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Coupe du Monde 2010 / Afrique du Sud
 
Coupe du Monde 2010La chronique de Célestin Monga (14) : Hollande Uruguay
 
La chronique de Célestin Monga (14) : Hollande Uruguay
07/07/2010
 

Retour sur la première demi-finale de la coupe du monde 2010
 
Par Celestin Monga
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Mathijsen et Sebastian Abreu se chamaillent lors de la demi-finale Hollande Uruguay
 

Nul n’avait eu besoin d’avoir lu des romans de Gabriel Garcia Marquez pour savoir, dès le début du match Uruguay-Hollande, que ce serait la chronique d’une mort annoncée. A voir l’énergie désespérée des Latino-Américains, l’on sentait bien qu’eux-mêmes jouaient pour avoir leurs noms dans les livres d’histoire et non pour gagner.

Certes, ils ont démarré la rencontre sur le tempo des cavaliers en ponchos sombres qui terrorisaient la pampa dans les contes pour enfants ou dans les films westerns. Mais à y observer de près, le langage de leur corps ne trompait pas : ils jouaient sans enthousiasme et se déchaînaient sans conviction. En réalité, ils donnaient le meilleur d’eux-mêmes tout en sachant qu’ils n’y parviendraient pas, mais conservant l’espoir de sortir la tête haute d’une demi-finale de Coupe du monde où personne ne les attendait.

Au niveau stratégique, les schémas adoptés par les deux équipes confirmaient leurs postures mentales : les Uruguayens avaient opté pour un 4-5-1, conservant seulement Cavani en pointe. Après tout, se disaient-ils, leur meneur de jeu Diego Forlan les avait bien portés quasiment à bout de bras à travers les victoires précédentes.

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Arjen Robben, auteur du troisième but néerlandais
© getty
 

Ils comptaient sur lui pour exploiter un ou deux bons ballons au cours de la rencontre, et donner une réplique digne aux Hollandais. Ceux-ci avaient choisi le 4-2-3-1, avec deux milieux défensifs spécialement postés devant leur défense centrale (Van Bommel et De Zeeuw), un meneur de jeu (Wesley Sneijder) évoluant au milieu avec deux ailiers jouant en retrait (Dirk Kuyt et Arjen Robben), et un seul attaquant en pointe (Van Persie).

La géographie de la guerre entre les deux équipes trahissait donc les intentions cachées de chacune d’entre elle. Les Hollandais occupaient rationnellement le terrain, se passant nonchalamment le ballon et évaluant le degré de résistance psychologique de leurs adversaires. Ils étaient certes nerveux, à l’image de Van Bommel, brutal et agité. Mais leur technique individuelle leur permettait de dominer la possession de balle, surtout face à des Uruguayens volontaristes mais perturbés par une agressivité désordonnée.

Puis, le coup d’éclat est parti comme un éclair. Profitant d’une fraction de seconde d’inattention du milieu de terrain uruguayen, le capitaine hollandais van Bronckhorst s’est souvenu qu’il disposait d’une méchante frappe du pied gauche et a décroché un tir diabolique destiné à nettoyer toutes les toiles d’araignée dans la lucarne des buts de Fernando Muslera.

 
Sebastian Fernandez à la lutte avec le gardien hollandais Maarten Stekelenburg
© getty
 

Les Uruguayens n’ont cependant pas déposé les armes. Au contraire, ils ont décidé de vendre chèrement leur peau. Ils ont décroché quelques rafales fulgurantes, obligeant les Hollandais à commettre quelques graves erreurs de marquage. Diego Forlan a ainsi traversé le terrain de la gauche vers la droite pour recevoir un ballon de sa défense dans les conditions idéales, à trente mètres des buts adverses. Van Bommel et De Zeeuw, qui avaient la charge de le neutraliser ont oublié leur ordre de mission et l’ont regardé jouer. Profitant alors d’un appel de balle de Cavani sur la droite, Forlan a effectué un crochet intérieur et enchaîné d’une frappe roulée de l’intérieur du pied gauche, trompant lui aussi le gardien.

1 but partout, ballon au centre ? Non. Décontenancés, les Hollandais n’ont pas faibli. Entre temps, ils avaient pris la mesure de leurs adversaires, et retrouvé confiance en eux-mêmes. Peut-être avaient-ils senti l’odeur de l’exploit, et la possibilité de se retrouver de nouveau en finale de Coupe du Monde pour la première fois depuis 1978. Ils ont alors décidé de redevenir sérieux et de mettre la pression sur les Latinos américains.

Après tout, les hommes en orange étaient quand même les favoris. Il fallait le prouver, et surtout s’en convaincre soi-même. Wesley Sneijder est alors sorti du bois pour prendre le contrôle du milieu de terrain. Lorsque Van Persie sur offre une balle en retrait à ras-de-sol à l’entrée de la surface de réparation, tout le monde comprend que la récréation est terminée. Avant même qu’il arme son tir pour un tir croisé au deuxième poteau, tous ceux qui connaissent son jeu savent que le match est terminé.

 
Diego Forlan consolé par John Heitinga lors de sa sortie
 

Le deuxième but hollandais est donc une formalité académique. Même ces braves Uruguayens le savent. D’ailleurs à cet instant, les équilibres psychologiques sont complètement rompus et c’est de justesse que le match ne bascule pas dans l’horreur. Lorsque l’unijambiste Arjen Robben marque le troisième but de la tête, sur un centre millimétré de Dirk Kuyt, on a l’impression d’entrer dans l’intrigue d’un roman noir dont la fin est bien connue.

Chacun sait ce qui va se passer, et pourtant, on le redoute. Je suis quasiment certain qu’à Montevideo et à travers toute l’Amérique latine, les téléspectateurs anxieux redoutaient que leur vaillante équipe se fasse humilier par un score de 4 ou 5 buts d’écarts, comme l’Argentine de Maradona pendant les quarts de finale. La dignité de tout un continent en aurait pris un sacré coup. Heureusement, les joueurs Uruguayens ne sont pas n’importe qui. Ils sont imprégnés du sens de l’honneur et d’une rare éthique du combat. Tactiquement et techniquement inférieurs aux Hollandais, ils n’avaient cependant rien à leur envier mentalement.

Le fait qu’ils soient parvenus à marquer un deuxième but en fin de match et de ne s’incliner que par 3 buts à 2 leur a permis de sortir de la compétition avec un minimum de respectabilité. Ceux qui leurs reprochent d’avoir vaincu le Ghana au tour précédent grâce à une faute de main logiquement sanctionnée d’un pénalty et d’un carton rouge contre leur avant-centre Juan Suarez ont tort : ils ont joué selon les règles du jeu, utilisé tout l’arsenal à leur disposition, et assumé les conséquences de leurs choix. Ils ne pouvaient cependant aller plus loin, car ils avaient atteint leur seuil d’incompétence.

 
Mots-clés
afrique du sud   coupe du monde 2010   hollande   uruguay   
 
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