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Coupe du Monde 2010 / Afrique du Sud
 
Coupe du Monde 2010La chronique de Célestin Monga (15): Allemagne Espagne
 
La chronique de Célestin Monga (15): Allemagne Espagne
08/07/2010
 

Retour sur la seconde demi-finale de la coupe du monde 2010
 
Par Célestin Monga
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Xavi Alonso face à Bastian Schweinsteiger
© getty
 

Certains astrophysiciens l’affirment : le hasard n’existe pas. Beaucoup de sportifs de haut niveau vous le confirmeront : ceux qui gagnent sont souvent les meilleurs—tout banalement. Certes, le destin d’un match de football se détermine souvent à un faux rebond qui change la trajectoire du ballon, à un tir qui ricoche sur le poteau, ou à une faute d’arbitrage. Mais en général, l’équipe qui en bénéficie se trouve aussi celle qui s’est donné le plus de moyens techniques, tactiques et physiques pour se créer des opportunités. On en a eu encore la preuve éclatante avec le pétillant match entre l’Espagne et l’Allemagne ce 7 juillet.

A priori, les deux équipes abordaient cette demi-finale avec la même hargne et la même intensité de désir. Il y a encore deux ans, elles s’étaient rencontrées en finales de coupe d’Europe et les Espagnols avaient gagné d’une courte victoire. Il y avait donc comme un air de l’électricité dans l’air : les Allemands souhaitaient prendre leur revanche et leurs adversaires voulaient confirmer leur supériorité psychologique sur une équipe symbolisant ce pays qui prétend dicter sa vision du monde à l’ensemble de l’Europe.

L’analyse de la feuille de match était trompeuse : les deux équipes présentaient certes une stratégie identique (4-2-3-1), mais le déploiement des troupes sur le terrain montrait immédiatement le déséquilibre des ambitions et le décalage des certitudes entre les deux camps : les Espagnols voulaient imprimer leur rythme et leur personnalité à la rencontre. Les Allemands, au contraire avaient choisi de voir venir, de tendre des pièges et de miser sur des guets-apens.

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Carles Puyol auteur du but victorieux de l'Espagne
 

Dès le début donc, la pression espagnole monte et affole le gazon de la pelouse. La démonstration technique des milieux de terrain (Pedro, Xavi, Iniesta, Bousquets, Alonzo) et des défenseurs (Sergio Ramos, Gerard Piqué), les sorties aériennes impériales du gardien Casillas et les appels de balle du virevoltant David Villa donnent la chair de poule : amortis impeccables du ballon, passes tranchantes et maîtrisées, combinaisons mystiques à deux ou trois joueurs, accélérations fulgurantes, centres vicieux de l’extérieur du pied... La flamme, la passion, l’éthique du mouvement : à les regarder jouer, on croire lire un poème de Federico Garcia Lorca : c’est somptueux, précis et envoûtant. Quelle différence avec le football-couscous que nous ont servi les équipes africaines et quelques autres lors de cette compétition !

On assiste en réalité à un cours de géométrie euclidienne et même si personne ne sait à ce moment-là quel sera le résultat final de la rencontre, tout le monde comprend qu’une belle page d’histoire est en train de s’écrire. Patients dans l’élaboration de leurs offensives, confiants dans leur gestion mathématique de l’espace, les Espagnols utilisent leur attaquant de pointe David Villa comme un épouvantail autour duquel la défense centrale allemande est obligée constamment de se regrouper—il faut dire que malgré son beau visage, ce dernier s’est affublé de favoris et d’une pointe de barbe sous le menton comme s’il voulait mimer Salvador Dali.

Lorsque leur libéro Carles Puyol surgit au point de pénalty et s’élance dans un vol plané pour une tête plongeante qui frôle la barre transversale du gardien allemand, le message est clair : des larmes devront couler, d’un côté ou de l’autre. On savait que le flamenco était sombre et beau. Mais qui se doutait que c’était aussi une musique pétillante et gaie ?

 
David Villa face à Marcell Jansen
 

Les Allemands ? Ils pratiquent la stratégie du crocodile : observer avec des yeux méchants, faire le gros dos, laisser passer la bourrasque, et fatiguer l’adversaire. De temps à autre, ils donnent l’impression de savoir vraiment ce qu’ils font, de poser le jeu et de vouloir pousser les Espagnols à la faute, à l’excès de confiance. Mais on sent bien qu’il leur manque une pièce maîtresse dans l’entrejeu : peut-être le sens de l’organisation et l’insolence d’un Michael Ballack ? Peut-être la fougue juvénile et l’inventivité effrontée d’un Thomas Mueller ? Le système de 4-2-3-1 qu’ils affichent sur le terrain se traduit rapidement en un respect excessif pour l’adversaire, qui en profite.

Lorsque les deux équipes se séparent dos-à-dos à la pause, l’on peut dire que l’Espagne a psychologiquement déjà gagné la partie. La question est alors de savoir si elle aura les moyens physiques de maintenir en deuxième mi-temps le rythme effréné qu’elle s’est imposée.

La réponse ne tarde pas : oui, les Espagnols sont dopés par l’hypothèse d’une victoire. Ils repartent à l’assaut sur les chapeaux de roue, comme si leurs vies dépendaient du résultat. S’étant probablement fait tancer par leur coach pendant la mi-temps, les Allemands offrent une réplique un peu plus digne de leurs ambitions. Podolski et Klose se montrent téméraires. Mais la défense espagnole veille au grain.

 
Fernando Torres
 

Et puis, il y a ce diable silencieux de Xavi, dont la méchanceté du talent ne transparaît que dans la précision chirurgicale de ses passes et la noirceur de son regard. Evoluant dans tous les compartiments du jeu comme un métronome, il donne l’impression d’être un assassin des romans de Raymond Chandler, qui préparent toujours méticuleusement leurs crimes. Et cela ne tarde pas à se concrétiser : un corner de Xavi, tiré avec la précision du lancement d’une fusée de la NASA, et voilà Carles Puyol grimaçant et déterminé comme un terroriste, qui décolle du point de pénalty pour catapulter le ballon dans les filets allemands. Bigre ! Xavi ! Puyol ! Xavi ! Puyol !... Mais où est donc passée l’aviation allemande dont on n’a jamais cessé de dire du bien depuis la Deuxième Guerre mondiale ?

On était alors en droit d’attendre de voir l’Allemagne changer de braquet. Comment allait-elle procéder ? L’entrée de Kroos, milieu de terrain beaucoup plus offensif, a provoqué quelques étincelles. Mais les Espagnols étaient en mission commandée. Ils donnaient l’impression que Dieu leur avait téléphoné personnellement la veille pour les motiver.

Solidaires en défense, ils se montraient parfois individualistes en attaque—à l’image de Pedro qui, ayant reçu un ballon de deuxième but offert de Xavi, s’emmêlait les pédales alors qu’il n’avait qu’à l’offrir à Fernando Torres pour la finition. Victime du désir de gloire, Pedro a joué alors comme un Nigérian, conservant le ballon et courrouçant gravement ses coéquipiers et son entraîneur Vicente Del Bosque. Ce dernier l’a immédiatement sorti du terrain—non seulement pour lui apprendre à respecter les consignes mais aussi pour faire rentrer un attaquant plus en jambes, capable de maintenir la pression sur les défenseurs allemands.

 
Le sélectionneur allemand Joachim Löw
 

Que dire d’ailleurs du coaching époustouflant des deux entraîneurs lors de ce match ? L’audace et la pertinence de leurs choix tactiques faisaient penser aux jeux d’échecs que s’infligeaient les espions du KGB soviétique et de la C.I.A. américaine au plus fort de la Guerre froide.

Bien sûr, après coup, l’on pourrait reprocher à Joachim Löw de n’avoir pas demandé à ses joueurs de faire pression sur l’Espagne comme le Chili et le Paraguay l’ont fait, avec un certains succès lors des tours précédents. Mais en l’absence d’un vrai meneur de jeu, l’Allemagne avait-elle les moyens d’une telle politique ?

Pour une fois, l’arbitrage a été si bon que l’on en a été presque choqué. Oui, le Hongrois Viktor Kassai a été impeccable. Au point que l’on s’est demandé d’où sortait donc cet individu. Son excellente performance lui assure-t-elle sa disqualification des registres de la FIFA ?

 
Mots-clés
allemagne   coupe du monde 2010   espagne   
 
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