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Coupe du Monde 2010 / Afrique du Sud
 
Coupe du Monde 2010La chronique de Celestin Monga (11) : France Afsud et Nigeria Corée du Sud
 
La chronique de Celestin Monga (11) : France Afsud et Nigeria Corée du Sud
23/06/2010
 

Célestin Monga revient sur la défaite des bleus et celle du Nigeria face à la Corée
 
Par Célestin Monga
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Existe-t-il une justice poétique ? Les Irlandais ont dû le penser en voyant comment l’équipe de France qui les avait injustement privés de qualification pour la Coupe du monde de football a implosé et s’est décomposée en Afrique du Sud. Souvenez-vous : les Bleus n’avaient obtenu leur ticket pour le Mondial 2010 que grâce à un but marqué pratiquement de la main par Thierry Henry.

La rage et les hurlements des Irlandais n’avaient pu venir à bout ni de l’incompétence des arbitres ni du cynisme de la FIFA. Les erreurs et fautes d’arbitrage font partie du jeu, nous avait-on dit, et il fallait oublier ce petit incident. Et puis, chuchotait-on en coulisse, pour le spectacle, pour les contrats publicitaires, pour l’économie du tournoi, il valait bien mieux avoir la France et ses vedettes parmi les équipes finalistes, plutôt que d’obscurs Irlandais que personne ne considérait comme favoris.

L’échec spectaculaire des Bleus et leur sortie de la compétition par la petite porte ce 22 juin ont banalisé les contre-performances des équipes africaines, pourtant assez remarquables. Leur dernier match contre l’Afrique du Sud était une variation symphonique sur le thème de l’humiliation. Celle des dirigeants de la Fédération française de football d’abord, qui ont orchestré la débâcle, organisé un système vicié dans ses principes et ses fondements et choisi l’entraîneur le plus objectivement contestable qui fut.

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Raymond Domenech
 

Humiliation du coach Raymond Domenech ensuite. Cet homme, qui entrera sans doute dans le Livre Guinness des Records comme étant le seul à avoir suscité une rébellion collective en pleine coupe du monde de football, faisait presque pitié. On avait envie de le protéger contre sa propre inaptitude. Avec ses yeux de chien battu sur le banc de touche français, il semblait presque élégant et admirable dans son incompétence. Sauf qu’à la fin du match, il s’est comporté comme un Taliban afghan, refusant de serrer la main à son collègue Carlos Alberto Perreira d’Afrique du Sud, dont l’équipe était pourtant elle aussi éliminée du tournoi. Pas même la moindre goutte de solidarité dans l’échec.

Humiliation des joueurs aussi, ces pauvres millionnaires que personne ne plaindra. Car aux yeux du public, y compris de leurs propres admirateurs, ils gagnent beaucoup trop d’argent pour vouloir s’ériger en parangons de la vertu. Surtout lorsque sur le terrain, ils semblent incapables de faire rêver leurs concitoyens et de leur donner la dose d’amour-propre et le supplément d’âme qui semble nécessaire pour se sentir véritablement citoyen français…

Humiliation des supporters et des fans, enfin, dont l’hypocrisie serait risible si elle ne trahissait des sentiments encore plus vils. Lors des matches de qualification, les Bleus ont usé de tous les moyens pour se hisser parmi les finalistes de la Coupe du monde—et notamment de la fameuse faute de main d’Henry. Bien peu de voix s’étaient élevées réellement en France pour condamner la mascarade et le mauvais exemple de cette morale corrosive présentée aux enfants. Certes, il y avait eu quelques modestes coups de colère, du bout des lèvres, et vite oubliés.

 
Duel aérien lors de France Afrique du Sud
 

Mais il n’y avait pas eu de pétition nationale indignée, signée par les admirateurs du beau football et les partisans de l’éthique sportive. Peu importait la manière, seul le résultat comptait !

Lorsque les footballeurs français se sont fait laminer par l’Uruguay, le Mexique et l’Afrique du Sud, et qu’ils ont décidé de ne pas se présenter à une séance d’entraînement, tous les professeurs de morale à travers l’hexagone leur sont tombés dessus pour dénoncer «le mauvais exemple» donné aux jeunes...Leur match contre l’Afrique du Sud était le dernier acte d’un vaudeville mal écrit, dont la fin était trop prévisible. C’était une équipe de bric et de broc, sans système de jeu, dont la seule consigne semblait être pour chaque attaquant de courir tout seul balle au pied, jusqu’à la perdre. Gignac et Cissé étaient particulièrement brillants dans cette stratégie. La défense fonctionnait sur le modèle de la Ligne Maginot, que les Allemands avaient traversée et écrasée sans même s’en apercevoir.

Le coach Domenech avait tenté un coup de poker en titularisant des joueurs qu’il n’aurait jamais classé en temps normal, et dont personne ne se souviendra du nom. Les Sud-africains en ont profité pour tenter une résurrection. L’on a ainsi vu Steven Pienaar joueur comme un vrai leader, donnant des ballons brûlants à Parker, Tshabalala et Mphela, aussi maladroits que d’habitude. Les Bafana Bafana auraient pu gagner par 5 ou 6 buts à zéro s’ils avaient une dose minimale de méchanceté. Subodorant la catastrophe, Domenech a choisi en deuxième mi-temps d’avaler son honneur et d’aligner trois des joueurs dont il croyait pouvoir se passer.

 
Thierry Henry à la fin du match face à l'Afrique du Sud
 

Gallas, Henry et Malouda ont ainsi été réquisitionnés pour sauver ce qui restait de l’honneur de la patrie. Ils ont débarqué sur la pelouse comme une colonne de tirailleurs sénégalais en 1914. Mais contrairement à ces derniers, ils sont tombés sans grâce, dans le déshonneur…

Le match Nigeria-Corée du Sud a été une fable orientale : le choc d’un géant tout en muscles mais dénué de subtilité, terrassé par un tout petit qui avait bien dissimulé son ego et sa stratégie. Les Nigérians ont au moins eu la lucidité de titulariser Nwankwo Kanu, leur plus grand footballeur de tous les temps. Malheureusement, ils l’ont encadre de deux braves bricoleurs (Yakubu et Obassi), dont il était impossible de tirer quoi que ce soit. Pire : la défense reposait sur des individus visiblement apeurés :

le latéral gauche Afolabi, systématiquement mal placé et pris de vitesse, et le stoppeur Sithu, dont l’enthousiasme naïf ne pouvait compenser la lourdeur gestuelle. L’élégance assassine de Kanu au milieu de terrain, le gros travail physique du milieu défensif Ayila (quoique parfois inutilement rugueux), les sympathiques ambitions du latéral droit Odiah (dont le centre croisé en retrait permet au Nigeria d’ouvrir le score), et les quelques belles chevauchées de Kalu Uche sur l’aile gauche n’ont pas suffi à déstabiliser les Sud-coréens, dont ont sait qu’ils sont élevés au lait de leurs mamans et à la philosophie systémique de Confucius.

 
 

Ces Coréens-là, que l’on croyait pratiquer surtout du Tae-kwen-do comme sport de combat, ont plutôt prouvé qu’ils étaient d’excellents judokas : ils ont laissé venir les Nigérians et ont utilisé l’énergie de leurs adversaires pour s’en débarrasser. Jouant à l’économie, ils ont conservé leur force (la propension à l’épargne est une deuxième nature en Corée), et investi ensuite leur agressivité dans un football hautement technique, efficace, mesuré.

Aucun de leurs joueurs n’a dépensé plus de calories que la dose strictement nécessaire pour tourner les Super Eagles en bourrique en deuxième mi-temps. Affligeants dans leur fébrilité et leur manque d’imagination, les Nigérians se savaient pris au piège. Même l’excellent Obafemi Martins, entré comme remplaçant, courait dans tous les sens sans but, comme s’il s’était échappé d’un asile d’aliénés.

Les shoots désespérés d’Obinna, qui ont marqué la fin de la rencontre, n’étaient qu’une salve d’honneur perdu, une ponctuation inutile, le gigotement de la tête d’un cadavre ambulant. Heureusement, il ne s’agissait que de football, c’est-à-dire en fin de compte d’un jeu. D’un jeu ?

 
Mots-clés
afrique du sud   corée du sud   coupe du monde 2010   équipe de france   nigeria   
 
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