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Delocalisation de services : opportunités pour les économies africaines en développement
13/06/2007
 

Xavier Owona revient sur l'impact des délocalisations pour les économies du continent africain
 
Par Xavier Owona (ABC)
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La délocalistion des services connaît un formidable essor
 
 

« Allo je cherche le numéro de Tantine Berthe à Montélimar » demande Martine de Dijon
-« Bonjour, je suis Philippe Durant à votre service » répond Hassan le télé-conseiller marocain d’un grand opérateur téléphonique parisien.

Son français impeccable, trahit rarement la destination de l’appel : Casablanca…

Cette situation imaginaire tend pourtant à se généraliser avec l’éclosion des services de renseignement téléphonique « 118XXX » ces derniers mois.

Symbole de la globalisation, les délocalisations de services et autres centres d’appels ont connu un essor phénoménal dans plusieurs économies émergentes ces dernières années. Des pays comme l’Inde (que certains qualifient de « bureau du monde ») ou la Chine sont passés maîtres dans l’attraction sur leurs sols de ces investissements étrangers (IDE), et des transferts technologiques qu’ils peuvent parfois représenter.
Ils ont su brillamment convertir libéralisation des échanges et conquête des IDE en véritable stratégie de développement économique.

La part de ces délocalisations dans la croissance économique de ces pays est substantielle. Outre le savoir-faire qu’ils acquièrent, les effets bénéfiques (économiques et sociaux) sont énormes sur leurs marchés intérieurs, notamment celui de l’emploi. Enfin, les revenus tirés de ces activités leur permettent de réinvestir dans de nombreux secteurs d’activités, les infrastructures, la formation. A l’heure où la mondialisation n’est plus une option mais un impératif, ces pays profitent du train en marche de la globalisation, laissant les autres à la marge de la nouvelle donne de l’économie mondiale. Et l’Afrique me direz-vous ? A-t-elle pris le bon wagon ?

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Le marché mondial de l'outsourcing de services représente au moins 50 milliards de dollars

Selon le cabinet PriceWaterhouseCoopers, on entend par délocalisation le fait pour une entreprise de confier durablement à un prestataire, des services, des fonctions non essentielles, de façon à faire croître la valeur actionnariale de l’entreprise. Le terme d’outsourcing (délocalisation) recouvre des situations variées. En effet, on parle généralement d’outsourcing lorsque le prestataire est situé sur son marché domestique et d’offshoring quand il est à l’étranger. Ces prestations, très diverses, couvrent une palette très large allant du simple renseignement téléphonique aux services financiers, en passant par le développement, la maintenance de logiciels ou la R&D.

Même s’il reste difficile à évaluer, le marché mondial de l’outsourcing de services représente aujourd’hui au moins 50 milliards de dollars selon le Mc Kinsey Global Institute et progresse à un rythme de 10 à 15% en moyenne annuelle. On constate pourtant que la part de l’Afrique sur ce marché est plus que marginale puisqu’elle ne représente au mieux que moins d’1% des échanges.

L'Inde  
L'Inde
© diplomatie.gouv.fr
 

Certes, la situation reste très inégale au sein même du continent. Les leaders : Afrique du Sud, Maroc, Sénégal ou même l’Ile Maurice connaissent une croissance plutôt flatteuse tandis que d’autres ne connaissent même pas l’existence du phénomene. Pourtant, les champions continentaux sont encore très loin de pouvoir tutoyer le niveau atteint par certains pays asiatiques ou d’Europe de l’Est, qui se partagent l’essentiel du marché.

Dans cette compétition mondiale, les atouts des pays africains sont pourtant nombreux. Tout d’abord, la langue : l’anglais et le français sont répandus sur pratiquement tout le continent. Ensuite, la main d’œuvre instruite et peu onéreuse. Enfin une relative stabilité politique dans plusieurs pays (Maroc, Sénégal, Cameroun…) couplée à la proximité géographique avec les pays d’Europe, potentiels clients, avec lesquels ils partagent des héritages culturels. Ce sont précisément les critères que recherchent les entreprises candidates à la délocalisation. On peut alors se demander pourquoi le phénomene reste encore quasi confidentiel en Afrique ?

Il y a encore peu de délocalisations de services en Afrique noire

Nous pouvons dégager plusieurs éléments de réponse :

- En premiers lieux, la taille et la spécialisation des prestataires. Les entreprises locales sont souvent trop petites, et ne fournissent encore trop fréquemment que des services basiques ou à faible valeur ajoutée. Les ténors tels IBM, CapGemini, Accenture et autre General Electric réalisent des marges juteuses sur des marchés plus matures et rechignent encore (à quelques exceptions près) à conquérir un marché pourtant potentiellement prometteur.
Par conséquent, la « taille critique » permettant des investissements conséquents n’est que rarement atteinte.

- Autre élément, le risque pays. C’est un élément prépondérant dans le choix du pays de destination. Celui-ci doit être suffisamment stable politiquement et juridiquement pour rassurer les investisseurs. Or il n’existe pas encore beaucoup de pays africains qui peuvent offrir un niveau de confiance suffisant pour ces entreprises.

- Enfin, les politiques publiques sont un autre élément déterminant dans le choix des pays. Les entreprises aiment se sentir courtisées. Il convient donc de mettre en place des mesures incitatives telles les aides fiscales, pour attirer ces investisseurs étrangers. Par ailleurs, il faut favoriser l’éclosion d’une main d’œuvre qualifiée de haut niveau, investir dans les infrastructures, les moyens de communications ou encore les technologies de l’information.
D’autant plus que de nombreux pays européens, à commencer par la France, sont réticents (souvent à tort) à voir le phénomène de délocalisation proliférer. Inquiets pour leurs marchés domestiques de l’emploi, ils instaurent des règlementations toujours plus restrictives.


Heureusement, certains pays africains ont compris la mesure de ces enjeux et ont commencé à mettre en place des politiques de stimulation des investisseurs. Nous pouvons saluer les initiatives marocaines (qui organisent chaque année depuis 3 ans le SICCAM à Casablanca - salon des centres d’appels et de l’externalisation de services-), et sénégalaises en la matière. Ainsi, le Maroc dispose de la moitié du marché des centres d’appels francophones délocalisés, grâce au programme Emergence en l’occurrence, qui vise à attirer 1,5 milliards d’euros de recettes supplémentaires et 100.000 emplois sur son sol en 10 ans.

Avec les atouts dont elle dispose, l’Afrique peut elle décemment tourner le dos à un marché qui constitue un gisement de croissance aussi important ? Les plans panafricains tel le NEPAD n’ont-ils pas été constitués pour favoriser l’éclosion d’un secteur privé fort ? L’occasion de le démonter se présente donc maintenant. Compte tenu des résultats obtenus dans d’autres pays (au contexte parfois un peu différent certes, mais au modèle tout à fait reproductible), l’Afrique doit s’inspirer des recettes qui marchent aujourd’hui si elle veut jouer un rôle moteur dans les échanges mondiaux de demain.




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afrique   cameroun   senegal   
 
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