Les archives de l'Humanité Sports L’Olympique de Marseille, le négrier et le procureur

Football . La deuxième journée d’audience du procès des comptes de l’OM a mis en lumière des pratiques délictueuses. Le magistrat a rappelé le « statut particulier » du club dans la ville.

Marseille,

correspondant régional.

Au deuxième jour

des débats de la 6e chambre correctionnelle de Marseille sur les comptes de l’OM, la vérité est passée par la truculence de Rolland Courbis. Devant le tribunal, l’entraîneur du club de 1997 à 1999 raconte « une anecdote ». Tout à ses visées de grandeur, le club voulait alors embaucher l’attaquant brésilien, Sonny Ander- - son, qui faisait les beaux jours du FC Barcelone. Coût présumé de l’opération : 100 millions de francs. Soit, comme le détaille Rolland Courbis, 80 millions de transfert à payer au club catalan et 20 millions de « prime au joueur », autrement dit de rémunération occulte puisqu’elle échappe à l’impôt et aux charges fiscales. Finalement, Robert Louis-Dreyfus, propriétaire du club olympien, décide d’abandonner la piste. Les mois passent - dix-huit exactement -, pendant lesquels l’OM reste invaincu au Stade-Vélodrome jusqu’à cette défaite face à Lyon. 0-1, but de Sonny Anderson. Courbis phosphore à s’en donner « mal à la tête », a-t-il dit hier, repensant à l’occasion ratée un an et demi plus tôt. Et là, c’est du Courbis dans le texte : « Croyez-moi, à ce moment-là, je ne voyais pas d’ABS (abus de bien social - NDLR) ou de recel d’ABS, mais un but du pied droit dans la lucarne. » Tout est dit : la fin justifie les moyens, et donc la constitution d’une équipe qui gagne vaut bien quelques entorses à la loi. Quelques heures plus tard, Rolland Courbis reconnaîtra d’ailleurs que la pratique de l’allocation d’une prime occulte au joueur « avait lieu dans neuf cas (de transferts internationaux - NDLR) sur dix ».

transfert abracadabrant

Gagner à tout prix : de là tous les « petits » arrangements avec les textes de loi. Pour sa première audience de « travaux pratiques », le tribunal s’est penché hier sur le transfert abracadabrant du joueur ghanéen du Fortuna Düsseldorf, Arthur Moses. Résumons. L’OM a payé, en 1998, 12 millions de francs (la fameuse « prime » pour le joueur y est incluse) le transfert d’un footballeur « estimé » à 3 millions. L’affaire a été conclue sans qu’aucun dirigeant du club phocéen ne rencontre l’un de ses homologues allemands. En fait, Jean-Michel Roussier, président délégué, et Rolland Courbis ont négocié avec une seule et même personne : Rolf Wegener, « représentant » du club allemand (il n’en a jamais excipé aucune preuve) et « agent » (non répertorié à la FIFA) du joueur. Le montant du transfert a été viré sur le compte d’un cabinet d’avocats allemand qui reversera l’intégralité à Pointline, société basée au Liechtenstein dont le fondé de pouvoir n’est autre que Rolf Wegener.

Au bout du compte, l’OM a fraudé et perdu 9 millions de francs. Le club allemand n’a touché qu’un douzième de cette somme. Arthur Moses n’a pas vu l’ombre d’un fifrelin puisque c’est son « propriétaire », Rolf Wegener, un « négrier » du foot, en fait, qui a empoché le jackpot. Et le tout serait resté dans l’ombre si le commissaire aux comptes de l’OM n’avait découvert le pot-aux-roses. Cela pourrait ressembler à une aventure des Pieds Nickelés, le sordide en plus, si la justice ne suspectait Rolland Courbis d’avoir agi en toute connaissance de cause et de s’être fait rétrocéder par Rolf Wegener une partie de la cagnotte.

l’OM a un Statut particulier

Pourquoi se gêner d’ailleurs puisque le procureur de la République a estimé, lundi soir, au cours d’une conférence de presse ahurissante, qu’« à Marseille, l’OM a un statut particulier. Sur le plan de la symbolique, de la politique marseillaise, de l’ordre public, de l’équilibre social, de l’ensemble de ce qui fait la vie marseillaise ». « Oui, le rôle de l’OM à Marseille sera présent dans les réquisitions », a-t-il ajouté. Il ne reste plus qu’à couvrir Marianne d’une écharpe blanche et bleue pour qu’elle ne prenne pas froid.

Christophe Deroubaix

http://www.humanite.presse.fr/journal/2006-03-15/2006-03-15-826282