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Booker T. Washington (1856-1915), Orateur, Activiste, Professeur, Ecrivain et Poète Africain-Américain
20/09/2005
 

Fils d'une ancienne esclave et de son maître, Booker Taliaferro Washington, grâce à sa ténacité, parvint à s'instruire, puis à aider les jeunes noirs à s'instruire eux aussi. Opposé à la naissance du NAACP, Booker T Washington, le premier noir à être invité à la Maison Blanche, devint le conseiller pour la communauté noire, de Théodore Roosevelt
 
Par Pakome Kossy
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Booker T. Washington  
Booker T. Washington
 

Booker Taliaferro Washington naquit le 5 avril 1856 à Hales Ford dans l’Etat de Virginie. Sa mère, Jane, était une esclave et son père biologique, James Burroughs, était le maître de sa mère. Washington eut deux frères et sa mère se maria plus tard à un autre esclave nommé Washington Ferguson. Il passa les premières années de sa vie dans une petite baraque, où il dormait à même le sol. Il commença à travailler très tôt. A cette période il pensait que son seul nom était Booker. Quand il s’aperçut que d’autres enfants autour de lui portaient deux noms, il adopta le nom de Washington. C’est beaucoup plus tard qu’il apprit que sa mère lui avait donné le nom de Taliaferro, à sa naissance.

Quand la guerre civile éclatât en 1861, la vie ne changea pas immédiatement pour Booker et sa famille. Son beau-père s’enfuit vers le nord où Booker et sa famille le rejoignirent dans la ville de Walden en Virginie de l’Ouest. Booker fut obligé de travailler dans les mines de sel en Virginie de l’Ouest. Il rêvait de partir à l’école mais à cette époque, cela n’était pas possible aux enfants Noirs. Il était relégué au transport de livres d’enfants Blancs et à lorgner à travers les fenêtres des salles de classes. Toutefois, sa mère obtint une copie du « Webster’s spelling book » et Booker l’étudia avidement. Après d’âpres négociations, son beau-père lui permit de partir à l’école réservée aux Africains-Américains. Il devait toutefois continuer de travailler dans les mines sel avant de partir à l’école, afin de subvenir aux besoins de sa famille.

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Booker T. Washington  
Booker T. Washington
 

Alors qu’il travaillait dans les mines de sel, Booker entendit parler d’une école pour anciens esclaves, nommée Hampton Institute. En 1872, après avoir économisé suffisamment d’argent, Booker partit pour Hampton. On raconte qu’il marcha près de 400 miles (environ 643 Km). L’admission à Hampton lui fut initialement refusée mais Booker impressionna la direction de Hampton par ses qualités de concierge. Il continua d’ailleurs à occuper cette fonction pour payer ses études. C’est à Hampton Institute que Booker établit ses théories au sujet des formations professionnelles. Dès l’obtention de son diplôme, Booker retourna un court moment à Walden pour y enseigner mais finit par repartir à Hampton où il fut embauché comme membre de la faculté. En 1881, sur recommandation du fondateur de Hampton, Booker fut envoyé en Alabama pour y établir un autre établissement professionnel.

Lorsque Booker T. Washington arriva à Tuskegee dans l’Etat de l’Alabama, il fut surpris de constater qu’aucune disposition n’avait été prise pour l’acquisition du terrain et des bâtiments. Seuls 2.500 dollars pour la paye des enseignants étaient disponibles à travers des fonds destinés aux Noirs qui soutenaient des politiciens locaux. Booker avait donc pour challenge de trouver un emplacement adéquat pour l’établissement et ensuite construire le campus. Au cours de ses premières années, Tuskegee Institute opéra grâce aux dons sous forme d’argent et de nourriture provenant de sympathisants.

Booker T. Washington  
Booker T. Washington
 

C’est après son déménagement pour Tuskegee que Booker T. se maria pour la première fois. En 1882, il épousa Fannie Smith. De cette union naquit Portia, une fille qui mourut inexplicablement une année plus tard. En 1885 il se maria pour la seconde fois à Olivia Davidson qui travaillait également pour Tuskegee Institute. Olivia et Booker eurent deux garçons Booker Jr. et Earnest. Olivia mourut en 1889 et Booker T. se maria pour la troisième fois à Margaret Murray, en 1893.

Avant 1891, Tuskegee Institute s’était déjà transformé en un campus d’environ 2 kilomètres carré pour 400 étudiants. Ce qui représentait une progression extraordinaire par rapport à la trentaine d’étudiants qui, dix ans plus tôt, recevait ses cours dans une église convertie en salle de classe. En 1896, grâce au « Slater Fund for Negro Education », Booker T. mobilisa les fonds qui allaient servir à l’ouverture d’une école indépendante d’agriculture à Tuskegee. Il recruta George Washington Carver (dont les découvertes en matières d’agriculture avaient révolutionné la vie des fermiers du sud), pour diriger l’école.

L’année qui précéda l’ouverture de l’école d’agriculture de Tuskegee, Booker connu un des moments les plus importants de sa carrière lorsqu’il prononça un discours à l’Exposition Internationale de Coton pour les Etats du Sud (Southern States International cotton Exhibition), qui se déroula à Atlanta dans l’Etat de Georgie. Ce discours, baptisé plus tard « le compromis d’Atlanta » mit un accent particulier sur ses convictions, notamment sur ce qui constituait pour lui la meilleure façon pour les Africains-Américains de s’intégrer dans la société américaine d’alors. Booker T. pensait qu’il était inutile, à cette époque, pour les Noirs de s’inquiéter pour leur place dans la société. Il pensait qu’il était plus important d’acquérir une indépendance économique. Malheureusement pour lui, les Africains-Américains n’épousèrent pas ses idées et il fut accusé d’ « accomodationalisme » (prônant le statut quo) et certains au sein de la communauté blanche ne comprirent pas ses intentions non plus et pensèrent que son souhait était de faire des Noirs d’éternels serviteurs.

L’autobiographie de Booker T. Washington « Up from slavery »  
L’autobiographie de Booker T. Washington « Up from slavery »
 

Parmi les leaders Africains-Americains contemporains de Booker T., qui combattaient également pour l’égalité des droits mais ne partageaient pas sa stratégie pour y parvenir, figuraient Frederick Douglass et W.E.B. Du Bois. Au contraire de Booker T., Douglass croyait à un activisme virulent, tandis que Du Bois, le premier Africain-Américain à recevoir un doctorat de la prestigieuse université d’Harvard, pensait que l’éducation allait bien au delà des formations professionnelles. W.E.B. Du Bois et Booker T. s’opposèrent sur la nature de l’éducation nécessaire au peuple Africain-Américain d’alors. Le premier prônant une éducation libérale et le second une éducation spécialisée. De nos jours, l’université de l’Etat de l’Ohio offre un cours intitulé « Le débat W.E.B. Du Bois et Booker T. : deux leaders, deux visions pour la promotion des Africains-Americains par l’éducation ».

Les dernières années apportèrent à Washington, accomplissements et reconnaissance. En 1901, il publia son autobiographie intitulée « Up from the Slavery ». Les revenus générés servirent à garantir la sécurité économique de Tuskegee Institute. La même année, Booker T. devint le premier Africain-Américain à être invité à la Maison Blanche par le Président Théodore Roosevelt. Au cours d’un voyage en Europe, il fut également invité par la Reine Victoria. Son éloquence, son intelligence et sa vision commandèrent le respect de nombreux politiciens et hommes d’affaires.

Vers 1904, Washington avait déjà réussi avec succès à s’entourer de ce qu’on appela la « Machine Tuskegee ». Cela lui permit d’influencer de nombreuses décisions politiques et d’être perçu comme le Conseiller National Principal pour la Communauté Afro-Américaine.

Au début du vingtième siècle, Booker T. Washington refusa de s’impliquer dans les conférences qui donnèrent naissance à la « National Association for the Advancement of Colored People (NAACP) ». Il était suspicieux des motivations du groupe et ne voulait pas être mêlé à ses politiques militantistes.

Booker T. Washington, ses fils Earnest Davidson Washington (debout à gauche), Booker T. Washington, Jr., et sa nièce Laura Murray Washington  
Booker T. Washington, ses fils Earnest Davidson Washington (debout à gauche), Booker T. Washington, Jr., et sa nièce Laura Murray Washington
 

L’élection de Woodrow Wilson à la maison blanche en 1912 constitua un tournant important dans le discours de Booker. Au cours de sa campagne Wilson promit de conduire une politique en faveur des droits des Africains-Américains, mais ne respecta pas sa promesse une fois élu. Touché par cette trahison, Washington surprit certains en publiant un article plutôt en ligne avec les leaders militants Noirs de l’époque. En dépit de ce changement de discours, nombreux pensèrent que Washington avait toujours fait beaucoup plus derrière la scène qu’il n’en était apparent ou qu’on lui en donnait le crédit.

Booker T. mourut en Novembre 1915. Que la cause de sa mort ait été liée à une fatigue extrême ou à une rupture du système nerveux, il était évident que Booker T. Washington venait d’avoir un impact considérable sur le monde. Les opinions controversées sur Booker T. ont finalement été le propre de tous les grands leaders Africains-Américains. Malcom X fut trop radical pour certains tandis que Martin Luther King fut accusé de faire du « Show-business liberation ».

On retiendra que Booker T. fut un des leaders Noirs les plus influents de son temps.
Une époque qui fut pourtant marqué par le refus du droit de vote aux Noirs, le faible accès à l’éducation et la pauvreté pour la quasi-totalité d’entre eux. Pour Booker T. l’indépendance économique des Africains-Américains était la clé du salut. Il voulait utiliser l’éducation pour promouvoir le développement économique des Noirs et ainsi parvenir à l'égalité tant recherchée. Son conseil aux jeunes Noirs était « Travail ! Travail ! Travail ! Et non Agitation ! Agitation ! Agitation ! ».

Au moment où les Africains-Américains continuent de se chercher, la vision de Booker T. Washington continue d’alimenter les débats sur l’intégration, le développement et la place de la communauté Afro-américaine aux Etats-Unis.

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