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Coupe du Monde 2010Coupe du monde : la Chronique de Célestin Monga (9) : Danemark Cameroun
 
Coupe du monde : la Chronique de Célestin Monga (9) : Danemark Cameroun
20/06/2010
 

Célestin Monga revient sur l'élimination des lions indomptables du Cameroun
 
Par Celestin Monga
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Paul Le Guen
 

Le classement de l’équipe camerounaise opposée au Danemark ce 19 juin a initialement suscité quelques espoirs : certains des joueurs débutants un peu farfelus ayant encombré l’effectif lors du premier match étaient renvoyés au banc de touche, et l’on y retrouvait (enfin) le milieu de terrain défensif Alexandre Song, poumon et mascotte des Lions indomptables. Par ailleurs, Samuel Eto’o retrouvait sa place dans l’axe de l’attaque, n’étant plus cantonné dans le rôle incertain d’ailier droit.

Le sélectionneur Paul Le Gouen, dont les choix tactiques (s’ils avaient jamais existé) intriguaient plus d’un, avait-il enfin commencé à comprendre le travail pour lequel on lui versait un salaire annuel tropical de 650.000 euros (864.000 dollars) par an, salaire bien plus élevé que celui de son confrère de l’équipe de France Raymond Domenech, et équivalant à plus de 660 fois le revenu par habitant du Cameroun ? Ou s’était-il simplement résolu à suivre la rumeur de l’opinion publique dans démarche cynique de démissionnaire ? On n’allait pas tarder à le savoir.

Pendant un quart d’heure, son tour de passe-passe a failli faire illusion. Les Lions indomptables semblaient dopés par une énergie qu’on ne leur avait pas connue depuis longtemps. Ils ont sauté comme des fauves sur leurs adversaires danois, Eto’o marquant d’entrée un but conçu et exécuté dans la rage. Toutes les chaumières de Yaoundé ont vibré à l’unisson. Mais le masque est vite tombé. Dès la première attaque des Vikings scandinaves, l’on a compris que l’entraîneur français essayait de rouler le public dans la farine de couscous.

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Comme Ponce Pilate, il s’était contenté de titulariser quelques-uns des joueurs que l’opinion publique réclamait, sans leur donner cependant une feuille de route claire et un système de jeu crédible.
La défense camerounaise pataugeait gaillardement, lourde et incertaine. Benoît Assou-Ekotto, Sébastien Bassong et Nicolas Nkoulou accusaient le coup d’une fatigue mentale étonnante chez des Lions, et se rendaient constamment coupables de fautes de placement. Dennis Rommedahl, le très rusé ailier droit danois, les prenait de vitesse comme pour s’amuser.

La peur, sentiment inconnu chez d’authentiques lions indomptables, était visible dans leurs yeux. Les danois s’en amusaient, ralentissant le tempo du match comme pour en jouir, affichant une attitude décontractée même lorsqu’ils étaient menés au score. C’était une économie politique du mépris, version scandinave. Quand ils ont estimé que l’heure avait sonné, un long ballon de plus de quarante-cinq mètres a permis à Rommedahl de piéger aisément Assou-Ekotto et d’offrir un centre sur mesure pour la pointure de l’avant-centre Bentder, que Bassong et Nkoulou avaient pourtant mission de surveiller. Un but partout, ballon au centre—comme dirait Coluche.

La réaction camerounaise a été courageuse mais puérile : Achille Emana était très inspiré dans ses dribles et ses accélérations, mais pas dans le geste essentiel qui consistait à mettre le ballon au fond des filets. Incapable d’exploiter le moindre des excellents ballons que lui donnaient Geremie Njitap et Eto’o, Achille Webo donnait l’impression d’avoir pris sa retraite du football depuis de nombreuses années. C’est donc presque en rigolant que les Danois ont inscrit leur deuxième but, en forme de leçon de football à l’usage des débutants :

 
 

le pauvre Jean Makoun s’est fait humilier par un crochet imparable, sous les yeux ahuris des défenseurs camerounais dont le rôle était pourtant de le couvrir. Et lorsque l’entraîneur a fait rentrer l’attaquant Idrissou, fantasque bûcheron dont on se demande toujours comment il a pu faire partie de la sélection camerounaise, l’on a compris qu’il avait décidé de jeter l’éponge, sans élégance : Idrissou était aussi à l’aise sur la pelouse qu’un éléphant sur un court de tennis. Le fait de l’inclure dans l’effectif était-il une manière subtile pour l’entraîneur Paul Le Gouen de tirer la langue à ses détracteurs ?

Les Danois ont donc dégonflé une baudruche, révélant ainsi au grand jour cette médiocre farce que le talent de Roger Milla, Patrick Mboma, Samuel Eto’o et quelques autres a longtemps permis de dissimuler. Le monde entier a ainsi eu l’occasion de visionner en direct un étalage d’incompétence et d’improvisation qui ne fait pas honneur au continent africain.

La sortie peu glorieuse du Cameroun, première équipe officiellement éliminée de la Coupe du monde, est un événement dont la signification va bien au-delà d’une histoire de coups de pied dans un ballon. Roger Milla a dû verser des larmes silencieuses : tout le travail que des générations successives de joueurs d’exception (Jean-Pierre Tokoto, Manga Onguene, Théophile Abega, Kunde, Mbida Arantes, les frères Biyick, Marc-Vivien Foé, Patrick Mboma, Rigobert Song) ont abattu pour construire la réputation des Lions indomptables et inscrire le mot Cameroun en lettres d’or dans les annales du sport mondial a été passablement démoli par l’exécrable performance des Lions en Afrique du sud.

 
 

Le capital national d’amour-propre a été dilapidé en deux défaites honteuses contre le Japon et le Danemark, et les Camerounais de toutes conditions sociales ont bien mesuré la gravité de l’instant. J’ai vu, de mes yeux vu, un économiste du Fonds monétaire international pleurer. Bigre ! Qui eût cru que ces gens-là avaient du cœur ? Qui les savait capables d’émotions ? Qui eût pu penser un seul instant que des experts en macroéconomie, si prompts à recommander des coupes budgétaires sombres, des dévaluations monétaires sans état d’âme, des privatisations d’entreprises publiques et des licenciements sans appel de fonctionnaires, seraient si fortement ébranlés par le résultat d’un match de football ?

Piètre consolation : la douleur des supporters des Lions indomptables à travers le monde aura permis de jeter une lumière crue sur le «football Biya», et sur la gestion catastrophique non seulement du sport au Cameroun mais du pays tout entier. C’est triste à dire mais la performance de l’équipe du Cameroun n’a été que le reflet d’un déficit de vision sportive et politique, d’une absence de stratégie, d’une organisation brouillonne, et d’un désordre structurel qui est l’empreinte digitale d’un Etat mafieux.

Bien sûr, il ne s’agissait que de football. Mais à travers les choix hasardeux de Paul Le Gouen comme sélectionneur national, les hésitations de La déroute des Lions indomptable est la métaphore d’un échec plus cinglant, qui est celui des dirigeants du pays et d’une élite politique usée jusqu’à la moelle, incapable de se réinventer. Pour paraphraser le grand écrivain Mongo Beti, je dirais même que le football camerounais, c’est le masque grimaçant d’une société naufragée. Soyons clairs : Samuel Eto’o, Stéphane Mbia, Alexandre Song et la plupart de leurs coéquipiers sont des citoyens admirables, qui ont tenté vaillamment de faire leur travail au mieux, dans des conditions inacceptables. S’ils avaient l’âme mercenaire, ils auraient pu rester chacun dans leurs clubs et continuer à compter tranquillement leur fortune.

 
Vincent Aboubakar a fait une bonne rentrée face au Danemark
 

Mais ils ont répondu à l’appel du drapeau national, mettant parfois en jeu leurs contrats de travail, prenant des risques physique, sachant bien que s’il leur arrivait un accident ou une mésaventure quelconque, leur fameux gouvernement les laisserait tomber (comme ce fut le cas pour Louis-Paul Mfédé, le meneur de jeu de la mythique équipe camerounaise de la Coupe du monde de 1990, oublié par l’Etat dans une prison d’Indonésie).

Voilà un pays qui, depuis 1982, participe à la Coupe du monde mais n’est toujours pas parvenu à construire un stade de football digne de ce nom ou des institutions publiques d’encadrement à la hauteur de ses ambitions. Voilà un pays qui regorge de talents et de compétences, y compris en matière sportive (Joseph-Antoine Bell, Jean-Paul Akono, Michel Kaham et bien d’autres). Qu’en fait-on ? On les écrase, on les méprise et on les ignore. Parce que l’on a besoin d’aller chercher un illustre inconnu en Europe que l’on paye à prix d’or avec les maigres impôts des citoyens camerounais pour se faire humilier en Coupe du monde…

Les adversaires politiques du Président Paul Biya remercieront peut-être un jour l’entraîneur Paul Le Gouen pour avoir réussi là où la plupart d’entre eux ont lamentablement échoué, à savoir prouver au monde entier que le Cameroun est un Etat-brouillon, dirigé par des farceurs qui n’ont malheureusement pas le sens de l’humour.







 
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cameroun   coupe du monde 2010   danemark   diaspora africaine   paul le guen   
 
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