des rapports annuels sur le développement dans le monde. Cette institution de Bretton Woods a rendu public son rapport 2008. On y apprend que l’Afrique est le continent qui traîne désespérément le pas. Rien de surprenant et de nouveau, serait-on tenté de dire.

Pourtant, il y a un fait inhabituel par rapport à ce que l’on a toujours entendu sur le développement de ces pays dont la majeure partie se trouve en Afrique. Au traditionnel "l’Afrique avance", cette institution de Bretton Woods a opposé un langage de vérité, de réalisme qu’elle-même n’a pas toujours tenu. Les étiquettes de bon élève, collées à certains pays où pourtant tout n’est pas rose, sont la preuve de ce manque de sincérité. Si l’on ne nous flatte pas une fois de plus, on peut dire que l’heure de la franchise a sonné. Franchise pour franchise, l’heure est venue pour les pays africains de se remettre en cause par rapport à leurs schémas de développement.

Il y a vraiment lieu de s’interroger sérieusement, au regard de l’image de tonneau sans fond, de gouffre financier que présente le continent. Bien malin celui qui saura dire avec exactitude le montant de l’importante manne financière déversée sur le continent au titre de la coopération Nord-Sud, de l’aide au développement. Et cela depuis 1960, date des indépendances de la plupart des pays africains.

Le résultat de cette aide est décevant car jusque-là, on ne voit pas son impact. Les populations n’ont jamais été autant pauvres que maintenant, certains pays bénéficiaires n’ont jamais été autant arriérés, etc. Or, à l’opposé, d’autres pays, asiatiques notamment, qui n’ont pas bénéficié d’autant d’aide, ont pu se développer au point de devenir de sérieux concurrents de pays du Nord.

 
 

Alors, qu’est-ce qui se passe donc concernant les pays africains au Sud du Sahara notamment ? L’aide n’est-elle pas bien gérée ? Les Africains ont-ils du mal à s’inspirer des bons exemples des autres ? Et surtout, que l’on ne nous répète pas que les pays développés ont mis du temps pour être là où ils sont aujourd’hui. De combien de temps avons-nous vraiment besoin pour nous placer objectivement sur les chemins du développement, vu que l’on tourne en rond depuis 48 ans sans pouvoir décoller ? Feu le professeur Joseph Ki-Zerbo, se demandait dans un de ses ouvrages : "A quand l’Afrique ? Une interrogation toujours lancinante et dont il faut craindre qu’elle reste d’actualité pendant des décennies encore.

Il y a lieu de reconnaître que les schémas appliqués jusque-là ont montré leurs limites ou n’ont jamais été efficaces. C’est d’ailleurs le propre des schémas importés qui ne tiennent pas compte des spécificités, des réalités locales et sont, de ce fait, des camisoles. Sur ce point, les bailleurs de fonds doivent revoir leurs copies, faire preuve de souplesse dans les conditionnalités.

La page des solutions du développement clé en main doit être tournée. Il appartient aussi à l’Afrique de voir dans quelle mesure elle peut mettre en adéquation ces conditionnalités avec ses propres cultures. Les pays d’Asie ont, quant à eux, réussi le pari de mettre en phase leurs cultures avec les exigences du développement. C’est peut-être là la problématique du développement africain.

Par Séni DABO

Le pays


www.lefaso.net







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Sous-développement de l’Afrique : Tant que nous appliquerons les schémas du Nord

Nombre de messages
:  7
Pages:  1  

  Senil ,,le senile
( 29/08/2008 14:25 )

Cet article est volontairement tendancieux…L’Afrique un gouffre sans fond ?? Ce n’est sûrement pas TOTAL-FINA qui pourra le confirmer. L’aide ? Quelle aide ? Celle qui reste dans les caisses des pays soi-disant donateurs ou le pourcentage volontairement confié aux «collabos » africains, sous conditions de ne rien en faire de concret. Celui qui prétend t’aider sans te demander ton avis, ne veut pas t’aider. Si volonté d’aider il y a, elle doit s’attaquer a la racine du mal propre au pays francophones d’Afrique : l’impossibilité depuis 50 ans de choisir nos dirigeants librement. L’aide devrait être sous forme de groupes de pressions contre les ingérences (surtout françaises) en Afrique, informer l’opinion publique du mode de fonctionnement de la coopération et de ses non dits, mais , ce n’est pas pour demain car ça coûterait trop cher a long terme alors autant continuons a faire semblant…..
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  art sans grand interet
x ( 29/08/2008 14:55 )

l'art passe son temps à poser des question que tout le monde se pose depuis longtemps à savoir pourquoi l'afrique ne s'en sort pas? des dirigeants corrompus, des africains eux meme ectc etc tjs le meme blabla mais là ou je suis en désaccord c concernant l'Asie? en quoi son modèle de développement est il different de l'occident? ils ont basé leur développement sur le mimétisme de l'occident qui commence maintenant à en voir les effets..les chinois fabriquent des voitures, du whisky bref tout en exigeant bien sur à ses partenaires le transfert technologique. je ne sais pas si c'est mieux mais ça marche.
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kwende ( 29/08/2008 15:22 )

les asiatiques ont toujours refusé " l'aide " européenne, ils se sont développés en appliquant sur leur propre mode de vie les avancées technologique occidentale , et ont toujours refusé la soi disant démocratie , qui en fait n'a fonctionné que chez les occidentaux puisqu'elle correspond a leur facon de penser
les africains ne se developperont pas tant qu'ils seront " aidés " et la democratie qui consiste à dire que la majorité decide ne signifie rien pour un africain et ne fonctionnera donc jamais.
en afrique encestralement lorsqu'il y avait une decision à prendre elle se faisait quand tu reussissait à convaincre TOUT le monde , d'ou les palabres de plusieurs jours .Quand il y avait un roi c'est lui qui prenait toutes les décisions
Les africains ne sont pas près de s'en sortir puisqu'ils pensent toujours qu'il faut tout faire exactement comme le blanc
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  On assiste à l'épuisement du système capitaliste
MOUSSA ( 29/08/2008 15:28 )

Le capitalisme ou le "libéralisme" est un système vieil de 400 ans. Vous me rétorquerez qu'il fait ses preuves. Oui. Mais seulement pour les riches. En revanche, le nombre de pauvres ne fait qu'augmenter. Au lieu d'inventer un autre système, les pays africains continuent à (re)copier ce vieux système qui a produit des abominations : esclavage, colonisation, apartheid, ajustement structurel...
Le Président Compaoré a pris un virage à 180 dégré en direction de la françafrique et son pouvoir influence les mass médias au Burkina. Vive Sakara.
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  a lowende caricature
x ( 29/08/2008 16:06 )

comme l'afrique, l'asie est un continent divers. je ne sais pas qui t'a dit que ts les pays d'asie(comme l'amérique du sud d'ailleurs) étaient des dictatures? je ne citerai que l'Inde(+1milliard d'Habitants) corée du sud etc..la démocratie"occientale" est donc pésente sur tous les continents. démocrates ou pas c'est par la volonté ds dirigeants et le génie de leur peuples que les société évoluent. si il suffisait d'importer la démocratie ou de vivre sous une dictature pour se développer cela se saurait! l'inde "plus grande démocratie" s'est spécialisée dans les services, la chine(dictature) dans l'industrie et le brésil(démocratie) dans l'agriculture; quant à l'afrique...fournisseur de matières premières uniquement et passant son temps à quemender
heuresement que les africains ont un nouvel ami chinois qui bien sur ne lui veut que du bien....!
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  reaction
( 29/08/2008 22:28 )

qui vous a dit que la democratie est un attribut europeen? Je vous informe que chez les Yoruba Ouest Africains, depuis des lustres, il existait une forme de democratie ou' le roi ne prends pas une decision sans consulter une chambre de representants qui e'mane des diverses familles dynastiques de l'e'poque. Alors arreter de croire que tout est Occidental et Documentez vous sur l'histoire de l'Afrique.
J'ai rencontre' beaucoup d'Intelectuels Africains et quand vous discutez de l'histoire de l'Afrique ils ne vous parlent que des anne'es d'independance(1960); alors c'est a' croire que l'Afrique n'existait pas avant les anne'es 60.
Je nous conseille de beaucoup lire notre histoire depuis l'Egypte des Pharaons (des millenaires a-Jesus Christe) jusqu'a' nos jours pour comprendre que non seulement l'Afrique est le berceau de l'humanite', mais aussi le berceau de la modernisation actuelle que les Occidentaux essaient de s'accaparer. Savez -vous que les Grands Savants qui ont fait l'europe sont alle's etudier en Afrique? Je veux citer Aristote, Platon......
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  http://www.africamaat.com/Nous-devons-simplement-quitter-la
( 30/08/2008 02:43 )

Nous devons quitter la Banque mondiale parce qu’elle a apporté la pauvreté en Afrique


Avec le FMI, elle est contre le développement de l’Afrique.



Par Freddy Mulumba Kabuayi Le Potentiel (R.D. Congo), Edition 4377 du Lundi 07 Juillet 2008

Le Potentiel a saisi l’opportunité de la rencontre dernièrement à Brazzaville des écrivains de la République démocratique du Congo et de la République du Congo pour s’entretenir avec le professeur Théophile Obenga non seulement sur les liens entre les deux pays mais aussi sur les questions d’actualité. Historien et héritier de Cheik Anta Diop, il aborde avec Le Potentiel le passé, le présent et l’avenir de l’Afrique. Cela après avoir encouragé la poursuite des échanges culturels entre Congo-Kinshasa et Congo-Brazzaville. Ci-dessous, l’interview.

Vous êtes bien connu dans les milieux intellectuels africains en général et congolais en particulier. Nous venons d’assister aux rencontres entre les écrivains de deux Congo. Quel est votre avis sur cet événement ?

Théophile Obenga : C’est très bien de continuer les relations culturelles et intellectuelles entre les deux rives du fleuve Congo, entre Kinshasa et Brazzaville, entre le Congo démocratique et le Congo-Brazzaville. Je crois que chaque génération a les mêmes ambitions. Vous savez que, pendant la colonisation, l’Afrique équatoriale française (AEF) avait une revue qui s’appelait Liaison. Et le directeur général de cette revue à Brazzaville était Paul Lomami Tchibamba, un romancier du Congo-Kinshasa, avec son roman « Ngando ». Moi, je me trouvais encore à Brazzaville au lycée Savorgnan De Brazza. Ensuite, avec les indépendances, les cercles culturels de Poto-Poto, de Bacongo seront animés aussi par les autres amis de l’autre côté du fleuve. Nous nous appelions aussi « Bana Béa » (Brazzaville). De l’autre côté, les habitants de Kinshasa s’appelaient « Bana Kin ». Il y avait des amitiés, des conflits, des jeux, etc. Et il faut dire que tous les grands musiciens de Brazzaville, sans exception, ont été formés à Kinshasa. Jean-Serge Essous était même chef d’orchestre à l’OK Jazz. Il a dirigé ensuite les Bantous de la capitale. Donc, il y a toujours eu ces liens-là. Il en est de même dans le domaine de football. Celui qu’on a appelé Omela Trouet, grand footballeur de Kinshasa, jouait ici à Brazzaville. Notre grand joueur Mambeke, Boucher de la plaine, dans le Bacongo, c’était Fumanchi, le professeur Masengo, etc. Il y avait tout le temps de l’amitié, des rivalités, des ambitions communes partagées, jusqu’à nos jours. Ce que la génération actuelle fait n’est qu’une continuité. Moi-même, j’ai enseigné à l’Université de Lubumbashi. J’ai tenu plusieurs conférences universitaires à Kinshasa, soit dans les salles de cinéma, soit dans les auditoires de l’Université de Kinshasa. Feu le cardinal de Kinshasa, Albert Joseph Malula assistait à mes conférences. Donc, il y a toujours eu ces liens entre les deux capitales.

Vous ne parlez que des rapports culturels …

Théophile Obenga : Cela à tous les niveaux : commercial, culturel, intellectuel, religieux, spirituel (le Kimbanguisme a commencé à Kinshasa et aujourd’hui, un grand mouvement existe ici à Brazzaville depuis longtemps. De tout temps, il y a eu, bien avant la colonisation, le pays Bateke à Brazzaville comme à Kinshasa ainsi que des noms qui se ressemblaient. Lorsque Grand Kallé chantait Indépendance cha cha, c’était l’indépendance de toute l’Afrique centrale. On a fêté Lumumba autant à Brazzaville qu’à Kinshasa. C’était un même pays, un même espoir. Je me rappelle que, quand j’étais ministre des Affaires étrangères, j’ai rencontré le roi des Belges à Bruxelles. Il m’avait dit que les Brazzavillois avaient accueilli les Belges lors des troubles qui avaient émaillé l’indépendance. Je lui ai dit que c’est un même pays. Quand les Belges sont maltraités à Kinshasa, ils viennent à Brazzaville. Et quand les Français le sont à Brazzaville, ils vont à Kinshasa. Quand il pleut à Kinshasa, il pleut à Brazzaville. C’est bien que les jeunes continuent cette tradition. Le fleuve, en fait, ne sépare pas, mais il unit.

Vous passez au plan international comme l’héritier de Cheik Anta Diop. Aujourd’hui, avec tous vos travaux, avez-vous l’impression que les hommes politiques ont pris conscience de l’unité de l’Afrique ?

Théophile Obenga : On croit que ceux qui parlent de l’Union africaine, ce sont eux qui font son unité. Les chefs d’Etat, aujourd’hui, croient que l’Union africaine, c’est leur affaire. Tant mieux. Mais en fait, c’est depuis le 19ème siècle qu’on parle de cette affaire-là. Marcus Garvey, un Jamaïcain, est le créateur du panafricanisme. Il y a les Blee Dem, Dubois et autres. C’est une longue tradition. Ils ont organisé le congrès panafricain. Ensuite, il y a les Blaise N’Diaye, Kwame Nkrumah, avec les Jomo Kenyatta et Julius Nyerere, Kenneth Kaunda qui leur ont emboîté le pas. Puis, a suivi la génération de Cheick Anta Diop jusqu’à Lumumba, Luis Cabral et Thomas Sankara. Lumumba, présent au Sommet d’Accra, nous a ramené le panafricanisme en Afrique centrale. De tout temps, ces idées de renaissance africaine, de panafricanisme, d’union africaine, de solidarité, de destin commun ont toujours drainé la politique africaine. Parfois, très rapidement. Parfois, très lentement. Des fois, on fait semblant d’oublier. De toute façon, si nous lisons le monde aujourd’hui, la Chine a déjà plus d’un milliard d’habitants. Un pays très puissant. D’ici 20 ou 30 ans, la Chine sera peut-être la première puissance du monde, au point de vue économique. Le Japon est une puissance. Il en est de même de l’Inde. L’Europe va se construire avec l’union. Les Européens veulent même détacher les pays africains de la Méditerranée, en constituant l’Union méditerranéenne. Les pays de l’Amérique latine tels que la Colombie avec Hugo Chavez, l’Argentine, l’Uruguay, le Paraguay, le Brésil veulent faire leur marché commun, leur unité économique. Les Etats-Unis veulent faire un grand ensemble avec le Canada et le Mexique. Pouvons-nous tenir devant ces nouvelles masses continentales, cette géopolitique de la nouvelle mondialisation ? Nous ne pouvons pas tenir dans l’isolement actuel. On crée la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale), la SADC (Communauté de développement de l’Afrique australe), tout ça va passer.

Ce panafricanisme demeure-t-il un rêve ?

Théophile Obenga : Non. En tout cas, nous arriverons, au cours du siècle, même à la fin de celui-ci, à l’unité continentale de l’Afrique. Et nous arriverons à l’Etat fédéral panafricain. C’est ça le destin africain. Et nous avons les ressources matérielles pour le faire. Nous sommes le continent le plus riche de la terre. Nous avons des intelligences, une population, etc. Nous avons tous les moyens. Tenez ! Qu’est-ce qui se passe ? Tout le monde se développe avec les richesses africaines, en l’occurrence l’Europe et les pays asiatiques. Tandis que les pays africains s’appauvrissent. Ce qui est paradoxal. Il faut développer l’Afrique. Et ce faisant, développer l’Humanité. L’Afrique, on ne s’en rend pas compte, est une puissance.

Donnez-vous donc raison au président libyen, Mouammar Kadhafi, qui veut que soient créés les Etats-Unis d’Afrique ?

Théophile Obenga : Oui. Mais Kadhafi n’est pas le premier. Nkrumah en avait parlé. L’Afrique doit s’unir. Le président Kadhafi pousse ce destin-là que nous soutenons. Mais il faut de la méthode. Faisons des Etats fédérés avec un gouvernement fédéral qui aura des représentants ministres. En ce moment-là, nous pèserons en tant qu’Etat dans la communauté internationale. C’est ça la démarche. Il faut réaliser l’unité politique, d’abord. C’est l’unité gouvernementale de gestion. Comment voulez-vous gérer s’il n’y a pas de gouvernement. Il faut d’abord faire un Etat politique. Et la politique commande l’économie. Il faut connaître l’orientation, l’idéologie, les ambitions. Qu’on ait avant tout le royaume politique et tout le reste viendra après. Voilà pourquoi les ensembles économiques ne marchent pas. La CEMAC ne marche pas bien parce qu’il y a ce vide, parce qu’il n’y a pas de contenu politique, idéologique. On ne fait la critique de personne. Mais, c’est de petits projets économiques de ceci ou cela. Mais quelle est l’ambition, la vision, l’idéologie politique ? Parle-t-on de la protection du peuple africain au sein de la CEMAC, de la libre circulation ? Quels sont les droits des peuples de la CEMAC ? Comment favoriser leur bien-être ? C’est ça, d’abord. Ce n’est pas protéger ce qui est très passager. Voilà pourquoi ça ne marche pas, on traîne sur les visas. Les Européens n’ont pas commencé par le contrôle des visas. Ils ont débuté par réaliser l’Union européenne où l’on compte aujourd’hui 27 pays membres. La CEMAC n’a pas l’idéologie de l’Unité africaine. Voilà pourquoi ça marche très lentement.

On se rend compte que la présence française en Afrique centrale handicape le processus de formation des Etats-Unis d’Afrique ?

Théophile Obenga : Les intérêts français, européens ou américains profitent de la faiblesse politique du vide politique, du leadership. Chacun sauve ses intérêts. Nous sommes dans un monde des loups. La mondialisation, c’est quoi ? C’est la lutte des intérêts au niveau planétaire. Alors, chacun défend ses intérêts. Si j’étais Français, j’allais défendre les intérêts de mon pays en Afrique. A qui la faute, si les Africains ne défendent pas leurs intérêts ? Aujourd’hui, les Chinois ne viennent pas en Afrique parce qu’ils aiment ce continent mais pour leurs intérêts. C’est pour se développer qu’ils viennent chercher le pétrole, l’uranium, l’or …. C’est normal. L’Inde, le Japon, la Russie, les pays européens feront la même chose. Il faut que l’Afrique apprenne à défendre ses intérêts. Et du coup, à coopérer, à dialoguer avec les autres. Mais nous coopérons, nous dialoguons sans défendre nos intérêts. C’est-à-dire que le patriotisme africain fait défaut, en quelque sorte. Ce patriotisme dont faisaient preuve les Lumumba. Ils n’avaient pas parlé d’économie et des trucs. Mais, d’abord, de la dignité africaine, du respect africain, des intérêts africains à sauvegarder. C’est ça qui va nous mobiliser pour bâtir le pays. Et construire le pays pour défendre ses intérêts va nous faire respecter des autres. Quand ceux-ci nous respectent, on peut alors dialoguer librement et à égalité. Comme le déclare la Déclaration universelle des droits de l’Homme, tous les hommes sont libres et égaux. Nous croyons toujours que nous sommes inférieurs par rapport à l’homme blanc. Les Belges, qui connaissent la pagaille entre Flamands et Wallons, veulent avoir un regard moral sur les affaires du Congo démocratique. Mais de quel droit ? Les Africains ont-ils un droit de regard sur les affaires de la Belgique, de la France, du Portugal ou de l’Espagne ? Ils arrêtent les gens comme ils veulent. Nous n’avons jamais traduit en justice, à la Cour pénale internationale de La Haye, le Belge qui a assassiné Lumumba. Il en est de même du Portugais qui a tué Cabral et des assassins de Samora Machel, Buganda, Sankara. Et la communauté internationale, formée de quatre pays (Les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne) régente tout. Mais c’est de la fiction.

Que doit pour cela faire l’Afrique ?

Théophile Obenga : Il faut que l’Afrique défende ses intérêts. Le jour que cela deviendra réalité, ils viendront se mettre à genoux pour renégocier les contrats, les affaires. Quand nous dirons que le diamant de Mbuji-Mayi nous appartient et que nous le vendons à qui nous voulons, et qu’Anvers n’est pas la capitale du diamant, et que c’est nous qui sommes la capitale du diamant. En ce moment-là, ils vont nous respecter. Ils viendront pour la réconciliation, nouer des amitiés. Parce que dans le sous-sol européen, il n’y a rien. Donc, ils auront toujours besoin de nous. On ne leur doit rien du tout. Il y a des choses que je n’ose pas dire. La Banque mondiale, par exemple, c’est l’institution la plus corrompue de la terre. Elle a donné de l’argent au président Mobutu en sachant l’usage qu’il faisait de cet argent. Mobutu mort, il devient dictateur. Et le peuple congolais doit payer cet argent.

En dehors de puissances néo-coloniales, les institutions de Bretton Woods ne poursuivent-elles pas la néo-colonisation ?

Théophile Obenga : Nous respectons les institutions internationales telles que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Ces institutions ont-elles été créées pour résoudre la misère africaine ? Est-ce que la philosophie des institutions de Bretton Woods vise le soulagement de la misère africaine ? Elles n’ont pas été créées pour cela. Les Etats-Unis, aujourd’hui, ont un budget déficitaire. Pourquoi ils ne s’endettent pas auprès de la Banque mondiale, qui est à 5 minutes de la Maison Blanche. Mais les Etats-Unis se sont tournés vers la Chine pour s’endetter. Pourquoi la France déficitaire dirige le Fonds monétaire international pour ne pas s’endetter auprès de la Banque mondiale. Elle aussi est allée frapper à la porte des Chinois. Et ils nous demandent de nous rabattre à la Banque mondiale. Ces institutions respectables n’ont pas été créées pour nous. Nous devons simplement quitter la Banque mondiale parce qu’elle a apporté la pauvreté en Afrique. Elle a élaboré, soi-disant, des programmes d’ajustement structurel. Le Ghana était le meilleur exemple. Mais il est dans la misère absolue aujourd’hui. Ces institutions favorisent la culture de rente de coton au Mali. Elles sont contre les cultures vivrières. Si nous avons la crise alimentaire, c’est à cause de la Banque mondiale. Avec le FMI, elle est contre le développement de l’Afrique. Il n’y a que celle-ci à ne pas le comprendre. Quel pays ont-elles développé dans le monde ? Ont-elles développé le Bangladesh ? Même le Maroc qui a quitté ces institutions n’en est pas mort. Elles n’ont développé aucun pays dans le monde avec des conseils, des subventions. Les dettes contractées auprès de la Banque mondiale ne sont pas justes. Car l’argent qu’elles donnent à un chef de l’Etat africain va dans les poches des dirigeants en place. Et les experts de ces institutions, les plus corrompus de la terre, le savent. L’ancien directeur du Fonds monétaire international, Paul Wolfowitz, payait sa maîtresse comme salariée de la Banque mondiale. Est-ce que les Africains font cela ?

Les Africains sont-ils si naïfs, qu’ils acceptent n’importe quoi ?

Théophile Obenga : Oui. Nous sommes des naïfs. Le cas de Wolfowitz est là. Les gouvernements français, belge, britannique … sont les plus corrompus. Ils sont dans la magouille. Les Italiens, n’en parlons pas. Ils achètent même des matches de football. Vous avez déjà vu un président africain acheter à l’avance les matches de football ? La Juventus a été punie pour cela. Mais qui a acheté ce match ? C’est le premier ministre de l’époque, Berlusconi, qui est revenu au pouvoir. Comme les africains sont naïfs, ils laissent faire. Pourtant, ils ont des experts en économie. La Chine s’est développée sans coopération. L’Europe également. La France s’est développé en coopérant avec qui ? Des experts anglais ? Les capitaux anglais ont-ils développé la France ? Les experts hollandais ont-ils coopéré avec leurs homologues belges pour développer la Belgique ? Est-ce que ce sont les Italiens qui développent l’Espagne ? Pourquoi les Africains acceptent-ils cette fameuse coopération ?

Il est temps que l’Africain libère un peu son imaginaire parce qu’il pense toujours qu’étant Noir, il est inférieur à l’homme blanc, il est sous-développé. Il faut que le développement vienne de l’Europe …

Théophile Obenga : Vous avez touché le problème essentiel. C’est-à-dire l’homme pris dans son état primitif dans la philosophie bantoue du père Tempels. Et tout ça, c’est l’art sauvage, primitif. On lui inculque le sentiment d’infériorité. Donc, on cultive chez moi la peur de ma culture et de moi-même, l’adoration du modèle européen occidental. Dans ce complexe qu’on développe exprès, on ne peut rien faire. On ne prend pas son destin en main. Il faut nous décomplexer mentalement. Après, on peut chercher les voies et moyens, avec la coopération que nous choisirons librement. On n’est pas contre la coopération, mais qu’on ne nous impose rien du tout. On est assez grand pour décider nous-mêmes de notre destin. Les Occidentaux ont créé, notamment, la Banque mondiale et le FMI pour nous emprisonner. Parce que si l’Afrique se développe, l’Europe va changer car elle n’a rien. Tout le monde est en République démocratique du Congo, y compris les Chinois. Ils ont pris d’assaut la province du Katanga, se ruant vers le cobalt. Heureusement que le gouverneur de cette province a doublé le prix. Il devait même tripler, voire quadrupler. Les Chinois vous envoient de la pacotille, avec des serrures qui ne tiennent pas. On nous envoie des assiettes pourries, des carreaux qui ne tiennent pas … et on les accepte. A supposer que le Nigeria, la République démocratique du Congo, l’Afrique du Sud soient éveillés, debout, ces pays n’accepteraient pas n’importe quoi. C’est pour cette raison que je soutiens le président Mugabe. Je n’ai jamais toléré que les européens critiquent un chef d’Etat africain. Nous devons régler nos problèmes nous-mêmes. Ils n’ont de leçons à donner à personne. Ils ne font pas mieux que nous. Ce sont des corrompus et des violateurs de la loi, quotidiennement. Voyez comment ils traitent les Noirs qui vivent en Europe, les immigrés, les Sans papiers. Quand les Blancs critiquent Mugabe, c’est qu’il est bon. Le fait de reprendre les terres pour les rentabiliser est bon. Ce sont des terres à nous. Les autres n’ont qu’à aller chez eux.

Vous avez fait appel à la jeunesse africaine. La recherche scientifique serait-elle une utopie ?

Théophile Obenga : En Afrique subsaharienne, le nombre des jeunes dans la tranche d’âge de 15 à 35 ans est de 400 millions. Ils sont en chômage. Ils ne vont pas à l’école, parce qu’il n’y en a pas. Ceux qui sont près des Canaries préfèrent se faire bouffer par l’Océan. Et la police aérienne et navale espagnole leur tire dessus à bout portant. C’est un crime. Et la Cour pénale de La Haye ne dit rien. On dit qu’ils sont des naufragés sans nous montrer les cadavres parce qu’ils sont criblés de balles. Ils montrent les soi-disant rescapés. Un crime dont l’Union africaine ne parle pas. En outre, on va vers le Yémen, chez les Asiatiques qui sont aussi racistes. Donc, cette jeunesse-là, qui va diriger l’Afrique demain, doit bénéficier d’une éducation. Il faut lui assurer le travail. Voilà pourquoi je propose qu’on conçoive une université africaine à notre manière. Au 21ème siècle. Si nous voulons, comme le dit Thabo Mbeki, que le 21ème siècle soit celui de l’Afrique, de la renaissance africaine, je pense que cela doit fondamentalement commencer par l’éducation. Eduquer la jeunesse, la doter d’outils modernes. Sinon, elle ne saura pas diriger l’Afrique. Elle ne pourra pas non plus participer à la gouvernance du monde, aux organismes qui dirigent le monde. Parce qu’elle n’aura pas été préparée. Que fait aujourd’hui les jeunes américains entre 15 et 35 ans ? Ils sont tous à l’université. Il en est de même des jeunes européens. Et c’est des millions qui font le bac. Les Indiens font eux-mêmes leur bombe atomique. Ils n’ont pas besoin d’experts américains ou européens. La jeunesse chinoise prépare l’avenir de la Chine.

Il me semble que vous évitez, par pudeur, de citer nommément des hommes politiques au pouvoir sur qui pèse la responsabilité de cette débâcle...

Théophile Obenga : Tout est politique. Le pouvoir politique sert à quoi ? Le pouvoir sert à protéger le peuple. Exemple : on sort de la deuxième guerre mondiale, en France, c’est la catastrophe. De Gaule arrive au pouvoir. Il a le pouvoir d’Etat. Il crée la 5ème République avec une nouvelle Constitution pour régulariser le jeu politique. Après le bombardement d’Hiroshima et de Nagasaki, De Gaule a dit que le monde a changé. Il a créé la puissance nucléaire française dissuasive, en commençant par des essais nucléaires au Sahara, puis plus tard, dans les Polynésies. Il a créé une école nationale d’administration (ENA) pour que les Français puissent utiliser leur intelligence à la gestion du patrimoine national. Les anciens de cette école sont dans tous les domaines de la vie nationale française. La France est dirigée par les Enarques.

Mais pourquoi les hommes d’affaires, les hommes politiques africains ne se décident-ils pas de faire changer les choses ?

Théophile Obenga : On ne fait pas la politique sans idéologie. On est fils de paysans, parents pauvres. Brusquement, on accède au Trésor public. Il faut payer décemment les fonctionnaires, les agents de l’Etat, les ministres, les députés, les sénateurs pour les mettre à l’aise. Il faut affecter d’autres sommes d’argent aux autres secteurs de la vie nationale. Il faut amener chaque individu, homme et femme, à libérer son humanité, son intelligence. Avez-vous déjà entendu parler du développement de la Belgique, de la France, des Etats-Unis ? Non. C’est plutôt de la civilisation. Mais, en Afrique, on nous parle du développement, du sous-développement, du développement durable qui sont des vocables sans aucun sens. Les autres profitent de notre ignorance pour nous exploiter. En bref, nous devons bâtir la civilisation africaine moderne, là où chacun d’entre nous peut exprimer, selon ses talents, son génie créateur. C’est ça le bien-être. Ce n’est pas faire des routes, construire des hôpitaux. Ces infrastructures servent à créer une civilisation. Et les autres disent que nous sommes indignes de civilisation mais que nous sommes bons pour le développement. Mais …

Etes-vous hanté par le pessimisme ?

Théophile Obenga : Je suis très optimiste parce que l’Afrique est le berceau de l’Humanité. Nous sommes les premiers êtres dans cette Humanité. Les premiers hommes à faire l’amour sur cette terre sont les Africains. Ils sont aussi les premiers à voir quelqu’un naître, un homme mourir. Les premiers à voir la nature, à s’interroger sur celle-ci, sur le destin de l’Homme et sur le sens même de la vie. Ce sont les africains qui ont philosophé d’abord, ont organisé la société jusqu’au stade de l’Homo Sapiens. Nous ne sommes pas en dehors de l’Histoire. Maintenant que les choses évoluent, l’Homme s’adapte à son environnement. Il peut changer de peau, de couleur des yeux. L’Humanité ne peut pas se faire sans les Africains et l’Afrique. Nous avons été esclaves, colonisés, nous sommes encore
A

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