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Olivier Laouchez, Directeur Général de Trace TV
17/10/2004
 

Le "parcours" de la semaine dirige la chaîne Trace TV, première chaîne "urbaine" du paysage audiovisuel français
 
Par Hervé Mbouguen
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Olivier Laouchez  
Olivier Laouchez
© Trace TV
 

Pouvez-vous vous présenter à nos internautes ?

Je m’appelle Olivier Laouchez, j’ai 39 ans, non marié, et père de deux enfants de 4 ans et 19 mois, un petit garçon et une petite fille.
Je suis diplômé de l’ Ecole Supérieure de Commerce de Paris, promotion 1985. Je suis ensuite allé en Indonésie pendant deux ans pour faire mon service militaire pour Renault, avant de revenir en Martinique où j’ai planché sur des business models de chaînes de télévision. J’ai ensuite fondé en 1993 ATV, premier groupe privé de télévision aux Antilles, qui existe encore aujourd’hui, dans lequel je suis resté de 1993 à 1998.
J’ai ensuite travaillé avec Kenzy au sein du label « Secteur Ä », dans lequel nous avons constaté qu’un certain nombre de cultures étaient sous-représentées dans les médias.

Je suis aujourd’hui le Directeur Général de la chaîne Trace TV.

D’où vient le nom de la chaîne, comment a-elle été montée, notamment en termes de tour de table ?

Le nom de la chaîne vient d’un magazine créé par Claude Grunitzky en Angleterre et aux Etats-Unis. Je travaillais déjà sur des projets de télévision, tandis qu’il cherchait des investisseurs pour son magazine. Nous nous sommes associés avec Richard Wayner un ancien de Goldman Sachs.

Trace TV est en fait un holding basé en Hollande (NDLR: comme Renault), détenu à 20% par le groupe Lagardère, ainsi que Goldman Sachs via son fonds « Urban development ».

Naturellement cela a pris un peu de temps parce que lorsque deux grands groupes comme Lagardère ou Goldman Sachs sont impliqués dans un tel montage, les avocats se comptent par dizaines lors des réunions de négociation!

La chaîne a racheté « MCM Africa », ce qui nous a permis de disposer, dès le départ, de ses accords de diffusion sur les différents réseaux câblés.

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Noémie Lenoir, ambassadrice de Trace TV  
Noémie Lenoir, ambassadrice de Trace TV
© http://membres.lycos.fr/festicannes/
 

A quelle cible s’adressait la chaîne au départ ?

Elle s’adressait aux nouvelles générations urbaines et à la France multi-urbaine en général, cette France ethnique qui se reconnaît dans les rythmes « urbains » et tropicaux. Une partie significative de notre audience est composée de maghrébins et de noirs, même si les études montrent que beaucoup de jeunes de 25-34 ans et de « CSP+ » regardent la chaîne.

Elle s’adressait aussi aux amateurs de rap, ragga, raï, techno-danse, et autres rythmes, ainsi qu’à ceux, et ils sont nombreux, qui aiment bien Noémie Lenoir, l’ambassadrice de la chaîne.

Dans la France d’aujourd’hui coexistent plusieurs vies qui se retrouvent dans une chose, la musique, les codes vestimentaires (modes urbaines, streetwear), les goûts partagés pour un certain nombre de danses : c’est tout un « lifestyle », ce sont des gens qui peuvent écouter du reggae le matin et de la salsa le soir. C’est un peu cette France que nous avons voulu transposer dans ce créneau que nous créons en même temps, même si le terme « urbain » existait déjà mais que nous avons contribué à le populariser.

Trace TV est une chaîne « black » puisque 80% de nos programmes le sont, même si la dichotomie est musique black et white (rock), ragga, gospels, jazz, etc… mais nous ne sommes pas allés sur des terrains comme le rock où nous n’aurions pas eu de valeur ajoutée par rapport à ce que d’autres chaînes font déjà.

Diffuser de la musique est une bonne chose, mais nos tendances artistiques ne s’arrêtent pas là, nous avons mis en place un réseau de correspondants qui réalisent pour nous des reportages au Brésil, aux USA, en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Afrique (Sénégal, Cameroun, Afrique du Sud), Caraïbe/Réunion, dans tous ces pays producteurs de culture urbaine.

Owell Brown  
Owell Brown
© Lila S.
 

Je vois sur votre bureau une cassette du jeune réalisateur Owell Brown, est-ce que Trace se sent pour mission d’aider ces journalistes ou réalisateurs de la communauté qui ont du mal avec les médias « classiques » ?

C’est une mission pour nous, de regarder le dernier film d’Owell Brown et de voir si on peut faire quelque chose avec lui, c’est une évidence. Pour nous le seul juge de paix c’est la qualité des productions : clips, court-métrage, etc…
A partir du moment où on est dans le concept de notre envie d’expression, et si les productions sont top-niveau, nous y allons.

C’est un combat permanent parce que la qualité coûte cher et que les indépendants n’ont pas de moyens, mais nous avons mis en place des partenariat pour la co-production de clips tournés en 16 ou 35, dès lors qu’ils sont tournés dans les DOM-TOM.

Le magazine "Trace"  
Le magazine "Trace"
© trace212.com
 

Quel accueil ont réservé les annonceurs à votre chaîne ?

C’est un combat parce que les annonceurs français sont frileux au début sur un nouveau produit. Au contraire des américains ou des britanniques, ils veulent des études. C’est extrêmement difficile au début, puis quand on a enfin de l’audience, ils affirment que leurs budgets sont déjà engagés pour l’année. C’est un combat permanent.

Au début on travaillait avec la régie du Groupe Lagardère. Nous avons monté notre régie au début de l’année pour avoir des gens au combat en permanence. C’est dur, il faut combattre, convaincre, comme les grandes chaînes.

Heureusement nous sommes forts sur les 25-34 et CSP+ : c’est ce positionnement urbain-chic qui intéresse des marques comme Smart, Ipod (Apple) ou Coca-Cola, nous commençons donc à faire rentrer quelques grandes marques.

La pub commence donc à marcher, mais ce n’est qu’une partie du combat.
Pour être repris sur Noos par exemple, il nous a fallu 18 mois de négociation. Aujourd’hui nous sommes présents dans 60 pays

Tout ceci avec des moyens limités, 12 salariés permanents, beaucoup de stagiaires, des partenaires qui nous aident dans la distribution.

Olivier Laouchez lors d'une fête Trace  
Olivier Laouchez lors d'une fête Trace
© Trace TV
 

Que pouvez-vous dire des résultats financiers de la chaîne ?

Nous perdons toujours de l’argent, notre objectif est d’atteindre l’équilibre en 3 ans au lieu de 6 en principe pour les chaînes de télévision. Nous sommes sur un modèle "low-cost", le maître mot c’est de tenir, il nous faut prouver notre audience avant que les revenus n'arrivent.

Qu’est-ce qui différencie Trace TV d’une chaîne musicale américaine : énième clone de MTV/BET?

Trace est une chaîne essentiellement positionnée musicale. Contrairement à ce que les journalistes pensent, les gens voudraient des chaînes 100% musicales. M6 Musique faisait plus d’audience quand ils ne passaient que de la musique, comme MCM Top qui ne marche qu’avec le hit.

Sur un créneau non musical nous avons l’émission Code, présentée par Noémie Lenoir. C’est un pari journalistique, avec tout un réseau de journalistes, ce qui revient cher.

Le contenu musical va être enrichi car c’est lui qui construit l’image de la chaîne. J’aimerais bien pouvoir diffuser un film de Spike Lee ou de l’époque « blaxploitation » toutes les semaines, mais ça revient cher, surtout parce que nous sommes diffusés dans plusieurs pays: les frais de diffusion sont multipliés par rapport à une chaîne diffusée dans un seul pays.

Nous sommes également en train de nous étoffer sur la thématique sports urbains, une thématique « mode » suivra.

Olivier Laouchez  
Olivier Laouchez
© ovibes.net
 

Quel est votre rôle aujourd’hui au sein de la chaîne ?

Je suis un chef d’équipe. Il faut avoir la vision sur où on veut aller, et sur l’exécution. La vision c’est de mettre en œuvre tout ce qu’il faut pour se rapprocher de ce qu’on a voulu faire.
Une chaîne de télévision c’est un boulot d’équipe, surtout quand elle a une dimension internationale. C’est la gestion d’un réseau de partenaires dans une dizaine de pays, plus la relation ici entre les régies publicitaire et la partie technique, la fabrication d’antenne avec les labels, etc…

La chaîne est diffusée en français et en anglais, ce qui a pour effet de doubler les efforts logistiques nécessaires à sa diffusion.

Franchement nous avons une super équipe, jeune, qui découvre aussi, même si certains comme Barbara la directrice des programmes ou Géraldine, notre patron de pub venue de M6 pub avaient de l’expérience.

Les gens qui bossent avec nous adhérent tous au concept, beaucoup de gens sont prêts à travailler pour nous en étant sous-payés.

Note: si vous connaissez des personnes que vous souhaitez proposer à la rubrique "Parcours", vous pouvez nous contacter à l'adresse parcours@grioo.com

Mots-clés
afrique   cameroun   senegal   
 
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