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Jean Odoutan, réalisateur-agitateur
Portrait d'un réalisateur pas comme les autres....
Il a les dents de la chance, mais sa réussite n’est pas due qu’à cela, loin de là. Odoutan le Béninois n’a pas seulement fait à 15 ans de la France sa terre d’accueil. Il l’a transformée en terre de succès. Et son palmarès, il le doit avant tout à sa force de travail. La quarantaine point à peine à l’horizon que le cinéaste a déjà tourné dans une dizaine de films, monté deux sociétés de production et réalisé quatre longs métrages. « Barbecue Pejo », son premier film a enchanté les critiques. Depuis, il n’arrête plus.
Le fils de commerçant s’est fait financier. « De l’argent, on finit toujours par en trouver quand on en veut » affirme-t-il. Et pas toujours malhonnêtement, devrait-il ajouter. Avec les restes de subventions de sa première œuvre, il enchaîne la deuxième et ainsi de suite. Et petit à petit, Jean, que l’on entend venir de loin sur son scooter tonitruant, impose son style. « Sous mes airs de gros voyou, je suis un grand fidèle » lâche-t-il crânement. A la vie, les mères de ses trois enfants n’en diraient peut-être pas autant, mais en salle, les preuves sont là. D’un film sur l’autre, on retrouve les mêmes acteurs - « j’aime travailler avec des gens qui connaissent mon univers » explique Jean Odoutan - comme si on ne les avait jamais quittés. De « Djib », à « La valse des gros derrières », en passant par « Mama Aloko », la marque Odoutan, est là : un jeu théâtral, des histoires de femmes qui en veulent, la fierté de la négritude. « Je déteste le mot black », crache celui qui revendique sa « façade mazoutée ». « On est noir, plutôt que d’essayer de l’effacer, assumons-le ! ». |
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"La valse des gros derrières"
©
http://www.45rdlc.com |
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Et pour Odoutan l’immigré, le combat ne se limite pas à l’Hexagone. Au pays aussi, il serait temps, selon lui, de responsabiliser les troupes. Et plutôt que de le dire, il a décidé de le faire. Il a créé un festival international de films. Pas un Fespaco financé par l’Etat – « remballé chaque année plus vite que son ombre » se moque-t-il – non, Jean Odoutan est plus ambitieux que ça. Il veut que « ce soit Cannes à Ouidah ». Et en plein mois de janvier, qui plus est. Avec, des stars, des télés… des marches ? Non, peut-être pas mais avec plus : une école pour initier les jeunes, des ciné-gouters pour les petits « analphabètes du 24 images/seconde », une salle de cinéma, la première dans les environs, pour tous. « C’était un rêve d’enfant », explique le créateur de Quintessence. Un rêve qui a bel et bien une réalité – déjà deux éditions et des emplois créés – mais peine à se développer.
« Malgré le système D, les financements font vraiment défaut. L’Etat fait des promesses, mais rien ne vient », dénonce-t-il. « C’est épuisant » ose à peine confesser cet ennemi de « la pleurniche torrentielle ». Car plutôt que de baisser les bras, il préfère relever la tête. Et continuer à avancer. Son secret ? Manger sain, veut nous faire croire cet habitant du 92, qui cultive ses légumes. Et là, tout s’éclaire. Sa force, c’est l’humour. Son arme, le rire! Il triche le beau monde avec un personnage d’attaché de presse - Ange Natoudo, jongle avec les mots autant qu’avec les factures, se moque de tout et surtout de lui. Blaguer est le meilleur moyen de faire passer des messages. « Un jour, un voisin est venu m’annoncer qu’il voulait marier sa fille, raconte-il. Je lui ai répondu que je ne voulais pas l’épouser. Un bon petit quiproquo manigancé par « Tonton » qui ne veut pas être trop sollicité. « Evidemment, après, j’ai quand même allongé quelques billets » précise-t-il, avant de se lever dans sa maison d’Asnières, pas encore terminée.
Laure Gnagbé
"LA VALSE" SE MARCHE SUR LES PIEDS
La dernière œuvre de Jean Odoutan n’est pas sa meilleure. « La valse des gros derrières » tourne un peu en rond. Son message, « sois noir et fier de l’être », est pourtant tout à son honneur. Mais il est mal dit. Ou plutôt, trop répété. Pour Akwele, « l’antilope incommensurable », se défriser les cheveux, c’est se vendre. La couturière Assiba n’assume pas d’avoir une fille métisse et la scène où son amie tente de lui trouver un partenaire noir est ridicule. Mais attention, il y a aussi du bon dans cette danse odoutanesque. Son phrasé imagé est souvent efficace et la séquence pendant la quelle des jeunes détruisent le salon de coiffure rappelle une bonne pub d’Orangina à l’orange sanguine. Sans oublier la mention spéciale à décerner à Micheline Dieye, maître chanteur redoutable et super mama touchante. Un film à voir, en connaissance de cause. |

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