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Edward Wilmot Blyden (1832-1912)
28/02/2007
 

Universitaire, écrivain, diplomate, Homme politique, E.W. Blyden fut le penseur Noir le plus important de son époque et un des tous premiers avocats du panafricanisme. Sa pensée influença des figures noires du 20ème siècle.
 
Par Paul Yange
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L’enfance, adolescence, l’American Colonization Society et départ pour le Libéria
Edward Wilmot Blyden  
Edward Wilmot Blyden
 

Edward Wilmot Blyden, 3ème enfant d’une famille qui en comptait 7, est né à Saint-Thomas dans les îles vierges le 3 août 1832. L’esclavage n’est pas encore aboli partout à cette époque, mais ses deux parents sont libres, son père étant couturier et sa mère maîtresse d’école. Il commence son éducation scolaire dans une école locale. Puis il va habiter au Venezuela où résidera temporairement sa famille de 1842 à 1844, et y apprend l’espagnol.

En 1850, à l’âge de 18 ans, il pose sa candidature au « Rutgers Theological College », mais à cause de sa couleur, sa candidature est rejetée. Il postulera également dans deux autres établissements universitaires américains, sans succès. Ces expériences du racisme et le constat que l’esclavage avait un immense impact sur les Etats-Unis le conduisent à se rapprocher des idées de « l’American Colonization Society », une organisation qui promouvait l’idée que les afro-américains devaient effectuer un retour en Afrique, au Libéria.

Ce seront les membres de la section new-yorkaise de « l’American Colonization Society » qui financeront son départ pour le Libéria en décembre 1850. "L’American Colonization Society" avait été créée en 1817, sur fond d’alliance improbable entre des possesseurs d’esclaves et des humanitaires qui encourageaient le retour d’esclaves libres sur le continent africain.

Elle joua un rôle fondamental dans la création du Libéria, qui bien qu’indépendant en 1847, conserva de forts liens avec les Etats-Unis. L’installation de Noirs libres provenant des Etats-Unis était perçue comme une opportunité qui permettrait de prouver les capacités de personnes d’ascendance africaine, et de créer une base en Afrique qui permettrait d’élever le statut de tous les africains.

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L’arrivée au Libéria et le début de la formation des ses conceptions idélogiques
Un certificat d'adhésion à l'American Colonization Society  
Un certificat d'adhésion à l'American Colonization Society
 

Ces perspectives ont certainement exercé un attrait sur le jeune Blyden qui débarque au Libéria en janvier 1851. Il continue ses études, à la « Alexander High School ». A partir de 1854, il commença à enseigner, et en 1858, devient principal de l’Alexander High School où il essaya d’améliorer les conditions d’études, tout en continuant parallèlement à se former par lui-même car pensait-il, les études étaient importantes pour pouvoir assumer une position de leadership politique.

Pour étendre ses connaissances, il commencera à correspondre avec plusieurs personnes situées dans d'autres continents, en Angleterre notamment, parmi lesquelles W.E Gladstone, alors chancelier de l’échiquier (ministre des finances). Peu après son arrivée au Libéria, Blyden était aussi devenu correspondant de l’unique journal du pays, appartenant au gouvernement, le « Liberian Herald ». Il commença à écrire des articles sur la « fierté raciale », sur la nécessité que continue l’émigration des afro-américains vers le Libéria. Il écrivit aussi pour soutenir "l’American Colonization Society", qui était alors critiquée par de nombreuses personnes aux Etats-Unis, y compris Martin R Delaney.

Blyden pensait que la colonisation du Libéria par des Noirs, afro-américains, était la « seule façon de libérer l’homme Noir de l’oppression et de l’amener à la respectabilité ».

Dès son arrivée au Libéria, Blyden s’était également penché sur l’histoire afin de réfuter les accusations d’infériorité envers les africains et combattre l’idéologie de classification raciale qui prévalait dans le monde en ce temps là. Il publia ses premiers travaux dans « A Vindication of the Negro Race » en 1857. Mais en même temps qu’il se battait pour réfuter l’idéologie raciale, Blyden pensait paradoxalement que la rédemption des africains passait par l’introduction de la civilisation chrétienne par les immigrants afro-américains qui arrivaient au Libéria.

Avocat du retour des descendants d’africains sur le continent
Edward Wilmot Blyden  
Edward Wilmot Blyden
© pbs.org
 

En 1861, Blyden et Alexander Crummell étaient nommés ambassadeurs du Libéria en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis avec pour mission de conduire les sociétés philantropiques de ces pays à financer l’éducation au Libéria. L’année suivante, ils s’impliquèrent pour encourager l’immigration afro-américaine vers le Libéria. Blyden était déçu par le manque d’intérêt des afro-américains pour l’immigration vers le Libéria. Un intérêt qui se révélait beaucoup moins fort que ce qu’il ne le pensait originellement.

Blyden critiquait leur manque de croyance en ce qu’il appelait « la nationalité africaine » et la capacité du Libéria et d’autres Etats du continent à prendre en main leurs propres affaires. Mais Blyden se montrait une fois encore paradoxal car il n'accordait guère d’importance aux droits des peuples vivant déjà au Libéria avant l’arrivée des afro-américains. Il avait d’ailleurs lui-même participé à des expéditions militaires contre la population indigène du pays, expéditions qui pour lui faisaient partie de la "mission civilisatrice" du pays.

En 1864, Blyden fut nommé secrétaire d’Etat au Libéria et utilisa sa position pour encourager les migrations en provenance des Caraïbes et pour mettre en garde les afro-américains : la victoire du Nord sur le Sud pendant la guerre de Sécession aux Etats-Unis n’était qu’une victoire temporaire, et ils avaient besoin « d’une nationalité et d’un pays qui leur appartiennent ».



Le drapeau du Liberia fut inspiré du drapeau américain  
Le drapeau du Liberia fut inspiré du drapeau américain
 

Blyden pensait aussi que pour développer le Libéria il devait sensibiliser Etats africains musulmans (et les incorporer au sein du Libéria ?). Pour pouvoir faciliter la communication, Blyden décida d’apprendre l’arabe et se rendit au Liban en 1966 pour l’étudier. Lors de son retour au Libéria, il introduisit l’arabe dans le programme scolaire. Ses travaux suivants furent publiés dans un livre qui fut un de ses plus célèbres : « Christianity, Islam and The Negro Race » qui parut en 1887 et dans lequel il défendait notamment l’islam.

Mais l'entrée dans le monde politique libérienne de celui qui était finalement plus un intellectuel et un universitaire le conduisit à affronter d’autres hommes politiques libériens sur divers sujets comme les migrations en provenance des Caraïbes, l’extension des frontières du Libéria...Blyden et d’autres pensaient que ces rivalités politiques étaient basées avant tout sur la couleur et prétendirent que les libériens métisses avaient créé une « pigmentocratie » pour lutter contre son objectif de faire du Libéria le "noyau" d’un Etat ouest-africain. Il écrivit même un article intitulé « Mixed Race in Liberia »(Les métisses au Libéria).

L'article, bien que n’étant pas destiné à la publication finit par être rendu public, ce qui contribua à envenimer la situation politique au Libéria. Blyden fut même victime d’une agression physique, ce qui le conduisit à quitter le Liberia pour se réfugier en Sierra Leone en 1871. Il continua néanmoins à lancer des attaques contre ceux qu’il qualifiait de « mûlatres » et affirma même à l’American Colonization Society que ces derniers ne devaient pas mettre les pieds en Afrique !


La civilisation chrétienne et l’impérialisme occidental peuvent aider l’Afrique
Martin R Delany, un autre "émigrationniste célèbre"  
Martin R Delany, un autre "émigrationniste célèbre"
 

Blyden continuait à croire que « l’expansion de la civilisation chrétienne » pourrait créer les conditions de la création d’un Etat ouest-africain influent, et se rendit même en Angleterre afin d’encourager la « Church Missionnary Society » et le gouvernement britannique à étendre leur activités à l’intérieur de la Sierra Leone. Il se rendit en 1872 à l’intérieur de la Sierra Leone afin de convaincre les régnants et les dirigeants autochtones de se mettre « sous protection britannique ».

Il créa en 1872 un journal intitulé « Negro » en Sierra Leone, destiné essentiellement à servir « la cause de la race noire ». C’était un des premiers journal dont le lectorat visé était un lectorat africain, caribéen et afro-américain. A cette époque, Blyden, croyant toujours que l’immigration afro-américaine était la solution aux problèmes du Libéria et de l’Afrique plus globalement, n’était pas mécontent de la législation raciste et des problèmes de discrimination aux Etats-Unis car il pensait que cela les encouragerait à migrer vers le Libéria.

En 1874, Blyden regagna le Libéria et de 1875 à 1877 fut le directeur de l’Alexander High School, avant d’accepter en 1877 un nouveau poste diplomatique en tant qu’ambassadeur du Libéria en Grande-Bretagne. En 1880 il devint président du "Liberia College" (qui était la première institution d'enseignement supérieur créée en Afrique en 1862) tout en occupant les postes de ministre de l’intérieur et secrétaire à l’éducation au Libéria.

Mais en 1884, une autre confrontation politique opposa Blyden et des politiques libériens, ce qui le conduisit une nouvelle fois à quitter le pays pour se réfugier en Sierra Leone. Il tenta néanmoins de se présenter aux élections présidentielles de 1885, mais sa tentative fut infructueuse. Il passa l’essentiel des 15 années suivantes à l’extérieur du pays, principalement en Sierra-Leone même s'il revint ponctuellement au Liberia. En 1892, il fut nommé une nouvelle fois ambassadeur du Libéria en grande Bretagne et de 1896 à 1897 agent pour les affaires autochtones du gouvernement colonial britannique à Lagos.

Le Liberia  
Le Liberia
 

Il commença à penser que la colonisation britannique pourrait jouer un rôle plus important que l’immigration afro-américaine dans la marche de l’Afrique vers la civilisation. Il se mit à soutenir l’impérialisme britannique en Afrique de l’Ouest, mais également ailleurs, accueillant ainsi positivement l’invasion de l’Egypte en 1882 par les troupes britanniques. Il avait du mal à critiquer les atrocités commises par les intérêts coloniaux belges et américains au Congo.

En 1901, Blyden fut nommé directeur du centre d’éducation Mahommédien en Sierra Leone, poste qu’il occupa jusqu’en 1906. Blyden après avoir concentré la plupart des ses activités en Sierra Leone et au Nigeria, se focalisa sur le Nigeria faisant campagne pour la construction d’une université ouest-africaine qui permettrait de construire une unité ouest-africaine.

Bien que défenseur de l’émancipation des Noirs, et pionnier d’un certain panafricanisme, Blyden était encore largement influencé par les idées et les conceptions dominantes du XIXème siècle, (missions civilisatrices, soutien au moins tacite de l’impérialisme occidental), assez eurocentristes. Néanmoins une partie de ses idées influencèrent de grandes personnalités du 20ème siècle, comme Marcus Garvey, Kwame Nkrumah, ou George Padmore. De son vivant, ses partisans se trouvaient aussi bien dans les hauts échelons du gouvernement britannique et du "Colonial Office" que parmi les jeunesses conscientes d’Afrique de l’Ouest et des Etats-Unis. Edward Blyden mourut le 7 février 1912 en Sierra Leone où il fut enterré.




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