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Discours de Dakar et de Tanger : Les deux Afriques de Sarkozy
26/10/2007
 

Le discours de Nicolas Sarkozy à Tanger bien différent de celui de Dakar
 
Par Lefaso.net
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Nicolas Sarkozy au Maroc  
Nicolas Sarkozy au Maroc
© elysee.fr/ M Klein
 

Le voyage que le président français, Nicolas Sarkozy, vient d’achever au Maroc incite à s’interroger sur l’idée que le locataire actuel de l’Elysée se fait de notre continent. A-t-il, sur ce point précis, opéré la rupture dont il s’est fait le chantre depuis sa campagne triomphante des élections présidentielles ?

On remarquera qu’en moins de six mois à la tête de l’Etat français, Nicolas Sarkozy aura foulé par quatre fois le sol du continent africain. Dès qu’il est entré en fonction, il s’était brièvement rendu en Algérie ; il y a eu ensuite les deux tournées : celle qui l’a conduit dans les pays du Maghreb, (Algérie, Tunisie et Lybie), et le voyage controversé qui l’a amené au Sénégal et au Gabon. Aujourd’hui, retour en Afrique, et, une fois encore, dans un pays du Maghreb. Quelle sollicitude pour le berceau de l’humanité ! Il est peut-être déjà temps de se risquer à un bilan : que ressort-il de cette apparente attention de Nicolas Sarkozy pour l’Afrique ?

En comparant justement ce qu’il a dit à Dakar et à Tanger, on peut tenter de se faire une idée sur la manière dont il comprend l’Afrique. Ce sont en effet deux discours importants prononcés dans des lieux solennels et symboliques : à Dakar, c’est l’université qui a servi de cadre, et Nicolas Sarkozy a donc parlé devant les élites présentes et futures du pays. Il s’est adressé à la jeunesse de l’Afrique ; à Tanger, il s’est exprimé au parlement, devant les dirigeants, et il s’est adressé aux Etats et aux peuples du pourtour méditerranéen. Ce sont donc deux discours prononcés pour marquer les esprits, faire date. On parle déjà de l’Appel de Tanger, comme de l’Appel de Brazzaville ! A chaque fois, la même posture historique, les références appuyées à l’histoire, le souci déclaré pour le développement concerté.

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Le fameux discours de Nicolas Sarkozy à Dakar  
Le fameux discours de Nicolas Sarkozy à Dakar
© 7sur7.be
 

Du discours de Dakar d’illustre mémoire, on retient généralement en Afrique les considérations irrévérencieuses sur le continent. Pour mémoire, le président français considère que les problèmes de l’Afrique ont pour racine le fait qu’elle est toujours demeurée hors de l’histoire, entendue comme mouvement continu qui conduit l’humanité d’innovations en innovations vers un état de satisfaction des besoins. De ce fait, les Africains ont un esprit routinier, répétitif, qui condamne à végéter dans la misère dans un monde malmené par un tourbillon de changements difficiles et rapides.

Dans ces conditions, les accusations que les Africains formulent contre l’esclavage, contre la colonisation, contre l’ordre mondial inique, tout cela traduit leur refus de regarder les choses en face avec un oeil autocritique. On n’a pas assez remarqué que l’esprit des propos tenus, en pleine Université Cheick Anta Diop, par le président français, consonnent d’une manière particulièrement harmonieuse avec un certain air du temps capté, il y a quelques années, par Stephen Smith dans son livre Négrologie.

Il semble qu’il y a un courant de pensée pour lequel, il faut que les Occidentaux soient sans complexes dans leurs rapports avec les Africains. Stephen Smith se demande pourquoi un homme politique occidental hésiterait, devant ses pairs africains, à parler de retard de l’Afrique alors que ce continent n’a inventé aucun moyen technique efficient. On peut considérer par conséquent que Nicolas Sarkozy opère une rupture ici ; alors que, par le passé, il y avait des discours assez convenus, il pratique le langage décomplexé. Mais il s’inscrit dans un courant de pensée qui, ces derniers temps, a décidé de relever la tête.

Nicolas Sarkozy et Mohammed VI  
Nicolas Sarkozy et Mohammed VI
© elysee.fr/M Klein
 

Dans le discours de Tanger, l’Africain qui avait à l’esprit le discours dakarois du président français ne peut pas manquer de s’étonner du fait que des pays africains sont considérés comme des partenaires qui travaillent d’égal à égal avec des pays européens dans un projet d’Union politique économique et culturel dont il est dit que la mise en oeuvre sera un événement déterminant pour l’avenir de l’humanité. L’écart est saisissant : d’un côté, l’Afrique noire est exclue de l’histoire ; de l’autre, l’Afrique blanche et méditerranéenne est installée au coeur d’une histoire aux dimensions mondiales ! On pense irrésistiblement à la rengaine : j’aime mieux ma soeur que ma cousine, ma cousine que ma voisine, ma voisine qu’une inconnue.

Et justement, l’Afrique noire est l’inconnue, l’inconnue absolue, inconnue de l’histoire, inconnue du commerce mondial, inconnue des taux de croissance, inconnue de l’avenir (Stephen Smith écrit que le présent n’a pas d’avenir en Afrique) ! On dira ce qu’on voudra : qu’il s’agit d’une enflure rhétorique indispensable pour Nicolas Sarkozy qui veut vendre son projet ; qu’il s’efforce de mettre dans sa poche un souverain marocain que l’on sait affectueusement proche de son rival intime Jacques Chirac ; qu’il vend un lot de consolations au Maroc dont la candidature suggérée à l’union européenne ne peut pas prospérer, etc. Il n’empêche : les propos tenus à Dakar ne pouvaient pas être tenus à Tanger. Deux raisons à cette impossibilité : la fermeté de la réaction que de tels propos n’auraient pas manqué de provoquer dans les pays du Maghreb (en comparaison, la réaction des Africains manquent singulièrement de vigueur) et les souvenirs de l’antique grandeur du monde méditerranéen.


La Grèce démocratique, la république romaine, Périclés, Alexandre, César, Auguste... des références sacrées de la civilisation occidentale ! Tunis et Carthage sont, autant qu’Athènes et Rome, des mots sonores dans la conscience historique de l’Occident. Ces noms sont liés à une histoire dans laquelle l’Afrique noire n’a pas de place. Il y a donc, dans la pensée sarkozienne, deux Afriques : celle dans laquelle l’Occident se reconnaît, et celle qui est rejetée dans une altérité absolue. Malgré ses discours sur la rupture, malgré ses airs décomplexés, Nicolas Sarkazy est un nostalgique de l’histoire, d’un passé que l’on pourrait penser révolu : celui d’une antiquité méditerranéenne dans laquelle une certaine partie de l’Afrique s’intègre à la rigueur !

Le Pays

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afrique   france   nicolas sarkozy   
 
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