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  <title>MOUVEMENT POUR LA RENAISSANCE AFRICAINE</title>
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  <tagline type="text/plain" mode="escaped">MOUVEMENT POUR LA RENAISSANCE AFRICAINE</tagline>
  
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  <title>[AMERIQUE NOIRE &amp; CONTRE-CULTURE] Melvin Van Peebles, une vieille bobine...</title>
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  <issued>2008-06-13T01:11:54+00:00</issued>
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  <author><name>grdpea</name></author>
  <dc:subject>CULTURE ET RENAISSANCE</dc:subject>
  <summary>  

La gueule hirsute et la stature taillée dans l’ébène d’un vieux pirate.  Dégingandé. De toute éternité, engoncé dans son pardock, un cigare calé dans le bec. Quelques tatouages… Les raisins ternes (dont l’un est pratiquement mort, mais ne le répétez pas !) qui lui font le regard passablement blasé de ceux qui ont par trop vu du pays… Ce perroquet là, n’a que quelques mots dans son vocabulaire : « sueur », « sperme », « sang », … et accessoirement « révolution. » Quand il émerge de son inextinguible silence c’est toujours pour ratiociner en boucle : « Sueur ! Sperme ! Sang ! Révolution !... ». Et s’il lance « Action ! » comme on crie « A l’abordage ! » c’est que  pour lui, c’est tout un.</summary>
  <content type="text/html" mode="escaped">&lt;pre&gt; &lt;img src=&quot;http://img254.imageshack.us/img254/9092/jlguerinmelvinvanpeeblegs9.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt; &lt;img src=&quot;http://img254.imageshack.us/img254/9092/jlguerinmelvinvanpeeblegs9.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;La gueule hirsute et la stature taillée dans l&amp;#8217;ébène d&amp;#8217;un vieux pirate.  Dégingandé. De toute éternité, engoncé dans son pardock, un cigare calé dans le bec. Quelques tatouages&amp;#8230; Les raisins ternes (dont l&amp;#8217;un est pratiquement mort, mais ne le répétez pas !) qui lui font le regard passablement blasé de ceux qui ont par trop vu du pays&amp;#8230; Ce perroquet là, n&amp;#8217;a que quelques mots dans son vocabulaire&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;sueur », «&amp;nbsp;sperme », «&amp;nbsp;sang », &amp;#8230; et accessoirement «&amp;nbsp;révolution.&amp;nbsp;» Quand il émerge de son inextinguible silence c&amp;#8217;est toujours pour ratiociner en boucle&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Sueur&amp;nbsp;! Sperme&amp;nbsp;! Sang&amp;nbsp;! Révolution !...&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; ». Et s&amp;#8217;il lance «&amp;nbsp;Action&amp;nbsp;! » comme on crie «&amp;nbsp;A l&amp;#8217;abordage&amp;nbsp;! » c&amp;#8217;est que  pour lui, c&amp;#8217;est tout un.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;par Sénamé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt; &lt;img src=&quot;http://img145.imageshack.us/img145/1531/5factorsmelvinvanpeeblega0.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/pre&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Melvin Van Peebles, une vieille bobine pour sûr&amp;#8230;&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
Mais dans les deux sens du terme.  On croit avoir tout dit une fois qu&amp;#8217;on a présenté l&amp;#8217;auteur de &amp;#8216; &lt;em&gt;&lt;strong&gt;Sweet Sweetback&amp;#8217;s Baadasssss Song&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; &amp;#8217;  - ce sordide monument du cinéma afro, pionnier de ce qu&amp;#8217;on a appelé &lt;strong&gt;Blaxploitation&lt;/strong&gt;  (le genre «&amp;nbsp;for &amp;amp; by Blacks&amp;nbsp;» des années 70)- comme une légende vivante du cinéma, en  rupture d&amp;#8217;avec le vampirisme hollywoodien. Mais de fait, on manque de témoigner que la vie même de Melvin Van Peebles est un film.&lt;br /&gt;
L&amp;#8217;histoire aurait pu se satisfaire de retenir de ce débrouillard, né le 21 Août 1932 dans un ghetto de Chicago, qu&amp;#8217;il fut l&amp;#8217;un des tout premiers Africain-américains gradés de l&amp;#8217;US Air Force. Démobilisé alors qu&amp;#8217;il se trouve en Corée, Melvin n&amp;#8217;a guère envie de retrouver l&amp;#8217;Amérique du crack, du Klan, de la si sourde brutalité policière, quotidien des hommes de couleurs. Après avoir vaillamment défendu celles du drapeau, c&amp;#8217;est là une perspective à laquelle, il a du mal à se résoudre. Choisissant d&amp;#8217;établir entre lui et le Tonton Sam, le plus de distance possible, il fait une escapade au Mexique, où semble t-il, il s&amp;#8217;initie à la peinture. Mais entre deux portraits, Melvin fait un ti-Van Peebles. Retour aux Etats Unis. Le militaire devient conducteur de tramway. Une expérience dont il tire un premier livre en 1957: &amp;#8216;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;The Big Heart&amp;#8217;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; (où il se met en projet d&amp;#8217;expliquer aux enfants comment fonctionne le tram: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;A cable car is a big heart with people for blood. The people pump on and off &amp;#8212; if you think of it like that it is pretty simple&lt;/em&gt; »). Un jour, un passager aux allures d&amp;#8217;Ange Gabriel, lui suggère de s&amp;#8217;essayer au cinéma. Il prend l&amp;#8217;inconnu au mot, bricole en dilettante trois courts métrages et se pointe à Hollywood, ses bobines sous le bras. On lui propose un job de liftier (garçon d&amp;#8217;ascenseur), puis de danseur (sic !). Il comprend qu&amp;#8217;il n&amp;#8217;adviendra rien de lui, dans ce pays où le cycle des convulsions et des illusions semble si bien rodé. En attendant la révolution, il ira voir ailleurs. Il entame un nouvel exil volontaire, non pas sans avoir négligemment confié ses pellicules à un loueur de films de New York. Se faisant passer pour un Hollandais (patronyme aidant), il obtient un visa pour les Pays-Bas, où il débarque pour des études de Mathématiques et d&amp;#8217;Astronomie. Il eut sans doute fini grand mathématicien, si un certain autre talent ne le rattrapa, sous la forme d&amp;#8217;un courrier portant tampon du pays d&amp;#8217;Alexandre Dumas. Par on ne sait quel jeu du sort, ses films ont atterri dans un festival français et depuis, là bas, quelques connaisseurs - on cite des noms comme &lt;strong&gt;Meerson&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Langlois&lt;/strong&gt;,  &lt;strong&gt;Rouch&lt;/strong&gt; (excusez du peu)-  remuent ciel et terre pour en retrouver le «&amp;nbsp;génial&amp;nbsp;» auteur. On lui signifie clairement dans cette étrange missive qu&amp;#8217;il a quelque chose à apporter au cinéma. Melvin le croit volontiers et plie une nouvelle fois bagages. &lt;br /&gt;
Paris est alors, rappelons-le, depuis Harlem Renaissance et depuis que dans l&amp;#8217;euphorie de la libération, les soldats noirs-américains ont festoyé sans autre forme de discrimination partout en France (et qu&amp;#8217;on chuchote encore dans Harlem que les Françaises leur tombaient à foison dans les bras). Paris donc est, depuis le jazz - cette musique dont les Français parlent mieux que les Noirs même - la base arrière de l&amp;#8217;art et de l&amp;#8217;activisme afro-américains. Recréant une atmosphère digne de celle du 18ème où &lt;strong&gt;St Georges&lt;/strong&gt;, les &lt;strong&gt;Dumas&lt;/strong&gt; père et fils et autres &lt;strong&gt;Guillon-Lethière&lt;/strong&gt;, ces grands Blacks, leur cour, mousquetaires-dandys, peintres, écrivains et musiciens tous incorrigiblement dandys, entretenaient l&amp;#8217;émulation culturelle de la capitale, écumant les tavernes, criant jusqu&amp;#8217;à tard et guerroyant volontiers dans ses rues. Paris, enfin, capitale de l&amp;#8217;International Noir avec le Congrès de 1956. Paris donc et son intelligencia, déroulent un tapis rouge aux Noirs-américains, se fait le portevoix de leurs revendications. On met ainsi un certain point d&amp;#8217;honneur à dénoncer le racisme et l&amp;#8217;impérialisme américain, alors même qu&amp;#8217;au seuil des indépendances, s&amp;#8217;organise dans le plus grand silence, sournoisement et savamment la perpétuation de la domination française et l&amp;#8217;exploitation des peuples africains, là bas sur le continent. C&amp;#8217;est d&amp;#8217;une hypocrisie bien française, qui veut qu&amp;#8217;on indexe, mais des dix doigts le grand frère américain, pour éviter qu&amp;#8217;il en reste un seul pour virer la poutre qu&amp;#8217;on a dans l&amp;#8217;&amp;#339;il&amp;nbsp;! Mais cela est un autre film&amp;#8230;&lt;br /&gt;
Melvin, disais-je, fait une nouvelle fois ses bagages, sensible à l&amp;#8217;appel de la Médiathèque Française. Dans Paname, où il arrive en 1960, il est très vite réduit à faire la manche. On dit qu&amp;#8217;il tâte beaucoup et merveilleusement la gratte et qu&amp;#8217;il fait un assez bon mendiant. Certainement qu&amp;#8217;il eut fini un de ces vrais génies du bitume vite oubliés. Mais de la proximité de la rue, qui en fait un témoin privilégié, il est décidé à tirer autre chose&amp;#8230; en attendant de faire à nouveau du cinéma. Il couvre un obscur fait-divers et propose le papier à &lt;strong&gt;France Observateur&lt;/strong&gt; (futur Nouvel Obs) qui lui répond tout de suite par un contrat.&lt;br /&gt;
Il y a à l&amp;#8217;époque, un autre expatrié afro-américain à Paris&amp;nbsp;; tout juste lauréat du Prix de la Littérature Policière pour sa &amp;#8216;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Reine des pommes&amp;#8217;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Rage in Harlem&lt;/em&gt;, 1958). Quand l&amp;#8217;Observateur arrive à obtenir une interview de cet écrivain dont Sartre dit le plus grand bien, c&amp;#8217;est tout naturellement Melvin Van Peebles qui est dépêché. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chester Himes, le parrain noir&amp;#8230;&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
Oui, cela ne s&amp;#8217;invente pas&amp;nbsp;! Melvin VP rencontre l&amp;#8217;enfant terrible de la Littérature américaine à Paris. On n&amp;#8217;en a pas assez dit sur l&amp;#8217;influence qu&amp;#8217;eut une certaine littérature de paria sur le phénomène Blaxploitation. Cette littérature de la marge et largement marginalisée dont Himes est la figure de prou- mais qui eut d&amp;#8217;autres géants tels &lt;strong&gt;Clarence Cooper&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Charles Perry&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Iceberg Slim&lt;/strong&gt;, tous ex-braqueurs-cavaleurs et taulards arrivés aux lettres par ennui, en prison- a nourrit les scénarios de la Blax. D&amp;#8217;ailleurs on peut considérer que la véritable première &amp;#339;uvre Blax est cette adaptation par &lt;strong&gt;Ossie Davis&lt;/strong&gt; en 1970 d&amp;#8217;une nouvelle de Himes&amp;nbsp;: &amp;#8216;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Cotton Comes to Harlem&amp;#8217;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; (où l&amp;#8217;auteur ose une parodie des Blacks Muslims et autres nationalistes noirs, et où on retrouvait son célèbre duo d&amp;#8217;inspecteurs, Ed Cercueil et Fossoyeur Jones, dans une de leurs croisades au c&amp;#339;ur de Harlem, le «&amp;nbsp;cancer de l&amp;#8217;Amérique »). Si la paternité non assumée de la Blaxploitation est attribuée à Melvin Van Peebles, Chester Himes, lui, en est le parrain incontestable. Et la rencontre de Paris est certainement un moment clef dans l&amp;#8217;histoire du genre. Il semblerait que les deux hommes se plurent tout de suite. Pourfendeur du racisme, partisan du retour en Afrique, mais sans aucune chapelle, les opinions de Himes sont partagées par MVP. Mais c&amp;#8217;est surtout les concordances de parcours qui les rapprochent. Chester doit à un emploi de liftier et à une chute, un jour, dans l&amp;#8217;ascenseur vide, un handicap qu&amp;#8217;il traine depuis l&amp;#8217;âge de 19ans. Comme Melvin, il a convoyé en première noce avec une femme blanche et cela a mis la problématique du métissage  au c&amp;#339;ur de sa réflexion. Lui aussi a vu ses premières &amp;#339;uvres boudées par la critique américaine et il a, pareil, payé son juste tribu de la galère en France. Quand on demande à Melvin VP, ce que Himes lui a apporté, il répond&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Ben, moi j&amp;#8217;étais toujours assez fauché et, plusieurs fois, il m&amp;#8217;a payé des repas&amp;nbsp;! Il m&amp;#8217;a invité à dîner&amp;#8230;&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» Le même humour acide aussi. En fait, il nait une telle complicité entre ces deux là, que, de l&amp;#8217;aveu même de Melvin, cela lui valu quelques foudres de Mme Himes. Parisien depuis 1953, Chester est depuis peu une star en France, égérie de la collection Série Noire chez Gallimard. Quelque tabloïds lui font alors d&amp;#8217;indécents appels du pied. &lt;strong&gt;Hara-kiri&lt;/strong&gt; en est. Mais lui, dont tous les romans sortent d&amp;#8217;abord en Français, n&amp;#8217;en parle pas un mot. Il promet au journal satyrique de leur présenter «&amp;nbsp;quelqu&amp;#8217;un d&amp;#8217;aussi fou que lui ». Dans, &amp;#8216;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Regrets sans repentir&amp;#8217;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;, il raconte&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;C&amp;#8217;est chez nous que Melvin Van Peebles trouva sa voie. Un soir où il faisait le pitre en imitant son épouse américaine blanche, je le trouvai exceptionnellement drôle. Le lendemain, deux rédacteurs du journal humoristique Hara Kiri vinrent m&amp;#8217;offrir de collaborer  à leur hebdomadaire. Ça ne m&amp;#8217;intéressait pas mais je leur recommandai Melvin qui fit l&amp;#8217;affaire et devint célèbre à Paris&amp;#8230;&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;C&amp;#8217;est peu dire que la plume de Melvin van Peebles fit les beaux jours du jeune «&amp;nbsp;bête et méchant&amp;nbsp;» Hara-kiri. Durant cette carrière forte en gueule, Melvin écrira quelques romans. Il collabore aussi à l&amp;#8217;édition française du célèbre et combien subversif &amp;#8216;Mad&amp;#8217;&amp;nbsp;; adapte pour Wolinski La reine des Pommes en BD (doublant ainsi Picasso qui le premier eut ce projet) et enregistre ce qui parait l&amp;#8217;un des tout- premiers albums de &amp;#8216;Slam&amp;#8217;&amp;nbsp;: &amp;#8216;Brer Soul&amp;#8217;.  Mais ce que MVP fait le mieux, ça reste des films. Il signe &amp;#8216;La permission&amp;#8217; (Story of a Three-day Pass), une romance provinciale entre un GI noir et une Française, prétexte à titiller encore la «&amp;nbsp;color ligne.&amp;nbsp;» Cette  gentille fable est déjà depuis Paris même, une fronde au cinéma américain où les rapports de chairs entre Noir et Blanche semblent proscrits (c&amp;#8217;est d&amp;#8217;ailleurs là un tabou qui est encore d&amp;#8217;actualité). Mais même chez les Français la pilule a l&amp;#8217;air de mal passer. Chester Himes&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La scène où GI noir étreint une Blanche, leur faisait autant horreur qu&amp;#8217;aux pires abrutis du Sud des Etats Unis. Ce film déplaisait tout autant aux africains. Je n&amp;#8217;ai jamais compris pourquoi. Néanmoins Melvin était en bonne voie car la plupart des Françaises défendaient son film.&amp;nbsp;» Et de conclure&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;S&amp;#8217;imaginer à la Place de son héroïne (Nicole Berger) dans les bras d&amp;#8217;un costaud noir les excitait&amp;#8230;&amp;nbsp;» On échappe à peine au scandale. Mais même si la réception publique est mitigée, on ne peut nier de vraies qualités plastiques à &amp;#8216; La permission &amp;#8216; (pourtant un des films le plus sobres que Melvin n&amp;#8217;ait jamais tourné). Contre toute attente, l&amp;#8217;&amp;#339;uvre est sélectionnée en 1967 pour représenter la France au Festival de San Francisco.&lt;/p&gt;


&lt;pre&gt;&lt;/pre&gt;



&lt;p&gt;&lt;strong&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Burn, Hollywood, burn !...&lt;/em&gt; »&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
C'est ce que lançait &lt;strong&gt;Public Enemy&lt;/strong&gt; dans les années 90. Un lointain écho aux «&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Burn, baby, burn !&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» qui retentissaient dans les quartiers noirs pendant les émeutes de Watts en 1965. «&amp;nbsp;Baby&amp;nbsp;» c&amp;#8217;est la société américaine violente et ségrégationniste à laquelle la révolte noire promet le feu. Depuis son exil, les clameurs et l&amp;#8217;écho lui viennent que les quartiers brûlent et que désormais des hommes noirs, en blouson et béret noirs, patrouillent dans les rues y interdisant les exactions policières. Ces héros en dissension qui vont directement inspirer les personnages du cinéma dont il est (sans encore le savoir) le futur grand -père&amp;nbsp;;  arborent dit-on, un badge flanqué d&amp;#8217;un félin noir. Melvin van Peebles veut être de cette révolution. Quand le cinéma le ramène aux US en 1967, il est bien décidé à faire une mémoire à ces temps troubles. &amp;#8216;La permission&amp;#8217; est primée au festival de San Francisco. Hollywood se prend d&amp;#8217;un soudain intérêt pour le Négro que les Frenchies ont adopté.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Quand la pression des mouvements pour les droits civiques, au relais des &lt;strong&gt;Panthers&lt;/strong&gt;, atteint son paroxysme, que le crachat devint le même pour tous les visages du racisme officiel et que de partout de nouvelles sympathies lui naissent (on pourrait parler de celle de &lt;strong&gt;Marlon Brando&lt;/strong&gt;), Hollywood indexée, décide d&amp;#8217;anticiper sur le Public Enemy et de désamorcer la situation en faisant une ouverture symbolique sur ce monde noir menaçant d&amp;#8217;ébranler le statu quo. Les studios annoncent qu&amp;#8217;ils ouvriront, pour l&amp;#8217;exemple, leur porte à trois réalisateurs noirs (l&amp;#8217;idée étant bien sûr l&amp;#8217;idée de la refermer aussitôt après ceux-ci), pour un ensemble de trois films sur le racisme. MVP est du casting, aux côtés de &lt;strong&gt;Gordon Park&lt;/strong&gt; (&lt;em&gt;&lt;strong&gt;La colline des potences&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; et plus tard &lt;em&gt;&lt;strong&gt;Shaft&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; ) et  &lt;em&gt;&lt;strong&gt;Michael Schultz&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; ( Car Wash ). Mais Melvin  n&amp;#8217;est pas dupe de la mascarade. Il livre &amp;#8216;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Watermelon Man&amp;#8217;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;, (22 jours de tournage), la comédie bouffonne d&amp;#8217;un Blanc qui se réveille dans la peau d&amp;#8217;un Noir.  Le film a du succès. Hollywood qui découvre la manne que représente ce cinéma fait par des Noirs, place Melvin sous contrat pour trois nouveaux films... Ce qui lui assurait une belle carrière pour peu qu&amp;#8217;il resta dans le moule.&lt;br /&gt;
Mais MVP ne collaborera plus jamais avec les Majors. Avec les $50000 que lui ont rapportés  &amp;#8216;Watermelon&amp;#8217; , $50000 autres taxés à &lt;strong&gt;Bill Cosby&lt;/strong&gt; et d&amp;#8217;autres fonds levés en France,  il se lance fin 1970, dans la production de &amp;#8216; &lt;em&gt;&lt;strong&gt;Sweet Sweetback&amp;#8217;s Baadasssss Song&amp;#8217;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;,  l&amp;#8217;histoire d&amp;#8217;un Nègre traqué par la police et que cela même mène à une certaine conscience politique. C&amp;#8217;est le «&amp;nbsp;pied dans la porte&amp;nbsp;» (&lt;strong&gt;Archie Sheep&lt;/strong&gt;)&amp;nbsp;; tourné en 19 jours, la vengeance  que MVP rumine depuis toujours, contre Hollywood, l&amp;#8217;hypocrisie et le capital, contre le racisme et les bavures policières, contre Sydney Poitier et son image de gentil Noir qui seule faisait autorité sur grand écran et imprégnait les imaginaires. Une mauvaise fièvre qui lui remonte de bien loin. &amp;#8216;SSBS&amp;#8217; est un film difficile, déroutant. Mal tourné, volontairement raté. Un cinéma psychédélique, sans économie de cris de sexe et de coups, qui donne  mal à la tête et dit l&amp;#8217;imminence de la révolution. Fabriqué à100% hors du système (Melvin est producteur, scénariste, réalisateur, acteur, distributeur de son film) et dans le pur esprit de l&amp;#8217;esthétique &lt;strong&gt;Woodstock&lt;/strong&gt;, c&amp;#8217;est un véritable hymne à la liberté de par le discours, le ton et dans la narration. Le film est «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;classé X&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» à sa sortie et interdit dans plusieurs salles. &lt;strong&gt;Huey Newton&lt;/strong&gt; lance un appel à soutenir l&amp;#8217;&amp;#339;uvre qui d&amp;#8217;emblé se trouvera taxée de manifeste du BPP. Melvin voulait faire «&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;un film victorieux, un film dont les Noirs pourraient sortir la tête haute au lieu de s&amp;#8217;éviter du regard.&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» Le pari est réussi. L&amp;#8217;adhésion est massive et populaire (N°1 au Box Office). La complexité de l&amp;#8217;univers esthétique  ne décourage pas le public qui semble s&amp;#8217;y retrouver, preuve que Melvin connait bien son peuple. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Réinventant l&amp;#8217;indépendance du cinéma et l&amp;#8217;indépendance au cinéma le turbulent réalisateur par ce pied de nez à Hollywood, fait une brèche, et permis qu&amp;#8217;on prenne au sérieux de nombreux jeunes réalisateurs comme &lt;strong&gt;Spike Lee&lt;/strong&gt;. Ce dernier se souviendra de la leçon quand il se trouvera en but aux réticences dans son projet de porter Malcom X à l&amp;#8217;écran. Quelques tentatives au théâtre, et d&amp;#8217;autres films suivront, dans la même veine esthétique et avec le même mauvais sang, mais comme Melvin l&amp;#8217;a lui-même prophétisé&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Il n&amp;#8217;y aura jamais un second film comme &amp;#8216;Sweet Sweetback&amp;#8217;s&lt;/em&gt;&amp;#8217;.&amp;nbsp;» Un autre ovni à signaler cependant dans sa filmographie&amp;nbsp;: le fameux &amp;#8216;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Classified X&amp;#8217;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; (1995) en collaboration avec &lt;strong&gt;Mark Daniels&lt;/strong&gt; et produit par la chaine &lt;strong&gt;ARTE&lt;/strong&gt;. Une histoire de la représentation des Noirs dans le cinéma américain, racontée par et à la manière Van Peebles et dont le bilan est cinglant. &lt;strong&gt;Il n&amp;#8217;y a, et jusqu&amp;#8217;à aujourd&amp;#8217;hui encore, jamais eu  de production de vérité sur l&amp;#8217;américain noir. Un regard sans concession qui nous rappelle que la réaction domine dans l&amp;#8217;industrie du cinéma et que cantonnés dans les figures de black de service, l&amp;#8217;entertainer ou le vieux sage suintant le jazz et l&amp;#8217;alcool fort, le confident ou le meilleur ami du héros, la méchante brute ou le chef de police borné, le lieutenant dévoué et sans aucun retour sur les choses, le petit voyou ou l&amp;#8217;enfant à sauver d&amp;#8217;un immeuble en flammes, il n&amp;#8217;y a guère d&amp;#8217;occasions et de territoires d&amp;#8217;expression humaine et d&amp;#8217;humanité pour la femmes et l&amp;#8217;homme de couleur&lt;/strong&gt;. Et à la suite de &lt;strong&gt;Marc Edouard N&lt;/strong&gt;abe se tapant un coup de sang de ce que la «&amp;nbsp;divine&amp;nbsp;» &lt;strong&gt;Billie Holiday&lt;/strong&gt; se trouva réduite à un rôle de bonniche dans &lt;em&gt;&lt;strong&gt;&amp;#8216;New Orléans&amp;#8217;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;(1946), on pourrait regretter qu&amp;#8217;en 2008, &lt;strong&gt;Alicia Keys&lt;/strong&gt; - qui n&amp;#8217;est rien d&amp;#8217;autre qu&amp;#8217;une projection de l&amp;#8217;âme de Billie sur notre époque &amp;#8211; ait à s&amp;#8217;effacer derrière &lt;strong&gt;Scarlett Johansson&lt;/strong&gt; pour un rôle au cinéma. Le regard eut été moins blanc que ces dames auraient à l'écran des rôles à leur dimension. C&amp;#8217;est cette parole que MVP entend porter haut quand il se fait une sorte de Méphistophélès attaché à aiguillonner les consciences en relâche face aux mystifications d&amp;#8217;Hollywood. Ainsi lorsqu&amp;#8217;en 2002&amp;nbsp;; &lt;strong&gt;Halle Berry&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Denzel Washington&lt;/strong&gt; remportent leur oscar et qu&amp;#8217;à l&amp;#8217;unisson on chante l&amp;#8217;heure de la reconnaissance des Noirs au cinéma, il déclare&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Au fond, ils doivent leur Oscar aux Taliban. Quand les Américains sont en difficulté, tout à coup nous sommes tous des Américains en quelque sorte&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;. »&lt;br /&gt;
Melvin est un personnalité stoïque, taciturne et têtu qui croit en ses choix. Son indépendance est radicale. Il ira jusqu&amp;#8217;à concevoir lui même la musique de &amp;#8216;SSBS&amp;#8217; en compagnie de quelques parfaits inconnus (les futur &lt;strong&gt;Earth Wind &amp;amp; Fire&lt;/strong&gt; dont on peut considérer que la BO de &amp;#8216;SSBS&amp;#8217; est le premier album). Quand on le présente comme un des pères du &lt;strong&gt;Hip-hop&lt;/strong&gt;, au même titre que &lt;strong&gt;Scott Heron&lt;/strong&gt; et les &lt;strong&gt;Last Poets&lt;/strong&gt;, il boude à peine le compliment. Et pour peu qu&amp;#8217;il soit en verve, il se verrait en inventeur des &lt;strong&gt;Spokenwords&lt;/strong&gt;, cet ancêtre du rap. Combien savent que dans les années 80, l&amp;#8217;ex-officier de l&amp;#8217;armée de l&amp;#8217;air, conducteur de bomabardier et de tramway, écrivain-mathématicien-musicien-cinéaste, s&amp;#8217;est fait Trader à Wall Street &amp;#8211; (il sera, encore un record, le premier Noir à tenir un siège sur l&amp;#8217;American Stock Exchange) - et publié &lt;em&gt;&lt;strong&gt;&amp;#8216;Bold Money&amp;#8217;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; (A New Way to Play the Options Market), un best-seller d&amp;#8217;érudition qui démystifie les mécanismes de la bourse&amp;#8230;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
Au palmarès de Melvin Van Peebles il y a un &lt;strong&gt;Tonnys&lt;/strong&gt;, un &lt;strong&gt;Emmys&lt;/strong&gt;, un &lt;strong&gt;Grammys Award&lt;/strong&gt; et une élévation en 2001au rang de Chevalier de la légion d&amp;#8217;Honneur. Aucune distinction ne réussit cependant, à entraver sa liberté de pensée. On dit qu&amp;#8217;il est un authentique marginal. Cela va jusque dans une réticence à se livrer en interview. Passablement lâche, furieusement maroon, il est à l&amp;#8217;image de son personnage Sweettback. Mais s&amp;#8217;il n&amp;#8217;éprouve pas le besoin de trop s&amp;#8217;expliquer, c&amp;#8217;est surtout qu&amp;#8217;il sait que nous sommes dans un monde où selon le mot d&amp;#8217; &lt;strong&gt;Artaud&lt;/strong&gt;, «&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Nommer les choses, c&amp;#8217;est les tuer&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; ». Et cela même, est l&amp;#8217;histoire de Blaxploitation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;pre&gt;          &lt;img src=&quot;http://img46.imageshack.us/img46/1757/322qc5.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/pre&gt;</content>
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<entry xml:lang="fr">
  <title>[AMERIQUE NOIRE &amp; CONTRE-CULTURE] 'BE-BOP'    Révolution dans le Jazz, révolution par le Jazz</title>
  <link rel="alternate" type="text/html" href="http://www.grioo.com/blogs/MRA/index.php/2008/05/18/2432-amerique-noire-contre-culture-be-bop-revolution-dans-le-jazz-revolution-par-le-jazz" />
  <issued>2008-05-18T23:07:53+00:00</issued>
  <modified>2008-05-18T23:07:53+00:00</modified>
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  <author><name>grdpea</name></author>
  <dc:subject>MEMOIRE ET RENAISSANCE</dc:subject>
  <summary>    
Bien avant l’ère des contestations violentes et comme la préfigurant, le Jazz connu une brève période de radicalisme. Pas assez étudié, mal documenté, cet âge coléreux du genre est intéressant par sa complexité et son intellectualité. Au tout début des années 40 donc, apparait, dans la jazzistique, un style dont la principale caractéristique est que, tout d’un coup, la musique semble  ne plus (vouloir) s’amuser…</summary>
  <content type="text/html" mode="escaped">&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://img136.imageshack.us/img136/6857/0906001rle9.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;    &lt;img src=&quot;http://img136.imageshack.us/img136/6857/0906001rle9.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
Bien avant l&amp;#8217;ère des contestations violentes et comme la préfigurant, le Jazz connu une brève période de radicalisme. Pas assez étudié, mal documenté, cet âge coléreux du genre est intéressant par sa complexité et son intellectualité. Au tout début des années 40 donc, apparait, dans la jazzistique, un style dont la principale caractéristique est que, tout d&amp;#8217;un coup, la musique semble  ne plus (vouloir) s&amp;#8217;amuser&amp;#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;par Sénamé&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;&lt;img src=&quot;http://img105.imageshack.us/img105/5502/51jggm66n2lss500rp4.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;img src=&quot;http://img105.imageshack.us/img105/5502/51jggm66n2lss500rp4.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/pre&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cri du peuple&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L&amp;#8217;essence &amp;#8216;&lt;strong&gt;Blues&amp;#8217;&lt;/strong&gt; qui travaille la musique africaine-américaine des Worksongs jusqu&amp;#8217;au Hiphop est, selon Amiri Baraka, l&amp;#8217;«&amp;nbsp;être américain&amp;nbsp;» de l&amp;#8217;homme noir. La doxa au travers laquelle il croit se saisir et se réaliser, et bien évidemment le lieu de tous ses rêves et de tous ses cauchemars, de toutes ses révolutions et de toutes ses démissions, de toutes ses projections et leurs contradictions. L&amp;#8217;africain transplanté nu en terre d&amp;#8217;exploitation, doit se forger les outils par lesquels il appréhende et rend supportable sa nouvelle condition. Le Blues sera la voix primordiale - qui poussée à une certaine intellectualité fait Jazz &amp;#8211; questionnant l&amp;#8217;environnant, le temps et l&amp;#8217;espace. Ce dialogue, le Be-bop le portera aux nues.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;               &lt;img src=&quot;http://img98.imageshack.us/img98/5967/l00b370ea4c09e7d326f35dum1.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;A l&amp;#8217;origine du Jazz il y a bien sûr les deux monstres sacrés&amp;nbsp;: Duke et Louis, les grands maîtres, à jamais vénérés. Mais il y a surtout, et aussi loin qu&amp;#8217;on remonte, l&amp;#8217;histoire de chaines, de lynchages et de ségrégation, que cette musique charrie des champs de coton du Sud, à la Nouvelle Orléans, New York, puis Chicago et jusqu&amp;#8217;aux années 30&amp;nbsp;: l&amp;#8217;âge d&amp;#8217;or du &amp;#8216;&lt;strong&gt;Swing-Jazz&amp;#8217;&lt;/strong&gt;. De très grands orchestres (Count Basie, Chick Webb, Goodman etc.) rivalisaient alors, dans des &amp;#8216;battles&amp;#8217; où le travail de session rythmique et l&amp;#8217;invention mélodique, célébraient deux nouveautés dans la vie des Noirs&amp;nbsp;: la danse libre et l&amp;#8217;urbanité. Qui veut saisir la psychologie &amp;#8216;Swing&amp;#8217; n&amp;#8217;a qu&amp;#8217;à jeter un &amp;#339;il au portrait à peine caricatural qu&amp;#8217;en fait &lt;strong&gt;Spike Lee&lt;/strong&gt; dans la première partie de son &amp;#8216;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Malcom X&amp;#8217;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;. &lt;br /&gt;
Carles&amp;amp;Comolli&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Les solutions magiques qui étaient désormais offertes aux Noirs&amp;nbsp;: la danse, l&amp;#8217;alcool, la drogue, le vol et le jeu, pour échapper au travail en usine ou à la misère du chômage&amp;nbsp;; plus l&amp;#8217;illusion d&amp;#8217;être presque Blanc grâce au décrêpage chimique des tignasses nègres&lt;/em&gt;.» Le morose et la crise économique d&amp;#8217;après-guerre - condamnant les &amp;#8216;Big bands&amp;#8217; et impulsant les formations plus intimistes avec leur lot d&amp;#8217;impros et de solos &amp;#8211; va favoriser l&amp;#8217;émergence d&amp;#8217;un tout autre &amp;#8216;style&amp;#8217;, au langage abscons et qui semble s&amp;#8217;exprimer en réaction à l&amp;#8217;euphorie Swing et au jazz-spectacle.&lt;br /&gt;
Première musique non dansante, première musique intellectuelle - d&amp;#8217;aucuns diront  première musique tout court - le &lt;strong&gt;Be-bop&lt;/strong&gt; aura une existence très brève mais marquera à jamais le genre. Une rupture si radicale qu&amp;#8217;elle déstabilise les «&amp;nbsp;spécialistes.» Le célèbre critique Panassié, par exemple, propose tout simplement d&amp;#8217;exclure Bop de la famille Jazz. Cette tentation de disqualification est discutable, si on aborde la chose à l&amp;#8217;aune de la configuration particulière d&amp;#8217;époque telle que le dépeignent l&amp;#8217;essai d&amp;#8217; &lt;strong&gt;Amiri Baraka&lt;/strong&gt; (&amp;#8216;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Blues People&amp;#8217;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;), celui des Français Philippe &lt;strong&gt;Carles et JL Comolli&lt;/strong&gt; (&amp;#8216;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Free jazz, Black Power&amp;#8217;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;) et les témoignages des jazzmen mêmes (Roach, Mingus, Coltrane &amp;#8230;), acteurs ou aux premières loges de cette formidable parturition. Celui de Miles Davis surtout, dont l&amp;#8217;autobiographie ouvre sur cette déclaration&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Ecoutez. La plus grande émotion de ma vie &amp;#8211; tout habillé s&amp;#8217;entend &amp;#8211; a été d&amp;#8217;entendre pour la première fois Diz et Bird jouer ensemble à St Louis en 1944.J&amp;#8217;avais 18 ans (&amp;#8230;) En les entendant, je me suis dit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Mais&amp;#8230; C&amp;#8217;est quoi ça&amp;nbsp;? » Merde ça faisait peur&amp;nbsp;! Un putain de truc; ça me prenait tout le corps&amp;#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt; &lt;img src=&quot;http://img98.imageshack.us/img98/4726/dizziecopievt1.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;  &lt;img src=&quot;http://img98.imageshack.us/img98/6070/bebopright2ey2.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Années 40/ Le &amp;#8216;Minton&amp;#8217;s&amp;#8217; et la naissance du Bop&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dizzy Gillepie&lt;/strong&gt; AKA «&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Diz&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» (25ans) et &lt;strong&gt;Charlie «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bird&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» Parker&lt;/strong&gt; (22ans) sont les «&amp;nbsp;créateurs&amp;nbsp;» du &lt;strong&gt;Be-bop&lt;/strong&gt;. Mais on ne saurait oublier l&amp;#8217;apport du piano-vodou de Thelonious Monk. Ces Trois là furent sans doute les premiers rappeurs de l&amp;#8217;histoire de la musique noire moderne. L&amp;#8217;énigmatique philosophe de Princeton &lt;strong&gt;Cornel West&lt;/strong&gt; affirme que le Blues n&amp;#8217;est pas une simple musique mais&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Un mode de vie durement gagné, qui devrait à ce titre déstabiliser et rendre nerveux les Blancs face à l&amp;#8217;héritage de la suprématie blanche.&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» Les Boppers avaient l&amp;#8217;intuition fulgurante de cette vérité, sans qu&amp;#8217;on puisse jurer, qu&amp;#8217;ils l&amp;#8217;aient porté à un état de conscience autrement assumée que par l&amp;#8217;urgence qui les jetait dans les jam-sessions.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Loubards, junkies pour la plupart, tous fauchés et quelque peu paumés, mais ayant une pure conscience politique, ces blacks de Harlem, qui évoluaient dans l&amp;#8217;ombre de &lt;strong&gt;Armstrong&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Ellington&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Young&lt;/strong&gt;, se trouvaient souvent à comploter dans des réunions &amp;#8216;after hours&amp;#8217; où on aimait à se lancer le défi d&amp;#8217;inventer de «&amp;nbsp;nouvelles choses&amp;nbsp;» que les Maitres seraient bien incapables de jouer. Fille de ces expérimentations quasi-clandestines, l&amp;#8217;éruption Bop a lieu au Minton&amp;#8217;s Playhouse, un sombre temple du jazz, véritable chaudron et laboratoire musical où jammer succédait aux bastons. De très jeunes musiciens, parmi ceux qui avaient le plus la dalle, les plus téméraires aussi, s&amp;#8217;y risquaient&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Miles Davis&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Max Roach&lt;/strong&gt;, &amp;#8230; en disciples assidus de Bird et Diz, les principaux officiants du culte&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Nous étions tous là pour tenter de décrocher notre maitrise et notre doctorat de Be-bop de l&amp;#8217;université Minton&amp;#8217;s.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»  Carles&amp;amp;Comolli encore: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Ainsi, à l&amp;#8217;insu ou presque des Blancs, les Noirs préparaient les musiques qui allaient répondre à la colonisation et à l&amp;#8217;exploitation dont le jazz était victime&lt;/em&gt; ». Au détour d&amp;#8217;une jam-Bob endiablé, on croit voir surgir le «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Noir nouveau&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» d&amp;#8217;&lt;strong&gt;Alan Locke&lt;/strong&gt;&amp;#8230;&lt;br /&gt;
Depuis le Minston&amp;#8217;s cet espace marginal, &amp;#8216;interdit &amp;#8216; aux Blancs, le Be-bop va se répandre en lave&amp;#8230; mais dans la 5ème rue d&amp;#8217;abord&amp;#8230;  Aussitôt qu&amp;#8217;il sortait de son antre, livré au regard non noir, «&amp;nbsp;dégrossi », le Bop perdait cependant quelque chose de sa «&amp;nbsp;nocivité », devenait moins «&amp;nbsp;hot&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;novateur»;  «&amp;nbsp;&lt;em&gt;l&amp;#8217;idée dira Miles, étant qu&amp;#8217;il fallait mettre la pédale douce à la nouveauté pour les Blancs, qui étaient incapables de supporter le truc authentique.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» Mais même ainsi modéré, Bop dérangea tout de suite&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Beaucoup de Blancs n&amp;#8217;aimaient pas ce qi se passait dans la 52ème. Ils ne comprenaient pas ce qui arrivait à la musique&amp;#8230; Il y avait une forte tension raciale autour du Be-bop.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» Jusqu&amp;#8217;en France, patrie d&amp;#8217;adoption du jazz, la  &amp;#8216;New thing&amp;#8217; inquiète. Obscur et vertical, le Be-bop va se trouver au centre d&amp;#8217;un débat politique, anthropologique et esthétique confrontant défenseurs et rétifs, avec une ligne de fracture on ne peut plus nette&amp;#8230; mais qui ne sera pas toujours, loin s&amp;#8217;en faut, une ligne de couleur. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Etre ou ne pas être «&amp;nbsp;Bop », théories et contre- théories&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Faisant ce qui est le v&amp;#339;u pieux de voir un jour, l&amp;#8217;Afrique s&amp;#8217;extirper du folklore pour s&amp;#8217;inventer une culture, &lt;strong&gt;Cheik Anta Diop&lt;/strong&gt; disait en 1948&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Certes l&amp;#8217;Afrique est un continent très riche au niveau des rythmes. On aime souvent à répéter qu&amp;#8217;elle est la mère lointaine du Jazz. mais nous sommes fermement convaincus que, lorsque l&amp;#8217;Africain sortira de sa routine séculaire pour se mettre à composer de la musique selon une méthode définie, il atteindra facilement un niveau d&amp;#8217;expression musical qui, sans cesser d&amp;#8217;avoir quelque chose de commun avec le Jazz, dans le domaine de la sensibilité, aura quand même je ne sais quoi de plus fier, de plus majestueux, de plus complet, de plus occulte. La musique africaine doit exprimer le chant de la forêt, la puissance des ténèbres et celle de la nature, la noblesse de la souffrance, avec toute la dignité.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» Au Minton&amp;#8217;s, on avait déjà commencé de réaliser cette utopie, avec un soudain et une force qui vont diviser la critique. &amp;#8216;La bataille du jazz&amp;#8217; oppose dès 1945 à Paris, le clan des «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Raisins aigres&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» ostensiblement enthousiaste et le clan des «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Figues moisies&lt;/strong&gt;»  mené  par l&amp;#8217;inénarrable Hughes Panassié. La virulence de la croisade que mena ce dernier contre le mouvement Bop est légendaire&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Be-bop s&amp;#8217;écarte accuse t-il de la tradition du jazz, c&amp;#8217;est à dire de la tradition musicale noire, néglige le swing et &amp;#8230; est sans c&amp;#339;ur et sans âme.&lt;/em&gt; », «&amp;nbsp;&lt;em&gt;&amp;#8230;Il fallut l&amp;#8217;arrivée des bopper pour assister, sous prétexte «&amp;nbsp;d&amp;#8217;idées avancées&amp;nbsp;» au saccage du blues par l&amp;#8217;emploie d&amp;#8217;une technique instrumentale qui lui enlève tout caractère, toute authenticité&lt;/em&gt; ». «&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Authenticité !&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; », le mot est lâché. C&amp;#8217;est donc au nom de la tradition et donc d&amp;#8217;une certaine authenticité qu&amp;#8217;on vouera le Be-bop aux gémonies. Il s&amp;#8217;agit ici encore de sauver le Nègre de lui-même, ses «&amp;nbsp;protecteurs&amp;nbsp;» auto &amp;#8211;déclarés arguant que toute tentative d&amp;#8217;innovation en le livrait de plus en plus à monstruosité frivole du monde blanc, le corrompait à des habitudes blanches et l&amp;#8217;éloignait de ce qu&amp;#8217;il est (ou ce qu&amp;#8217;on veut qu&amp;#8217;il soit). Ce à quoi le Carles&amp;amp;Comelli répond&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Dans la mesure où le bop commence en marge du jazz dominant, où il se fait comme expérimentation de nouvelles formes en réaction contre les courants dominants, où il est l&amp;#8217;&amp;#339;uvre d&amp;#8217;un certain nombre de musiciens noirs excédés par le jazz que commercialement ils sont contraints de faire, il marque la prise de conscience par ces musiciens d&amp;#8217;une certaine aliénation de leur musique, de sa soumission alors complète aux intérêts commerciaux et valeurs culturels blancs. Cette réaction vise précisément à réauthentifier la musique noire, à la rapprocher de son peuple.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»  Le «&amp;nbsp;terrorisme&amp;nbsp;» politique et culturel des systèmes esthétiques qu&amp;#8217;on entend imposer par souci d&amp;#8217;authenticité, &lt;strong&gt;Frantz Fanon&lt;/strong&gt; a fini d&amp;#8217;en mettre à nu les mécanismes dans &amp;#8216;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Les Damnés de la terre&amp;#8217;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;. Touchant à la diabolisation du Bop, il cru voir l&amp;#8217;exemple patent du réflexe à vouloir entretenir chez le dominé une certaine fixité rassurante&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Ce sont les colonialistes qui sont les défenseurs du style indigène&amp;nbsp;; on se souvient parfaitement des réactions des spécialistes blancs du jazz quand se cristallisèrent  de façon stable  de nouveaux styles comme le be-bop. C&amp;#8217;est que le jazz ne doit être que de la nostalgie cassée et désespérée d&amp;#8217;un vieux nègre pris entre cinq whiskies, sa propre malédiction et la haine raciste des Blancs. Dès lors que le Nègre s&amp;#8217;appréhende et appréhende le monde différemment, fait naitre l&amp;#8217;espoir et impose un recul à l&amp;#8217;univers raciste, il est clair que sa trompette tend à se déboucher et sa voix à se désenrouer.&lt;/em&gt;» Le bopper en Nègre s&amp;#8217;appréhendant, rompt avec trois dogmes&amp;nbsp;: l&amp;#8217;amusement, le dolorisme  et l&amp;#8217;exaltation qu&amp;#8217;on croyait inhérents à la musique des Noirs déportés. Il s&amp;#8217;invente un nouveau discours, complexe et moderne, (qui emprunte au mythe et au tragique)&amp;#8230; et qui fait peur. Nous le savons désormais, ce qu&amp;#8217;on ne comprend pas chez le Noir, on commence d&amp;#8217;abord et systématiquement par le condamner puis par le dénigrer. C&amp;#8217;est qu&amp;#8217;on a constamment peur. Et cette crainte qui est moins raisonnée que la manifestation d&amp;#8217;un reflexe, trahit une sorte d&amp;#8217;inquiétude permanente, la mauvaise conscience du dominant. On craint aujourd&amp;#8217;hui comme hier, du bopper comme de l&amp;#8217;esclave tapant sur son tamtam, qu&amp;#8217;il  s&amp;#8217;ourdisse quelque mauvaise vengeance... Puis on finit par s&amp;#8217;approprier et promouvoir  - à grands coups d&amp;#8217;élans paternalistes, à travers sa surproduction, standardisation,  spectacle, exotisation, commercialisation - ce langage qu&amp;#8217;on ne comprend pas&amp;#8230; Ce qui est la meilleure façon de le rendre inoffensif en le dédramatisant. Ce sont les rares fois ou le dominant parlera la langue du dominé. Le spectre de théories esquissé, concernant le Be-bop ne serait pas entier sans référence au &amp;#8216;Blues people&amp;#8217; de l&amp;#8217;activiste poète-dramaturge LeRoi Jones (Amiri Baraka), qui dans le but de mettre fin à la masturbation de «&amp;nbsp;la critique blanche », fut  le premier Noir a avoir écrit sur le jazz et se trouva seul à guerroyer contre tous aux USA, depuis ceux qui nie jusqu&amp;#8217;à l&amp;#8217;africanité même du Jazz, jusqu&amp;#8217;à ceux qui trouvent le Bop «&amp;nbsp;inécoutable.» &lt;br /&gt;
Si on n&amp;#8217;entend rien à Bop, l&amp;#8217;effet est d&amp;#8217;une certaine manière, voulu. Le Be-bop est la voix du sujet irréductible qui cherche à s&amp;#8217;affranchir des processus marchands. Le sujet qui inquiète. Ce déviationnisme entretien l&amp;#8217;angoisse qui la transforme en un double sacrilège à l&amp;#8217;idéologie capitaliste et au statu quo de la distribution raciale. Mais le bop est d&amp;#8217;abord une révolution esthétique, la recherche de complexité qui pour utiliser le terme d&amp;#8217;Amiri Baraka, fit «&amp;nbsp;rentrer le jazz dans l&amp;#8217;antre de l&amp;#8217;art.»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Estétique «&amp;nbsp;Bop »&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Coincé entre le dansant Swing et le classieux Cool, le Be-bop semble hors toute linéarité, comme un croche pied fait au Jazz . Bien sûr nous sommes en présence d&amp;#8217;une génération qui ne veut plus faire de l&amp;#8217;Entertainment. Il ne s&amp;#8217;agit plus de savoir jouer seulement, ni même de jouer autrement, Il s&amp;#8217;agit de ne plus jouer du tout. De fait le Be-bop se veut une avancée de langage. Plus véloce, saturée à l&amp;#8217;excès de «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Ghost notes&lt;/em&gt; », l&amp;#8217;énergie brute et sacrée qui libérée pousse le bouchon le plus loin possible dans l&amp;#8217;outrance (outrage?) et de l&amp;#8217;impertinence. Ça dialogue plus avec le tempo&amp;nbsp;! Une sorte de complicité entre batteurs et solistes transparait.&amp;nbsp;! Le groove, la part la plus africaine du Blues, se complexifie, se dérobe! On ose toutes les digressions sur l&amp;#8217;assise rythmique&amp;nbsp;!  Accélération! En phrases de feu, les envolés lyriques du bien nommé Bird, montent et descendent, s&amp;#8217;estompent et reprennent brusquement&amp;nbsp;! Des ponctuations inattendues, faussement anarchiques! Un certain art de la surprise&amp;nbsp;! L&amp;#8217;art tout court.&lt;br /&gt;
La quantité d&amp;#8217;information à la  seconde qui est livrée est impressionnante. Rebonds libres, générosité dans les effets, profusion d&amp;#8217;idées, le Jazz n&amp;#8217;aura jamais autant jasé qu&amp;#8217;avec le Bop. L&amp;#8217;académisme du «&amp;nbsp;Middle Jazz&amp;nbsp;» est mis à mal, mais ce qui est manigancé va bien au-delà du simple meurtre des pères Duke et Louis. A y regarder de près, on fit à la musique de &lt;strong&gt;Charlie Parker&lt;/strong&gt;, la même critique qu&amp;#8217;on faisait à la poésie de &lt;strong&gt;Césaire&lt;/strong&gt;. Les jeunes musiciens de Harlem, faisant leur «&amp;nbsp;négritude », empruntaient à une certaine esthétique de l&amp;#8217;hermétisme, qui se réclamait d&amp;#8217;une «&amp;nbsp;sauvagerie nègre&amp;nbsp;» moins réelle cependant que construite du refus de tout canon esthétique imposé par le Blanc. Voulant aller le plus loin possible dans leur désir de «&amp;nbsp;désoccidentaliser le jazz », les Boppers comme  plus tard les Free-jazzmen travailleront leur look en allant vers le plus africain, se débaptiserons et prendront des noms musulmans ou &amp;#8216;typiquement &amp;#8216;africains. (C&amp;#8217;est bien sûr le cas du père du rappeur Nas qui se fera baptiser &amp;#8216;Olu Maré&amp;#8217; par un prêtre Yoruba)
Viril et  teigneux rythmiquement le Bop n&amp;#8217;admet pourtant pas la danse&amp;nbsp;! Bouder le corps, n&amp;#8217;est ce pas là une véritable fronde pour une musique noire? Cela met en lumière l&amp;#8217;intellectualité du langage, et ruine toute l&amp;#8217;architecture des théories racistes sur la création musicale nègre. De fait «&amp;nbsp;Bop&amp;nbsp;» est un style savant propulsé par des intellectuels&amp;nbsp;: ce «&amp;nbsp;fou&amp;nbsp;»  de Dizzy Gillespie, grand connaisseur de la musique africaine et politisé jusqu&amp;#8217;au bout des ongles (il fut candidat aux élections présidentielles de 64), Charlie Parker tout aussi érudit et qu&amp;#8217;il faut désormais voir comme un des plus grands génies de la modernité.   &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;  &lt;img src=&quot;http://img98.imageshack.us/img98/4635/jazzphotohermanleonard1fp8.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;   &lt;img src=&quot;http://img443.imageshack.us/img443/5418/l39c07516d19e7ecacd5fb3lk7.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&amp;#8217;Oiseau&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Vivant dans une «&amp;nbsp;sorte de panique perpétuelle&amp;nbsp;» Incompris, en avance sur son époque, Bird est à ranger dans la même catégorie que les &lt;strong&gt;Lautréamont&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Rimbaud&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;VanGoh&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Basquiat&lt;/strong&gt; et autres &lt;strong&gt;Artaud&lt;/strong&gt;. Tous ces suicidés de la société, esprits illuminés, ces écorchés vifs qui ne pouvant supporter la médiocrité de l&amp;#8217;existence mirent une rare passion à se détruire physiquement. A la fois l&amp;#8217;homme «&amp;nbsp;le plus chic&amp;nbsp;» et le plus &amp;#8216;higth&amp;#8217; de New York, se consumant entier dans une boulimie d&amp;#8217;héroïne, d&amp;#8217;alcool et de femmes. «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Je n&amp;#8217;ai jamais compris, confie Miles,  entre autres, pourquoi Bird faisait toutes ces conneries qui le détruisaient&amp;nbsp;; il devait le savoir lui. C&amp;#8217;était un intellectuel. Il lisait de la poésie&amp;#8230; il parlait beaucoup de politique&amp;#8230; C&amp;#8217;était quelqu'un de très sensible. Mais voilà, il avait en lui une pulsion destructrice. C&amp;#8217;était un génie et la plupart de génies sont boulimiques. C&amp;#8217;était une personne complexe&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» Zombie en dehors de la scène, Bird se transfigurait littéralement quand il portait son saxo aux lèvres. Son génie explosait.&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bird était une sorte de Dieu&amp;#8230;  On ne pouvait copier ce qu&amp;#8217;il faisait, c&amp;#8217;était trop original.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» Avec ses solos de saxophone alto, l&amp;#8217;empoisonné partage un peu de son poison et gangrène l&amp;#8217;esprit de l&amp;#8217;auditoire.  Anthropology, A night in Tunisia sont de la révolte en libre service, de l&amp;#8217;audace crue et une parole éminemment libre. &lt;br /&gt;
Le père du bop meurt en 1955 à seulement 34 ans (le médecin qui constate le décès lui trouve le corps d&amp;#8217;un homme de  60ans !)  L&amp;#8217;Oiseau comme aime à l répéter Miles, c&amp;#8217;était vraiment «&amp;nbsp;Quelqu&amp;#8217;un.»&lt;br /&gt;
On raconte que de nombreux jazzmen pour atteindre à seulement une fraction de sa fulgurance, donnèrent sans retenue dans es narcotiques et que cela  entraina une hécatombe qui précipita le déclin du mouvement Bop. Mais ce qui signa en réalité l&amp;#8217;acte de décès du Be-bop s&amp;#8217;appelle&amp;nbsp;: le &amp;#8216;Cool&amp;#8217;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;      &lt;img src=&quot;http://img98.imageshack.us/img98/7220/image001iq5.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;  &lt;img src=&quot;http://img105.imageshack.us/img105/7633/9782283020388xm7.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/pre&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Années 50/ &amp;#8216;Cool&amp;#8217;&amp;nbsp;: après la tempête le retour au calme&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Récupéré par le système, le Be-bop n&amp;#8217;est plus que l&amp;#8217;ombre de lui-même, quand en 1949, Miles Davis arrive en France pour un concert. A la suite de Diz qu&amp;#8217;il avait remplacé dans la formation de Parker,  il en claqua la port, excédé par les frasques de l&amp;#8217;oiseau chancelant. Miles, dont c&amp;#8217;est le premier voyage hors des States, est littéralement retourné par ce Paris où pour la première fois de sa vie, on semble le traiter en être humain. Les plus grands s&amp;#8217;intéressent à lui. Dans une période extraordinairement courte, il rencontre et se lie d&amp;#8217;amitié avec Picasso, Vian, Sartres... Il remarque dans ce cercle d&amp;#8217;existentialistes, une frêle et jolie brune dont il tombe fou amoureux. Elle, qui jusque là, n&amp;#8217;aimait «&amp;nbsp;que les femmes », lui rend bien. Sartre veut les marier derechef. Enlisé dans ses effluves et livré aux charmes de la capitale française, Miles voit tout son potentiel rage s&amp;#8217;évaporer. C&amp;#8217;en est beaucoup trop, le jeune prêtre du Bop abjure. Il n&amp;#8217;est presque pas exagéré, en réalité, de dire que Juliette Gréco a tué le Be-bop&amp;#8230; Quand Miles rentre de son séjour parisien, il est déjà mûr pour initier le renouveau esthétique du Jazz. Il sort «&amp;nbsp;&amp;#8216;Birth of Cool&amp;#8217;» en 1950.
Moins outrancier, plus esthétique le Cool-Jazz sonne presque comme un repenti. Il trouvera grâce aux yeux des jazzologues. On sent très bien que ça se redétend&amp;#8230; C&amp;#8217;est aussi retour au «&amp;nbsp;mainstream ». Cool est un appel inavoué à plus de retenue. Une ouverture sur l&amp;#8217;Europe aussi et la et la profession d&amp;#8217;un espoir en un monde  plus  «&amp;nbsp;métis.&amp;nbsp;» Là ou le Be-bop disait un individualisme radical, le Cool veut rassembler et faire école. Plus calibré et plus mesuré, le jazz perd tout de l&amp;#8217;urgence et du spontané du Bop. L&amp;#8217;esthétisation de la musique qui est aussi son embrigadement l&amp;#8217;élève à un classicisme et à la reconnaissance. Bourgeois et de formation musicale académique, avant son allégeance à la rue et à Bop, Miles avait les prédispositions pour sa révolution.
Mais on reprochera au Cool de sonner «&amp;nbsp;blanc », sans vibrato, de nier la négativité et d&amp;#8217;avoir évacué la charge humaine du jazz. Pire, les musiciens noirs sont semble-t-il, très vite exclus de cette nouvelle «&amp;nbsp;grande&amp;nbsp;»  musique&amp;#8230; Sur le tard, Miles Davis qui est finalement le seul Noir à avoir eu une vrai existence, au sein du Cool, reniera le genre. Il faudra attendre la révolution noire des années 60 pour assister à une résurgence de l&amp;#8217;esprit Bop qui construira le pont vers la forme contemporaine de parole engagée&amp;nbsp;: le Hiphop.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;        &lt;img src=&quot;http://img105.imageshack.us/img105/1443/featoct04nassg5.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/pre&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Années 60-70/ &amp;#8216;Hard&amp;#8217; et &amp;#8216;Free&amp;#8217;, renouveau du Bop&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Si le Cool a porté le jazz à un niveau d&amp;#8217;esthétisation et de mondialité respectable, il l&amp;#8217;a aussi coupé de son essence Blues, l&amp;#8217;expérience noire qui lal&amp;#8217;enrichie. Refusant de sacrifier à la donne «&amp;nbsp;Cool », quelque anciens disciples de Bird&amp;amp;Diz comme Max Roach, en apôtres irréductibles du Bop en entretenaient dans une nouvelle clandestinité (le Bop vivait de nouveau une censure rédemptrice) l&amp;#8217;esprit et rêvaient au jour où de nouveau la fureur d&amp;#8217;imposition seule serait reine. La saison des émeutes, la lutte pour les droits civiques et le mouvement «&amp;nbsp;Black power », décidément véritable triangle magique et source vivifiante de toutes les formes d&amp;#8217;expressions afro-américaines moderne, va les nourrir. Les jazzmen sont les premiers à s&amp;#8217;engager dans les luttes d&amp;#8217;affirmation et vont réaliser un revival du Bop.qui prendra deux formes&amp;nbsp;: Le &amp;#8216;Hard Bop&amp;#8217; et Le &amp;#8216;Free Jazz&amp;#8217;. Moins exubérants, mais plus radicaux esthétiquement que le Bop, plus théorisés aussi et inscrits dans un projet politique, ces nouvelles tendances revendiquent un franc retour à la négritude. Les formations collaborent avec et intègrent des musiciens africains du pur cru. Mais rendant ainsi l&amp;#8217;Afrique au Jazz, on rendait aussi le Jazz à l&amp;#8217;Afrique (Fela Hildegart Ransome deviendra Fela Anikulapo Kuti, au contact des Free-jazz men et des Panthers). Depuis le violent &amp;#8216;We Insist, Freedom Now&amp;#8217; de Roach, jusqu&amp;#8217;aux délires égypto-électro-cosmiques de Sun Ra, le Free jazz «&amp;nbsp;secoue les chaines du corps noir.» en renouant avec la «&amp;nbsp;cruaauté&amp;nbsp;» Bop. Roach, Mingus, Shepp, Coleman et tous les autres combattront la «&amp;nbsp;spécialisation&amp;nbsp;» du jazz, pour le restituer à la rue, et feront répondre le «&amp;nbsp;jazz de l&amp;#8217;insoumission&amp;nbsp;» à celui de la consommation, de la compromission et de l&amp;#8217;establishment. Le bout en bout, la mouvement Bop, fut intellectuel, abstrait. Coupé de la danse, le Be-Bop ne pouvait prétendre à la  popularité qu&amp;#8217;exige toute grande révolution. Cela le condamnait à un certain élitisme. Le projet «&amp;nbsp;Free&amp;nbsp;» va préparer la naissance du Hip Hop qui va scellera la réconciliation avec la danse.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;&lt;img src=&quot;http://img98.imageshack.us/img98/7859/51hx2j04cvlss500qn7.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;img src=&quot;http://img98.imageshack.us/img98/7859/51hx2j04cvlss500qn7.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;On retiendra que l&amp;#8217;avant-garde Bop a participé à son époque, à faire exploser les carcans idéologiques, impérialistes et consuméristes et inséminé dans la jeunesse la culture d&amp;#8217;un vivre-libre.  En ce sens, et comme le dit si bien Cornel West, Le Be-bop fidèle à «&amp;nbsp;l&amp;#8217;expérience Blues&amp;nbsp;» et de loin sa fille ainée, est «&amp;nbsp;&lt;em&gt;une grande contribution démocratique des noirs à l&amp;#8217;histoire mondiale&lt;/em&gt;.»&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/video/xpni3_nas-feat-olu-dara-bridging-the-gap_music&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</content>
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  <title>[AMERIQUE NOIRE &amp; CONTRE-CULTURE] I-EMORY DOUGLAS L’œil de la panthère</title>
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  <issued>2008-03-03T03:30:20+00:00</issued>
  <modified>2008-03-03T03:30:20+00:00</modified>
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  <author><name>grdpea</name></author>
  <dc:subject>MEMOIRE ET RENAISSANCE</dc:subject>
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L’histoire commence un soir de Janvier au Hunter’s point de Grassroots (San Francisco). Au sortir d’une brillante communication pour la première commémoration de la mémoire de Malcolm X, Huey Newton et Bobby Seale, venus spécialement d’Oakland pour l’occasion, sont abordés par une personne qui insiste beaucoup pour se rejoindre leur action….</summary>
  <content type="text/html" mode="escaped">&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://img352.imageshack.us/img352/852/518qnbtfn1lss500nn7.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;img src=&quot;http://img352.imageshack.us/img352/852/518qnbtfn1lss500nn7.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
L&amp;#8217;histoire commence un soir de Janvier au Hunter&amp;#8217;s point de Grassroots (San Francisco). Au sortir d&amp;#8217;une brillante communication pour la première commémoration de la mémoire de Malcolm X, Huey Newton et Bobby Seale, venus spécialement d&amp;#8217;Oakland pour l&amp;#8217;occasion, sont abordés par une personne qui insiste beaucoup pour se rejoindre leur action&amp;#8230;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;par Sénamé &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;h3&gt;L'ART DE EMORY DOUGLAS, MINISTRE DE LA CULTURE DU BPP&lt;br /&gt;&lt;/h3&gt;

&lt;pre&gt;       &lt;img src=&quot;http://img127.imageshack.us/img127/3660/powertothepeopleoz9.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un artiste dans la révolution&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Quand sa route croise celle du &lt;strong&gt;BPP&lt;/strong&gt; en 1967, &lt;strong&gt;Emory Douglas&lt;/strong&gt; est encore étudiant en graphisme et gagne sa vie en tenant une boutique de &quot;bonbons africains&quot;. Un bref passage par l&amp;#8217;imprimerie de la prison de Chino où il purgea une peine pour cambriolage, l&amp;#8217;avait fait naitre à sa vocation, en même temps qu&amp;#8217;il s&amp;#8217;était éveillé en tant qu&amp;#8217;Afro-Américain, à une conscience aigue de l&amp;#8217;injustice raciale. A l&amp;#8217;université, il commença par collaborer à la scénographie des pièces du poète et activiste &lt;strong&gt;Amiri Baraka&lt;/strong&gt;. Ce soir là, le jeune homme perçoit dans le non moins jeune &lt;strong&gt;Black Panther Party for Self Defense&lt;/strong&gt; (créé 3 mois plus tôt), l&amp;#8217;opportunité unique de brasser son talent et sa colère à un réel engagement politique. &lt;strong&gt;Seale&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Newton&lt;/strong&gt; tombent à leur tour sous le charme. Le temps d&amp;#8217;arborer la coupe afro caractéristique, Douglas est nommé à la direction artistique du &quot;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;The Black Panther&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&quot;, l&amp;#8217;hebdomadaire du parti. Il lui échoit ainsi la responsabilité, à seulement 22 ans, de faire vivre le media le plus libre et plus virulent de l&amp;#8217;Amérique moderne. Il l&amp;#8217;assumera pendant près de dix ans et jusqu&amp;#8217;à la fin de la parution du &quot;TBP&quot; en 1981, avec un investissement et une abnégation exemplaires. Son impact sur le message, la vie interne et l&amp;#8217;image du groupe est tel qu&amp;#8217;il se trouve élevé au rang de «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Ministre de la culture&lt;/strong&gt; ». Il deviendra une des principales figures de l&amp;#8217;histoire controversée de ce Nationalisme noir, à égal importance qu&amp;#8217; &lt;strong&gt;Eldridge Cleaver&lt;/strong&gt;, Ministre de la Communication, avec qui il forme le cerveau bicéphale de la propagande BPP; Cleaver fabricant l&amp;#8217;idéologie et lui l&amp;#8217;iconographie. C&amp;#8217;est d&amp;#8217;ailleurs au domicile de l&amp;#8217;auteur de &quot;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Soul on Ice&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&quot;  rebaptisé «&amp;nbsp;&lt;em&gt;la Maison Noire&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» que s&amp;#8217;élabore le &quot;TBP&quot;.  Douglas sait que «&amp;nbsp;&lt;em&gt;la  communauté noire ne lit pas&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» et mesure l&amp;#8217;importance de sa charge. Il opte de mettre ses connaissances en typographie commerciale et en illustration au service d&amp;#8217;un langage graphique simple, direct et percutant, qui s&amp;#8217;adresse à la masse et aux quartiers noirs. Le style très heurté emprunte à la fois à la BD et aux techniques mixtes de collage et de détournement. Très vite l&amp;#8217;influence du tabloïd de 24 pages excèdera le cadre de la communauté. Dans son faste, il s&amp;#8217;écoulait à plus de 400.000 exemplaires, et devint le journal révolutionnaire le plus lu aux USA. C&amp;#8217;est un succès total. En plus de le mettre entièrement en images, Douglas clôt chaque édition par un poster, devenu un véritable objet de collection au prestige équivalent à celui des pin-up de Vargas.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;&lt;img src=&quot;http://img155.imageshack.us/img155/7431/v4n2911671lx2.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt; &lt;img src=&quot;http://img352.imageshack.us/img352/404/bpemorysadkidspj7.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt; &lt;img src=&quot;http://img256.imageshack.us/img256/5403/bpemorypeopleflagcl5.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;Architecte d&amp;#8217;un pan entier de l&amp;#8217;histoire de la contestation par l&amp;#8217;image, Douglas est un chantre du concept de contre-culture. Mais il reste surtout, celui qui aura construit l&amp;#8217;identité visuelle du plus grand mouvement révolutionnaire urbain. L&amp;#8217;urbanité étant la principale caractéristique ce cette &amp;#339;uvre gigantesque, faite de centaines et de centaines d&amp;#8217;illustrations, de posters, de dépliants&amp;nbsp;; de prospectus et de cartes postales. Cette &amp;#339;uvre qui en définitif, comme le parti aura souffert de la diabolisation des media, est la seule vraie histoire du BPP. L&amp;#8217;histoire visuelle d&amp;#8217;une colère qui n&amp;#8217;est ni exclusivement noire, ni exclusivement américaine, mais qui toujours et partout se sera révélée le moteur d&amp;#8217;un art juste et fort. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La révolution sera visualisée&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Deux déclarations emblématiques permettent de saisir le contexte trouble dans lequel se développe le projet artistique d&amp;#8217;Emory Douglas, en même temps qu&amp;#8217;elles jettent un coup de projecteur sur une des périodes les plus excitantes de l&amp;#8217;histoire l&amp;#8217;art&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Andy Warhol&lt;/strong&gt;, dont le génie est encore plus dans les citations que dans l&amp;#8217;&amp;#339;uvre, jurant que la télé avait et était le pouvoir absolu et qu&amp;#8217;il fallait y être pour être vrai&amp;#8230;, et &lt;strong&gt;Gill Scot Heron&lt;/strong&gt; répétant à qui veut l&amp;#8217;entendre que la révolution n&amp;#8217;y passerait pas. Nous somme dans l&amp;#8217;Amérique des années 60, où tout se veut possible et facile, où la publicité envahit les murs et les esprits, et où la télé fait de plus en plus intrusion dans la vie privée, se présentant sournoisement comme le plus grand ami de l&amp;#8217;Américain moyen, et où enfin, selon le mot de Warhol&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;consommer est bien plus américain que penser&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;.» C&amp;#8217;est dit, l&amp;#8216;art devra, pour être désormais valable, acquérir les armes du banal produit de consommation. Et c&amp;#8217;est là toute l&amp;#8217;éthique du courant qu&amp;#8217;on appellera «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Pop&lt;/strong&gt;.»  Profitant de la guerre, la capitale de l&amp;#8217;art s&amp;#8217;était déplacée de Paris vers New York et l&amp;#8217;Expressionnisme Abstrait s&amp;#8217;était imposé comme le premier grand mouvement artistique américain. Il  se trouvera éclipsé par le &lt;strong&gt;Pop Art&lt;/strong&gt;, dont Warhol est la figure tutélaire et qui prône un retour au figuratif, entendant ainsi finir avec la sacralité de l&amp;#8217;art et l&amp;#8217;acte de faire de l&amp;#8217;art en les mettant à la portée de tout le monde. C&amp;#8217;est se faisant, initier une critique à peine feinte de la société de consommation, du pouvoir des objets et des prêts-à-penser sur le peuple. A ce niveau le Logan même du BPP&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;All power to the people&lt;/strong&gt;!&amp;nbsp;» est furieusement &quot;pop&quot;.&lt;br /&gt;
On a oublié de l&amp;#8217;y inscrire, mais Douglas est de cette génération visionnaire qui eu l&amp;#8217;intuition d&amp;#8217;une nécessaire démocratisation du fait d&amp;#8217;art. Il est autrement pop c&amp;#8217;est tout. Plus mu par une certaine urgence que l&amp;#8217;autre, il pressent que l&amp;#8217;artiste en dissension devra nécessairement travailler avec le média tout en le redoutant comme son pire ennemi et vice versa. Son &amp;#339;uvre, même s&amp;#8217;il n&amp;#8217;avoue payer tribut qu&amp;#8217;aux expressionnistes afro-américains &lt;strong&gt;Charles White&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Elizabeth Catlett&lt;/strong&gt;, est bel et bien inscrite dans la tradition qui prôna l&amp;#8217;industrie d&amp;#8217;un art éphémère, jetable et bon marché... Warhol jouait de la pub, Douglas maniera la propagande qui est son alter égo... Le positionnement pop est manifeste dans le sentiment qu&amp;#8217;il s&amp;#8217;agit pour l&amp;#8217;artiste comme pour le révolutionnaire (c&amp;#8217;est tout un) de ruser avec le discours dominant. De fait quand les grands média vont entretenir cette image de voyous et de dangereux terroristes, loin de sacrifier à une écriture policée, Douglas réagit avec conviction et intelligence, en montrant les gens tels qu&amp;#8217;ils sont réellement, extrêmement beaux dans leur misère et dans leur colère, ou en forçant le trait pour donner l&amp;#8217;illusion d&amp;#8217;un monde noir au bord de l&amp;#8217;explosion aux portes des Amériques opulente, conservatrice et impérialiste. En même temps qu&amp;#8217;ils anticipaient sur la révolution et sur la réaction, les affiches et posters de Douglas annonçaient une ère de jeux de duperie avec les média officiels qui forcent les plus curieux à venir au plus près de la réalité, se faire eux même leur opinion. L&amp;#8217;utilisation de Les couleurs vives et décalées est une autre constante de ce courant artistique devenu majeur, dont il faudrait désormais prendre en compte la page écrite par l&amp;#8217;ex- Ministre du BBP. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;&lt;img src=&quot;http://img297.imageshack.us/img297/7112/0708sideimage3uh8.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt; &lt;img src=&quot;http://img117.imageshack.us/img117/8528/9allpowerrn1.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/pre&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La beauté des damnés&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Comment dire l&amp;#8217;injustice et la pauvreté sans s&amp;#8217;épandre dans le larmoyant? Sinon en montrant un poing levé derrière des barreaux, des fusils aux mains d&amp;#8217;une famille qui vit dans un taudis, un badge avec l&amp;#8217;inscription «&amp;nbsp;&lt;em&gt;maintenant je vais voter&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» arboré par la vieille dame qui bénéficie du  &quot;&lt;strong&gt;Free Food Program&lt;/strong&gt;&quot;&amp;#8230; Douglas sublime la misère ordinaire de l&amp;#8217;anonyme prolétaire sans éducation, pour en faire un militant travaillé intensément par la préocupation de se prendre en main en reprenant le contrôle de son monde. Cette oeuvre est une industrie d&amp;#8217;icônes où le pauvre devient figure prégnante d&amp;#8217;une nouvelle conscience politique.  Le respect et l'affection de l&amp;#8217;artiste pour ses modèles transparait dans le traitement tout en sobriété où le gris et le noir dignes, le foncé de la peau tranchent avec les fonds neutre paraissant un prolongement des vêtements.  Exempt de tout paternaliste le rapport de Douglas au peuple est celui du guide qui en exige beaucoup sans trop lui faire procès de ses faiblesses. L&amp;#8217;extrême solennité des scènes, le visage grave même dans le rire, les corps sans muscles sereins mais comme tendus dans l&amp;#8217;attente de l&amp;#8217;action, tout est ici pour traduire le tragique et l&amp;#8217;espérance du moment révolutionnaire. On notera l&amp;#8217;écriture graphique sur le modèle d&amp;#8217;un standard qui est aussi un idéal révolutionnaire. De fait le peuple semble, dans une soucis très marxisant, mis sur le même pied d&amp;#8217;égalité dans la lutte. Hommes, femmes, vieux, jeunes et enfants portent pareilement l&amp;#8217;arme, signifiant par là que la révolution est l&amp;#8217;affaire de tous. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;&lt;img src=&quot;http://img352.imageshack.us/img352/2326/3womchyelgunig2.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt; &lt;img src=&quot;http://img352.imageshack.us/img352/9823/bpemory15qf9.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;Le témoignage d&amp;#8217;Emory Douglas est de part en part traversé par l&amp;#8217;aura de la femme militante qui y est comme élevée à un rang de prêtresse. Ce n&amp;#8217;est pas une liberté avec la réalité. Une des spécificités du BBP, mouvement progressiste s&amp;#8217;il en est, est qu&amp;#8217;il fut porté à bout de bras par les femmes. Et elles eurent leur part entière du tribut à l&amp;#8217;oppression. L&amp;#8217;&amp;#339;il de l&amp;#8217;artiste est à la fois très juste et très tendre sur leur implication.&lt;br /&gt;
Véritable signature de Douglas, les lignes de couleur rayonnantes sont le thème visuel privilégié qui transforme les gens ordinaires en figures de saints ou de héros. Cet élément d&amp;#8217;abstraction qui renvoie à l&amp;#8217;iconographie religieuse et au constructivisme russe, est aussi dispositif de &quot;béatification&quot; du martyr.  Car le révolutionnaire est beau même dans la mort.  L&amp;#8217;affiche hommage à la &lt;strong&gt;Fred Hampton&lt;/strong&gt;, assassiné avec sa femme dans leur lit, aura été l&amp;#8217;&amp;#339;uvre qui a le plus popularisé le rayonnisme à la Emory Douglas, promesse d&amp;#8217;un soleil futur.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;&lt;img src=&quot;http://img155.imageshack.us/img155/6482/bpemory10vf3.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt; &lt;img src=&quot;http://img155.imageshack.us/img155/636/bp710220cin6.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;Mais le principal héros de l'iconographie de Douglas, reste &lt;strong&gt;Huey P. Newton&lt;/strong&gt;. Le charisme et les qualités naturelles de photogénie du Ministre de la défense, en ont fait le symbole du Panther, sublimé dans ses collages, par Douglas, en véritable figure de héros grec, d&amp;#8217;un Achille ou d&amp;#8217;un Héracles africain. Le maintien digne, le cou fort et droit, le regard pointant vers l&amp;#8217;horizon, les lèvres scellées, le visage impassible de celui qui croit en la justesse de son combat, Newton est devenu l&amp;#8217;icône du guerrier qui ne doute pas. Les photos du tribun devenu l&amp;#8217;égérie de l&amp;#8217;esthétique panther après son incarcération recouvrent badges, teeshirts, sacs, panneaux qui pullulent en collage, comme autant de clins d&amp;#8217;&amp;#339;il dans les dessins. Parmi les autres thèmes récurrents et spécificités de l&amp;#8217;art de Douglas, la symbolique des barreaux de prison, le traitement en cellules des plis de vêtement, et l&amp;#8217;attribution de caractères animaux aux ennemis de la révolution. Une iconographie soigneusement calibrée dont le message pouvait aller de la simple invite aux déjeuners, cours et séances de vaccination gratuits jusqu&amp;#8217;à l&amp;#8217;appel au meurtre des «&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;pigs&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» (surnom donné aux policiers et autres forces de la réaction et insulte que l&amp;#8217;&amp;#339;uvre de Douglas a contribué à populariser). Le dernier aspect est de ce qui fait écrire au plasticien &lt;strong&gt;Sam Durant&lt;/strong&gt;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Il y a des images dangereuses, et leur but c&amp;#8217;était de changer le monde...&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;&lt;img src=&quot;http://img297.imageshack.us/img297/3826/7womkillcopkb9.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt; &lt;img src=&quot;http://img511.imageshack.us/img511/5931/bpemory02ps9.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&amp;#8217; &quot;anartiste&quot; et la culture de la violence&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
L&amp;#8217;art de Douglas n&amp;#8217;est pas destiné aux musées. Les rues lui ouvrent leurs bras, il s&amp;#8217;y déploie sans fards et au plus près du peuple. Peut-on seulement s&amp;#8217;imaginer aujourd&amp;#8217;hui, ce que cela faisait de tomber sur un poster de Douglas sur les murs des quartiers pauvres, dans l&amp;#8217;Amérique des années 70? C&amp;#8217;est &lt;strong&gt;Amiri Baraka&lt;/strong&gt; qui a la meilleure image pour l&amp;#8217;exprimer&amp;nbsp;: c&amp;#8217;était dit-il: «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;comme si vous étiez au milieu d&amp;#8217;une baston et que quelqu&amp;#8217;un vous jetait un flingue&lt;/strong&gt;&amp;#8230;» Aussi la rencontre n&amp;#8217;était pas qu&amp;#8217;une expérience esthétique. &lt;br /&gt;
Derrière chaque figure de combattant, il y avait Douglas et sa patiente fabrique d&amp;#8217;images chocs dont le génie est entier dans ce que, sous une bonhomie caractéristique, il garde sa colère intacte, et qu&amp;#8217;il la pose, sans tamis ni aucune forme d&amp;#8217;autocensure dans les pages du &quot;TBP&quot;. Un langage graphique cru que ne manquera pas d&amp;#8217;indexer le gouvernement pour dire la dangerosité du parti. Mais faire le procès en violence de l&amp;#8217;ex Ministre de la Culture du BPP, c&amp;#8217;est oublier que les images naissaient sous un crayon nerveux, alors que «&amp;nbsp;&lt;em&gt;les villes étaient en feu&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» et qu&amp;#8217;à tout moment les portes pouvaient être défoncées et libérer la horde d&amp;#8217;assassins du &lt;strong&gt;COINTELPRO&lt;/strong&gt;. De fait la violence symbolique des images de Douglas n&amp;#8217;a d&amp;#8217;égal que celle, bien réelle, prônée par &lt;strong&gt;J. Edgar Hoover&lt;/strong&gt;. Dès 1969, le patron du FBI  désigna en effet le BPP comme le plus grand danger pour la sécurité intérieure des USA et libéra une énergie rare pour l&amp;#8217;écraser. &lt;strong&gt;Kathleen Cleaver&lt;/strong&gt; rappelle dans &lt;em&gt;&lt;strong&gt;The Revolutionary Art of Emory Douglas&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; que «&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;les dessins d&amp;#8217;Emory sont en fin de compte beaucoup moins effrayantes que les photos des journalistes de l&amp;#8217;époque.&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;» Sam Durant qui travaille beaucoup sur la récupération et le détournement des symboles des utopies des années 60, 70, insiste lui aussi sur l&amp;#8217;extrême dangerosité de l&amp;#8217;époque&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;La police était comme une armée qui occupait les territoires de la communauté noire, ils ont pris les armes pour se défendre, c&amp;#8217;est aussi simple que ça...&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» Une situation particulière qui amena les Black Panthers à développer une analogie à la situation coloniale. Véritable bible du mouvement, &lt;em&gt;&lt;strong&gt;Les damnés de la terre&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; leur en fournira les armes rhétoriques. Douglas n&amp;#8217;était pas seulement un artiste mais aussi un théoricien, et son approche de la culture doit beaucoup à &lt;strong&gt;Frantz Fanon&lt;/strong&gt; qu&amp;#8217;il a, comme tout Panther qui se respecte, bien évidemment lu. La violence consommée ou suggérée intervient dans l&amp;#8217;ensemble comme praxis du dominé pensant et vomissant et qui légitime, assumée et calibrée par l&amp;#8217;art notamment, «illumine» sa conscience.
Notons qu&amp;#8217;au plus fort de l&amp;#8217;oppression c&amp;#8217;est encore au pays de Fanon (l&amp;#8217;Algérie et non la Martinique), que de nombreux militants choisirent de se refugier. Le Premier Festival Culturel Panafricain qui eu lieu en 1969 fut à la fois l&amp;#8217;occasion de reprendre contact avec les leaders exilés et de rencontrer d&amp;#8217;autres combattants du monde entier. Les Panthers avaient en effet reçu une invitation officielle à participer à ce événement, et leur délégation fut conduite par Emory Douglas, qui y présenta son travail.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alger 69 et le triomphe de l&amp;#8217;art résistant&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Le 21 Juillet 1969, pendant que pour la première fois l&amp;#8217;homme (l&amp;#8217;Américain) marchait sur la lune, s&amp;#8217;ouvrait en Algérie, le premier (et dernier) &lt;strong&gt;Festival Culturel Panafricain&lt;/strong&gt;, l&amp;#8217;occasion pour quelques Panthers de faire leurs premiers pas en Afrique. Si le continent, depuis toujours, exerçait une réelle fascination sur les nationalistes, l&amp;#8217;Algérie était devenue, depuis la vulgarisation des textes de Fanon et du fait de l&amp;#8217;indépendance arrachée par les armes à la France, l&amp;#8217;endroit où il fallait être. Dans son &lt;em&gt;&lt;strong&gt;Back to Africa&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;,  Kathleen Cleaver témoigne de l&amp;#8217;euphorie qu&amp;#8217;y provoqua l&amp;#8217;exposition de Douglas&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Au moment où il scotcha le premier dessin sur les murs nus du Centre, des foules d'Algériens se regroupèrent sur le trottoir de dehors et observèrent à travers les fenêtres. Rapidement, de larges posters encadrés des Panthères martyres, et des dessins aux couleurs brillantes montrant des Afro-américains saisissant des armes ou combattant la police, décoraient tous les murs et fenêtres du Centre. L'esprit militant que véhiculait cet art transcendait la barrière de la langue et suscitait des réactions enthousiastes parmi les spectateurs algériens&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;.» Et qui n&amp;#8217;a pas frissonné devant la fameuse scène de la distribution de posters, du film que &lt;strong&gt;William Klein&lt;/strong&gt; consacra au festival, et où on voit la foule des rues Alger s&amp;#8217;arracher l&amp;#8217;&amp;#339;uvre de Douglas&amp;#8230;&lt;br /&gt;
C&amp;#8217;est donc à Alger 69 qui se proposait de faire le bilan des expressions artistiques du tiers monde résistant et que &lt;strong&gt;Amilcar Cabra&lt;/strong&gt; qualifiera à cette unique occasion de «&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Mecque des révolutionnaires&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; », que l&amp;#8217;&amp;#339;uvre de Douglas mesura pour la première fois l&amp;#8217;adhésion populaire à son message et démontra qu&amp;#8217;il transcendait les frontières raciales et géographiques.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;&lt;img src=&quot;http://img297.imageshack.us/img297/2029/102407ed2be8.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt; &lt;img src=&quot;http://img117.imageshack.us/img117/6648/bp720115cai3.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
Après la galérie de Sargent Johnson en 2004, ce fut au tour  du &lt;strong&gt;L.A. Museum of Contemporary Art&lt;/strong&gt; d&amp;#8217;accueillir  jusqu&amp;#8217;en Janvier 2008, une exposition sur Emory Douglas. Son travail sort donc de l&amp;#8217;ombre de l&amp;#8217;impensé et la critique est libre aujourd&amp;#8217;hui de la saisir. Il y a à espérer qu&amp;#8217;elle le fera avec courage. Mais il ne s&amp;#8217;agit pas pour public d&amp;#8217;attendre ce travail nécessaire. Douglas fut un artiste qui livra une &amp;#339;uvre sans corruption élitiste, à la portée et au service du peuple. Elle brasse ses rires, ses peurs, ses peines et ses joies&amp;#8230; et balise la révolte. Au public donc de se l&amp;#8217;approprier, sans attendre l&amp;#8217;aval des spécialistes et esthètes de tout bord.
Frantz Fanon prévenait qu&amp;#8217;en situation de domination violente ou pas, la culture courait le risque de se figer, privilégiant les formes, les manifestations, des couleurs, &amp;#8230; et basculait inévitablement dans le folklore. Qu&amp;#8217;il n&amp;#8217;existe pas vraiment de culture hors la révolution et que sauf à se questionner, la culture du dominé se condamne. Mais si aujourd&amp;#8217;hui encore l&amp;#8217;art d&amp;#8217;Emory Douglas, au même titre que l&amp;#8217;esthétique entière du BPP, et ceci près de 40 ans après son âge d&amp;#8217;or, demeure sauf de corruption folklorique, c&amp;#8217;est qu&amp;#8217;il n&amp;#8217;aura rien perdu de sa capacité de nuisance et qu&amp;#8217;il maintient intact sa charge de subversion. La colère n&amp;#8217;a pas épuisé sa source, étant même régénérée épisodiquement par une domination qui ne fait que changer de masque. L&amp;#8217;histoire n&amp;#8217;est pas linéaire et à l&amp;#8217;heure où de nouveau les questions de la mise en scène des noirs sont de nouveaux discutées, il convient de rappeler que le &quot;TBP&quot; fut le tout premier média de l&amp;#8217;histoire où l&amp;#8217;image des Noirs était contrôlée par les Noirs mêmes.&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://img88.imageshack.us/img88/7089/518qnbtfn1lss500vk9.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;La soixantaine révolue, Emory Douglas vit aujourd&amp;#8217;hui à San Francisco où il s&amp;#8217;occupe de sa mère aveugle et travaille sur quelques projets d&amp;#8217;illustration de livres pour enfant. Un ouvrage paru en 2007, le superbe &quot;The Revolutionary Art of Emory Douglas&quot;  fait le bilan de son implication  artistique au sein du BPP. Sur près de 200 pages d&amp;#8217;images, et  avec entre autres une préface de Danny Gloover, ce livre est certainement le meilleur ouvrage d&amp;#8217;art de ces dix dernières années  et un témoignage politique inestimable.  A se procurer impérativement&amp;#8230;&lt;/p&gt;


&lt;pre&gt;    &lt;img src=&quot;http://img297.imageshack.us/img297/9972/bp700531cew2.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;
    &lt;img src=&quot;http://img511.imageshack.us/img511/6982/pg115cg6.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;
    &lt;img src=&quot;http://img88.imageshack.us/img88/2388/pg78ih8.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;
    &lt;img src=&quot;http://img127.imageshack.us/img127/4540/pg70vl4.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://img88.imageshack.us/img88/7633/brosyw8.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</content>
</entry>
<entry xml:lang="fr">
  <title>"LITS ET RATURES"</title>
  <link rel="alternate" type="text/html" href="http://www.grioo.com/blogs/MRA/index.php/2007/01/06/1650-playdoyer-pour-une-litterature-sans-concession-a-lexotisme-du-pire" />
  <issued>2007-01-06T14:26:23+00:00</issued>
  <modified>2007-01-06T14:26:23+00:00</modified>
  <id>http://www.grioo.com/blogs/MRA/index.php/2007/01/06/1650-playdoyer-pour-une-litterature-sans-concession-a-lexotisme-du-pire</id>
  <author><name>grdpea</name></author>
  <dc:subject>[Dossier] LITTERATURES</dc:subject>
  <summary>I-Playdoyer pour une littérature sans concession à l'exotisme du pire


Pat wrote : «... mais ayant lu le livre je trouve que ton inspiration est surfé sur le malheur qu’à connu notre pays pendant la phase sombre de la guerre civile, déja tu avais fait pareil dans "Verre cassé", ne pourras-tu écrire autre chose, sans rancune aucune encore félicitation pour le prix. » (Commentaire glané sur le blog d'Alain Mabanckou)</summary>
  <content type="text/html" mode="escaped">&lt;h2&gt;I-Playdoyer pour une littérature sans concession à l'exotisme du pire&lt;br /&gt;&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://img146.imageshack.us/img146/2328/exotismedupirevz1.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
Pat wrote&amp;nbsp;: «&lt;strong&gt;&lt;em&gt;... mais ayant lu le livre je trouve que ton inspiration est surfé sur le malheur qu&amp;#8217;à connu notre pays pendant la phase sombre de la guerre civile, déja tu avais fait pareil dans &quot;Verre cassé&quot;, ne pourras-tu écrire autre chose, sans rancune aucune encore félicitation pour le prix.&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; »&lt;br /&gt; (Commentaire glané sur le blog d'Alain Mabanckou)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;PLAYDOYER POUR UNE LITTERATURE SANS CONCESSION A L'EXOTISME DU PIRE&lt;/h3&gt;

&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Lettres à  Kangni Alem&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Nous voulons&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;un monde à habiter&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;quelque chose de solide&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://grioo.com/blogs/MRA/images/litteratures/149film20061228_202645_2_big.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;« &lt;em&gt;Ecrire est une prison&lt;/em&gt;... » ARAGON&lt;br /&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
1_ &lt;br /&gt;
Franchement quelle différence entre ce que fait SMITH et ce que font nos chers &amp;#8220;écrivains africains&amp;#8221;? Ceux qui nous vendent pour deux francs trois sous du fantasme de la &lt;em&gt;Mère dévoreuse&lt;/em&gt;. Ceux qui nous peignent une Afrique peuplées de canailles et de charlatans, de doubles maléfiques, de bêtes sauvages, de polygames et autres cannibales&amp;#8230;, l&amp;#8217;intérieur de la nuit (sic) sourdant de ricanements. «&amp;nbsp;&lt;em&gt;L&amp;#8217;Afrique est le paradis naturel de la cruauté&amp;#8230;&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» N&amp;#8217;importe lequel de nos littérateurs pourrait glisser cela dans son &amp;#339;uvre &amp;#8230;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ce qui devait arriver est déjà arrivé:&lt;br /&gt;
«&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Des tombereaux d&amp;#8217;enfants morts de faim, de soif, desséchés au soleil, des enfants ou ce qu&amp;#8217;il en reste&amp;nbsp;: quelques os oubliés des vautours que des tracteurs et des bennes à ordures enseveliront sous le sable en feu. Le Niger. Safari-photo insoutenable. Des enfants on en ramasse à la pelle dans ce pays (est-ce un pays ou un cimetière ?) où le taux de fécondité des femmes est le plus élevé au monde. Neuf enfants en moyenne par couple. Un carnage.&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Les coupables sont facilement identifiables, ils signent leurs crimes en copulant à tout-va. La mort est au bout de leur bite. Ils peuvent continuer puisque ça les amuse. Personne jamais n&amp;#8217;osera leur reprocher cela, qui est aussi un crime contre l&amp;#8217;humanité&amp;nbsp;: faire des enfants, le seul crime impuni. On enverra même de l&amp;#8217;argent pour qu&amp;#8217;ils puissent continuer à répandre, à semer la mort. Nous devrions avoir honte de nos larmes de crocodile sur les cadavres de ces anges noirs qui régalent les mouches&lt;/em&gt;. »&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et Sevran de se justifier:&lt;br /&gt;
«&lt;em&gt;Je parle des Anges Noirs et de leur souffrance, dans le livre paru il y a un an, &lt;strong&gt;j'avais été bouleversé par un reportage sur le Niger, impressionné aussi par le très beau livre de Léonora Miano&lt;/strong&gt;, universitaire camerounaise, qui écrit&amp;nbsp;: &amp;#8216;mon obsession est le mal que les Africains se font à eux-mêmes' (...) Voilà ce qui m'a inspiré ce texte, manipulé pour lui faire dire le contraire de ce qu'il dit&lt;/em&gt;».&lt;br /&gt;
Aux prix littéraires qui sonnent comme autant de tapes dans le dos, bientôt c&amp;#8217;est des pieds que le peuple applaudira. Car il aura compris que le dos justement, les écrivains l&amp;#8217;ont tourné au continent, et qu&amp;#8217;à la suite de Kossi Effoui il faudrait peut-être se résoudre à reconnaître que «&amp;nbsp;&lt;em&gt;la littérature africaine n&amp;#8217;existe pas&lt;/em&gt;.» Il n&amp;#8217;existe que le spectacle affligeant de l&amp;#8217;enfant mettant à nu sa mère sur la place publique. Mouches à merde, vautours, hyènes,... la nouvelle ethnologie sauvage a des ambassadeurs bien inattendus&amp;#8230;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
2_&lt;br /&gt;
Très cher Kangni, puisque vous autres écrivains avez choisi de participer à la grande aventure Internet, il va peut être falloir vous déshabituer à n&amp;#8217;entendre que la voix concordante qui vous célèbre dans les différents salons. Aujourd&amp;#8217;hui la toute petite voix du tout petit lecteur africain de l&amp;#8217;ombre remonte jusqu&amp;#8217;à vous et dit sa tristesse de vous voir tous, pareillement, sous prétexte de dénoncer des choses, tomber dans la facilité facile de l&amp;#8217;exotisme du pire.&lt;br /&gt;
Et donc Kangni, Non, je ne suis pas victime de mon incapacité à «&amp;nbsp;&lt;em&gt;déchiffrer le projet romanesque à l&amp;#8217;&amp;#339;uvre dans vos peintures d&amp;#8217;écrivains africains&lt;/em&gt; », mais coupable de ma trop grande lucidité à en déceler l&amp;#8217;archaïsme, le manque d&amp;#8217;ambition et la naïveté. Je puis vous dire en tout cas que si démarche critique il y a dans vos projets, elle est de facto compromise par l&amp;#8217;effarante économie de perspective, qui fait confondre décrire et dénoncer et par le mauvais choix d&amp;#8217;interlocuteur. &lt;br /&gt;
Ce dont je parle ne concerne pas spécialement &lt;em&gt;Canailles et Charlatans&lt;/em&gt; (et vous serez charitable d&amp;#8217;accepter de prendre pour les autres), mais j&amp;#8217;ouvre volontiers une parenthèse pour en évoquer l&amp;#8217;esprit. Car il se fait que, oui, j&amp;#8217;ai lu &lt;em&gt;Canailles et Charlatans&lt;/em&gt;. Et j&amp;#8217;avais déjà eu plaisir à suivre Héloïse dans sa toute première virée sur la Terre des Braves. J&amp;#8217;aimerais tout en évitant le jeu des citations, en toute honnêteté, vous dire l&amp;#8217;impression générale que cela ma laissée. Je ne saurais au mieux qualifier la «&amp;nbsp;peinture&amp;nbsp;» que vous faites de Lomé dans les deux livres, que d&amp;#8217;un palimpseste d&amp;#8217;immondices. Bien évidemment la dimension de l&amp;#8217;&amp;#339;uvre n&amp;#8217;en porte pas tache, de ce que heureusement, il y a le style ALEM&amp;#8230; fin de parenthèse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
Le style! &lt;br /&gt;
Vous autres écrivains africains n&amp;#8217;avez que &lt;strong&gt;le STYLE&lt;/strong&gt;. Ce style dont on aura réussi à vous convaincre, vos éditeurs en premier, que pareil à ce qu&amp;#8217;il en a été de la sculpture nègre pour l&amp;#8217;art occidental, il assurait le salut de la langue française. Et vous rivalisez volontiers entre vous pour voir qui l&amp;#8217;amènera à sa plus délirante expression&amp;nbsp;: à qui fera la phrase la plus longue, à coups de croche-pied au vocabulaire, et de ping-pong avec le sens. Et vous semblez réellement vous amuser comme de grands enfants...&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Mais la création africaine a-t-elle vocation à régénérer la création occidentale?&lt;/strong&gt; Si oui, à quel prix pour l&amp;#8217;imaginaire africain?&lt;br /&gt;
Car que reste t-il, une fois qu&amp;#8217;on a fermé vos bouquins ?&lt;br /&gt;
A vous autres, il reste le style. Aux Occidentaux, il reste une inépuisable source de masturbation et de projections diverses. Pour la langue française, il y a donc cette formidable sève nourricière.&lt;br /&gt;
Mais à nous Africains, il ne reste rien. Pas d&amp;#8217;imaginaire à habiter, mais un univers des idées qui continuellement nous agresse.&lt;br /&gt;
Si tout de même&amp;#8230;, il nous reste à vite oublier ce que nous venons de lire si nous ne voulons pas nous croire, foi de la rhétorique de notre élite écriveuse, maudits pour de bon.&lt;br /&gt;
Peut-être faut-il voir là une des causes du relatif mépris dans lequel les africains tiennent leur littérature. &lt;strong&gt;Elle les tire vers le bas&amp;#8230;&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
3_&lt;br /&gt;
Que le principal matériau romanesque de nos écrivains soit depuis toujours l&amp;#8217;absurde de nos sociétés et la souffrance de nos peuples, ne saurais plus être nié. Kourouma est l&amp;#8217;exemple type du modèle promu. Burlesque à souhait. ENCORE LE STYLE... Pour ce qu'il en est des histoires, que du folklore! Rien en tout cas qu&amp;#8217;on ait à raconter aux Africains. Ce n&amp;#8217;est pas grave puisque ce n&amp;#8217;est pas à eux qu&amp;#8217;on a choisi de s&amp;#8217;adresser.&lt;br /&gt;
Sartre l&amp;#8217;avait annoncé, ceux qui iront le plus loin dans le ricanement auront droit à leur tape dans le dos.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
Bien sûr, le tas de gravats que constitue la littérature africaine est parsemé de quelques stèles. Il y a un Hamidou Kane droit comme un I. Sony par exemple aimait à parler de la &quot;boue&quot;, du &quot;vide&quot;, du &quot;folklore&quot;, mais on n&amp;#8217;entendait, on ne ressentait que sa soif de &quot;solide&quot;, de &quot;plein&quot;, d&amp;#8217; &quot;esthétique&quot;. Il arrivait à se mettre au dessus de la «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Panne-dieu&lt;/em&gt; ». Autant Soyinka, tant bien que mal évoque le «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Penkelmess&lt;/em&gt; », sans tomber dans l&amp;#8217;épanchement hilare.&lt;br /&gt;
Et puis, Il y a les autres... Tous ceux qui voudraient nous faire rire de choses sérieuses. Il en faut, mais là, n&amp;#8217;y en t-il pas trop?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je dis tout cela mais suis sûr que la chose a déjà remué en vous. Sinon il y aurait-il ceci:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
«&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;&amp;#8230;une autre imagination de l&amp;#8217;Afrique par la littérature est possible et nécessaire, et cela sans doute par une ambition littéraire plus complexe que celle qui nous pousserait uniquement dans les belles petites histoires poétiques, celles qui feraient seulement de nous de véritables néodécadents aptes à décrire comment la racine pourrit mais refusant (ou incapables) de projeter le futur ou la possibilité de nouvelles racines dans l&amp;#8217;&amp;#339;uvre&lt;/strong&gt;. Au regard de nos frustrations identitaires réelles, et de nos capacités à maîtriser ou non les grandes tendances de la littérature, pourquoi diable refuserions-nous, si l&amp;#8217;envie nous en prenait, d&amp;#8217;être encore plus novateurs et, par panache, de réussir ce que les autres auraient échoué à faire&amp;nbsp;? L&amp;#8217;enjeu possible si le débat sur l&amp;#8217;engagement vaut d&amp;#8217;être prolongé et approfondi entre écrivains africains contemporains, serait, à mon humble avis, &lt;strong&gt;la question des formes littéraires nouvelles à trouver pour imaginer et expérimenter d&amp;#8217;autres manières de dire l&amp;#8217;Afrique à travers le temps et l&amp;#8217;espace&lt;/strong&gt;,&amp;#8230;&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» Kangni Alem.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je pense pour ma part que la clef vous apparaîtra dans le distinguo que vous réussirez à faire entre expression et représentation et de votre choix d&amp;#8217;en assumer la complexité dépendra le renouveau de notre littérature.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
Bien à vous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
Sé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;ins&gt;NOTES:&lt;/ins&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
Ce texte est constitué d'un ensemble de posts envoyés à l'écrivain togolais sur son blog. Kangni a promis de relancer le débat. A suivre donc sur: &lt;a href=&quot;http://www.togopages.net/blog/&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;www.togopages.net/blog &lt;/a&gt; &lt;br /&gt;
Nous rappelons que le ton de ce blog est volontairement polémique. La critique est aisée et chacun a son &quot;porc-épic&quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;ins&gt;A VENIR:&lt;/ins&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;l' &lt;em&gt;ut pictura poésis&lt;/em&gt; africain &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Discours sur les représentations de la souffrance&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/litteratures/149film20061116_023011_4_big.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Essai de déconstruction du dolorisme hilare de mode&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/litteratures/blood.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Pour des scénographies alternatives&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/litteratures/149film20061116_023011_5_big.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;ins&gt;A méditer&lt;/ins&gt;:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
«&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Il n&amp;#8217; y a pas un combat culturel qui se développerait latéralement au combat populaire(&amp;#8230;) Si la culture est la manifestation de la conscience nationale, je n&amp;#8217;hésiterai pas à dire, dans le cas qui nous occupe, que la conscience nationale est la forme la plus élaborée de la culture&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; »&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;Frantz FANON&lt;br /&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;&amp;#8230; Pendant des années, je me suis entretenu avec quelques-uns d&amp;#8217;entre vous&amp;nbsp;: AFRICAINS. Les raisons, vos raisons, ne m&amp;#8217;ont pas convaincu&amp;nbsp;; Certes, vous étiez d&amp;#8217;accord sur ce point&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;N&amp;#8217;écris pas cette histoire.&amp;nbsp;» Vous argumentiez que ce serait jeter l&amp;#8217;opprobre sur NOUS, LA RACE NOIRE. Mieux, ajoutiez-vous, les détracteurs de la CIVILISATION NEGRO-AFRICAINE allaient s&amp;#8217;en emparer, et&amp;#8230;, et&amp;#8230;, et&amp;#8230; pour nous jeter  l&amp;#8217;opprobre.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» &lt;br /&gt;
Sembène Ousmane 1965, Introduction à son &lt;em&gt;Véhi-Cosiane&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;
«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Cela calme ma rage d'écrire des romans. Si j'écrivais des essais je ne pourrais pas me contenir.&lt;/em&gt;»&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;Léonora Miano&lt;/pre&gt;</content>
</entry>
<entry xml:lang="fr">
  <title>Le QUAI EN BRANLE, la branle de Jacques...</title>
  <link rel="alternate" type="text/html" href="http://www.grioo.com/blogs/MRA/index.php/2006/06/29/1152-le-quai-en-branle-la-branle-de-jacques" />
  <issued>2006-06-29T20:17:37+00:00</issued>
  <modified>2006-06-29T20:17:37+00:00</modified>
  <id>http://www.grioo.com/blogs/MRA/index.php/2006/06/29/1152-le-quai-en-branle-la-branle-de-jacques</id>
  <author><name>grdpea</name></author>
  <dc:subject>[Dossier] ARTS</dc:subject>
  <summary>

       Peut-on aimer l’art d’un peuple, c’est à dire une partie de son âme,
       le conserver par-devers soi, et mépriser ce peuple et le rejeter ? 
                   Aminata Dramane TRAORE (Lettre au Président des Français… )</summary>
  <content type="text/html" mode="escaped">&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/y/xx.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;img src=&quot;http://grioo.com/blogs/MRA/images/y/masq.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;       &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Peut-on aimer l&amp;#8217;art d&amp;#8217;un peuple, c&amp;#8217;est à dire une partie de son âme,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;
       &lt;strong&gt;&lt;em&gt;le conserver par-devers soi, et mépriser ce peuple et le rejeter ?&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 
                   Aminata Dramane TRAORE (&lt;em&gt;Lettre au Président des Français&amp;#8230;&lt;/em&gt; )&lt;/pre&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt;
C&amp;#8217;est donc depuis le 23 Juin dernier que les Français, peuvent, contre 8&amp;#8364; seulement, dans le tout dernier endroit chic de Paris, un musée flambant neuf entièrement dédiés aux «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;cultures autres&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; », librement, aller participer de la dissipation des «&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;brumes de l'ignorance, de la condescendance ou de l'arrogance qui, dans le passé, ont si souvent nourri la méfiance, le mépris ou le rejet&amp;#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» (Le rejet de «&amp;nbsp;&lt;em&gt;l&amp;#8217;autre&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» s&amp;#8217;entend).&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;La «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Leçon d&amp;#8217;humanité&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» aura finalement pour nom: Musée du Quai Branly. Le «&amp;nbsp;&lt;em&gt;dialogue des civilisations&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» est son horizon.&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/a/sge_inr02_200606131449_photo00_photo_default-512x375.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;LA GRANDE VANITE&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;La très noble oeuvre dont nous venons de parler est indéniablement, un des aspects du &quot;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;rôle positif&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&quot; d&amp;#8217;une colonisation qui permit, sans qu&amp;#8217;aujourd&amp;#8217;hui encore rien sérieusement ne vienne mettre cela en question, de dépouiller, de manière plus ou moins subtile, les populaces des contrées les plus éloignées, assujetties par la croix et le feu, du meilleur des témoignages de leur production intellectuelle, qui constitue le trésor de prestigieuses collections et des plus grands lieux de conservation au monde dont désormais la toute jeune institution parisienne.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais, et ce serait impardonnable de ne pas le préciser, c&amp;#8217;est surtout à la pugnacité de Monsieur leur actuel Président, que les Français doivent la naissance ce nouvel  «&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;instrument de paix&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; ».&lt;br /&gt;
En effet, se rappelant de fort opportune manière, aux bons souvenirs de ceux, bien nombreux, qui, déjà, l&amp;#8217;avaient enterré, celui qui dirige par une incroyable «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;absence&lt;/strong&gt; », la France depuis une douzaine année, vient d&amp;#8217;inaugurer en grande pompe, ce que tout le monde s&amp;#8217;accorde à appeler «&amp;nbsp;SON&amp;nbsp;» musée.&lt;br /&gt;
Cravachant, jouant des gros bras et d&amp;#8217;un discours des plus reptiliens, il aura de bout en bout mené, d&amp;#8217;une extraordinaire poigne, ce projet, bien résolu à marquer, à l&amp;#8217;instar des ses &quot;illustres&quot; prédécesseurs, l&amp;#8217;esprit et la chair de ce Pays, d&amp;#8217;une unique empreinte. Une quasi-tradition bien française: les Grands Travaux du Président. André Langaney, Ex-Directeur du laboratoire d&amp;#8217;anthropologie biologique au Musée de l&amp;#8217;homme, qui s&amp;#8217;est vu enlever ses 270 000 objets d&amp;#8217;études, «&amp;nbsp;réquisitionnés&amp;nbsp;» pour constituer l&amp;#8217;essentiel du fond du nouveau musée, en dirait&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les grands travaux, c&amp;#8217;est une absurdité totale dans une République. C&amp;#8217;est un concept complètement régalien&amp;#8230;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; ». Il peut bien tempêter, et avec lui tout le corps anthropologique. Rien n&amp;#8217;arrêtera la machine chiraquienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;ses&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» grands travaux donc, Monsieur le Président a choisi, sous l&amp;#8217;influence raconte-t-on d&amp;#8217;un certain Kerschache, de &lt;em&gt;&lt;strong&gt;dire l&amp;#8217;Autre&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;. C&amp;#8217;est que l&amp;#8217;histoire toute hérissée de prédations et d&amp;#8217;intrigues du grand empire français fournit, semble-t-il, des matériaux à la hauteur de cette ambition.&lt;br /&gt;
Si la France n&amp;#8217;est pas prête à accueillir «&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;toute la misère du monde&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; », elle semble disposée à en accepter, de bon aloi, toute la richesse. C&amp;#8217;est donc, au pied de la tour Eiffel, un tapis rouge (sang) qui leur est déroulé. Célébrant l&amp;#8217;évènement, un discours de circonstance, où nous est faite, une rare  démonstration de&lt;strong&gt; l&amp;#8217;hypocrisie élevée au niveau d&amp;#8217;art et qui pourrait bien être la véritable &quot;Star&quot; de ce musée&lt;/strong&gt;. L&amp;#8217;hypocrisie reine, éclipsant&amp;nbsp;: &lt;em&gt;&lt;strong&gt;Imina na&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;, «&amp;nbsp;&lt;em&gt;la mère des masques&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» qui est censée rappeler aux hommes que tout a une fin, ou encore la &lt;em&gt;&lt;strong&gt;Vénus Chupicuaro&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; énygmatique «&amp;nbsp;déesse- fécondité&amp;nbsp;» d&amp;#8217;une puissante civilisation inconnue, devenue &quot;mascotte&quot; de la nouvelle maison. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;   &lt;img src=&quot;http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/y/imina%20na%20002.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;1              &lt;img src=&quot;http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/y/quai_branly_Ymago_2369.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;2&lt;br /&gt;
1/&lt;em&gt;Masque&quot;Imina na&quot;(Mali),Bois&lt;/em&gt; 2/&lt;em&gt;Statuette féminine&quot;Chupicuaro&quot;(Mexique),Terre cuite&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;C&amp;#8217;est ainsi qu&amp;#8217;à peine la fumée s&amp;#8217;estompant dans la banlieue, et alors qu&amp;#8217;encore fusent, depuis les sommets les plus élevés de l&amp;#8217;Etat, et sonnent si cruels aux oreilles concernées, les diatribes stigmatisatrices de race, l&amp;#8217;Afrique se retrouve à l&amp;#8217;honneur dans un Paris d&amp;#8217;où désormais peut, et ce sont les mots du Président même,  porter au loin, «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;le message humaniste du respect de la diversité et du dialogue des cultures&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; ».&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et la presse dans un unanimisme des plus effarants, de saluer la si haute aspiration de ce projet.  &lt;br /&gt;
Enterré, la longue polémique qui accompagna le projet de la création de cet espace&amp;nbsp;! Si tôt oublié la &quot;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;La guerre des musée&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&quot;, les débats passionnés sur la dénomination de l'institution, la provenance douteuse des pièces&amp;nbsp;! les virulentes dénonciations de la gestion anti-démocratique de la chose&amp;nbsp;! Qui se souvient du cri d&amp;#8217;alarme de François-Xavier Verschave, tentant une nième fois de révéler le &quot;&lt;em&gt;Noir Chirac&lt;/em&gt;&quot; à la France&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Il s'agit de livrer les collections à des spéculateurs !&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;» ?&lt;br /&gt;
C'est dans un consensus indécent que depuis quelques jours, on se plait, à nous présenter l&amp;#8217;actuel Président des Français comme «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;un amoureux véritable, et même un expert connu des arts d&amp;#8217;Asie, d&amp;#8217;Océanie et d&amp;#8217;Afrique&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; ».&lt;br /&gt;
Peu importe, alors si, jamais vraiment, les peuples premièrement concernés (Vous pouvez les appeler les peuples &quot;premiers&quot;) ne furent invités à prendre part à la conception et s&amp;#8217;enquérir du discours qu&amp;#8217;on entendait faire tenir à leurs objets. Peu importe s&amp;#8217;il y eut plus de marchands d&amp;#8217;art, d&amp;#8217;hommes d&amp;#8217;affaires et de communicateurs, que de scientifiques à se pencher sur le berceau du bébé. Peu importe si le statut des objets n&amp;#8217;est toujours pas rigoureusement défini. Peu importe, vous dis-je, si c&amp;#8217;est un musée encore en chantier qu&amp;#8217;on nous invite à découvrir dans un dédale de câbles électriques, de sourires de circonstance d&amp;#8217;anonymes hôtesses et de crépitement de mille Talkies-walkies, puisqu&amp;#8217; avec cette nouvelle réalisation présidentielle , on nous persuade que la France vient définitivement de confirmer sa place à l&amp;#8217;avant-garde artistique et s&amp;#8217;inscrit durablement en grand sur la carte de l&amp;#8217;humanisme.&lt;br /&gt;
Voici sauve, «&amp;nbsp;l&amp;#8217;exception française »! &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Ce musée, il l&amp;#8217;a voulu en dépit des réticences du milieu culturel et de l&amp;#8217;administration. Rébellion contre un certain ordre intellectuel, mais également acte politique d&amp;#8217;un président qui s&amp;#8217;insurge contre une certaine arrogance occidentale et fustige les méfaits d&amp;#8217;une mondialisation qui gommerait les différences culturelles&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; ».&lt;br /&gt;
La messe est dite.&lt;br /&gt;
C&amp;#8217;est donc pour clôturer en toute beauté, un double mandat dont le pendant africain aura été un incroyable recul des libertés les plus élémentaires et un formidable renforcement des régimes monstres que le Président vient de déclamer, à l&amp;#8217;alambiqué certain, son éternel soucis de «&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;la place de l&amp;#8217;Autre&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» . &lt;strong&gt;L&amp;#8217;absurde  est entêté&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
«&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;L&amp;#8217;Afrique n&amp;#8217;est pas mûre pour la démocratie&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;.» C&amp;#8217;était des mots bien choisis et de bouche avisée. On fait ce qu&amp;#8217;il faut semble-t-il, pour ne pas avoir à se dédire. Et au sombre tableau des maux de ce continent, avant le sida et la malaria, il y a la &quot;Françafrique&quot;.&lt;br /&gt;
Ainsi, bien loin des préoccupations d&amp;#8217;une Afrique exsangue, et bien décidée à parler à sa place, une bouche de plus vient de s&amp;#8217;ouvrir sur les bords de la seine. La langue érectile, orgueilleuse à souhait, qu&amp;#8217;elle brandit, ignore la mesure et la retenue:&lt;br /&gt;
«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Rendre justice&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» aux «&amp;nbsp;&lt;em&gt;peuples humiliés et méprisés&lt;/em&gt; », affirmer «&amp;nbsp;&lt;em&gt;l'égale dignité des cultures du monde&lt;/em&gt; », «&amp;nbsp;&lt;em&gt;dresser face à l'emprise terne et menaçante de l'uniformité, la diversité infinie des arts&lt;/em&gt; », etcetera, etcetera.&lt;br /&gt;
N&amp;#8217;est- ce pas là, du nouveau &quot;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;fardeau de l&amp;#8217;homme blanc&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&quot; que Monsieur Jacques Chirac et son institution viennent de se charger ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Dans un certain &lt;em&gt;Discours sur le colonialisme&lt;/em&gt;, Aimé Césaire, de l&amp;#8217;unique veine sienne, mettant en garde contre la «&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;vanité&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» qui se faisait de la construction de musées des «&amp;nbsp;autres », rappelait que :&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;&amp;#8230; il eût mieux valu, à tout prendre, n&amp;#8217;avoir pas eu besoin de les ouvrir&amp;nbsp;; que l&amp;#8217;Europe eût mieux fait de tolérer à côté d&amp;#8217;elle , bien vivantes, dynamiques et prospères, entières et non mutilées, les civilisations extra-européennes&amp;nbsp;; qu&amp;#8217;il eût mieux valu les laisser se développer et s&amp;#8217;accomplir que de nous en  donner à admirer, dûment étiquetés, les membres épars, les membres morts&amp;nbsp;; qu&amp;#8217;au demeurant, &lt;strong&gt;le musée par lui-même n&amp;#8217;est rien&amp;nbsp;; qu&amp;#8217;il ne veut rien dire, qu&amp;#8217;il ne peut rien dire, là où le secret mépris des autres dessèche les c&amp;#339;urs, là où, avoué ou non, le racisme tarit la sympathie&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;; qu&amp;#8217;il ne veut rien dire s&amp;#8217;il n&amp;#8217;est pas destiné qu&amp;#8217;à fournir aux délices de l&amp;#8217;amour-propre&amp;nbsp;; qu&amp;#8217;après tout, l&amp;#8217;honnête contemporain de Saint Louis , qui combattait mais respectait l&amp;#8217;islam, avait meilleure chance de le connaître que nos contemporains même frottés de littérature ethnographique qui le méprise.&lt;/em&gt; &lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Non, &lt;strong&gt;jamais dans la balance de la connaissance, le poids de tous les musées du monde ne pèsera autant qu&amp;#8217;une étincelle de sympathie humaine&lt;/strong&gt;.&lt;/em&gt; »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
Nous conclurons autrement que Césaire, pour dire que tout est une question d&amp;#8217;humilité.&lt;br /&gt;
Que l&amp;#8217;humilité, c&amp;#8217;est ce qui, justement manque ici. Absence d&amp;#8217;humilité dans la rhétorique, absence d&amp;#8217;humilité dans le programme, absence d&amp;#8217;humilité dans le geste architectural (Un musée de collection est réussi, et on l&amp;#8217;apprend dans toutes les bonnes écoles d&amp;#8217;architecture, quand il sait se faire oublier&amp;#8230; (Nous y reviendrons)). Absence d&amp;#8217;humilité et d&amp;#8217;intégrité.&lt;br /&gt;
Que, l&amp;#8217;Afrique n&amp;#8217;oublie pas et que d&amp;#8217;ailleurs tout continue. Et le musée est un &lt;strong&gt;lieu de mémoire&lt;/strong&gt;. Les pièces, des &lt;strong&gt;objets témoins&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
Et enfin, qu&amp;#8217;il s&amp;#8217;agit d&amp;#8217;avoir à l&amp;#8217;esprit que beaucoup ont suivi ces objets. Leurs enfants sont devenus brûleurs d&amp;#8217;écoles et de voitures et de poubelles. La sombre «&amp;nbsp;racaille&amp;nbsp;» de nos banlieues...&lt;br /&gt;
La question est ceci&amp;nbsp;: Que vaut donc tout l&amp;#8217;étalage de vrais faux bons sentiments auquel le baptême du Quai Branly donne lieu, quand on sait ce que l&amp;#8217;Afrique sait de l'initiateur de projet? Que pèse cette débauche d&amp;#8217;autocongratulation face à toute la souffrance que charrie une histoire dont le legs est loin d&amp;#8217;être soldé et qui échoue toujours à unir. A faire passer la victime pour celui qu&amp;#8217;on sauve (Ici, presque malgré elle, et c&amp;#8217;est là, certainement le plus grand péché de l&amp;#8217;idéologie affichée (Nous y reviendrons)) on établit un malentendu de plus, qui pour sûr ne participe pas du désarmorcement d&amp;#8217;un avenir déjà incroyablement miné.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/y/q.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;      « &lt;em&gt;&lt;strong&gt;Les eaux que as vues, là où se tient la prostituée,&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; 
        &lt;em&gt;&lt;strong&gt;Ce sont des peuples, des foules, des nations et des langues (&amp;#8230;)&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;
        &lt;em&gt;&lt;strong&gt;Enfin, la femme que tu as vue,&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; 
        &lt;em&gt;&lt;strong&gt;C&amp;#8217;est la grande ville qui domine les rois de la terre&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; »  
                                                      Révélations #17&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Quelque part près des eaux une grande prostituée ivre, chargée de bijoux et de milles trésors, se tient assise sur une bête rouge écarlate dont le corps est recouverte de noms insultants pour les peuples de la terre du sang desquels sa maîtresse s&amp;#8217;est repue.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
La métaphore est biblique, mais le religieux, c&amp;#8217;est la seule liberté que le renvoi prend avec la réalité du Quai Branly. Une vision &quot;babylonienne&quot; suinte de toute cette mascarade.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il va de soi que la chose est partie pour être une anomalie. D&amp;#8217;abord pour la question que soulève l&amp;#8217;interrogation de Madame Aminata Dramane TRAORE dans sa &lt;em&gt;Lettre au président des Français&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Certes, et c&amp;#8217;est d&amp;#8217;expérience que nous l&amp;#8217;affirmons:&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;On peut travailler sur l&amp;#8217;Afrique et tenir en horreur l&amp;#8217;Afrique. On peut avoir une réelle fascination pour l&amp;#8217;Afrique et nourrir un profond mépris de l&amp;#8217;Africain.&lt;/strong&gt; Il reste qu&amp;#8217;au centre de ce rapport trouble se trouvera une autre variable plus complexe à saisir: &lt;strong&gt;la création des Africains&lt;/strong&gt;. &lt;strong&gt;L&amp;#8217;art africain qu&amp;#8217;on n&amp;#8217;aimera jamais totalement et qu&amp;#8217;on ne méprisera jamais tout à fait&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;; qui servira alors d'écran pour projeter une gamme variée de fantasmes jouant d&amp;#8217;un dualisme attrait -  répulsion (Elans que toujours sous-tendent le «&amp;nbsp;mythe des origines&amp;nbsp;» et son corollaire «&amp;nbsp;la fuite »).
Cette schizo-philie donne jour aux rapports relativement gauches que nous connaissons, titubant entre les approches du tout ethnologique et celles insidieusement esthétisantes. (&lt;strong&gt;Dans tous les cas, l&amp;#8217;objet est soumis, quand on pense la rendre plus «&amp;nbsp;authentique&amp;nbsp;» en lui imposant la la toute innocente présence d&amp;#8217;une feuille de palmier, comme quand on veut la révéler dans toute sa «&amp;nbsp;splendeur&amp;nbsp;» en lui faisant un magnifique vêtement de lumière.&lt;/strong&gt;)&lt;br /&gt;
Les conséquences pour l&amp;#8217;Afrique, sont, après la dépossession matérielle, celle là intellectuelle, car tout ce qui se dira désormais sur ces objets ne sera que pures spéculations de pseudo- scientifiques et de pseudo- esthètes tous pareillement égarés par le mirage de l&amp;#8217;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;immaculé perception&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» (Nous y reviendrons). C&amp;#8217;est ainsi que s&amp;#8217;est crée l&amp;#8217;incroyable &lt;strong&gt;Non-Savoir&lt;/strong&gt; qui entoure la production traditionnelle africaine (et que le «&amp;nbsp;mutisme&amp;nbsp;» organisé du continent contribue à entretenir).&lt;br /&gt;
Mais pire que cette double fronde, le délire ethnologique et le réductionnisme &quot;plastique&quot; que nous renvoyons dos à dos, c&amp;#8217;est &lt;strong&gt;le saisissement par le capital, le prestige et le pouvoir&lt;/strong&gt; qui est certainement, le plus grand tort fait aux oeuvres. Et le Quai Branly échoue cruellement à clairement se définir. &lt;strong&gt;L&amp;#8217;approche ici ne ressemble à rien de scientifique, Elle est calculatrice (L&amp;#8217;objet n&amp;#8217;est plus seulement soumis mais nié).&lt;/strong&gt; Sacrifier à la flatterie, assujettir l&amp;#8217;art à des intérêts et des ambitions personnels, disposer comme on l&amp;#8217;entend de quelque chose dont on n&amp;#8217;a ni la propriété matérielle, ni la propriété intellectuelle, ni la propriété morale, sans en rendre compte; être sa propre référence dans la  gestion du patrimoine de l&amp;#8217;humanité, c&amp;#8217;est manifester, encore, la rare arrogance de la corruption coloniale, dont visiblement la France a beaucoup de mal à se guérir. C&amp;#8217;est l&amp;#8217;exploitation qui continue. C&amp;#8217;est pourquoi, &lt;strong&gt;même si l&amp;#8217;objet et le groupe qui l&amp;#8217;a produit sont au centre du discours, le fait d&amp;#8217;art et les réalités sociales n&amp;#8217;y trouvent pas abris&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
Car qu&amp;#8217;est réellement le Quai Branly aujourd&amp;#8217;hui sinon &lt;strong&gt;le musée blanc de l&amp;#8217;art des non-blancs&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;? Un regard condescendant des civilisés sur les sauvages. La manifestation la plus gauche de la mauvaise conscience des violents dominants sur les pauvres dominés. Des contradictions. Le Quai Branly n&amp;#8217;est rien d&amp;#8217;autre aujourd&amp;#8217;hui qu&amp;#8217;un ensemble confus de contradictions dont seuls une conscience somnolente et un intellect las peuvent se satisfaire.&lt;br /&gt;
S&amp;#8217;il devient plus, s&amp;#8217;il devient mieux- et nous faisons plus que le lui souhaiter- ce sera d&amp;#8217;abord parce qu&amp;#8217;il se sera purgé de l&amp;#8217;esprit archaïque et archaïsant qui a présidé à sa naissance.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En attendant, l&amp;#8217;absurdité de la dévotion dont le public entourera la statuaire dogon ne se mesurera qu&amp;#8217;à l&amp;#8217;aune du mépris dont le balayeur malien continuera à faire l&amp;#8217;objet dans une France blême et malade de son manque de courage&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
Reste une certitude&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;l&amp;#8217;Afrique ne s&amp;#8217;exprimera pas de la bouche de Monsieur Jacques Chirac&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://grioo.com/blogs/MRA/images/NG/7_CheriSamba-okjpg-2.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;LE GRAND DETOURNEMENT&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Avec une éloquence atteignant parfois la sublimité, &lt;strong&gt;l&amp;#8217;art nègre a commandé aux principes régénérateurs de l&amp;#8217;écriture plastique universelle d&amp;#8217;aujourd&amp;#8217;hui&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;; il a conféré une force et une mesure fraîche à la peinture, à la sculpture, à la musique, à la poésie, à l&amp;#8217;architecture, dont le salut se trouvait compromis par la défaillance de la mesure grecque et l&amp;#8217;insuffisance des apports archéologiques du Proche Orient. En humiliant à l&amp;#8217;extrême les éléments conventionnels, &lt;strong&gt;il a réalisé, crée en quelque sorte, le «&amp;nbsp;chiffre&amp;nbsp;» de vérité idéale le plus élevé qui soit connu jusqu&amp;#8217;ici.&lt;/strong&gt; &lt;/em&gt;»&lt;br /&gt;
Paul Guillaume&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout cela se noua au début du siècle dernier.&lt;br /&gt;
Vlaminck et Derain, les premiers, chopent le mal. Les Fauves en imprudents découvreurs de l&amp;#8217;«&amp;nbsp;étrange ».&lt;br /&gt;
Le virus a d&amp;#8217;abord couleur blanc kaolin. Enigmatique masque d&amp;#8217;une obscure société secrète de forêts africaines. Redoutable N&amp;#8217;gil. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://grioo.com/blogs/MRA/images/y/fang.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt; &lt;em&gt;(Masque-casque fang de la société du &lt;/em&gt;N&amp;#8217;gil&lt;em&gt;, Gabon, XIXème s. La star de l&amp;#8217;exposition &quot;Primitivism in 20th Century Art&amp;nbsp;: Affinity of the Tribal and the Modern Art&quot;(MOMA /1984) a été cédée à un acquéreur «&amp;nbsp;anonyme&amp;nbsp;» au prix record de 5.904.176 euros lors de la l&amp;#8217;éparpillement  de la collection de Pierre et Claude Vérité à l&amp;#8217;Hôtel Drouot les samedi 17 et dimanche 18 juin, soit 2 jours avant l&amp;#8217;ouverture du Quai. )&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
Matisse est littéralement scotché.&lt;br /&gt;
Picasso veut faire «&amp;nbsp;manger de la corde et de boire de l&amp;#8217;essence&amp;nbsp;» au trop sage Paris. «&amp;nbsp;L&amp;#8217;oiseau du Bénin&amp;nbsp;» pris tout entier dans la éclats éparses de ses compositions, construit méthodiquement la fusion du temps et de l&amp;#8217;espace. Le mouvement. La dimension 3. Le «&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;Kubische Raumanschauung&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; ».&lt;br /&gt;
Braque est pris des mêmes spasmes de la même parturience latente.&lt;br /&gt;
Voici, s&amp;#8217;annonce, l&amp;#8217;euphorique enfantement de la modernité. &lt;br /&gt;
Quelque chose a plongé Brancusi dans une poignante solitude. Reclus dans  son atelier de l'impasse Ronsin, sans fin, il fait des colonnes qui n&amp;#8217;en finissent pas et convoque, du plus profond de son génial délire, des armées de blondes négresses. L&amp;#8217; Ascète Roumain à qui la France refusera tout sa vie, les papiers, rêve d&amp;#8217;initiatiques échelles de très lointains rites de reconnaissance.&lt;br /&gt;
C&amp;#8217;est, ô ultime tour d&amp;#8217;un sort joueur, chez leur médecin commun, que Constantin transmet la fièvre à Amadeo. Paul Alexandre, «&amp;nbsp;médecin d&amp;#8217;artistes&amp;nbsp;» et accessoirement organisateur de «&amp;nbsp;soirée païennes », entretient le feu sacré de l&amp;#8217;inquiétante pandémie dans l&amp;#8217;antre du «&amp;nbsp;Delta ».
Modigliani, désormais traque «&amp;nbsp;baoulés&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;yaourés », et voit le monde en autant d&amp;#8217;ovales visages.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/y/pic3f.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
Tout se passe comme si le grand frisson d&amp;#8217;une fièvre toute rimbaldienne se répandait dans la capitale. Un tenace accès de cannibalisme. Une ruade violente de dure insomnie qui durablement va marquer la création européenne. Le traître penchant pour l&amp;#8217;art des sauvages!&lt;br /&gt;
L&amp;#8217; «&amp;nbsp;étrange&amp;nbsp;» cours la ville et «&amp;nbsp;sonne le sang&amp;nbsp;» de la jeune génération qui,  secouée jusqu&amp;#8217;aux entrailles, enfin, invente fébrilement l&amp;#8217;aboutissement inéluctable de la fin de l&amp;#8217;académisme.&lt;br /&gt;
Maintenant, Stravinsky sonne résolument «&amp;nbsp;autre ».&lt;br /&gt;
Man Ray livre ses modèles à de sombres expérimentations exotiques. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le «&amp;nbsp;primitif&amp;nbsp;» s&amp;#8217;attrape comme la peste. Pour sûr, le génie est propice à l&amp;#8217;établissement du mal. C&amp;#8217;est le tout Paris créatif qui, en proie à cette seule malaria, écris d&amp;#8217;un mauvais rouge sang, le grand épisode nègre de l&amp;#8217;art.&lt;br /&gt;
Cendrars, Cocteau, Jacob sont eux aussi devenus «&amp;nbsp;cannibales&amp;nbsp;» et la poésie ne célèbre plus que l&amp;#8217;«&amp;nbsp;étrange ».&lt;br /&gt;
Paul Guillaume, de «&amp;nbsp;l&amp;#8217;esthétique&amp;nbsp;» nouvelle, esclave volontaire, premier grand apôtre (et non moins grand marchand), vend des fétiches et des théories à la pelle: «&amp;nbsp;l&amp;#8217;art nègre est le sperme vivificateur du XXème siècle ».&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La science du bâtir ne s&amp;#8217;en laisse pas conter. Aux Congrès Internationaux de l&amp;#8217;Architecture Moderne, Jeanneret proclame la naissance d&amp;#8217;un «&amp;nbsp;Esprit Nouveau ». L&amp;#8217;idéologie rigide et pratique des CIAM qui voue un culte obscène à Cézanne et Picasso, est aussi comptable de la fondamentale influence de la plastique primitive et emprunte aussi à son «&amp;nbsp;illogisme ». Siegfried Giedion, historien, théoricien et chantre de la nouvelle architecture rappelle&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;On trouve dans les tableaux des grands maîtres du début du siècle des moyens d&amp;#8217;expression &amp;#8211; abstraction, transparences, simultanéité - qui rappellent beaucoup l&amp;#8217;art primitif. Ce ne fut pas là une mode soudaine, éphémère, mais le résultat d&amp;#8217;un rapprochement inconscient, né du besoin de tirer de l&amp;#8217;élémentaire, de l&amp;#8217;irrationnel, les sources mêmes d&amp;#8217;une expression symbolique. C&amp;#8217;était le désir de pallier les dommages causés par la mécanisation. »&lt;br /&gt;
Le sauvage est contagieux vous dis-je&amp;nbsp;! Il vient à point nommé, injecter du rêve dans un paysage européen morose.&lt;br /&gt;
Au diable, le poncif grec&amp;nbsp;! Au feu, la Joconde ?&lt;br /&gt;
Le siècle sera nègre ou ne sera pas. C&amp;#8217;est dit&amp;nbsp;! Arrive le jazz, Coco Chanel, les femmes garçonnes, Baker&amp;#8230; Un «&amp;nbsp;entre deux guerre&amp;nbsp;» délirant. Il faut s&amp;#8217;y résoudre, rien ne sera plus jamais comme avant. On dit de cette époque qu&amp;#8217;elle était «&amp;nbsp;folle&amp