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  <title>MOUVEMENT POUR LA RENAISSANCE AFRICAINE</title>
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  <title>"LITS ET RATURES"</title>
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  <dc:subject>[Dossier] LITTERATURES</dc:subject>
  <description></description>
  <content:encoded><![CDATA[<h2>I-Playdoyer pour une littérature sans concession à l'exotisme du pire<br /></h2>

<p><img src="http://img146.imageshack.us/img146/2328/exotismedupirevz1.jpg" alt="" /><br />
Pat wrote&nbsp;: «<strong><em>... mais ayant lu le livre je trouve que ton inspiration est surfé sur le malheur qu&#8217;à connu notre pays pendant la phase sombre de la guerre civile, déja tu avais fait pareil dans "Verre cassé", ne pourras-tu écrire autre chose, sans rancune aucune encore félicitation pour le prix.</em></strong> »<br /> (Commentaire glané sur le blog d'Alain Mabanckou)</p> <p><br /></p>

<h3>PLAYDOYER POUR UNE LITTERATURE SANS CONCESSION A L'EXOTISME DU PIRE</h3>

<h2><strong>Lettres à  Kangni Alem</strong><br /></h2>

<p><em>Nous voulons</em><br />
<em>un monde à habiter</em><br />
<em>quelque chose de solide</em><br />
<img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/litteratures/149film20061228_202645_2_big.jpg" alt="" />
<br /><br /></p>

<pre>« <em>Ecrire est une prison</em>... » ARAGON<br /></pre>

<p><br /><br />
1_ <br />
Franchement quelle différence entre ce que fait SMITH et ce que font nos chers &#8220;écrivains africains&#8221;? Ceux qui nous vendent pour deux francs trois sous du fantasme de la <em>Mère dévoreuse</em>. Ceux qui nous peignent une Afrique peuplées de canailles et de charlatans, de doubles maléfiques, de bêtes sauvages, de polygames et autres cannibales&#8230;, l&#8217;intérieur de la nuit (sic) sourdant de ricanements. «&nbsp;<em>L&#8217;Afrique est le paradis naturel de la cruauté&#8230;</em>&nbsp;» N&#8217;importe lequel de nos littérateurs pourrait glisser cela dans son &#339;uvre &#8230;<br /></p>


<p>Ce qui devait arriver est déjà arrivé:<br />
«&nbsp;<strong><em>Des tombereaux d&#8217;enfants morts de faim, de soif, desséchés au soleil, des enfants ou ce qu&#8217;il en reste&nbsp;: quelques os oubliés des vautours que des tracteurs et des bennes à ordures enseveliront sous le sable en feu. Le Niger. Safari-photo insoutenable. Des enfants on en ramasse à la pelle dans ce pays (est-ce un pays ou un cimetière ?) où le taux de fécondité des femmes est le plus élevé au monde. Neuf enfants en moyenne par couple. Un carnage.</em></strong> <br />
<em>Les coupables sont facilement identifiables, ils signent leurs crimes en copulant à tout-va. La mort est au bout de leur bite. Ils peuvent continuer puisque ça les amuse. Personne jamais n&#8217;osera leur reprocher cela, qui est aussi un crime contre l&#8217;humanité&nbsp;: faire des enfants, le seul crime impuni. On enverra même de l&#8217;argent pour qu&#8217;ils puissent continuer à répandre, à semer la mort. Nous devrions avoir honte de nos larmes de crocodile sur les cadavres de ces anges noirs qui régalent les mouches</em>. »<br /></p>


<p>Et Sevran de se justifier:<br />
«<em>Je parle des Anges Noirs et de leur souffrance, dans le livre paru il y a un an, <strong>j'avais été bouleversé par un reportage sur le Niger, impressionné aussi par le très beau livre de Léonora Miano</strong>, universitaire camerounaise, qui écrit&nbsp;: &#8216;mon obsession est le mal que les Africains se font à eux-mêmes' (...) Voilà ce qui m'a inspiré ce texte, manipulé pour lui faire dire le contraire de ce qu'il dit</em>».<br />
Aux prix littéraires qui sonnent comme autant de tapes dans le dos, bientôt c&#8217;est des pieds que le peuple applaudira. Car il aura compris que le dos justement, les écrivains l&#8217;ont tourné au continent, et qu&#8217;à la suite de Kossi Effoui il faudrait peut-être se résoudre à reconnaître que «&nbsp;<em>la littérature africaine n&#8217;existe pas</em>.» Il n&#8217;existe que le spectacle affligeant de l&#8217;enfant mettant à nu sa mère sur la place publique. Mouches à merde, vautours, hyènes,... la nouvelle ethnologie sauvage a des ambassadeurs bien inattendus&#8230;<br /><br />
2_<br />
Très cher Kangni, puisque vous autres écrivains avez choisi de participer à la grande aventure Internet, il va peut être falloir vous déshabituer à n&#8217;entendre que la voix concordante qui vous célèbre dans les différents salons. Aujourd&#8217;hui la toute petite voix du tout petit lecteur africain de l&#8217;ombre remonte jusqu&#8217;à vous et dit sa tristesse de vous voir tous, pareillement, sous prétexte de dénoncer des choses, tomber dans la facilité facile de l&#8217;exotisme du pire.<br />
Et donc Kangni, Non, je ne suis pas victime de mon incapacité à «&nbsp;<em>déchiffrer le projet romanesque à l&#8217;&#339;uvre dans vos peintures d&#8217;écrivains africains</em> », mais coupable de ma trop grande lucidité à en déceler l&#8217;archaïsme, le manque d&#8217;ambition et la naïveté. Je puis vous dire en tout cas que si démarche critique il y a dans vos projets, elle est de facto compromise par l&#8217;effarante économie de perspective, qui fait confondre décrire et dénoncer et par le mauvais choix d&#8217;interlocuteur. <br />
Ce dont je parle ne concerne pas spécialement <em>Canailles et Charlatans</em> (et vous serez charitable d&#8217;accepter de prendre pour les autres), mais j&#8217;ouvre volontiers une parenthèse pour en évoquer l&#8217;esprit. Car il se fait que, oui, j&#8217;ai lu <em>Canailles et Charlatans</em>. Et j&#8217;avais déjà eu plaisir à suivre Héloïse dans sa toute première virée sur la Terre des Braves. J&#8217;aimerais tout en évitant le jeu des citations, en toute honnêteté, vous dire l&#8217;impression générale que cela ma laissée. Je ne saurais au mieux qualifier la «&nbsp;peinture&nbsp;» que vous faites de Lomé dans les deux livres, que d&#8217;un palimpseste d&#8217;immondices. Bien évidemment la dimension de l&#8217;&#339;uvre n&#8217;en porte pas tache, de ce que heureusement, il y a le style ALEM&#8230; fin de parenthèse.<br /><br />
Le style! <br />
Vous autres écrivains africains n&#8217;avez que <strong>le STYLE</strong>. Ce style dont on aura réussi à vous convaincre, vos éditeurs en premier, que pareil à ce qu&#8217;il en a été de la sculpture nègre pour l&#8217;art occidental, il assurait le salut de la langue française. Et vous rivalisez volontiers entre vous pour voir qui l&#8217;amènera à sa plus délirante expression&nbsp;: à qui fera la phrase la plus longue, à coups de croche-pied au vocabulaire, et de ping-pong avec le sens. Et vous semblez réellement vous amuser comme de grands enfants...<br />
<strong>Mais la création africaine a-t-elle vocation à régénérer la création occidentale?</strong> Si oui, à quel prix pour l&#8217;imaginaire africain?<br />
Car que reste t-il, une fois qu&#8217;on a fermé vos bouquins ?<br />
A vous autres, il reste le style. Aux Occidentaux, il reste une inépuisable source de masturbation et de projections diverses. Pour la langue française, il y a donc cette formidable sève nourricière.<br />
Mais à nous Africains, il ne reste rien. Pas d&#8217;imaginaire à habiter, mais un univers des idées qui continuellement nous agresse.<br />
Si tout de même&#8230;, il nous reste à vite oublier ce que nous venons de lire si nous ne voulons pas nous croire, foi de la rhétorique de notre élite écriveuse, maudits pour de bon.<br />
Peut-être faut-il voir là une des causes du relatif mépris dans lequel les africains tiennent leur littérature. <strong>Elle les tire vers le bas&#8230;</strong> <br /><br />
3_<br />
Que le principal matériau romanesque de nos écrivains soit depuis toujours l&#8217;absurde de nos sociétés et la souffrance de nos peuples, ne saurais plus être nié. Kourouma est l&#8217;exemple type du modèle promu. Burlesque à souhait. ENCORE LE STYLE... Pour ce qu'il en est des histoires, que du folklore! Rien en tout cas qu&#8217;on ait à raconter aux Africains. Ce n&#8217;est pas grave puisque ce n&#8217;est pas à eux qu&#8217;on a choisi de s&#8217;adresser.<br />
Sartre l&#8217;avait annoncé, ceux qui iront le plus loin dans le ricanement auront droit à leur tape dans le dos.<br /><br />
Bien sûr, le tas de gravats que constitue la littérature africaine est parsemé de quelques stèles. Il y a un Hamidou Kane droit comme un I. Sony par exemple aimait à parler de la "boue", du "vide", du "folklore", mais on n&#8217;entendait, on ne ressentait que sa soif de "solide", de "plein", d&#8217; "esthétique". Il arrivait à se mettre au dessus de la «&nbsp;<em>Panne-dieu</em> ». Autant Soyinka, tant bien que mal évoque le «&nbsp;<em>Penkelmess</em> », sans tomber dans l&#8217;épanchement hilare.<br />
Et puis, Il y a les autres... Tous ceux qui voudraient nous faire rire de choses sérieuses. Il en faut, mais là, n&#8217;y en t-il pas trop?<br /></p>


<p>Je dis tout cela mais suis sûr que la chose a déjà remué en vous. Sinon il y aurait-il ceci:<br /><br />
«&nbsp;<em><strong>&#8230;une autre imagination de l&#8217;Afrique par la littérature est possible et nécessaire, et cela sans doute par une ambition littéraire plus complexe que celle qui nous pousserait uniquement dans les belles petites histoires poétiques, celles qui feraient seulement de nous de véritables néodécadents aptes à décrire comment la racine pourrit mais refusant (ou incapables) de projeter le futur ou la possibilité de nouvelles racines dans l&#8217;&#339;uvre</strong>. Au regard de nos frustrations identitaires réelles, et de nos capacités à maîtriser ou non les grandes tendances de la littérature, pourquoi diable refuserions-nous, si l&#8217;envie nous en prenait, d&#8217;être encore plus novateurs et, par panache, de réussir ce que les autres auraient échoué à faire&nbsp;? L&#8217;enjeu possible si le débat sur l&#8217;engagement vaut d&#8217;être prolongé et approfondi entre écrivains africains contemporains, serait, à mon humble avis, <strong>la question des formes littéraires nouvelles à trouver pour imaginer et expérimenter d&#8217;autres manières de dire l&#8217;Afrique à travers le temps et l&#8217;espace</strong>,&#8230;</em>&nbsp;» Kangni Alem.<br /></p>


<p>Je pense pour ma part que la clef vous apparaîtra dans le distinguo que vous réussirez à faire entre expression et représentation et de votre choix d&#8217;en assumer la complexité dépendra le renouveau de notre littérature.<br /><br />
Bien à vous.<br /><br />
Sé.<br /><br /><br /></p>


<p><ins>NOTES:</ins> <br /><br />
Ce texte est constitué d'un ensemble de posts envoyés à l'écrivain togolais sur son blog. Kangni a promis de relancer le débat. A suivre donc sur: <a href="http://www.togopages.net/blog/" hreflang="fr">www.togopages.net/blog </a> <br />
Nous rappelons que le ton de ce blog est volontairement polémique. La critique est aisée et chacun a son "porc-épic".<br />
<br /><br /><br /><br />
<ins>A VENIR:</ins><br /><br /></p>

<h2><strong>l' <em>ut pictura poésis</em> africain </strong><br /></h2>

<p><strong>Discours sur les représentations de la souffrance</strong><br />
<br />
<img src="http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/litteratures/149film20061116_023011_4_big.jpg" alt="" /><br /><br /></p>

<h2><strong>Essai de déconstruction du dolorisme hilare de mode</strong><br /></h2>

<p><img src="http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/litteratures/blood.jpg" alt="" /><br /><br /></p>

<h2><strong>Pour des scénographies alternatives</strong><br /></h2>

<p><img src="http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/litteratures/149film20061116_023011_5_big.jpg" alt="" /><br /><br /></p>


<p><ins>A méditer</ins>:<br /><br />
«&nbsp;<strong><em>Il n&#8217; y a pas un combat culturel qui se développerait latéralement au combat populaire(&#8230;) Si la culture est la manifestation de la conscience nationale, je n&#8217;hésiterai pas à dire, dans le cas qui nous occupe, que la conscience nationale est la forme la plus élaborée de la culture</em></strong> »<br /></p>

<pre>Frantz FANON<br /></pre>

<p>«&nbsp;<em>&#8230; Pendant des années, je me suis entretenu avec quelques-uns d&#8217;entre vous&nbsp;: AFRICAINS. Les raisons, vos raisons, ne m&#8217;ont pas convaincu&nbsp;; Certes, vous étiez d&#8217;accord sur ce point&nbsp;: «&nbsp;N&#8217;écris pas cette histoire.&nbsp;» Vous argumentiez que ce serait jeter l&#8217;opprobre sur NOUS, LA RACE NOIRE. Mieux, ajoutiez-vous, les détracteurs de la CIVILISATION NEGRO-AFRICAINE allaient s&#8217;en emparer, et&#8230;, et&#8230;, et&#8230; pour nous jeter  l&#8217;opprobre.</em>&nbsp;» <br />
Sembène Ousmane 1965, Introduction à son <em>Véhi-Cosiane</em>.<br />
«&nbsp;<em>Cela calme ma rage d'écrire des romans. Si j'écrivais des essais je ne pourrais pas me contenir.</em>»<br /></p>

<pre>Léonora Miano</pre>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.grioo.com/blogs/MRA/index.php/2006/06/29/1152-le-quai-en-branle-la-branle-de-jacques">
  <title>Le QUAI EN BRANLE, la branle de Jacques...</title>
  <link>http://www.grioo.com/blogs/MRA/index.php/2006/06/29/1152-le-quai-en-branle-la-branle-de-jacques</link>
  <dc:date>2006-06-29T20:17:37+00:00</dc:date>
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  <dc:subject>[Dossier] ARTS</dc:subject>
  <description></description>
  <content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/y/xx.jpg" alt="" /><img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/y/masq.jpg" alt="" /></p>

<pre>       <strong><em>Peut-on aimer l&#8217;art d&#8217;un peuple, c&#8217;est à dire une partie de son âme,</em></strong>
       <strong><em>le conserver par-devers soi, et mépriser ce peuple et le rejeter ?</em></strong> 
                   Aminata Dramane TRAORE (<em>Lettre au Président des Français&#8230;</em> )</pre> <p><br />
C&#8217;est donc depuis le 23 Juin dernier que les Français, peuvent, contre 8&#8364; seulement, dans le tout dernier endroit chic de Paris, un musée flambant neuf entièrement dédiés aux «&nbsp;<strong><em>cultures autres</em></strong> », librement, aller participer de la dissipation des «&nbsp;<em><strong>brumes de l'ignorance, de la condescendance ou de l'arrogance qui, dans le passé, ont si souvent nourri la méfiance, le mépris ou le rejet&#8230;</strong></em>&nbsp;» (Le rejet de «&nbsp;<em>l&#8217;autre</em>&nbsp;» s&#8217;entend).<br />
<strong>La «&nbsp;<em>Leçon d&#8217;humanité</em>&nbsp;» aura finalement pour nom: Musée du Quai Branly. Le «&nbsp;<em>dialogue des civilisations</em>&nbsp;» est son horizon.</strong>
<br /><br /><br /></p>


<p><img src="http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/a/sge_inr02_200606131449_photo00_photo_default-512x375.jpg" alt="" /></p>

<h2><strong>LA GRANDE VANITE</strong><br /></h2>

<p>La très noble oeuvre dont nous venons de parler est indéniablement, un des aspects du "<strong><em>rôle positif</em></strong>" d&#8217;une colonisation qui permit, sans qu&#8217;aujourd&#8217;hui encore rien sérieusement ne vienne mettre cela en question, de dépouiller, de manière plus ou moins subtile, les populaces des contrées les plus éloignées, assujetties par la croix et le feu, du meilleur des témoignages de leur production intellectuelle, qui constitue le trésor de prestigieuses collections et des plus grands lieux de conservation au monde dont désormais la toute jeune institution parisienne.<br /></p>


<p>Mais, et ce serait impardonnable de ne pas le préciser, c&#8217;est surtout à la pugnacité de Monsieur leur actuel Président, que les Français doivent la naissance ce nouvel  «&nbsp;<em><strong>instrument de paix</strong></em> ».<br />
En effet, se rappelant de fort opportune manière, aux bons souvenirs de ceux, bien nombreux, qui, déjà, l&#8217;avaient enterré, celui qui dirige par une incroyable «&nbsp;<strong>absence</strong> », la France depuis une douzaine année, vient d&#8217;inaugurer en grande pompe, ce que tout le monde s&#8217;accorde à appeler «&nbsp;SON&nbsp;» musée.<br />
Cravachant, jouant des gros bras et d&#8217;un discours des plus reptiliens, il aura de bout en bout mené, d&#8217;une extraordinaire poigne, ce projet, bien résolu à marquer, à l&#8217;instar des ses "illustres" prédécesseurs, l&#8217;esprit et la chair de ce Pays, d&#8217;une unique empreinte. Une quasi-tradition bien française: les Grands Travaux du Président. André Langaney, Ex-Directeur du laboratoire d&#8217;anthropologie biologique au Musée de l&#8217;homme, qui s&#8217;est vu enlever ses 270 000 objets d&#8217;études, «&nbsp;réquisitionnés&nbsp;» pour constituer l&#8217;essentiel du fond du nouveau musée, en dirait&nbsp;: «&nbsp;<strong><em>Les grands travaux, c&#8217;est une absurdité totale dans une République. C&#8217;est un concept complètement régalien&#8230;</em></strong> ». Il peut bien tempêter, et avec lui tout le corps anthropologique. Rien n&#8217;arrêtera la machine chiraquienne.<br />
<br />
Pour «&nbsp;<strong>ses</strong>&nbsp;» grands travaux donc, Monsieur le Président a choisi, sous l&#8217;influence raconte-t-on d&#8217;un certain Kerschache, de <em><strong>dire l&#8217;Autre</strong></em>. C&#8217;est que l&#8217;histoire toute hérissée de prédations et d&#8217;intrigues du grand empire français fournit, semble-t-il, des matériaux à la hauteur de cette ambition.<br />
Si la France n&#8217;est pas prête à accueillir «&nbsp;<em><strong>toute la misère du monde</strong></em> », elle semble disposée à en accepter, de bon aloi, toute la richesse. C&#8217;est donc, au pied de la tour Eiffel, un tapis rouge (sang) qui leur est déroulé. Célébrant l&#8217;évènement, un discours de circonstance, où nous est faite, une rare  démonstration de<strong> l&#8217;hypocrisie élevée au niveau d&#8217;art et qui pourrait bien être la véritable "Star" de ce musée</strong>. L&#8217;hypocrisie reine, éclipsant&nbsp;: <em><strong>Imina na</strong></em>, «&nbsp;<em>la mère des masques</em>&nbsp;» qui est censée rappeler aux hommes que tout a une fin, ou encore la <em><strong>Vénus Chupicuaro</strong></em> énygmatique «&nbsp;déesse- fécondité&nbsp;» d&#8217;une puissante civilisation inconnue, devenue "mascotte" de la nouvelle maison. <br /></p>

<pre>   <img src="http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/y/imina%20na%20002.jpg" alt="" />1              <img src="http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/y/quai_branly_Ymago_2369.jpg" alt="" />2<br />
1/<em>Masque"Imina na"(Mali),Bois</em> 2/<em>Statuette féminine"Chupicuaro"(Mexique),Terre cuite</em><br /></pre>

<p><br /></p>


<p>C&#8217;est ainsi qu&#8217;à peine la fumée s&#8217;estompant dans la banlieue, et alors qu&#8217;encore fusent, depuis les sommets les plus élevés de l&#8217;Etat, et sonnent si cruels aux oreilles concernées, les diatribes stigmatisatrices de race, l&#8217;Afrique se retrouve à l&#8217;honneur dans un Paris d&#8217;où désormais peut, et ce sont les mots du Président même,  porter au loin, «&nbsp;<strong><em>le message humaniste du respect de la diversité et du dialogue des cultures</em></strong> ».<br /></p>


<p>Et la presse dans un unanimisme des plus effarants, de saluer la si haute aspiration de ce projet.  <br />
Enterré, la longue polémique qui accompagna le projet de la création de cet espace&nbsp;! Si tôt oublié la "<em><strong>La guerre des musée</strong></em>", les débats passionnés sur la dénomination de l'institution, la provenance douteuse des pièces&nbsp;! les virulentes dénonciations de la gestion anti-démocratique de la chose&nbsp;! Qui se souvient du cri d&#8217;alarme de François-Xavier Verschave, tentant une nième fois de révéler le "<em>Noir Chirac</em>" à la France&nbsp;: «&nbsp;<em><strong>Il s'agit de livrer les collections à des spéculateurs !</strong></em>» ?<br />
C'est dans un consensus indécent que depuis quelques jours, on se plait, à nous présenter l&#8217;actuel Président des Français comme «&nbsp;<strong><em>un amoureux véritable, et même un expert connu des arts d&#8217;Asie, d&#8217;Océanie et d&#8217;Afrique</em></strong> ».<br />
Peu importe, alors si, jamais vraiment, les peuples premièrement concernés (Vous pouvez les appeler les peuples "premiers") ne furent invités à prendre part à la conception et s&#8217;enquérir du discours qu&#8217;on entendait faire tenir à leurs objets. Peu importe s&#8217;il y eut plus de marchands d&#8217;art, d&#8217;hommes d&#8217;affaires et de communicateurs, que de scientifiques à se pencher sur le berceau du bébé. Peu importe si le statut des objets n&#8217;est toujours pas rigoureusement défini. Peu importe, vous dis-je, si c&#8217;est un musée encore en chantier qu&#8217;on nous invite à découvrir dans un dédale de câbles électriques, de sourires de circonstance d&#8217;anonymes hôtesses et de crépitement de mille Talkies-walkies, puisqu&#8217; avec cette nouvelle réalisation présidentielle , on nous persuade que la France vient définitivement de confirmer sa place à l&#8217;avant-garde artistique et s&#8217;inscrit durablement en grand sur la carte de l&#8217;humanisme.<br />
Voici sauve, «&nbsp;l&#8217;exception française »! <br /></p>


<p>«&nbsp;<strong><em>Ce musée, il l&#8217;a voulu en dépit des réticences du milieu culturel et de l&#8217;administration. Rébellion contre un certain ordre intellectuel, mais également acte politique d&#8217;un président qui s&#8217;insurge contre une certaine arrogance occidentale et fustige les méfaits d&#8217;une mondialisation qui gommerait les différences culturelles</em></strong> ».<br />
La messe est dite.<br />
C&#8217;est donc pour clôturer en toute beauté, un double mandat dont le pendant africain aura été un incroyable recul des libertés les plus élémentaires et un formidable renforcement des régimes monstres que le Président vient de déclamer, à l&#8217;alambiqué certain, son éternel soucis de «&nbsp;<em><strong>la place de l&#8217;Autre</strong></em>&nbsp;» . <strong>L&#8217;absurde  est entêté</strong>.<br />
«&nbsp;<em><strong>L&#8217;Afrique n&#8217;est pas mûre pour la démocratie</strong></em>.» C&#8217;était des mots bien choisis et de bouche avisée. On fait ce qu&#8217;il faut semble-t-il, pour ne pas avoir à se dédire. Et au sombre tableau des maux de ce continent, avant le sida et la malaria, il y a la "Françafrique".<br />
Ainsi, bien loin des préoccupations d&#8217;une Afrique exsangue, et bien décidée à parler à sa place, une bouche de plus vient de s&#8217;ouvrir sur les bords de la seine. La langue érectile, orgueilleuse à souhait, qu&#8217;elle brandit, ignore la mesure et la retenue:<br />
«&nbsp;<em>Rendre justice</em>&nbsp;» aux «&nbsp;<em>peuples humiliés et méprisés</em> », affirmer «&nbsp;<em>l'égale dignité des cultures du monde</em> », «&nbsp;<em>dresser face à l'emprise terne et menaçante de l'uniformité, la diversité infinie des arts</em> », etcetera, etcetera.<br />
N&#8217;est- ce pas là, du nouveau "<em><strong>fardeau de l&#8217;homme blanc</strong></em>" que Monsieur Jacques Chirac et son institution viennent de se charger ?<br /><br />
<br /></p>


<p>Dans un certain <em>Discours sur le colonialisme</em>, Aimé Césaire, de l&#8217;unique veine sienne, mettant en garde contre la «&nbsp;<em><strong>vanité</strong></em>&nbsp;» qui se faisait de la construction de musées des «&nbsp;autres », rappelait que :<br /></p>


<p>«&nbsp;<em>&#8230; il eût mieux valu, à tout prendre, n&#8217;avoir pas eu besoin de les ouvrir&nbsp;; que l&#8217;Europe eût mieux fait de tolérer à côté d&#8217;elle , bien vivantes, dynamiques et prospères, entières et non mutilées, les civilisations extra-européennes&nbsp;; qu&#8217;il eût mieux valu les laisser se développer et s&#8217;accomplir que de nous en  donner à admirer, dûment étiquetés, les membres épars, les membres morts&nbsp;; qu&#8217;au demeurant, <strong>le musée par lui-même n&#8217;est rien&nbsp;; qu&#8217;il ne veut rien dire, qu&#8217;il ne peut rien dire, là où le secret mépris des autres dessèche les c&#339;urs, là où, avoué ou non, le racisme tarit la sympathie</strong>&nbsp;; qu&#8217;il ne veut rien dire s&#8217;il n&#8217;est pas destiné qu&#8217;à fournir aux délices de l&#8217;amour-propre&nbsp;; qu&#8217;après tout, l&#8217;honnête contemporain de Saint Louis , qui combattait mais respectait l&#8217;islam, avait meilleure chance de le connaître que nos contemporains même frottés de littérature ethnographique qui le méprise.</em> <br />
<em>Non, <strong>jamais dans la balance de la connaissance, le poids de tous les musées du monde ne pèsera autant qu&#8217;une étincelle de sympathie humaine</strong>.</em> »<br /><br />
Nous conclurons autrement que Césaire, pour dire que tout est une question d&#8217;humilité.<br />
Que l&#8217;humilité, c&#8217;est ce qui, justement manque ici. Absence d&#8217;humilité dans la rhétorique, absence d&#8217;humilité dans le programme, absence d&#8217;humilité dans le geste architectural (Un musée de collection est réussi, et on l&#8217;apprend dans toutes les bonnes écoles d&#8217;architecture, quand il sait se faire oublier&#8230; (Nous y reviendrons)). Absence d&#8217;humilité et d&#8217;intégrité.<br />
Que, l&#8217;Afrique n&#8217;oublie pas et que d&#8217;ailleurs tout continue. Et le musée est un <strong>lieu de mémoire</strong>. Les pièces, des <strong>objets témoins</strong>.<br />
Et enfin, qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;avoir à l&#8217;esprit que beaucoup ont suivi ces objets. Leurs enfants sont devenus brûleurs d&#8217;écoles et de voitures et de poubelles. La sombre «&nbsp;racaille&nbsp;» de nos banlieues...<br />
La question est ceci&nbsp;: Que vaut donc tout l&#8217;étalage de vrais faux bons sentiments auquel le baptême du Quai Branly donne lieu, quand on sait ce que l&#8217;Afrique sait de l'initiateur de projet? Que pèse cette débauche d&#8217;autocongratulation face à toute la souffrance que charrie une histoire dont le legs est loin d&#8217;être soldé et qui échoue toujours à unir. A faire passer la victime pour celui qu&#8217;on sauve (Ici, presque malgré elle, et c&#8217;est là, certainement le plus grand péché de l&#8217;idéologie affichée (Nous y reviendrons)) on établit un malentendu de plus, qui pour sûr ne participe pas du désarmorcement d&#8217;un avenir déjà incroyablement miné.<br />
<br />
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<img src="http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/y/q.jpg" alt="" /></p>

<pre>      « <em><strong>Les eaux que as vues, là où se tient la prostituée,</strong></em> 
        <em><strong>Ce sont des peuples, des foules, des nations et des langues (&#8230;)</strong></em>
        <em><strong>Enfin, la femme que tu as vue,</strong></em> 
        <em><strong>C&#8217;est la grande ville qui domine les rois de la terre</strong></em> »  
                                                      Révélations #17</pre>

<p><em>Quelque part près des eaux une grande prostituée ivre, chargée de bijoux et de milles trésors, se tient assise sur une bête rouge écarlate dont le corps est recouverte de noms insultants pour les peuples de la terre du sang desquels sa maîtresse s&#8217;est repue.</em><br />
La métaphore est biblique, mais le religieux, c&#8217;est la seule liberté que le renvoi prend avec la réalité du Quai Branly. Une vision "babylonienne" suinte de toute cette mascarade.<br /></p>


<p>Il va de soi que la chose est partie pour être une anomalie. D&#8217;abord pour la question que soulève l&#8217;interrogation de Madame Aminata Dramane TRAORE dans sa <em>Lettre au président des Français</em>.<br /></p>


<p>Certes, et c&#8217;est d&#8217;expérience que nous l&#8217;affirmons:<br />
<strong>On peut travailler sur l&#8217;Afrique et tenir en horreur l&#8217;Afrique. On peut avoir une réelle fascination pour l&#8217;Afrique et nourrir un profond mépris de l&#8217;Africain.</strong> Il reste qu&#8217;au centre de ce rapport trouble se trouvera une autre variable plus complexe à saisir: <strong>la création des Africains</strong>. <strong>L&#8217;art africain qu&#8217;on n&#8217;aimera jamais totalement et qu&#8217;on ne méprisera jamais tout à fait</strong>&nbsp;; qui servira alors d'écran pour projeter une gamme variée de fantasmes jouant d&#8217;un dualisme attrait -  répulsion (Elans que toujours sous-tendent le «&nbsp;mythe des origines&nbsp;» et son corollaire «&nbsp;la fuite »).
Cette schizo-philie donne jour aux rapports relativement gauches que nous connaissons, titubant entre les approches du tout ethnologique et celles insidieusement esthétisantes. (<strong>Dans tous les cas, l&#8217;objet est soumis, quand on pense la rendre plus «&nbsp;authentique&nbsp;» en lui imposant la la toute innocente présence d&#8217;une feuille de palmier, comme quand on veut la révéler dans toute sa «&nbsp;splendeur&nbsp;» en lui faisant un magnifique vêtement de lumière.</strong>)<br />
Les conséquences pour l&#8217;Afrique, sont, après la dépossession matérielle, celle là intellectuelle, car tout ce qui se dira désormais sur ces objets ne sera que pures spéculations de pseudo- scientifiques et de pseudo- esthètes tous pareillement égarés par le mirage de l&#8217;«&nbsp;<em><strong>immaculé perception</strong></em>&nbsp;» (Nous y reviendrons). C&#8217;est ainsi que s&#8217;est crée l&#8217;incroyable <strong>Non-Savoir</strong> qui entoure la production traditionnelle africaine (et que le «&nbsp;mutisme&nbsp;» organisé du continent contribue à entretenir).<br />
Mais pire que cette double fronde, le délire ethnologique et le réductionnisme "plastique" que nous renvoyons dos à dos, c&#8217;est <strong>le saisissement par le capital, le prestige et le pouvoir</strong> qui est certainement, le plus grand tort fait aux oeuvres. Et le Quai Branly échoue cruellement à clairement se définir. <strong>L&#8217;approche ici ne ressemble à rien de scientifique, Elle est calculatrice (L&#8217;objet n&#8217;est plus seulement soumis mais nié).</strong> Sacrifier à la flatterie, assujettir l&#8217;art à des intérêts et des ambitions personnels, disposer comme on l&#8217;entend de quelque chose dont on n&#8217;a ni la propriété matérielle, ni la propriété intellectuelle, ni la propriété morale, sans en rendre compte; être sa propre référence dans la  gestion du patrimoine de l&#8217;humanité, c&#8217;est manifester, encore, la rare arrogance de la corruption coloniale, dont visiblement la France a beaucoup de mal à se guérir. C&#8217;est l&#8217;exploitation qui continue. C&#8217;est pourquoi, <strong>même si l&#8217;objet et le groupe qui l&#8217;a produit sont au centre du discours, le fait d&#8217;art et les réalités sociales n&#8217;y trouvent pas abris</strong>.<br />
Car qu&#8217;est réellement le Quai Branly aujourd&#8217;hui sinon <strong>le musée blanc de l&#8217;art des non-blancs</strong>&nbsp;? Un regard condescendant des civilisés sur les sauvages. La manifestation la plus gauche de la mauvaise conscience des violents dominants sur les pauvres dominés. Des contradictions. Le Quai Branly n&#8217;est rien d&#8217;autre aujourd&#8217;hui qu&#8217;un ensemble confus de contradictions dont seuls une conscience somnolente et un intellect las peuvent se satisfaire.<br />
S&#8217;il devient plus, s&#8217;il devient mieux- et nous faisons plus que le lui souhaiter- ce sera d&#8217;abord parce qu&#8217;il se sera purgé de l&#8217;esprit archaïque et archaïsant qui a présidé à sa naissance.<br /></p>


<p><strong>En attendant, l&#8217;absurdité de la dévotion dont le public entourera la statuaire dogon ne se mesurera qu&#8217;à l&#8217;aune du mépris dont le balayeur malien continuera à faire l&#8217;objet dans une France blême et malade de son manque de courage</strong>.<br />
Reste une certitude&nbsp;: <strong>l&#8217;Afrique ne s&#8217;exprimera pas de la bouche de Monsieur Jacques Chirac</strong>.<br />
<br />
<br />
<br />
<img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/NG/7_CheriSamba-okjpg-2.jpg" alt="" /></p>

<h2><strong>LE GRAND DETOURNEMENT</strong> <br /></h2>

<p>«&nbsp;<em>Avec une éloquence atteignant parfois la sublimité, <strong>l&#8217;art nègre a commandé aux principes régénérateurs de l&#8217;écriture plastique universelle d&#8217;aujourd&#8217;hui</strong>&nbsp;; il a conféré une force et une mesure fraîche à la peinture, à la sculpture, à la musique, à la poésie, à l&#8217;architecture, dont le salut se trouvait compromis par la défaillance de la mesure grecque et l&#8217;insuffisance des apports archéologiques du Proche Orient. En humiliant à l&#8217;extrême les éléments conventionnels, <strong>il a réalisé, crée en quelque sorte, le «&nbsp;chiffre&nbsp;» de vérité idéale le plus élevé qui soit connu jusqu&#8217;ici.</strong> </em>»<br />
Paul Guillaume<br />
<br />
<br />
Tout cela se noua au début du siècle dernier.<br />
Vlaminck et Derain, les premiers, chopent le mal. Les Fauves en imprudents découvreurs de l&#8217;«&nbsp;étrange ».<br />
Le virus a d&#8217;abord couleur blanc kaolin. Enigmatique masque d&#8217;une obscure société secrète de forêts africaines. Redoutable N&#8217;gil. <br />
<br />
<img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/y/fang.jpg" alt="" /> <em>(Masque-casque fang de la société du </em>N&#8217;gil<em>, Gabon, XIXème s. La star de l&#8217;exposition "Primitivism in 20th Century Art&nbsp;: Affinity of the Tribal and the Modern Art"(MOMA /1984) a été cédée à un acquéreur «&nbsp;anonyme&nbsp;» au prix record de 5.904.176 euros lors de la l&#8217;éparpillement  de la collection de Pierre et Claude Vérité à l&#8217;Hôtel Drouot les samedi 17 et dimanche 18 juin, soit 2 jours avant l&#8217;ouverture du Quai. )</em></p>


<p><br />
Matisse est littéralement scotché.<br />
Picasso veut faire «&nbsp;manger de la corde et de boire de l&#8217;essence&nbsp;» au trop sage Paris. «&nbsp;L&#8217;oiseau du Bénin&nbsp;» pris tout entier dans la éclats éparses de ses compositions, construit méthodiquement la fusion du temps et de l&#8217;espace. Le mouvement. La dimension 3. Le «&nbsp;<em><strong></strong>Kubische Raumanschauung<strong></strong></em> ».<br />
Braque est pris des mêmes spasmes de la même parturience latente.<br />
Voici, s&#8217;annonce, l&#8217;euphorique enfantement de la modernité. <br />
Quelque chose a plongé Brancusi dans une poignante solitude. Reclus dans  son atelier de l'impasse Ronsin, sans fin, il fait des colonnes qui n&#8217;en finissent pas et convoque, du plus profond de son génial délire, des armées de blondes négresses. L&#8217; Ascète Roumain à qui la France refusera tout sa vie, les papiers, rêve d&#8217;initiatiques échelles de très lointains rites de reconnaissance.<br />
C&#8217;est, ô ultime tour d&#8217;un sort joueur, chez leur médecin commun, que Constantin transmet la fièvre à Amadeo. Paul Alexandre, «&nbsp;médecin d&#8217;artistes&nbsp;» et accessoirement organisateur de «&nbsp;soirée païennes », entretient le feu sacré de l&#8217;inquiétante pandémie dans l&#8217;antre du «&nbsp;Delta ».
Modigliani, désormais traque «&nbsp;baoulés&nbsp;» et «&nbsp;yaourés », et voit le monde en autant d&#8217;ovales visages.<br /><br />
<img src="http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/y/pic3f.jpg" alt="" /><br />
Tout se passe comme si le grand frisson d&#8217;une fièvre toute rimbaldienne se répandait dans la capitale. Un tenace accès de cannibalisme. Une ruade violente de dure insomnie qui durablement va marquer la création européenne. Le traître penchant pour l&#8217;art des sauvages!<br />
L&#8217; «&nbsp;étrange&nbsp;» cours la ville et «&nbsp;sonne le sang&nbsp;» de la jeune génération qui,  secouée jusqu&#8217;aux entrailles, enfin, invente fébrilement l&#8217;aboutissement inéluctable de la fin de l&#8217;académisme.<br />
Maintenant, Stravinsky sonne résolument «&nbsp;autre ».<br />
Man Ray livre ses modèles à de sombres expérimentations exotiques. <br /></p>


<p>Le «&nbsp;primitif&nbsp;» s&#8217;attrape comme la peste. Pour sûr, le génie est propice à l&#8217;établissement du mal. C&#8217;est le tout Paris créatif qui, en proie à cette seule malaria, écris d&#8217;un mauvais rouge sang, le grand épisode nègre de l&#8217;art.<br />
Cendrars, Cocteau, Jacob sont eux aussi devenus «&nbsp;cannibales&nbsp;» et la poésie ne célèbre plus que l&#8217;«&nbsp;étrange ».<br />
Paul Guillaume, de «&nbsp;l&#8217;esthétique&nbsp;» nouvelle, esclave volontaire, premier grand apôtre (et non moins grand marchand), vend des fétiches et des théories à la pelle: «&nbsp;l&#8217;art nègre est le sperme vivificateur du XXème siècle ».<br /></p>


<p>La science du bâtir ne s&#8217;en laisse pas conter. Aux Congrès Internationaux de l&#8217;Architecture Moderne, Jeanneret proclame la naissance d&#8217;un «&nbsp;Esprit Nouveau ». L&#8217;idéologie rigide et pratique des CIAM qui voue un culte obscène à Cézanne et Picasso, est aussi comptable de la fondamentale influence de la plastique primitive et emprunte aussi à son «&nbsp;illogisme ». Siegfried Giedion, historien, théoricien et chantre de la nouvelle architecture rappelle&nbsp;: «&nbsp;On trouve dans les tableaux des grands maîtres du début du siècle des moyens d&#8217;expression &#8211; abstraction, transparences, simultanéité - qui rappellent beaucoup l&#8217;art primitif. Ce ne fut pas là une mode soudaine, éphémère, mais le résultat d&#8217;un rapprochement inconscient, né du besoin de tirer de l&#8217;élémentaire, de l&#8217;irrationnel, les sources mêmes d&#8217;une expression symbolique. C&#8217;était le désir de pallier les dommages causés par la mécanisation. »<br />
Le sauvage est contagieux vous dis-je&nbsp;! Il vient à point nommé, injecter du rêve dans un paysage européen morose.<br />
Au diable, le poncif grec&nbsp;! Au feu, la Joconde ?<br />
Le siècle sera nègre ou ne sera pas. C&#8217;est dit&nbsp;! Arrive le jazz, Coco Chanel, les femmes garçonnes, Baker&#8230; Un «&nbsp;entre deux guerre&nbsp;» délirant. Il faut s&#8217;y résoudre, rien ne sera plus jamais comme avant. On dit de cette époque qu&#8217;elle était «&nbsp;folle&nbsp;! » Non incroyablement lucide.<br /></p>


<p>L&#8217;avant garde toute entière prise dans l&#8217;euphorie créatrice, jubile et jure par le seul «&nbsp;ailleurs ». Tout va très vite et déjà en 1914, le futuriste Vladimir Markov, déclarait: «&nbsp;La nouvelle génération de peintres est reconnaissante à l&#8217;Afrique de l&#8217;avoir aidée à sortir de l&#8217;impasse et de la stagnation où se trouvait l&#8217;art de l&#8217;Europe. »<br />
Comment cela a-t-il été possible? Au delà de l&#8217;unique intelligence esthétique d&#8217;époque, il y eut fallut l&#8217;innocence et l&#8217;humilité qui rendent possible l&#8217;étonnement. Matisse explique&nbsp;: «&nbsp;Ne nous connaissant pas nous même encore très bien, nous n&#8217;éprouvions pas le besoin de nous protéger contre les influences étrangères, car elles ne pouvaient que nous enrichir, et nous rendre plus exigeants par rapport à nos propres moyens d&#8217;expression. »<br /></p>


<p>Aussi, s&#8217;abandonnant corps et âme et esprit à la frénésie entêtée, tous, du même aloi, avidement, collectionnent du «&nbsp;sauvage ».<br />
Breton dédie un mur entier à son furieux fantasme océanien.<br />
La production des sauvages, après les cabinets de curiosité et les laboratoires d&#8217;ethnologie, investie désormais des collections d&#8217;esthètes. Et  à la mesure de ce transfert, elle va gagner en reconnaissance. Le regard sur les objets change&#8230;<br /><br />
<img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/NG/pi.jpg" alt="" /><br />
Cela se passe début 1907&nbsp;: <br />
À l'instigation de Matisse, Picasso tout juste 25ans se rend au Musée d'Ethnographie du Trocadéro alors seule institution à présenter les objets d&#8217;ailleurs. A cette visite on doit deux choses&nbsp;: le fameux&nbsp;: «&nbsp;J&#8217;ai compris  pourquoi j&#8217;étais peintre&nbsp;» et ce qui sera considéré comme «&nbsp;le premier manifeste cubiste&nbsp;» (La légende dit, en effet, que Picasso est rentré en courant à son atelier, porter l&#8217;ultime touche à ses Demoiselles ).<br />
Mais il y a surtout l&#8217;aveu fait plus tard à Malraux&nbsp;: «&nbsp;Quand je suis allé au Trocadéro, c&#8217;était dégoûtant. Le marché aux puces. L&#8217;odeur&#8230; ». Picasso se découvre et découvre un lieu «&nbsp;affreux ».<br /></p>


<p>Apollinaire, mentor de la turbulente génération, apôtre désigné de la modernité bourgeonnante, est au centre de cette frénésie. Il lance le premier un pavé dans la marre en plaidant dès 1909 pour <strong>l&#8217;entrée des «&nbsp;&#339;uvres exotiques&nbsp;» au Louvre</strong>; allant jusqu&#8217;à se demander si désormais il ne fallait pas&nbsp;: «&nbsp;<em><strong>brûler la Joconde !</strong></em>&nbsp;» (Notez que La suggestion lui vaudra plus tard un petit séjour à la Santé...) Son ami Paul Guillaume, précise l&#8217;importance de conférer une accession artistique à ces objets&nbsp;: «&nbsp;<em>&#8230;Car si  c&#8217;est parmi ceux qui lui doivent la joie de vivre qu&#8217;on compte les meilleurs peintres, les meilleurs sculpteurs d&#8217;aujourd&#8217;hui, les plus grands poètes, les plus étonnants musiciens, est-ce possible de concevoir l&#8217;importance du mouvement qu&#8217;il animera lorsque l&#8217;étude de ce art sera facilitée ou simplement rendue accessible au public studieux&nbsp;? <strong>Les horizons qu&#8217;éclaire la flamme nouvelle sont sans limite. L&#8217;étude de l&#8217;art des Noirs, est une science naissance que demain glorifiera, dont demain s&#8217;honorera</strong>, car il faut s&#8217;attendre que, de longtemps, un tel objet d&#8217;étonnement ne soit offert à la méditation intelligente des hommes&#8230;</em> »<br />
Il est clair que pour ceux qui font désormais l&#8217;art dans Paris, une époque est morte, et qu&#8217;il ne faut pas tarder la naissance de demain. L&#8217;aristocratie artistique conservatrice va travailler à marginaliser cette voix en faisant passer les créateurs du moderne pour une bande d&#8217;excités, une jeunesse en manque de repère qu&#8217;il ne s&#8217;agit pas de prendre au sérieux. De fait, ces <em><strong>nègres-blancs</strong></em>, sont aussi des anti-tout&nbsp;: anti- guerre, anti-catholique, anti- autorité, rouges, et accessoirement outrageusement libertins.<br />
Paul Guillaume lui est un convaincu. Il organise en 1917 la première exposition d&#8217;«&nbsp;art&nbsp;» africain en France.<br />
<strong>C&#8217;est alors que pointe la querelle entre ethnologues amateurs d&#8217;«&nbsp;objets témoins&nbsp;» et amoureux du seul «&nbsp;beau&nbsp;» exotique</strong>. Les pièces qui, alors, avaient plus statut de curiosité, n&#8217;étaient visibles que dans les musée d&#8217;ethnologie, notamment le Trocadéro à Paris (1878 ) et Tervuren en Belgique (1896), alimentés par les agents coloniaux, explorateurs, militaires, collecteurs et autres dévoués missionnaires.<br />
<strong>La fronde de l&#8217;approche artistique initiée par les avants-garde va poser le problème du statut de l&#8217;expression culturelle des <em>infériorisés</em> et par delà du <em>devoir moral</em> du dominant. Autour de la question du traitement réservé aux objets se cristalliseront des oppositions où ne dominent pas que des considérations scientifiques. Le musée va ainsi devenir rapidement et insidieusement le double lieu de jeux d&#8217;influences et de projection de fantasmes divers. Une vaste mascarade où se mêlent confusément politique et idéologique et où bien peu de place finalement est fait à l&#8217;art.</strong><br />
Lévi- Strauss et Leiris resteront de ces rares, non sans peine, à réussir à concilier en eux, «<em><strong> l&#8217;esthète et l&#8217;ethnologue</strong></em> ». Ils sont invités tous les deux, par Malraux, à se pencher sur les acquisitions du <strong>Musée des Arts d&#8217;Afrique et d&#8217;Océanie</strong> (1960). Bâtie sur les cendres du Musée de la France d&#8217;Outre Mer, véritable  vitrine de l&#8217;impérialisme français (la monumentale &#339;uvre de  LAPRADE.et JANNIO, elle même née au lendemain de la très controversée Exposition Coloniale de 1931, devenait dérangeante avec la libération des voix noires dans Paris même et le glas des régimes coloniaux de par le monde), <strong>la nouvelle institution assumera un certain penchant esthétique dans ses choix, comme déjà, une cession à la pression de l&#8217;africanisme mondain qui bientôt va poindre et  dont une des voix les plus marquantes sera celle de Jacques Kerchache</strong>.<br />
Le Louvre, lui, fait de la résistance et une maison privée, l&#8217;énigmatique Musée Dapper, seul dès 1983, s&#8217;engouffre dans le créneau laissé désespérément libre&nbsp;: l&#8217;exploitation par l&#8217;esthétique des objets africains. Jouant avec finesse du non-savoir plastique et anthropologique, l&#8217;établissement-<em>bébé</em> du couple Leveau, indécemment clos sur lui même, offre un point de vue personnel à l&#8217;extrême. S&#8217;abîmer dans la contradiction de vouloir à la fois ménager toutes les successibilités et offrir un regard original, amène à évoluer dans un hors--monde grotesque.<br />
Au début des années 80 donc, l&#8217;Afrique est encore à la mode à Paris, mais plus célébrée désormais dans les prestigieuses salles de vente que dans les laboratoires d&#8217;artiste et ceux de sciences humaines.<br />
<strong>Partout le continent est évoqué, mais jamais convoqué. D&#8217;ailleurs jamais non plus les africains ne jugèrent urgent de s&#8217;inviter. Il faut dire, et c&#8217;est à leur décharge, que rien&nbsp;; même en cherchant bien, dans les rites, n&#8217;était pour les intéresser. Nombriliste à souhait, le duel à couteau tiré auquel se livrent les différents dépositaires auto- proclamés des &#339;uvres, ne prenait en charge aucune ouverture critique sur les questions de la renaissance du continent et sur l&#8217;importance qu&#8217;y acquiert le discours à faire tenir à ce patrimoine.</strong><br /><br /></p>


<p>On dit que c&#8217;est Breton qui transmit la fièvre à Kerchache. Tour à tour esthète, aventurier, collectionneur, marchand, spécialiste, initié donc très jeune par le plus célèbre des surréalistes, Kerschache est définitivement un homme à réputations.<br />
En 1990 donc, Jacques Kerchache reprend le bâton de pèlerin de Guillaume Apollinaire et lance le concept- manifeste&nbsp;: "<strong><em>les chefs d'&#339;uvre naissent libres et égaux</em></strong>". Il organisera dans des institutions prestigieuses, des expositions qui disent son «&nbsp;obsession&nbsp;» à vouloir mettre au grand jour les arts sauvages&nbsp;: <em>Sculpture Africaine</em> en hommage à André Malraux à la villa Médicis (1986), <em>L'Art des sculpteurs taïno</em> au Petit Palais en (1994), <em>Picasso/Afrique&nbsp;: État d'esprit</em> au Centre Georges Pompidou (1995). Le <strong><em>French Indiana Jones</em></strong> fut par ailleurs expert et consultant de l'inoubliable <em>Le Primitivisme dans l'art du XXe siècle</em> , ainsi que de <em>Afrique, l'art d'un continent</em> (Londres, 1995). <strong>L&#8217;homme croit au «&nbsp;sensible ». Il sait que la sculpture africaine s&#8217;étend au delà de ses frontières formelles. L&#8217;&#339;uvre vibre. Des intuitions dérangeantes&#8230;, mais surtout sa détermination, son empressement, ses méthodes&nbsp;; ses manières en font un personnage gentiment haït par le milieu des ethnologues</strong>. En fait, Kerchache ne fait rien pour s&#8217;attirer la sympathie du corps scientifique. C&#8217;est semble-il dans un cuisant mépris qu&#8217;il tient ce qui à ses yeux n&#8217;est qu&#8217;une bande d&#8217;ignorants qui n&#8217;entend rien au réel pouvoir des formes. C&#8217;est ainsi que par exemple, bien trop souvent, il fustigeait l&#8217;esprit d&#8217;un Musée de l&#8217;Homme&nbsp;: «&nbsp;<em>grand amateur de «&nbsp;<strong>m&#339;urs et coutumes des autochtones et des aborigènes montant sur des cocotiers pour décrocher des régimes de bananes</strong> », avec de faux ponts en lianes, sables colorés artificiels et tutti quanti. Est-ce que vous imaginez le venus de Milo présentée entre deux mannequins, l&#8217;un jouant la flûte, et l&#8217;autre vendant des fromages de chèvres grecs</em> »<br />
<br /></p>


<p>Ainsi comme lié à l&#8217;air du temps continuait tant bien que mal, encore, de voleter l&#8217; étonnant attrait du monde civilisé pour les objets sauvages.<br />
...<br /><br /></p>



<p><strong>Puis Kerschache rencontrera Chirac.</strong><br />
Mais ici s&#8217;estompe la veine formidable.<br />
La sève nourricière qui produisit de si grands effets a semble t&#8217;il tari.<br />
<br /><br /><br />
<img src="http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/a/lautre.jpg" alt="" />
<br /></p>

<h2><strong>LA GRANDE ILLUSION</strong><br /></h2>

<p><strong>«&nbsp;Nous&nbsp;» et «&nbsp;les autres »</strong> <br />
<br />
<br />
(A suivre...)</p>


<p><br />
<br />
<br />
<br />
<ins>A venir aussi</ins> :<br />
<br />
<strong>LE GRAND N&#8217;IMPORTE QUOI</strong><br />
Quand l&#8217;architecture fait dans la sensiblerie<br /></p>


<p><strong>LE GRANDE ESCROQUERIE</strong><br />
L&#8217;échange culturel, une vue de l'esprit<br /></p>


<p><strong>LA GRANDE MYSTIFICATION</strong><br />
Le bruit, l&#8217;odeur et tout le reste&#8230;<br /></p>




<p>Et d&#8217;autres&#8230;<br /><img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/y/ife.jpg" alt="" /></p>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.grioo.com/blogs/MRA/index.php/2006/01/09/714-noirs-dans-lart">
  <title></title>
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  <dc:date>2006-01-09T16:25:29+00:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>grdpea</dc:creator>
  <dc:subject>[Dossier] ARTS</dc:subject>
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  <content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/NG/na0.jpg" alt="" /> <img src="http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/NG/na1.jpg" alt="" /><br />
<strong>I- <em>Noirs au coeur des "Lumières"...</em> </strong></p> <p>par Sénamé.<br /></p>


<h4><ins><strong><em>Des Africains dans l' "art occidental"</em></strong></ins></h4>

<p><strong>Musée virtuel</strong> d&#8217;&#339;uvres d&#8217;art mettant en scène des personnages "africains". Le visiteur trouvera, s&#8217;exprimant au travers du dessin, de la peinture, et de la sculpture, le regard qu&#8217;au cours du temps des artistes ont pu poser sur le personnage 'de couleur', l'usage qu'ils en ont fait et le discours qu&#8217;ils lui ont fait tenir, que ce soit au service exclusif de leur art ou non.<br />
On voguera donc bien loin des figurations rébarbatives du type <em>Nègre Banania</em>. Cette imagerie sclérosée, à l&#8217;économie intellectuelle certaine, qui s&#8217;impose le plus facilement à l&#8217;esprit et dont la publicité de la première moitié du siècle dernier s&#8217;est principalement faite porteuse.<br />
Fort heureusement, le Noir n&#8217;est pas comptable de l&#8217;univers iconographique de ces seuls sujets douteux. Les créateurs ont, et quelques fois au risque de leur carrière, vu ou donné à voir le Noir sous un angle réaliste, onirique, abstrait, fantasmatique, exotique souvent; mais toujours d&#8217;une réelle dimension  "métaphysique" qui peut échapper à l&#8217;observateur. Nous essayerons ici, outre les seules préoccupations plastiques de nous intéresser à la portée humaine, morale, politique, etc. de ces oeuvres; quelquefois à l&#8217;"urgence" qui a présidé à leur réalisation, en les inscrivant résolument dans leur(s) contexte(s) historique(s). L&#8217;occasion de faire à travers une histoire particulière de l&#8217;art, une ouverture sur la problématique de l&#8217;irruption du «&nbsp;<em>fait africain</em>&nbsp;» dans l&#8217;univers "clos" et résolument "auto-suffisant" de l&#8217; esthétique et de la pensée esthétique occidentale; une analyse des différents blocages et mythes, mais aussi des faits heureux (notamment en plastique mais pas seulement) dont la chose s&#8217;est trouvée révélatrice et productrice.<br />
Il ne s&#8217;agit pas ici de faire un inventaire exhaustif des pièces qui d&#8217;une manière ou d&#8217;une autre, disent le Nègre; encore moins d&#8217;écrire une nouvelle histoire de l&#8217;image du Noir, mais réellement d&#8217;aller "<em>de l'autre côté</em>", au travers d&#8217;une attention particulière portée à des objets qui du fait d&#8217;une pertinence particulière, se prêtent au jeu de la digression.  De et de se "dé-couvrir" en ouvrant à chaque fois une fenêtre différente. Un choix donc et forcément un parcours <em>à la papillonne</em>. Une sélection d&#8217;&#339;uvres dont certaines sont majeures en histoire de l&#8217;art, et conservées dans les musées les plus prestigieux mais malheureusement peu connus des publics noir et blanc.<br />
Une petite initiation, enfin, à ce à quoi l&#8217;épistémè occidentale a voué  le  "beau", tout en continuant, gageons que ce n&#8217;est pas contradictoire, à parler de nous.<br />
<br />
<br />
<br /><br /><br /></p>

<h3><strong><ins>I-<em>Noirs au coeur des "Lumières"</em></ins></strong></h3>

<pre>« <em>On ne peut pas penser la liberté, sans penser l&#8217;esclavage.</em> »
Françoise Vergès</pre>

<p><br />
Nous abordons dans cette première partie, l&#8217;apparition du modèle noir en art officiel français et les problématiques qui ont vu le jour dans son sillage. Notamment celle de la naissance et du rapport à la figure ambivalente du <strong>Citoyen "de couleur"</strong> où se déploie celle toujours vivace de l&#8217;esclave, qui comme niée, reste, elle, complètement absente du témoignage pictural.<br />
Cette irruption du personnage africain dans la peinture du <strong>XVIIIè siècle</strong>, où l&#8217;école néoclassique exerce une influence quasi hégémonique, coïncide avec l&#8217;émergence du politique en peinture, et de l&#8217;instrumentalisation de l&#8217;image, et pose aux peintres même, au delà du challenge esthétique, à un autre niveau, la question de la portée morale de la <strong><em>Représentation</em></strong>. Une préoccupation en avant garde à la problématique de l'<strong><em>Expression</em></strong>.<br />
Nous analyserons comment le fait, dont les manifestations restent très limitées a réussi à questionner admirablement le genre dominant de la peinture d&#8217;histoire alors réservé aux épisodes bibliques, aux exploits des héros antiques et aux hauts faits des monarques.<br /></p>


<p>Le siècle des Lumières fut le règne des possibles et des contradictions; <strong>le rêve, la réalité et le déni d&#8217;une révolution</strong>. A fois le triomphe du régime d&#8217;exception à la française et l&#8217;émergence d&#8217;incroyables destinés; à la fois l&#8217;avènement des grands espoirs, et l&#8217;ancrage d&#8217;hypocrisies des plus tenaces, la construction des sentiments les plus réactionnaires. L'art de la peinture se meut dans cette situation trouble et y tient souvent, bon en mal en, le rôle de la bannière d&#8217;une réforme morale et sociale inévitable. <br />
Aussi <strong>l&#8217;image du noir y est-il intensément politique</strong>. Il y dit&nbsp;: «&nbsp;<em><strong>Liberté, égalité, fraternité</strong></em> ». <strong>Il y a un statut d&#8217; Idée</strong>. <strong>En effet, on remarquera que le personnage de couleur est alors, toujours convoqué pour exprimer l&#8217; "idéal"</strong> . Cependant cette fin est biaisée dans une inversion sournoise qui la met au service unique de la seule bonté d&#8217;âme du Blanc. (En Ceci nous rejoignons d&#8217;ailleurs la problématique très actuelle du sort de la «&nbsp;grande histoire&nbsp;» de l&#8217;esclavage (qui est surtout une absence d&#8217;histoire) où dominent presque indécemment la référence à l&#8217;&#339;uvre abolitionniste et la culture de l&#8217;unique mémoire de celle ci). <br />
Ainsi, dans la peinture d&#8217;avant le romantisme, le Noir disait-il donc l&#8217;idéal, mais pas pour "ce qu&#8217;il est " ou "ce qu&#8217;il pourrait être" (c&#8217;est à dire un "ancien" esclave), mais bien pour "ce que l&#8217;Autre en fait" ou en a fait (c&#8217;est à dire un potentiel "homme libre"). Il ne sera par exemple, jamais le symbole de la liberté arrachée et de l&#8217;urgence de la  liberté, mais toujours celui de la liberté offerte et de la pensée de la liberté (sauf quand il est mis en discours sous la palette d&#8217;un artiste lui même "de couleur"  comme ce fut le cas du  "<em>Serment des ancêtres</em>"  de Lethière). Des représentations qui créent donc une ambiguïté et donnent naissance au «&nbsp;mythe ». Il reste néanmoins que cette image est invariablement  l&#8217;expression l&#8217;actualité de la notion de liberté. De fait, et pour bien d&#8217;autres raisons dont certaines essentiellement formelles, le personnage africain est indiscutablement un référant «&nbsp;moderne&nbsp;» dans l&#8217;art d&#8217;époque.<br />
Un emploi et des manipulations qui contrastent singulièrement avec l&#8217;usage tardif ouvertement péjoratif et décadent qu&#8217;engendreront d&#8217;une part le fait exotique et les constructions colonialistes&nbsp;; et d&#8217;autre part la sourde propagande hiérarchique dont les manifestations sont encore visibles de nos jours.<br />
Nous passerons ainsi en très peu de temps de l&#8217; <em><strong>Idée</strong></em>, au <em><strong>fantasme</strong></em> et à l&#8217; <em><strong>idéologie</strong></em>.<br /></p>


<p>Les Lumières accouchèrent de la démocratie, mais aussi du racisme officiel. Il est surtout intéressant de noter, et c&#8217;est ce qui nous interpelle dans notre travail, que la figure du Noir servit à penser cette notion de démocratie avant d&#8217;échoir aux malheureuses fins que nous analyserons dans la suite de notre série.<br />
<br />
<strong>Cette période est tout simplement primordiale dans le saisissement et la compréhension de l&#8217;histoire de la colonisation et des racismes, et des figurations auxquelles elles vont donner jour</strong>.<br /></p>


<p>L&#8217;étude qui suit consacre la «&nbsp;<em><strong>modernité de la figure de l&#8217;esclave</strong></em> », et rappelle qu&#8217;elle est intimement liée au concept même de «&nbsp;République» (mais cela depuis l&#8217;antiquité). Elle jette une lumière sur l&#8217;élaboration et la parenté critique de certaines des constructions intellectuelles et psychologiques, de celles qui ont fondé la société moderne et que sont les théories socio-philosophiques humanisantes et de celles  qui régissent encore aujourd&#8217;hui, les mécanismes de la perception et l&#8217;appréciation de l&#8217;Autre: d&#8217;une part que&nbsp;: <em>le Citoyen est l&#8217;alter ego de l&#8217;Esclave</em> et d&#8217;autre part que  <em>le Noir est synonyme d&#8217;esclave</em>.
<br /><br />
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<br /><br /><br />
<strong>Figures de "Nègres debouts"</strong><br /><br />
L&#8217;apparition du modèle noir à maintien digne, dans l&#8217;art officiel français est contemporaine des Lumières, de leur bouillonnement intellectuel et de la mise en discussion du fait esclavagiste et colonial. De fait, les premiers exemples de ce que nous appelons les figurations de femmes et d&#8217;hommes noirs debout sont à verser au compte de la propagande abolitionniste des groupes comme la Société des Amis des Noirs et sont au plus haut point révélateurs des contradictions des Lumières.</p>

<pre><img src="http://img222.imageshack.us/img222/7352/lcp60pt5.jpg" alt="" /> <img src="http://img156.imageshack.us/img156/5822/nw0234xa9.jpg" alt="" /><br /></pre>

<p><img src="http://img156.imageshack.us/img156/7666/biardabolitiondel27esclwk1.jpg" alt="" /><br />
Ces premières figures diront plus la magnanimité et l&#8217;homme blanc et célèbreront plus son esprit (et sa capacité à se remettre en cause) que le désir de liberté de l&#8217;homme noir et une mystique de la libération construite et mue par le noir lui-même. Ces nègres debout seront entourés de Blancs (satisfaits plus qu&#8217;admiratifs devant le nouvel homme libre). Des Blancs applaudissant (s&#8217;applaudissant ?) un ouvrage d&#8217;humanisme dont ils sont l&#8217;architecte exclusif.
Dans l&#8217;&#339;uvre ci-dessous l&#8217;attitude du personnage à chapeau est très significatif&nbsp;: geste ample double de la monstration et du don dans une posture elle aussi double d&#8217;humilité et de fierté. Le nègre debout est l&#8217;&#339;uvre du blanc, et il lui en est reconnaissant. Dans ces représentations tout dans la scène sera toujours pour la cohésion. Le nègre debout n&#8217;est pas en conflit avec le maitre, il reçoit de lui sa liberté dans un geste d&#8217;accueil et une connivence (toujours et admirablement suggérée comme avec pudeur). Ce "Nègre debout" là ne brandit jamais le poing. <br />
Souvent, dans les scènes, la présence blanche et sa primauté sur l&#8217;événement, sera symbolique. On pourra l&#8217;exprimer par la déclaration de l&#8217;acte d&#8217;abolition que brandit le désormais ex-esclave, par la terre que l&#8217;ancien maître dans son extrême bonté, lui offre à exploiter, ou encore comme dans le célèbre tableau de Girodet, un élément de décor définitivement inanecdotique tel la colonne de marbre surmontée du buste de l&#8217;Abbé Renan (grande figure de l&#8217;abolition) le <strong>Général Belley</strong>, le premier homme noir à avoir été représenté en «&nbsp;Grand Homme.&nbsp;»
<br /><br />
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<br /><br /><br /><br /><br />
<strong>Portrait du Citoyen Belley, ex-représentant des colonies</strong><br />
<br />
Girodet,<br />
Huile sur toile, 159x111, 1797,  Versailles, musée national du château et de Trianon <br />
<br />
<br />
<img src="http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/NG/Noir.jpg" alt="" /><br />
<br />
<br /></p>

<pre>« <em>Un jour, des députés de couleur franchiront l&#8217;Océan</em> 
<em>pour venir siéger dans la Diète nationale</em> »
Abbé GREGOIRE</pre>

<p><br />
<br /></p>


<p>Belley est la forte personnalité qui réalisa, à la faveur des soubresauts de la Révolution, la prédiction du célèbre fondateur de la «&nbsp;Société des Amis des Noirs », avant de connaître une fin des plus déroutantes.<br />
Une formidable destinée. Un parcours tout en course de soleil, qui éclaire une période fondamentale dans la compréhension de l&#8217;histoire moderne, offrant de temps en temps, comme un coup de projecteur franc sur les troubles et les contradictions de la mentalité française.<br />
Posant à côté du buste de Raynal (l&#8217;autre Abbé, tête de proue de l&#8217;abolitionnisme), l&#8217;ancien esclave sénégalais devenu Député français;  sous la pinceau de Girodet sublimé en noble figure de la Loi.<br />
Une Première en histoire de l&#8217;art. <strong>Ceci est en effet&nbsp;: le premier portrait d&#8217;un Noir en  «&nbsp;<em>Grand Homme</em> »,  dans «&nbsp;<em>la position officielle d&#8217;un législateur politique occidental</em>&nbsp;» avec le costume d&#8217;un «&nbsp;<em>Représentant du Peuple Français</em> »</strong>.<br />
<br />
Un véritable manifeste classique. Le buste sur le modèle antique, en référent architectural caractéristique du genre, en est la plus grande expression.  On sent cependant déjà poindre la fronde romantique, visible ici surtout dans la posture"quasi- sensuelle" et "raffinée" du modèle et ce déhanché qui rappellerait, n&#8217;eut été la présence de l&#8217;accessoire qui assure son équilibre, une figuration de déité dans la pure tradition de l&#8217;art indien. Comme une touche d&#8217;exotisme.<br />
<br />
<br />
Le sujet éminemment politique est traité avec un extrême économie, dans une franche opposition <em>noir-blanc</em>, <em>clair-obscur</em>, d&#8217;une sobriété qui fait honneur et laisse reines, les seules «&nbsp;couleurs de la République », elles même savoureusement édulcorées. Le doré des boutons, des franges du ruban de la sombre (comme huileuse) coiffe, et de la «&nbsp;breloque&nbsp;» qui pend délicatement à sa ceinture, finissent en  sublimant le jaune légèrement "effacé" du revers de veste et de la culotte; de consacrer l&#8217;élégance du dignitaire. Tout cela coule. De fait, de l&#8217;imposante stature de Belley semble comme avoir suintée sur le piédestal en marbre dont les reflets, en tonalité, reprennent la gamme chromatique que forment le noir de sa peau et les variations, du rose velours au blanc cassé, de son parti pris vestimentaire. La virtuosité dans l&#8217;exécution des mains, suffit à elle seule à rendre compte du savoir faire de Girodet. «&nbsp;...<em>Aux longs doigts fins, fortement veinée...</em> »,&#8230; c&#8217;est vraiment une main de Noir.<br />
Derrière, sur la droite, on devine, probablement décrit au peintre par le modèle même, qu&#8217;inonde le halo d&#8217;un timide mais puissant soleil levant, les paysages verdoyants et embrumées qui se prolongent jusqu&#8217;à la mer, de la partie nord de Saint-Domingue dont Jean-Baptiste Belley, tel la promesse d&#8217;un soleil noir pour son île, était l&#8217;élu.<br />
<br /></p>

<pre>« <em>Ha ho</em>
<em>jailli du plus bas du courber</em>
<em>du pâtir</em>
<em>soleil du tout à coup et du debout</em>
<em>sur la tête</em>
<em>du peuple maudit</em>
<em>Je te dépose, carat ! &#8230;</em> »*<br /></pre>

<p>D&#8217;abord pris pour un portrait de Toussaint Louverture, c&#8217;est sous ce nom  que l&#8217;&#339;uvre fut déposé à Versailles en 1852.<br />
<br />
<br />
<br />
<ins>Girodet,  «&nbsp;<em>Romantique et rebelle</em> », «&nbsp;<em>Prince des Lumières</em> », «&nbsp;<em>Ange du bizarre</em> », etc., etc.</ins><br />
<br />
Si David reste pour celui qui, le premier, donna un rôle politique à l&#8217;artiste, Girodet qui fut le plus doué de ses élèves (au point de s&#8217;afficher très vite en rival du maître), aura réussi à questionner de ffort belle manière l&#8217;académisme figé à travers lequel semblait que ne pouvoir s&#8217;exprimer cette noble fonction.<br />
Aussi, c&#8217;est pour s&#8217;émanciper de l&#8217;enseignement du peintre des <em>Horaces</em> que le jeune Anne-Louis Girodet, à peine 23ans et déjà auréolé du prestigieux <em>Prix de l&#8217;Académie</em>, s&#8217;exile en 1790 dans l&#8217;Italie de Raphaël, le «&nbsp;dieu de la peinture ».<br />
Loin de l&#8217;atelier de David, et coupé de la mère patrie que secoue la plus grave crise socio-politique et morale de son histoire, le peintre s&#8217;abandonne à cette «&nbsp;<em>nostalgique créatrice</em>&nbsp;» qui va le mener aux portes de la rêverie romantique. La tournure inquiétante que prend ce séjour d&#8217;étude, (Girodet et ses autres camarades de l&#8217;Académie Royale de France à Rome sont soupçonnés par l&#8217;«&nbsp;inquisition vaticane&nbsp;» et l&#8217;aristocratie italienne d&#8217;y nourrir un foyer révolutionnaire), ne fait qu&#8217;accroître la solitude du peintre.<br />
Le portrait de Belley serait l&#8217;un des deux premiers tableaux qu&#8217;il réalisa au retour de ce pèlerinage italien à la fin de 1795 et aussi&nbsp;: «&nbsp;<em>sa première peinture à destination publique</em> ».<br /></p>


<p>S&#8217;il était «&nbsp;<strong><em>l&#8217;artiste le plus cultivé de son temps</em></strong>&nbsp;» et même s&#8217;il ne subsiste aucun doute sur ses franches convictions républicaines, il serait hasardeux, comme préviennent tous les spécialistes de prêter de trop nombreux sentiments pro- Noir à Girodet.<br />
En témoigne, l&#8217;intitulé sous lequel, il exposa pour la première fois son tableau à l&#8217;hôtel de l&#8217;Elysée&nbsp;: «&nbsp;<em><strong>Portrait d&#8217;un Nègre</strong></em>&nbsp;» ; un terme, alors, très discuté par les divers courants abolitionnistes.<br />
L&#8217;&#339;uvre semble d&#8217;ailleurs, et son premier sous-titre:«&nbsp;<em>le buste du célèbre Raynal, philosophe et historien, est un tribut de reconnaissance que les hommes de couleur doivent au premier apôtre de la liberté des Américains Français</em> », le confirme, autant sinon plus, une ode à l&#8217;abolitionniste qu&#8217;une "immortalisation" du législateur noir qui n&#8217;est même pas nommément désigné. L&#8217;accessoire présence qui devait- être celle du «&nbsp;<em>Père de la Révolution</em> », ayant dans la composition une importance quasi-égale à celle du modèle.<br />
La correction rapide du titre initial qui intervient après un basculement du pouvoir en défaveur des conservateurs, aux lendemains du coup d&#8217;Etat du 4 Septembre 1797, relèverait, à en croire Sylvain Bellenger, de l&#8217;opportunisme de l&#8217;auteur du <em>Sommeil d&#8217;Endymion</em> et de son habileté à mettre sont art au couvert. <br />
De plus le mystère persiste sur l&#8217;origine de la commande. En fait, on ignore même si s&#8217;en était une, mais il nous semble peu probable, au vu du soin extrême porté à l'exécution et à la portée de l'acte, que l&#8217;artiste ait pu réaliser le portrait de Belley pour son plaisir seul.<br />
On ne peut donc, en l&#8217;état actuel des choses, que continuer à spéculer sur le quantum de la projection des convictions propres de Girodet sur cette &#339;uvre.<br /></p>


<p>Il reste néanmoins, que ce portrait dans la France de XVIIIe siècle, est un geste artistique fort. Comme un avant goût aux «&nbsp;<em>étrangetés romantiques</em> ».<br />
<br />
Et quand on l&#8217;interpelle sur la pertinence de peindre le «&nbsp;<em>noir</em> », Girodet met le doigt sur la relativité des associations qui inspirent de tels questionnements:<br />
«&nbsp;<em>Tous les peuples de l&#8217;Europe représentent le démon avec une peau noire tandis que les éthiopiens donnent à leurs mauvais génies un visage blanc...</em> »<br />
<br />
<br />
<br />
<ins>"Mars", Le formidable destin d'un Noir en prise avec les <em>"Lumières"</em></ins> <br />
<br /></p>

<pre><em>« Je fus esclave dans mon enfance.</em> 
<em>Il y a trente-six que je suis devenu libre par mon industrie;</em>
<em>je me suis acheté moi-même.</em> 
<em>Depuis, dans le cours de ma vie,</em>
<em>je me suis senti digne d'être Français.»</em> J.B. Belley<br /></pre>

<p><br /></p>


<p>"Jean-Batiste Belley", c&#8217;est  l&#8217; estampille dont les affres d&#8217;une douloureuse histoire ont flanqué celui qui est <strong>né en 1747, sur Gorée</strong>, emblématique comptoir négrier aux larges du Sénégal. <strong>Vendu à l&#8217;âge de deux ans il est "embarqué"  pour Saint-Domingue. Il réussit à acheter sa liberté à 16 ans</strong>, quand, pour beaucoup, alors, une vie entière n&#8217;y suffisait pas. Cependant l&#8217;homme ne sera réellement affranchi que par son engagement dans l&#8217;armée française où il atteint le grade de Capitaine en 1793.<br />
Avant, il se sera illustré lors de la campagne de Savannah en Georgie (octobre 1779), dans le rang des alliés franco-américains venus soutenir l&#8217;insurrection des colonies américaines. Composé de 8OO fusiliers de couleur, le «&nbsp;Corps des Chasseurs-Volontaires de Saint-Domingue », était&nbsp;: «&nbsp;<em>le plus compact et le plus homogène de l'Armée des Alliés</em> ».
Le nom de Belley figure sur la liste des blessés de Savannah, aux côtés d&#8217;autres noms qui vont marquer l&#8217;histoire d&#8217;Haïti&nbsp;: Beauvais, Chavannes, Cangé, Besse, Mornet, et un certain Henry Christophe. <br />
Il est clair, et c&#8217;est très important de le noter, que <strong>c&#8217;est certainement au cours de la guerre d&#8217;indépendance américaine que ces combattants noirs furent, «&nbsp;<em>gagnés à la mystique de la grande lutte d'émancipation coloniale</em> ».</strong> Tous se connaissaient donc et ont mêlé leur sang dans la lutte de libération des Amériques, et ce n&#8217;est pas un hasard si on les retrouve, plus ou moins côte à côte, plus tard, jouant un rôle de premier plan dans les troubles révolutionnaires de Saint-Domingue.
<br />
A ceux nombreux, des immigrés français, qui le prendront un jour à parti, s&#8217;offusquant de voir «&nbsp;<em>un Noir commander à des Blancs</em> », Belley désormais surnommé «&nbsp;<strong>Mars</strong>&nbsp;»  répond: «&nbsp;<em>Je sers depuis 25 ans sans reproche&nbsp;; et quand on sait sauver les Blancs et les défendre, on peut bien les commander</em> »<br />
Quand éclate la Révolution Française, elle trouve un échos rapide et un soutient de taille à Saint-Domingue, dans la première révolte des mulâtres le 29 Octobre suivie de celle des esclaves noirs le 25 Novembre 1790. Les Droits de l&#8217;Homme, proclamés dans la foulée en "Métropole"  échouent, alors, à offrir un abri aux  personnes de couleurs libres ou esclaves.<br />
Il faudra, <strong>le soulèvement d&#8217;environ 50 000 esclaves, le 23 août 1791, les massacres et l&#8217;incendie du Cap Français</strong> (actuel Cap Haïtien) pour que commence à être discuté, à Paris, l&#8217;opportunité d&#8217;une application universelle du principal acquis de la Révolution. Ces initiatives censées circoncire la guerre civile sont loin de ramener le calme. Les colons blancs, attachés à la férule que leur assurait le maintient de l&#8217;hiérarchie raciale; décident de s&#8217;opposer par la force à l&#8217;implantation du drapeau tricolore.<br />
Ils trouveront sur leur route, combattant avec les autres Noirs affranchis, et rejoints par les esclaves insurgés, tous favorables à la République, Belley, à la tête du 16ème Régiment d&#8217;Infanterie.<br />
<br />
Six blessures et une éclatante victoire plus tard, et avec l&#8217;instauration officielle de la législation républicaine sur l&#8217;île, s&#8217;offre à Belley l&#8217;opportunité d&#8217;une brillante carrière politique. <strong>Le Sénégalais  devient député en 1794, et est autorisé le 3 février, avec les autres représentants de l&#8217;île à siéger à la Convention</strong>.<br />
<br />
<strong>L&#8217;arrivée à Paris de cette délégation dominicaine est à l&#8217;origine, au cours de la fameuse séance du 04 février 1794, du vote de la loi d&#8217;abolition de l&#8217;esclavage dans «&nbsp;toutes&nbsp;» les colonies</strong>.<br />
Pendant un peu plus de trois ans, Belley siégera successivement à la l&#8217;Assemblée de la Convention puis au Conseil des Cinq Cents où il s&#8217;évertuera à combattre les idées racistes.<br />
<br />
<strong>Nommé chef de la gendarmerie de Saint-Domingue le 13 Juillet 1797</strong>, il est renvoyé sur l&#8217;île avec l&#8217;impérieuse mission de stopper l&#8217;armée indépendantiste qu&#8217;un autre africain vient de lever. En effet Toussaint Louverture, dont l&#8217;influence va grandissante, inquiète sérieusement la République qui n&#8217;est pas disposé à perdre sa plus riche colonie. L&#8217;expédition fut en échec et 7 mois seulement après leur arrivée, les troupes métropolitaines sont remises à la mer.<br />
<strong>En 1801 Toussaint décrète l&#8217;autonomie de l&#8217;île</strong>. <br />
En réaction à cet affront, la France envoie le 5 Février 1802, une autre expédition. Belley se retrouve cette fois-ci aux côtés du Général Leclerc à qui son beau frère, Bonaparte, a confié la direction de la man&#339;uvre.<br />
<br />
C&#8217;est au cours de cette nouvelle campagne qu&#8217;interviennent des évènement plus ou moins obscurs qui vont faire prendre un douloureux tournant à la vie de Belley.<br />
<strong>En avril1802, il est curieusement mit aux arrêts</strong>, alors même que le rapport de force sur le terrain commence de tourner en défaveur des indépendantistes.
<strong>Le mois suivant, Toussaint Louverture rend les armes</strong>.<br />
Il est généralement admis que Belley dut faire les frais de l&#8217;épuration raciale dans le commandant militaire, initiée par Napoléon Bonaparte qui voulait en revenir à l&#8217; ordre ancien. Une note secrète de Napoléon  à son beau frère invitait celui -ci, au rétablissement immédiat de la hiérarchie blanche.<br />
<br />
Il est fort probable, et c&#8217;est certainement là, l&#8217;hypothèse la plus logique, comme le souligne Anne Laffont, que <strong>c&#8217;est à la suite d&#8217;un «&nbsp;<em>changement de camp</em>&nbsp;» que Belley est arrêté</strong>. L&#8217;ancien esclave aura compris, au fort des combats qu&#8217;il était en train d&#8217;&#339;uvrer à la sauvegarde d&#8217;un ordre racial. Une prise de conscience qui ne pouvait que l&#8217; amener à vouloir rejoindre Toussaint Louverture. Des velléités de défection qui lui ont valu la prompte sanction d&#8217;une commandement alors marqué par le retour des sentiments réactionnaires.<br />
Dans une citation que lui  prête Jean-Philipe Domeq dans <em>Robespière , Derniers temps</em>, Bonaparte dis ceci :«&nbsp;<em>&#8230;Les malédictions du peuple s&#8217;attacheront à notre mémoire, qui devait être chère au genre humain&nbsp;! Nous n&#8217;aurons pas le mérite d&#8217;avoir entrepris de grandes choses par des motifs vertueux&nbsp;; <strong>on nous confondra avec les indigènes  mandataires du peuple qui ont déshonoré la représentation nationale, et nous partagerons leurs forfaits en les laissant impunis</strong>. L&#8217;immortalité s&#8217;ouvrait devant nous, nous périrons avec ignominie.</em> »<br />
On ce demande bien de quel déshonneur parle le futur empereur&#8230;<br /></p>


<p>En tout cas, celui qui affirmait devant l&#8217;assemblée&nbsp;:  «&nbsp;<em>Je n'ai qu'un mot à vous dire&nbsp;: c'est que, c'est le pavillon tricolore qui nous a appelés à la liberté&nbsp;; c'est sous ses auspices que nous avons recouvré cette liberté, notre patriotisme et le trésor de notre prospérité&nbsp;; et tant qu'il me restera dans nos veines une goutte de sang, je vous jure, au nom de mes frères, que ce pavillon flottera toujours sur nos rivages et dans nos montagnes.</em>&nbsp;» vit ainsi ses illusions s'effondrer ce printemps 1802.<br />
<br />
<strong>En Juillet de la même année l&#8217;esclavage est rétabli dans les colonies.</strong> <br />
Saint-Domingue ne s&#8217;en laissa pas compter, enflammant d&#8217;une extraordinaire veine la terre qui allait accoucher de la «&nbsp;<em><strong>première Nation noire</strong></em> ». <br />
<br /></p>

<pre>« <em>&#8230;un pays</em>
<em>(&#8230;)</em>
<em>pas seulement le cadastre de cette île</em>
<em>Ouvert sur toutes les îles !</em>
<em>A tous les nègres ! Les nègres du monde entier</em> »*<br /></pre>

<p>La République Indépendante d&#8217;Haïti avait déjà deux ans quand le Représentant déchu meurt en captivité le 6 Août 1805. Il n&#8217;aura pas participé à la conquête de cette liberté arrachée au prix fort le 03 Novembre 1803 .<br />
<strong>Un sort joueur voudra que Belley côtoie en détention, pendant près de deux ans, Placide Louverture le fils adoptif de Toussaint</strong>. Une rencontre par procuration qui semble, entre les deux hommes, avoir donné naissance à une franche amitié&nbsp;; à en croire la missive qu&#8217;adresse Jean Baptiste à Placide et sa famille le 22 février 1805 :<br />
«&nbsp;<em><strong>&#8230;Général Miolis m&#8217;a vis promis de paller au Ministre de la gaire pour moi, mais ma bonne amis vous savés con prome baucoupe au malhoure mais on lui lui quin peut care je crouas qui mas oubliaié, il faux mon cher placide beau coupe de courage et pascicias&#8230;</strong></em> »<br /></p>


<p>Les analystes ont cru déceler dans ce courrier, du fait d&#8217;un ton et d&#8217;un style contrastant de beaucoup avec l&#8217;éloquence et la verve auxquelles l&#8217;élu avait habitué, par ses interventions à l&#8217;Assemblée; la marque d&#8217;une  brisure et d&#8217;une aliénation; l'usure de la prison.<br />
Nous y voyons nous, une l'attidude naturelle qui nait de la désillusion. Une réaction, qui est une remise en cause et qui s'exprime à travers les distances prises avec le "dominant". Belley s&#8217;est retrouvé au c&#339;ur du " moment tragique". Là où le Nègre, enfin, questionne, se questionne :<br />
«&nbsp;<em>Il me faut cacher au plus intime de mes veines l&#8217;ancêtre à la peau d&#8217;orange sillonnée d&#8217;éclairs et de foudre mon animal gardien, il me faut le cacher, que je ne rompe le barrage des scandales. Il est mon sang fidèle qui requiert fidélité, protégeant mon orgueil nu contre moi-même et la superbe des races heureuses &#8230;</em>&nbsp;» (Senghor).<br />
ADOTEVI commenterait&nbsp;: «&nbsp;<em>Ce qui se cherche dans la moiteur des mots, c&#8217;est l&#8217;intimité des rythmes ancestraux par delà le langage accidentel du Blanc.</em> ».<br />
Par la place qu'y tient le Créole, ce discours participe de l'"embrassement des origines" et témoigne de la sorte de "volte face" complètement assumée de Belley.  Son <em><strong>Retour au Pays Natal</strong></em>.<br />
<br />
<br />
<br />
<ins>Un sujet actuel</ins><br />
<br />
<strong>Au carrefour entre l&#8217;histoire de l&#8217;indépendance américaine, de l&#8217;abolitionnisme , de la Révolution Française, et des luttes de décolonisation, la vie et le destin  de Belley nous projettent sur les questions de l&#8217;égalité républicaine, du rapport à l&#8217;Histoire et son écriture et de la mémoire des faits d&#8217;esclavage et de colonisation</strong>.<br />
Pour sûr, Girodet était loin de se douter qu&#8217;il peignait là, un sujet qui plus  deux siècles plus tard, se trouverait d&#8217;actualité. D&#8217;une furieuse actualité.<br /></p>


<p>Le regard de Belley interroge l&#8217;avenir. Celui vide, comme rentré du Philosophe, ne semble pas pouvoir lui apporter des réponses.<br />
Deux siècles ont éprouvé les promesses d&#8217;une époque où a pointé l&#8217;espérance dont Raynal s&#8217;est fait porteur, et, aujourd&#8217;hui, c&#8217;est de lui, par ces quelques mots nettement moins illusoires que les consciences des «&nbsp;sauvages », comme de sursaut, sont réveillées :<br /></p>


<p>«&nbsp;<em>&#8230;Non, les sauvages n&#8217;ont pas besoin des lumières des civilisés&#8230; Fuyez, malheureux Hottentots, les bêtes féroces sont moins redoutables que les monstres sous l&#8217;empire desquels vous allez tomber&#8230;</em>&nbsp;»
<br />
Calme,<br />
Belley scrute l&#8217;horizon.<br />
Ce qu&#8217;il entrevoit n&#8217;a pas l&#8217;air de franchement le réconforter.<br />
Un grand artiste ne triche pas !<br />
<br />
<br />
Des  muscles taillés, à construire sous le fouet sa puissance économique,<br />
Les cheveux blanchis à la défendre, l&#8217;arme au point et la fouge au c&#339;ur sur tous les fronts.
Au front justement,<br />
Des rides, tels des profonds sillons, creusées à vouloir la rendre meilleure,<br />
Belley est la  Noire Conscience d&#8217;une France épileptique.<br />
Celle qui était prête à la cogner sur les flancs quand resurgissait ses vieux démons.<br />
Celle qui pointe du doigt ses amnésies,<br />
Celle qui révèle:<br /></p>

<pre>«<em>Les défaites</em> » que trompètent « <em>ses victoires prédatrices</em> »,
« <em>&#8230;Aux alibis grandioses, son piètre trébuchement</em> »*</pre>

<p><br />
Les couleurs admirablement ternies dont la palette de Girodet lui a ceint la taille, le sont devenus réellement dans sa vie, à l&#8217;aube de son arrestation. <br />
A l&#8217;heure où on mesure le degré d&#8217;intégration d&#8217;un Français ( curieuse démarche!) à ses choix vestimentaire, on peut se demander lequel de son anneau d&#8217;or ou de son costume de Représentant du Peuple Français, Belley porte le mieux. Quel apparat aurait été le plus cher à son c&#339;ur, s&#8217;il avait dû devoir se présenter devant Napoléon pour dire la colère de son île&nbsp;? <br />
Si on lui avait posé la question dans sa prison au nom très rieur de <em>Belle-Île-en-Mer</em>, qui sait ce qu&#8217;il aurait répondu !<br />
<br />
Belley rappelle aussi, (et il fait bien, car il nous semble qu&#8217;on l&#8217;oublie souvent), que <strong>la «&nbsp;<em>question noire</em>&nbsp;» fut un enjeu non négligeable de la Révolution et un ferment fondamental du renversement de l&#8217;Ancien Régime</strong>. Une importance comparable à celle qu&#8217;elle eut dans le déclenchement de la guerre de Sécession en Amérique. Et que <strong>l&#8217;avènement de l&#8217;ère  napoléonien fut un frein formidable au déploiement  des idéaux de liberté et d&#8217;égalité</strong> (et même de paix). <strong>Une véritable régression idéologique dont les effets sont loin d&#8217;avoir été résorbés</strong>.<br />
<br /></p>


<p>Voici l&#8217;histoire vraie d&#8217;un illustre prédécesseur noir, qui mérite d&#8217;être contée aux législateurs français d&#8217;aujourd&#8217;hui.<br />
<br />
<br />
<ins>Quelques critiques :</ins><br />
<br />
«&nbsp;<em>C&#8217;est un des tableaux les plus savamment peints que je connaisse. Je conseille à plusieurs artistes d&#8217;interroger ce tableau&nbsp;; il fera leur désespoir ou leur génie. J&#8217;irai souvent rêver devant ce portrait. Que d&#8217;objets sublimes&nbsp;! Raynal, la liberté des Nègres, et le pinceau de Girodet</em> »<br />
Chaussard, La décade philosophique n°33,1798.<br /></p>


<p>«&nbsp;<em>La translation du noir et du blanc n&#8217;est pas ménagé&nbsp;; il aurait fallu ramener l&#8217;&#339;il par gradations, ce qui aurait ajouté plus d&#8217;harmonie à ce portrait.</em> »<br />
Anon, Journal d&#8217;indications, 1798<br /></p>


<p>«&nbsp;<em>&#8230;Mon Dieu&nbsp;! comme il est noir&nbsp;! (&#8230;) il ne faut pas juger les gens sur la figure <a href="&#8230;">&#8230;</a> Oui, noir, mais pas si diable</em> »<br />
Armant, (1798 ?).<br />
<br />
<br />
<ins>Principales sources :</ins><br />
<br />
<em>Girodet 1767- 1824</em>, «Les droits de l&#8217;homme et du citoyen&nbsp;» Sylvain Bellenger (Catalogue de l'exposition au Louvre), 2005.<br />
Girodet, Anne LAFFONT, (Monographie), 2005.<br />
Revue Historia&nbsp;: «&nbsp;Girodet invente "l&#8217;abolitionnisme"» Elisabeth Couturier, Décembre 2005<br />
<br />
<br />
<br />
<br /></p>


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<br />
<br />
<br />
<strong>Portrait d&#8217;une femme noire</strong><br />
<br />
Benoist,<br />
Huile sur toile, 0,80 x 0,65 , 1800/ Paris, Musée du Louvre<br />
<br />
<br />
<img src="http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/NG/a.jpg" alt="" /><br />
<br />
<br /></p>

<pre>« <em>Vous faites à vos femmes de belles robes de chair,</em> 
<em>de belles draperies de cheveux,</em> 
<em>mais où est le sang qui engendre le calme ou la passion</em> 
<em>et qui cause des effets particuliers ?</em> » 
BALZAC,  <em>Le chef d&#8217;&#339;uvre inconnu</em>.<br /></pre>

<p><br />
<br />
<strong>Sûrement une des plus belles pièces du Louvre</strong>&#8230;<br />
D&#8217;un autre disciple du grand David, Marie-Guillemine Benoist (1768-1826), le portrait de celle que le cartel nous présente comme&nbsp;: «&nbsp;<em>une  domestique ramenée des îles</em> ».<br />
<br />
Quand Madame Benoist décida de s&#8217;attaquer au défi de la carnation noire, elle devait se douter que l&#8217;entreprise ferait scandale.  Présentée au salon de 1800, son «&nbsp;<em>Portrait d&#8217;une Négresse</em>&nbsp;» provoque remous et sensation dans le milieu très "sage" de la peinture: «&nbsp;<em><strong>le sujet noir et la couleur noire sont décriés comme un exercice rebelle à l&#8217;art de la peinture même</strong></em> ». <strong>le «&nbsp;thème noir », comme l&#8217;explique Sylvain Bellenger,  portait une atteinte au  c&#339;ur des principes académiques</strong>. De fait dans les ateliers français, le modèle " de couleur"  était absent.<br />
<br />
Acquis en 1824, voici une oeuvre, qui nous semble t-il, n&#8217;est, aujourd&#8217;hui encore, pas appréciée à sa juste valeur.<br />
D&#8217;une nudité osée pour son époque (quasiment d&#8217;avant garde dans la figuration féminine), le portrait de cette jeune femme est un "grand" tableau, d&#8217;un réalisme presque indécent.<br />
Beaucoup plus "vraie"  que les pâles figurations dont elle est entourée dans la salle 54 du musée du Louvre (dont des signatures prestigieuses pourtant&nbsp;: Drouais, Girodet, Gérard, Guérin, Gros,  etc.)<br />
<br />
D&#8217;une "urgence" qui la suspend comme dans le temps. Ce dépouillement, et cette pureté de la retranscription qui la rendent résolument "moderne", ce transfert d'"émotion" sur la toile qui la rend si vivante. Rien de tout ceci n&#8217;est accessoire ou ne tient à un détail. Tout est solidaire et est tout&nbsp;; c&#8217;est la force de cette réalisation, le point où la méthode se résorbe.<br />
<br />
<br />
A aller voir absolument :<br />
<br />
Approchez vous d&#8217;elle... Prenez le temps d&#8217;essayer (en vain) d&#8217;accrocher son regard... Glissez légèrement sur la droite.
Vous verrez, ô miracle du génie et de l'arrogance du génie, elle donne l&#8217;impression qu&#8217;on peut tourner autour d&#8217;elle...<br />
Un (malheureux?) choix d&#8217;exposition, qui place la toile en angle de salle, interdit de réitérer le jeu sur la gauche. Mais l&#8217;&#339;il averti devine aisément que ce côté est plus "fermé" par l&#8217;artiste même.<br />
Elle est Triste...<br />
D&#8217;une tristesse qui n'est pas feinte... avec laquelle on ne triche pas. L&#8217;artiste aura réussi, peut être inconsciemment, mais c&#8217;est là, la marque des grands, à restituer le caractère absurde de la présence de cette africaine présence, là !... L&#8217;absence de fond finit de la détacher de ce monde qui n&#8217;est pas le sien et souligne sa solitude.<br />
Etrangère, Absente, Ailleurs... Cette femme sans nom, mène des guerres intérieures contre la bêtise...<br />
Attention !... Elle est nue<br />
Mais pas à la manière d'une anadyomène. Pas offerte.<br />
<br />
Vêtue de son regard seul... Pas du rouge, mais du sang les yeux... qui vous fuient désespérément...<br />
Essayez donc, de l'accrocher ce regard,...<br />
Vous verrez!
Comme il se dérobe...<br />
Son endroit est comme rentré... Définitivement rentré.<br />
Mais alors que vous serez en train de vous éloigner,... vous sentirez qu&#8217;elle vous regarde. Où que vous soyez dans cette salle N°54 des ti-formats français du Louvre, Elle vous regarde. Vous seul!<br />
Une attention toute féminine...<br />
Non, ce n&#8217;est définitivement pas l'espièglerie de Madame Pasteur, jouant avec ses cheveux... Ni le regard niais de Madame Regnault... Non, ce n&#8217;est pas le sourire tout en retenu de Catherine-Marie-Jeanne Tallard qui vous suit ainsi.<br />
C&#8217;est bien elle, la noire Joconde.<br />
Elle, ... qui vous regarde.<br />
Rapprochez vous alors,... et regardez la mieux... Regardez la enfin.<br />
Plus vous la regarderez, plus vous la trouverez belle... Et vous aurez alors cette étrange impression qu&#8217;elle n&#8217;attendait que vous...<br />
Oh, une étreinte au c&#339;ur!<br />
Pendant tout ce temps,... elle vous a attendu.<br />
Vous!<br />
Si elle pouvait parler&#8230;<br />
<br />
Nue !<br /></p>


<p>Adossée à un ciel ténébreux,<br />
A la taille,<br />
une rivière de sang <br /></p>

<pre>« <em>Alentour le blanc</em> »
« <em>Le blanc qui calcine et fixe le noirceur&#8230;</em> »</pre>

<p>Du sang aussi... tout brûlant<br />
brun,...<br />
on le sent<br />
sous sa peau,<br />
dans ce sein.<br />
Du sang dans le cou.<br />
<br />
Cette main sur le ventre !<br />
<br />
C&#8217;est demain.<br />
C&#8217;est vous. <br />
Qu&#8217;elle attend&#8230;<br />
<br />
<br />
<br />
<br />
<br /></p>


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<br />
<br />
<br />
<br />
<strong>Le radeau de la méduse</strong><br />
<br />
Théodore Géricault,<br />
Toile, 481 x 716, 1819/ Paris, Musée du Louvre<br />
<br />
<br />
<img src="http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/NG/meduse.jpg" alt="" />
<br />
<br /></p>

<pre>« <em>C'est la France elle-même,</em> 
<em>c'est notre société tout entière qu'il embarqua sur ce radeau de la Méduse...</em> »
MICHELET</pre>

<p><br />
Le célébrissime tableau de Géricault qui raconte le sauvetage des quelques rescapés du naufrage de la frégate royale " la Méduse" sombrée en 1816 aux larges des côtes mauritaniènes. Le navire transportait entre autres, le nouveau Gouverneur du Sénégal, colonie qui venait d'être restituée à la France par les Anglais.180 hommes étaient présents sur le radeau qui dériva pendant 10 jours. A l&#8217;arrivée, 15 survivants. <br />
<br />
<br />
<strong>La présence d&#8217;un (ou de plusieurs) naufragé(s) noir(s) fut considéré comme un manifeste contre l&#8217;esclavage et le tableau fut donc vilipendé au salon de 1819 pour les présupposés «&nbsp;intentions politiques&nbsp;» de l&#8217;auteur</strong>.<br />
<strong>Pire, le fait que ce soit l' "homme de couleur" qui «&nbsp;personnifie l'espoir&nbsp;» a eu le don de choquer énormement les contemporains de l'artiste</strong>. Véritable figure de proue, l'homme est en effet seul debout au sommet de la pyramide humaine, juché sur un tonneau, et agitant un tissu rouge et blanc. Il existe de nombreuses esquisses et études préparatoires de cette gigantesque &#339;uvre. Souvent, ce personnage y semble absent&#8230; <br />
<br /></p>

<pre><img src="http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/med1.jpg" alt="" /> <img src="http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/med2.jpg" alt="" /></pre>

<p><br />
Le deuxième "Noir" est souvent bien ignoré dans les analyses du tableau. Situé le plus au fond, il n&#8217;occupe pas nous semble t-il, à bien y regarder, une place si ingrate que cela dans la composition. Le fait que celui-ci semble plus fixer le morceau de tissus bicolore au vent, plutôt que l&#8217;horizon salvateur (même s&#8217;il n&#8217;est pas le seul dans ce cas) produit un effet des plus troublants.<br />
<br />
<strong>Considéré comme le premier grand romantique, Géricault est né en 1791, année de la révolte de Saint-Domingue</strong>. La portée morale, éthique et rebelle de l'oeuvre de Géricault est indiscutable. On lui reconnait, preuve d'un réel courage artistique et intellectuel pour son époque, des représentations héroïques de Noirs et des oeuvres les mettant à égalité avec des Blancs (voir les deux oeuvres graphiques qui suivent). Tout cela est bien évidemment très représentatif des idées de celui dont on dit qu'avant la chutte de cheval tragique qui allait l'emporter à 33ans, avait en projet de réaliser un tableau sur l'émancipation des esclaves.</p>

<pre><img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/NG/Gericault.jpg" alt="" />1<img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/NG/boxers_s.jpg" alt="" />2<img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/NG/tn.jpg" alt="" />3<img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/NG/tn2.jpg" alt="" />4</pre>

<p>Géricault: 1/ <em><strong>Noir sur un cheval cabré</strong></em>; Craie noire,blanche et sanguine, 2/ <em><strong>Boxeurs</strong></em>, lithographie, 1818; 3/ <em><strong>Tête de nègre avec turban</strong></em>; 4/ <strong><em>Tête de jeune négresse </em></strong> .
<br />
<br />
<ins>Quelques commentaires:</ins><br />
<br />
«&nbsp;<em>Géricault peignit le naufrage de la France, ce radeau sans espoir, où elle flottait, faisant signe au vagues, au vide, ne voyant nul secours ... C'est la France elle-même, c'est notre société tout entière qu'il embarqua sur ce radeau de la Méduse... Image si cruellement vraie que l'original refusa de se reconnaître.</em>. »<br />
Michelet,1819 <br /></p>


<p>«&nbsp;<em>Un tableau monstrueux (...)  point de figures principales, point d&#8217;épisodes, tout est ici hideusement passif&nbsp;; rien ne repose l&#8217;âme et les yeux sur une idée consolante, pas un trait d&#8217;héroïsme et de grandeur, pas un indice de vie et de sensibilité&nbsp;; rien de touchant, rien d&#8217;honorable pour l&#8217;humanité morale&nbsp;; on dirait que cet ouvrage a été fait pour réjouir la vue des vautours. Sous le rapport de l&#8217;exécution, il n&#8217;a qu&#8217;un défaut, c&#8217;est qu&#8217;on a oublié de le peindre. <a href="...">...</a> on dirait à la blancheur de ces muscles en mouvement, que l&#8217;auteur a pris pour modèles de ces naufragés des académies en plâtre</em>.»<br />
la Gazette de France, 31 août 1819.<br /></p>


<p>«&nbsp;<em>&#8230;j&#8217;ai été accusé par un certain Drapeau Blanc d&#8217;avoir calomnié, par une tête d&#8217;expression, tout le ministère de la marine. Les malheureux qui écrivent de semblables sottises n&#8217;ont sans doute pas jeûné quatorze jours, car ils sauraient alors que ni la poésie, ni la peinture, ne sont susceptibles de rendre avec assez d&#8217;horreur toutes les angoisses où étaient plongés les gens du radeau.</em> »<br />
T Géricault, 1819<br /></p>


<p>«&nbsp;<em>Mais qu&#8217;importe&nbsp;! Le ciel de plomb qui pèse sur toute la scène, la vague pesante qui se lève comme la mâchoire d&#8217;un grand sépulcre béant, la voile qui abrite une partie de la scène, le jour lugubre et blafard qui vient faire saillir ces corps revêtus d&#8217;une pâleur cadavérique, le nègre agitant un mouchoir avec un geste désespéré vers le point imperceptible qui révèle à tous ces malheureux un salut incertain, toute l&#8217;angoisse répandue sur la composition, lui donnent une valeur historique, et, de par la toute-puissance du génie, il est impossible, même à un naufragé de la Méduse, de se figurer la scène autrement.</em> »<br />
Théophile Gautier, Tableaux à la plume, Paris, G. Charpentier, 1880, p. 44-46.<br /></p>


<p>«&nbsp;<em>Un radeau transportant une vingtaine de naufragés morts, mourants ou désespérés va être soulevé par une énorme vague qui élève vers un ciel d&#8217;orage une énorme masse d&#8217;eau crêtée. Un double mouvement, contradictoire, anime la composition&nbsp;: l&#8217;un part en bas, à droite, d&#8217;un corps renversé dont la partie supérieure tombe dans l&#8217;eau et s'y abandonne&nbsp;; on suit la ligne du corps vers la jambe accrochée à une poutre, on rencontre une main, un bras, une jambe, un dos d&#8217;un corps recroquevillé, puis un torse, une tête dans l&#8217;ombre, on devine un mât oblique qui monte vers la gauche, mât de fortune auquel sont accrochées une tente rudimentaire et une voile quadrangulaire que le vent gonfle. Le vent souffle dans ce sens-là&nbsp;: de droite à gauche&nbsp;; au-delà du mât, ce qui est donc l&#8217;avant du radeau est vide&nbsp;: les passagers regroupés à l&#8217;arrière pour profiter sans doute de la maigre protection que leur offrent la tente et la voile qui offusque le soleil. L&#8217;autre mouvement décrit une courbe contraire qui, partant d&#8217;un autre corps renversé dont les pieds cette fois, enveloppés de linges blancs, pendent au-dessus de l&#8217;eau, monte en suivant un enchevêtrement de corps vers la partie supérieure droite du tableau où, face à la pyramide glauque qu&#8217;élève la vague, se dresse une pyramide humaine que domine le dos brun, musculeux et luisant d&#8217;un Noir; celui-ci, au-dessus de sa tête noire, agite pour appeler du secours un grand linge aux reflets rouges qui se tord et s&#8217;en va comme une flamme. Les autres corps, sous lui, sont blancs, livides. Le grand mouvement qui porte vers le haut ce Nègre allégorique et salvateur est si puissant, affirme la vie avec une telle force qu&#8217;il semble nier le destin (le vent) emportant le radeau dans l&#8217;autre sens et que l&#8217;on a l&#8217;impression (fausse) que celui-ci fait face à la vague et est sur le point de se cabrer. Au premier plan, tournant le dos à tout cela, un vieillard, dont un linge de la même couleur que celui que brandit le Nègre protège la tête et le dos, médite sombrement sur la mort du jeune homme dont, d&#8217;une main, il empêche le corps de glisser à l&#8217;eau.</em> »<br />
Pierre NICQ, «&nbsp;<em>De Théodore Géricault à Prosper Mérimée ou un noir peut-il (se) barrer?</em> », FRDTSE N°38: Esclavage et abolitions.<br /></p>


<p>«&nbsp;<em>Les plaintes de Géricault et de Scheffer sont donc bien de cette nature et nous autorisent &#8211; n&#8217;en déplaise aux négationnistes &#8211; à cerner les messages politiques qui se cachent derrière les innovations de leur langage pictural. Ce travail est encore à faire mais il se pourrait bien que la piste soit républicaine et que le Radeau de la Méduse soit en fait une allégorie de la révolution de 1789 (voire même de l&#8217;abolition de l&#8217;esclavage de 1794) et de sa fameuse devise&nbsp;: Liberté, Egalité, Fraternité. Trois concepts fondamentaux que l&#8217;on retrouve dans l&#8217;&#339;uvre du Salon de 1819&nbsp;: future délivrance des naufragés, égalité des hommes face au malheur, fraternité entre les races blanches et noires. Toutes les audaces interprétatives ne sont-elles pas légitimes dès lors que l&#8217;on s&#8217;est débarrassé du carcan idéologique qui entourait l&#8217;une des &#339;uvres majeures de l&#8217;art occidental&nbsp;? Un toile exécutée, on l&#8217;aura bien compris, dans un seul but d&#8217;art.</em> »<br />
Bruno Chenique,, «&nbsp;''Géricault, le Radeau de la Méduse et l'idéologie du
seul but d'art''&nbsp;» in  Histoire et Anthropologie, n° 18-19, mars 1999
<br />
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<ins>En rapport:</ins><br />
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<em><strong>Le Nègre et la Méduse</strong></em> (Roman) de  Martine Le Coz, ed. Le Rocher, col. Littérature, 1999<br />Présentation:<br />
_«&nbsp;" <em>Les Blancs avaient séparé les hommes, les femmes et les enfants, et les avaient répartis dans la Maison aux esclaves. J'étais avec les rebelles dans une grotte qui donnait sur l'océan. La marée allait nous recouvrir tous&nbsp;; une punition des Blancs réservée aux révoltés des captiveries. Les cadavres des précédents poissaient l'air. Ça puait. On macérait ensemble dans ce trou qui aspirait nos forces et nos souffles mêlés de prières. Du temps passait, qui creusait l'être dans sa racine et raclait l'espérance comme les chaînes raclaient l'os, jusqu'à la détacher du miracle de vivre. Dans mon village, on m'appelait Alpha-la-joie.</em> " Un groupe d'hommes s'arrache à la noirceur de l'océan et se brandit dans la fulmination des couleurs, derrière un nègre sémaphore&nbsp;: c'est Le Radeau de la Méduse, le tableau de Géricault. Le nègre fait signe, tendu vers le ciel. De tous les personnages, c'est celui qui porte la responsabilité du sens. Or la Méduse n'était pas un négrier, mais une frégate en partance pour le Sénégal, dont la France disputait la possession à l'Angleterre. Cet homme noir, plus grand que les autres sur la toile, Géricault l'a voulu tel pour protester contre l'esclavage colonial. Héros du roman, le nègre Alpha témoigne, contre l'orgueil aveuglant, de la force lumineuse de l'espérance.» (Kelkoo.fr)  <br />
_«&nbsp;Le nègre Alpha, qui incarne l'humilité naturelle et la grandeur spirituelle, sauve le petit groupe de survivants (quinze hommes) en faisant l'ultime signal qui manifeste sur l'océan la présence du radeau. Le roman adopte et souligne l'intention libérale de Géricault qui a voulu signifier, dans son célèbre tableau, Le Radeau de la Méduse, son engagement pour l'abolition de l'esclavage. L'esclave noir, qui sauve ceux qui l'ont opprimé, est le symbole de l'espérance collective et de la délivrance. Le roman s'achève sur l'image exacte donnée par Géricault. Martine Le Coz a publié plusieurs ouvrages, notamment <em>Journal de l'autre</em>&nbsp;; <em>Les Confins du jour</em>&nbsp;; <em>Léo, la nuit</em>&nbsp;; <em>Catherine d'Alexandrie</em>, <em>Le Chagrin du zèbre.</em>» (Alapage.com)<br />
<br />
<br />
<strong>Attention: <em>Le radeau de la méduse</em> est train de disparaître. En effet, une douloureuse réaction chimique est en train d'obscurcir le tableau. Le phénomène est irréversible, et le flot de flashs qu'essuie quotidiennement la toile n'est pas fait pour arranger la chose. Il faut aller voir ou revoir cette oeuvre hors norme, avant qu'elle ne devienne "noire" pour de bon!</strong>
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<strong>Le serment des Ancêtres</strong><br />
<br />
Lethière Guillaume Guillon<br />
Huile sur toile, 333 x 225 cm, 1822/ Haïti, musée national de Port-au-Prince
<br />
<br />
<img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/sda.jpg" alt="" />
<br />
<br /></p>

<pre><em>&#8230; A chaque peuple ses monuments !</em> 
<em>A ce peuple qu&#8217;on voulut à genoux, il fallait un monument qui le mit debout.</em>
<em>Le voici ! Surgie ! Vigie !</em>
<em>Regardez &#8230; mais regardez donc ! Il vit. Il corne dans le brouillard. Il s&#8217;allume dans la nuit.</em>
<em>Annulation du négrier ! La formidable chevauchée !</em> 
<em>Mes amis, l&#8217;âcre sel bu et le vin noir du sable, moi, nous, les culbutés de la grosse houle,</em>
<em>j&#8217;ai vu l&#8217;énigmatique étrave, écume et sang aux naseaux, défoncer la vague de la honte !</em>
<em>Que mon peuple, mon peuple noir,</em>
<em>Salue l&#8217;odeur de marée de l&#8217;avenir </em>*</pre>

<p><br />
<strong>Après la chute de Toussaint Louverture, refusant le rétablissement de l'esclavage voulu par Bonaparte, (avec la bénédiction du Tout Puissant), l'alliance d'Alexandre Pétion, mulâtre, et de Jean Dessalines, noir, qui allait accoucher de l&#8217;indépendance d&#8217;Haïti  en 1804</strong>.<br />
Le thème du serment, sujet éminemment néoclassique s&#8217;il en est, (et sollicité de manière récurrente pour exprimer l&#8217;idéalisme d&#8217;époque: héroïsme, sacrifice, patriotisme&#8230;), est ici, mis au service d&#8217;un évènement majeur du siècle des Lumières: <strong>le formidable symbole et l&#8217;espoir que représentait la naissance de la première république noire</strong>.<br />
<strong>L&#8217;auteur est un "<em>sang mêlé</em>" et l&#8217;une des figures emblématique du monde de l&#8217;art dans la France de la première moitié du IXXè siècle</strong>. Le testament que le peintre Lethière a laissé à «&nbsp;son peuple&nbsp;»  et à l&#8217;humanité, est une &#339;uvre mythique dont on avait pendant longtemps perdu la trace. Retrouvé très abîmé dans la cathédrale de Port-au-Prince en 1991, il rejoint les ateliers des Musées de France où pendant deux ans et demi un véritable travail d&#8217;orfèvre a permis de lui rendre son éclat. <br />
"<em>Le Serment des ancêtres</em>" fut présenté au public français du 3 février au 9 mars 1998&nbsp;; puis il quitta le Louvre pour retourner au peuple haïtien auquel le peintre a offert la toile en 1822.<br /></p>


<p>C&#8217;est, semble t-il, la seule oeuvre, où il représenta des personnages de couleur. La seule aussi où il eut le soin révélateur, en plus de sa signature d&#8217;insérer cette surprenante mention&nbsp;: "&#8230; <em><strong>né à la Guadeloupe. An 1760.</strong></em>". Comme un défi à ceux qui tenteraient de jeter le voile sur son identité.<br />
<br />
<br /></p>


<p><ins>Guillaume Guillon, Grand et inconnu</ins><br /></p>

<pre>« <em>Il y a moins de honte à ne pas savoir une chose, qu&#8217;à refuser de l&#8217;apprendre</em> » 
Samuel Hahnemann</pre>


<p>C&#8217;est à Sainte-Anne, que vient monde en 1760, l&#8217;un des plus grands artistes français du XVIII è siècle.<br />
Fils naturel de Pierre Guillon, blanc, notaire procureur du roi et d&#8217;une esclave affranchie, noire, Guillaume est métis, né dans une colonie esclavagiste et on n&#8217;aurait pas donné cher de son formidable don pour le dessin. C&#8217;est compter sans les contradictions du siècle des lumières.<br />
En 1774, le père cède enfin aux supplications de l&#8217;enfant qui rêve de devenir peintre et se résout à l&#8217;amener en France.<br />
Le jeune Guillaume est admis à l&#8217;école de dessin de Jean Baptiste Descamps à Rouen en Septembre 1774. Ses progrès lui permettent de monter sur Paris et d&#8217;intégrer, à 17ans le prestigieux atelier de François Doyen, peintre du roi, qui devient son maître.
Comme il lui fallait un nom à celui dont les origines ne permettait pas porter celui de Guillon, on opta de l&#8217;appeler «&nbsp;<em><strong>Le Troisième</strong></em>&nbsp;» parce que 3éme enfant naturel. Il fut débaptisé à l&#8217;atelier de David par ses camarades qui trouvaient «&nbsp;Le Troisième&nbsp;» trop long. Il l&#8217;appelèrent <em><strong>le Thiers</strong></em>, nom que l&#8217;artiste illustra sous cette forme définitive: <em><strong>Lethière</strong></em>. C&#8217;est d&#8217;ailleurs la seule chose qu&#8217;il conserva de son bref passage chez David, dont il ne fut, contrairement à ce qui est généralement admis, jamais l&#8217;élève.<br /></p>


<p>Le travail de Lethière lui vaut de nombreuses récompenses dont le «&nbsp;Prix Extraordinaire de Dessin&nbsp;» pour une sanguine. <strong>Mais c&#8217;est en 1784 que la France découvre le peintre guadeloupéen. Il est Second Grand Prix de Rome avec sa «&nbsp;<em>Cananéenne aux pieds de Jésus</em>» (la critique s&#8217;étonne qu&#8217;il n&#8217;ait pas le premier prix).</strong> <br />
Deux ans plus tard il obtint (apparemment sur la recommandation du Comte de Montmorin de Saint Hérem, diplomate, ami  personnel de Louis XVI et ministre des Affaires Etrangères), sa bourse pour l'Académie Royale de France à Rome où il ira parfaire ses talents jusqu'en 1791. Les études terminées, il rentre à Paris, ouvre son atelier où il forme de nombreux élèves. Il expose régulièrement aux salons de 1793 jusqu&#8217;en 1831. Son père Pierre Guillon, le reconnaît officiellement en avril 1799 ainsi que sa s&#339;ur Andrèze.<br /></p>


<p>Il faut noter que le peintre compte parmi ses plus solides amitiés, une personnalité qui va s&#8217;avérer un soutien de poids dans sa fulgurante carrière&nbsp;: <strong>Lucien Bonaparte</strong>. Malgré la méfiance qu&#8217;il affichera vis à vis de Napoléon, Lethière nourrira avec son frère  une complicité qui reste légendaire. En 1801, Lucien est nommé Ambassadeur en Espagne et demande Lethière de l&#8217;accompagner à Madrid pour l&#8217;aider à collecter, de grands maîtres espagnols, des &#339;uvres d&#8217;art relatives à l'histoire. Lethière accepte la proposition de celui avec qui, il partage, semble-t-il, depuis toujours de sains idéaux républicains. On doit la majeure partie des toiles espagnoles se trouvant actuellement au Louvre, à l&#8217;inlassable &#339;uvre de collecte de Lethière. <br />
De retour de cette riche escapade en Espagne, le peintre renouera avec l&#8217;activité de son atelier, plus que jamais célèbre dans Paris et qui ne désengorge pas. Logé dans l&#8217;immeuble appelé «&nbsp;<em><strong>la Childebert</strong></em> », près de Saint Germain des Prés, <strong>on raconte qu&#8217;il s&#8217;y faisait autant d&#8217;assauts d&#8217;escrime que de séances de peinture</strong>. Bons vivants, «&nbsp;<em>Batailleurs, un peu débraillés</em> », le peintre et ses élèves «&nbsp;<em>crient volontiers dans les rues</em> ».<br />
Suite à une rixe qui tourne mal avec des officiers, Lethière voit son atelier fermé par ordre du gouvernement et doit quitter la capitale. Il part alors un peu à la découverte du monde, «&nbsp;<em>voyage dans plusieurs capitales européennes, perfectionne son art et sa culture et fréquente assidûment les milieux artistiques et littéraires de l&#8217;époque</em> ».<br />
Grâce à l'appui indéfectible de Lucien Bonaparte <strong>il est nommé en 1807 au poste tant envié de Directeur de l'Académie de France à Rome</strong> (Villa Médicis,), par le Ministre de l&#8217;intérieur. «&nbsp;<em>Il y reste 10 ans avec beaucoup de compétence et de tact, d&#8217;autorité, et où son humanisme fait merveille</em> ».<br />
Il aura pour pensionnaire à Rome notamment <strong>Ingres</strong> à qui on doit de nombreux portraits de la famille de son directeur. Lethière reçoit du Général Miollis (gouverneur général) en 1814, la décoration de l&#8217;ordre de la Réunion. Louis XVIII, sans doute au fait des convictions républicaines du peintre refuse son élection, en 1816, à l'Institut. <strong>Lethière y est cependant, au grand damne du Roi, élu en 1818 et décoré de la Légion d'Honneur la même année</strong>. Il ouvrira un nouvel atelier où feront leurs armes des artistes comme Jean-Baptiste Gibert, né comme lui en Guadeloupe, Devéria, Rousseau, etc.<br />
<br />
<strong>Suprême "honneur", le Métis sera fait Baron par l&#8217;Empereur</strong>. <strong>Il est indiscutable que Lethière était, à son époque, c'est à dire à la belle époque, une des personnalités les plus incontournables et les plus influentes du milieu des arts</strong>.<br />
Permission lui fut accordé reprendre son nom de Guillon, mais aussi celui-ci de Lethière, plus connu en France, à Rome, et en Espagne. C&#8217;est sous ce nom qu&#8217;on reconnaîtra sa descendance.<br />
<br />
Guillaume eut trois fils&nbsp;: Alexandre (mort très jeune sur un bateau en combattant les Anglais pour libérer la Martinique), Auguste et Lucien (filleul de Lucien Bonaparte).<br />
Mais dès 1815 le ménage se trouva agrandi d&#8217;une fille&nbsp;: <strong>La Marquise Marie-Mélanie d&#8217;Hervilly-Gohier</strong> dont le père, le comte d&#8217;Hervilly, confia la garde au peintre et qui en fut à la fois le tuteur, le précepteur et le maître. Mélanie qui passe pour être une des jeune femmes les plus séduisantes et les plus cultivées de la France de ce début du IXXè siècle, «&nbsp;<em>femme du monde</em> », attentionnée,  à «&nbsp;<em>l&#8217;intelligence rare</em>&nbsp;» et à «&nbsp;<em>la grâce exquise</em> », a donc grandi dans le foyer Lethière aux bons soins de Madame Van Zen-Lethière  élevé par Guillaume Lethière, introduite par lui par dès l&#8217;âge de 15 ans à l&#8217;art de la couleur.<br /></p>


<p>Mais moins que pour son père adoptif et ses talents de portraitiste, c&#8217;est pour le rôle qu&#8217;elle joua en médecine aux côtés de <strong>Samuel Hahnemann</strong> que Mélanie est rentrée dans l&#8217;histoire. En effet, <strong>elle épousa et devint le disciple et l&#8217;assistante du célèbre «&nbsp;Fondateur de l'Homéopathie »</strong>. Il faut noter qu&#8217;à l&#8217;époque, la pratique de l&#8217;homéopathie était officiellement réservée aux seuls hommes . C&#8217;est Hahnemann, dont le père avait lui même été peintre, qui pris soin de Lethiere ses derniers jours, quand il devint malade.<br /></p>


<p>Les trois personnages reposent ensemble aux côtés de Gohier (Président du Directoire de la 1ere République et ami intime de Mélanie ) dans le même tombe (le caveau Lethière) au cimetière de Montmartre à Paris .<br /></p>


<p>Après la mort d'Hahnemann, Mélanie voulut poursuivre l'oeuvre de son mari. Seule dépositaire de la science de Hahnemann, elle s&#8217;attira la jalousie des médecins de Paris de «&nbsp;toutes les directions d'école ». Assez rapidement, elle fut poursuivie par le Doyen de la Faculté de Médecine, Orfila, pour exercice illégal de la médecine. Elle lui fallut travailler en association avec un médecin diplômé. Elle trouva celui ci en la personne de son pupille:<strong>Charles Lethière</strong>, petit fils du peintre.<br /></p>


<p><strong>La mort de Lethiere survint le 21 avril 1832 à l&#8217;Institut devenu son domicile. Les derniers honneurs lui furent rendus par deux personnalités: Monsieur Debret, président de l&#8217;Académie des Beaux-Arts et son ami, le Général Alexandre Dumas</strong>.<br />
<br />
<br /></p>


<p><ins>le vrai Rival de David:</ins><br />
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<br />
<ins>Témoignages et anecdotes sur la famille Lethière :</ins><br />
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«&nbsp;<em>Alexandre le Thière s&#8217;est distingué d&#8217;une manière toute particulière sur l&#8217;aviso «&nbsp;la Creuse&nbsp;» dans l&#8217;engagement nocturne contre les chaloupes anglaises en rade de saint Pierre (Martinique.) Fait prisonnier en combattant  héroïquement, Alexandre le Thière mourut très jeune, par suite de ses blessures et de mauvais traitements subis sur les pontons anglais.</em><br />
<em>Son  fils reçu  médecin et pharmacien à paris en 1844 et 1846 adopte le système d&#8217;Hahrmann. En 1848 le 24 février il s&#8217;élança 4 fois dans le poste du château d&#8217;eau incendié pour arracher chaque fois aux flammes un militaire mutilé qu&#8217;il devait protéger contre la foule insurgée.  En 1870 il fonde une ambulance importante et allait chercher les soldats aux avant-postes sans se soucier des balles. Officier de la légion d&#8217;honneur en 1878</em> »<br />
Rapport du Capitaine de frégate Pénélope (février 1607) sur Alexandre Lethière fils de Guillon et sur son petit fils.<br />
<br />
«&nbsp;<em>Le peintre Lethière avait épousé Madame Van Zen (Hollandaise) ayant une fille qui fut plus tard Madame Servière</em>.<br />
<em>Je me souviens avoir visité celle-ci dans son petit appartement de l&#8217;Institut. Elle me donnait des croquignoles&nbsp;: Madame Van Zen avait mis en pension sa fille et la maîtresse qui menait ses élèves, place de La Révolution (dans les fossés des Tuileries) et leur faisait crier «&nbsp;vive la République&nbsp;» et agiter des mouchoirs quand le couteau de la guillotine se levait! La bonne Madame Van Zen pouvait d&#8217;autant moins protester que Lethière était connue comme légitimiste  par son ennemi le peintre David. Lethière s&#8217;en doutant, peignait en sifflant «&nbsp;ça ira&nbsp;» ; Madame Lethière se salissait les mains et revêtait des haillons pour faire la queue chez boulanger.</em><br />
<em>Je ne m&#8217;étonne plus que les tableaux de Brutus et de Virginie soit resté roulés 15 à 20 ans dans les cellules du Louvre. C&#8217;était l&#8217;activité de Karl Lethière qui obtient leur exposition. Je possède une esquisse de  Brutus faite par Lethière lui-même.</em><br />
<em>Lethière, malgré ses opinions royalistes était fort lié avec Goyhier (un des directeurs avec Bonaparte)</em>.»<br />
Marcel Lescot<br />
<br /></p>

<pre><img src="http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/NG/mad%20let.jpg" alt="" />1<img src="http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/NG/guillo01.jpg" alt="" />2<img src="http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/NG/let%20al.gif" alt="" />3<img src="http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/NG/let%20x.gif" alt="" />4<br /></pre>


<p>Ci dessus, portraits des Lethière par <strong>Jean-Auguste-Dominique Ingres</strong> (Graphite):
1/Madame Guillaume Guillon Lethière et son fils Lucien , 2/Guillaume Guillon Lethière (1808), 3/ Alexandre Lethière (1815), 4/. Petite fille (Letizia?) de Lethière.<br /><br /></p>


<pre>
<img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/NG/troisstgeorges.jpg" alt="" /> <img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/NG/troisgeneral.jpg" alt="" /> <img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/NG/troislethiere2.jpg" alt="" /> <img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/NG/troisvisages.jpg" alt="" /></pre>


<p><br />
<br /></p>


<p>à suivre...
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<p><ins>Notes :</ins><br /></p>


<p>_Tous les "dossiers" sont successibles d&#8217;évoluer... <br />
_ Les fiches sur le <em>Portrait du Citoyen Belley</em> et <em>Le serment des Ancêtres</em> sont "illustrées" de références à la poésie d'Aimé Césaire que signalent les *.<br />
_ Les images proviennent  pour la plupart du 'laboratoire de l&#8217;Agence Photographique' de la Réunion des Musée Nationaux&nbsp;: www.photo.rmn.fr<br />
<br />
<br />
<br /></p>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.grioo.com/blogs/MRA/index.php/2005/10/19/486-que-danse-le-noir-petite-metaphysique-dune-esthetique-de-la-nevrose">
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  <link>http://www.grioo.com/blogs/MRA/index.php/2005/10/19/486-que-danse-le-noir-petite-metaphysique-dune-esthetique-de-la-nevrose</link>
  <dc:date>2005-10-19T23:08:01+00:00</dc:date>
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  <dc:creator>grdpea</dc:creator>
  <dc:subject>CULTURE ET RENAISSANCE</dc:subject>
  <description></description>
  <content:encoded><![CDATA[<p><ins><strong>Noir Regard III</strong></ins><br />
<img src="http://img187.imageshack.us/img187/8579/danceoj6.jpg" alt="" /><br />Une pensée sérieuse de la danse ne saurait faire l&#8217;économie d&#8217;une théorie des affects. La démarche de questionnement de son discours latent, l'analyse des passions qu&#8217;elle révèle ou dissimule et de leur mécanisme, trouve son sens dans le projet  d&#8217;architecture d&#8217;une "conscience noire".<br /></p> <p><br />
<br />
<br />
<br /></p>


<h3><strong>QUE DANSE LE NOIR ?</strong><br />
<strong>Petite métaphysique d'une <em>esthétique de la névrose</em></strong></h3>

<p><img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/bof/NR%203.jpg" alt="" /></p>

<pre>« <em>La danse n&#8217;est pas qu&#8217;un jeu du corps elle est plus que cela</em> » Bertrand VERGELY<br /></pre>

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<p><ins>«<em><strong>On va  BOUGER, BOUGER</strong></em>»!</ins><br /></p>

<pre><em>« Tenez ! Ecoutez ! Quelque part dans la nuit, le tam-tam bat&#8230;</em> 
<em>Quelque part dans la nuit, mon peuple danse&#8230;</em>
<em>Et c&#8217;est tous les jours comme ça&#8230; Tous les soirs&#8230; »</em>
Aimé CESAIRE (<em>La tragédie du roi Christophe</em>)</pre>

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<p>«<em>On va BOUGER, BOUGER!</em>», C'est l'invite d'un air très connu. Oui, «<em>On a trop  parlé mais rien n&#8217;a changé</em>&nbsp;» ; alors on va  <em>BOUGER</em>, <em>BOUGER</em>. En effet, «<em>la vie est trop courte,&#8230; il faut profiter&#8230;</em>».<br />
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C&#8217;est cela même. La création ivoirienne semble ne s&#8217;être jamais aussi bien portée que depuis que ce Pays s&#8217;est abîmé dans l'errance guerrière. Pays déchiré, pays en  tranches à l&#8217;image de la gestuelle entêtée de cette danse qui continue, paradoxe bien africain, de remplir les «&nbsp;maquis&nbsp;» (Non les obscurs retranchements de la rébellion armée mais les boîtes de nuits et autres lieux d&#8217;ambiance d&#8217;Abidjan).<br />
Pays cou coupé&nbsp;? <strong>Pays  <em>COUPE DECALE</em> !</strong><br />
Corps en fête de  têtes résolument tristes. Tous ces balancements de tête, négations non assumées&nbsp;? Vrai joie, faux bonheur&nbsp;? Célébration  de l&#8217;étant, fuite de l&#8217;être ?<br />
Et que dire donc de la proposition congolaise ?<br />
Une Nation entière révulsée. Convulsives, ces désarticulations? Danses lubriques, on fait la nique à la mort&nbsp;! Esthétique de l&#8217;exubérance. On hausse le ton pour «&nbsp;rester audible »,pour «&nbsp;subsister&nbsp;» comme dirait Georg SIMMEL. L&#8217;exagération, l&#8217;extraversion&nbsp;: un appel à l&#8217;aide&nbsp;? Clips aussi déjantés les uns que les autres de fausses vraies stars complètement désincarnés. <br />
Abidjan, Kinshasa, Paris, Kingston&#8230; <strong>Générations d&#8217;écorchés vifs</strong>. Danses au langage abscons. Danses dé-raisonnables.<br /></p>


<p>Hasardeuses spéculations que tout cela&nbsp;! Pas tout à fait cependant.<br />
Rappelons nous ceci&nbsp;: «&nbsp;<strong><em>Ce Nègre qui se tord comme un ver,  c&#8217;est le Nègre au «&nbsp;paroxysme du vécu et de la fureur »</em></strong>&nbsp;» Stanislas Spéro ADOTEVI (<em>Négritude et Négrologues</em>)<br /></p>


<p><strong>Une pensée sérieuse de la Danse ne saurait faire l&#8217;économie d&#8217;une théorie des affects</strong>. La démarche de questionnement de son discours latent, l'analyse des passions qu&#8217;elle révèle ou dissimule et de leur mécanisme, trouve son sens dans le projet d&#8217;architecture d&#8217;une conscience noire. Nous ne nous risquerons à parler ici de la danse que dans ce qu&#8217;elle a d&#8217;<strong>urgent</strong> et de <strong>spontané</strong> dans le fait noir "moderne", de résolument immédiat, d&#8217;ancré et de tributaire des nouvelles configurations générales (psychologique, matérielle, épistémique) de depuis la rencontre d&#8217;avec le "monde blanc" . <br /></p>



<p><em>RIZE</em> a fait irruption dans l&#8217;univers extrêmement monotone du film documentaire à portée sociologique et le "<strong><em>Krumping</em></strong>" fait désormais parti de nos sujets de discussion favoris. Mais en dis t-on assez ?<br /></p>


<p>Impressionnant en effet le spectacle de cette expression. Ce qu&#8217;il nous est donné de voir nous fait penser à ces quelques vers d&#8217;Aimé CESAIRE :<br />
«&nbsp;<em>Sang&nbsp;! sang&nbsp;! vertige du devenir&nbsp;! aux trois quarts abîmes dans l&#8217;ahurissement du jour. Je me suis senti rougir de sang. Des artères du monde bouleversées, arrachées, déracinées, se sont tournées vers moi et elles m&#8217;ont fécondé. Sang&nbsp;! sang&nbsp;! tout notre sang ému par le c&#339;ur mâle du soleil</em>&nbsp;» (<em>Cahier d&#8217;un retour au pays natal</em>)<br /></p>


<p>Le Krumping est un grand <strong>NON</strong>. Un non qui bouge<br />
Le Krumping  n&#8217;est pas drôle. Et s&#8217;il vous fait ne serait-ce que sourire, vous êtes définitivement coupable de cécité.<br />
Le Krumping est l&#8217;age mûr d&#8217;un cri qui , échouant à trouver un mode d&#8217;expression et ne pouvant cependant plus être retenu, explose.<br />
Ne cherchez pas à comprendre le Krumping.<br />
<strong>Le  Krumping  est déjà mort</strong>. <br />
Mort quand la première caméra s&#8217;est braquée dessus...<br />
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<p><strong> <ins>L&#8217;africain ne se suicide pas, l&#8217;Africain a la danse&#8230;</ins> </strong><br />
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<pre>« <em>Danse- t-on sa vie quand on danse ?</em> » Bertrand VERGELY<br /></pre>

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La réponse  à la question que pose le Professeur VERGELY dans <em>Les grandes interrogations esthétiques</em> est bien évidemment Oui&nbsp;! Mais s&#8217;agissant du cas nègre la chose est plus complexe que ce à quoi aboutit sa réflexion.<br />
Voici :<br />
<strong>Le Noir danse sa vie mais aussi sa mort</strong>. Sa vie qui est une mort, sa vie qui est sa mort.<br />
En effet le noir danse la faim, la misère, la guerre, la soumission, les frustrations. Il danse sa réalité qui est une folie.<br /></p>


<p>Le Noir danse sa mort, mais attention, <strong>la danse n&#8217;est pas suicide</strong>. Ce n&#8217;est même pas un mime du suicide. L&#8217;expression corporelle générale défi les archétypes de  la légèreté, de la fuite, de l&#8217;évasion, caractéristiques du langage moderne occidental. Elle ancre le corps résolument dans la réalité. Elle rend le danseur présent au monde. En témoigne le dialogue entre les pieds entre les pieds du danseur africain et le sol, entre la «&nbsp;paume&nbsp;» des pieds et la Terre.<br />
<strong>La Danse est un refus du suicide</strong>, c&#8217;est une violence.Nous sommes au c&#339;ur du <em>Réel merveilleux</em> de J. S. Alexis .<br />
Et, que  NIETZSCHE ait vu dans le danseur «&nbsp;<em>la plus haute définition de l&#8217;homme</em>&nbsp;» est un trait d&#8217;esprit dont la puissance reste entière. Le Danseur est le «&nbsp;<strong>Héros</strong>&nbsp;» nietzschéen,  et la  Danse est héroïque en ceci que&nbsp;:  «&nbsp;<em>s&#8217;il est courant de voir les hommes aspirer à fuir leur condition en se délivrant du corps, il l&#8217;est moins de voir des hommes aspirer à rentrer dans leur corps pour s&#8217;incarner et non se désincarner.</em> ». L&#8217;expression corporelle est une dialectique de la matérialisation, elle travaille contre l&#8217;acceptation de la disparition.<br />
<strong>Le Noir danse aussi, et peut être surtout, la mort de son oppresseur</strong>.<br />
La Danse semble mettre inconsciemment en scène toutes ces révoltes rêvées, milles fois accomplies dans la solitude de l&#8217;être. On danse la liberté d&#8217;être réellement, c&#8217;est à dire la liberté de se lever. On joue et on rejoue l&#8217;acte ultime. On crée symboliquement les conditions du trépas du "dominant".<br />
Jean Paul SARTRE l&#8217;a compris :<br />
«&nbsp;<em>Ils dansent&nbsp;: ça les occupe&nbsp;; ça dénoue leurs muscle douloureusement contractés et puis <strong>la danse mime en secret, souvent à leur insu, le non qu&#8217;ils ne peuvent dire, les meurtres qu&#8217;ils n&#8217;osent commettre</strong> . en certaines régions, ils usent de ce dernier recours&nbsp;: la possession.</em>&nbsp;» (Préface aux <em>Damnés de la terre</em> de Frantz FANON). La Danse devient ainsi un <strong>exutoire</strong>, une «&nbsp;<strong>défense</strong> ».<br /></p>


<p>Le Danseur est  le «&nbsp;<em>Héros Rebelle</em>&nbsp;» dont rêve le poète et ce n&#8217;est nullement un hasard si la révolte se construit dans son imaginaire comme le spectacle d&#8217;une gigantesque célébration de corps en transe autour d&#8217;un grand feu.<br />
«&nbsp;<em>C&#8217;était un soir de novembre (&#8230;) des clameurs éclairèrent le silence, (&#8230;) Nous avons bondi (&#8230;) Nous courions (&#8230;) Nous frappions. La sueur et le sang nous faisaient une fraîcheur. Nous frappions parmi les cris et les cris devinrent plus stridents et une grande clameur s&#8217;éleva vers l&#8217;est, c&#8217;étaient les communs qui brûlaient et la flamme flaqua douce sur nos joues&#8230;</em>&nbsp;» (CESAIRE, <em>Et les chiens se taisaient</em>). <br /></p>


<p>On s&#8217;est beaucoup demandé pourquoi les esclaves noirs chantaient et dansaient autant, alors même, qu&#8217;ils subissaient la plus grande des injustices. La réponse est dans l'interrogation.<br />
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Dans  <em>Ainsi parle le fleuve noir</em>, René DEPESTRE nous livre une lecture lucide des mécanismes cognitifs complexes et du psychodrame collectif à l&#8217;origine et à l&#8217;&#339;uvre dans vaudou haïtien :<br />
«&nbsp;<em>Né de la folle démesure de l&#8217;ordre esclavagiste, le vaudou projette sur l&#8217;histoire des haïtiens les effets d&#8217;une <strong>«&nbsp;illumination&nbsp;» fantastique</strong>, <strong>une sorte d&#8217;agrandissement des échelles de perception du réel, où l&#8217;atroce et le merveilleux, le mystique et l&#8217;érotique, le carnavalesque et le politique se côtoient, s&#8217;interpénètrent, se recoupent entre eux, dans une transe et une exubérance effrénées.</strong></em> »<br />
Il ne manque pas de souligner la place centrale que tient la danse dans  cette «&nbsp;<em>réfutation idéale</em> », cette «&nbsp;<em>antithèse artistique</em>», cette «&nbsp;<em>négation poétique</em> », qui n&#8217;est rien d&#8217;autre que <strong>la codification esthétique de l&#8217;impératif "<em>ré- actif</em>"</strong>, manifeste dans la foi vaudouisante :<br /></p>


<p>«&nbsp;<em>Leur grave situation de crise identitaire change, par ailleurs, les cultes ancestraux en religion motrice, en <strong>une foi qui est surtout dansée</strong>. <strong>La danse étant autorisée par les maîtres, qui y voient un divertissement plutôt salutaire et inoffensif, les esclaves se servent de son dynamisme même pour empêcher que le combustible biologique qu&#8217;on a fait de leur force de travail et de vie ne les enferme à tout jamais dans un destin animal de zombies.</strong></em>&nbsp;»
<br />
La dimension «cathartique» de la chose n&#8217;échappa pas au dominant qui s&#8217;empressa au demeurant, jadis, de l&#8217;encourager.<br />
Nous initions une anthropologie du réel. Le Nègre est le siège d&#8217;un violent trouble. <strong>Il vit dans un monde qui nie au grand jour son humanité. Alors la nuit - quand la mesure commence seulement de somnoler et que l&#8217;esprit s&#8217;éveille hagard - celle ci se révèle criarde , possède le corps et tire la langue. C&#8217;est le moment qui suit la rencontre infiniment brève avec soi même, lancinante, où on doit choisir entre l&#8217;affrontement, ou l&#8217;oubli ou le report, et qu&#8217;on  opte pour le remise à plus tard</strong>.<br />
La danse est la tentative de contenance de la folie qui hurle.  Le fameux «&nbsp;<em>hurlement irréversible</em>&nbsp;» aux portes duquel se trouve la personnalité tronquée. Si elle n'est résorbée, la chose peut prendre les aspects les plus inattendus. Il s&#8217;agit de cette «&nbsp;<strong><em>furie contenue</em></strong>&nbsp;» qui selon les mots de SARTRE «&nbsp;<em>faute d&#8217;éclater, tourne en rond et ravage les opprimés eux-mêmes</em> ». Et Le principal théoricien de la névrose nègre met le doigt sur ce qui est <strong>une des plus grande cécité de la conscience noire</strong>&nbsp;: «&nbsp;<em>Pour s&#8217;en libérer, ils en viennent à se massacrer entre eux &#8230;</em> ».<br />
Quand on ne peut danser, c&#8217;est à dire <strong>célébrer  symboliquement la mort «&nbsp;du soi&nbsp;» et ou la mort de l&#8217;autre</strong>&nbsp;; quand la danse ne suffit plus, <strong>on tue</strong>. On tue, vraiment.  Et on tue le soi. On se tue en tuant l&#8217;autre qui nous ressemble. On fait inconsciemment &#339;uvre d&#8217;épuration de cette humanité problématique, la nôtre. (nous reviendrons dans de prochains sujets sur les dialectiques de la violence intra- africaine).<br />
En somme la danse serait un exorcisme de l&#8217;être. Coule contenue dans la sueur, le solde de l'opération d'une certaine oeuvre d'humanité. L'évacuation des frustrations de moult «&nbsp;<em>révoltes inopérantes</em> ».
Les libertés du corps sont l&#8217;émergence à la surface, d&#8217;un <strong>rêve turbulent</strong>.<br />
<strong>Le Noir danse son cri&#8230;</strong>
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<ins><strong>De la névrose</strong></ins>
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<pre>« <em>Toujours et partout, l&#8217;être parle à travers tout langage</em> » Martin HEIDEGGER</pre>

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Au nombre des esthétiques de la névrose, on compte&nbsp;: l&#8217;esthétique du cri, l&#8217;esthétique du suicide, l&#8217;esthétique de l&#8217;éclat, etc. <strong>La Danse a plusieurs masques</strong>. <br /></p>


<p>Ces manifestations contemporaines noires du besoin d&#8217;expression corporelle sont en tout point comparables au «&nbsp;fait de Négritude ». Elles usent des mêmes mécanismes de l&#8217;absurde. <br />
«&nbsp;<em>Si le nègre de la brousse souffre, ce n&#8217;est pas dans son cerveau mais dans sa chair</em> ». ADOTEVI n&#8217;a peut-être pas totalement mesuré la portée de cette vérité. Et le traumatisme de la souffrance  se manifeste et tente de  se résorber par là même où s&#8217;exerce la souffrance.<br />
La danse comme la poésie à une certaine époque est un «&nbsp;<em>cri fort absurde et sans finalité</em> ». C&#8217;est la même esthétique du bizarre.<br />
Frantz FANON parle du «&nbsp;style&nbsp;» de  la poésie de la négritude, poésie «&nbsp;de combat », et inévitablement, encore une fois, l&#8217;esprit de la danse s&#8217;invite :<br />
«&nbsp;<em>Style heurté, fortement imagé car l&#8217;image est le pont-levis qui permet aux énergies inconscientes de s&#8217;éparpiller dans les prairies environnantes. <strong>Style nerveux, animé de rythmes, de part en part habité par une vie éruptive. Coloré aussi, bronzé, ensoleillé et violent</strong>. Ce style, qui a en son temps étonné les occidentaux, <strong>n&#8217;est point comme on a bien voulu le dire un caractère racial mais traduit  avant tout un corps à corps, révèle la nécessité dans laquelle s&#8217;est trouvé ce homme de se faire mal, de saigner réellement de sang rouge, de se libérer d&#8217;une partie de son être qui déjà renfermait des germes de pourriture</strong>. Combat douloureux, rapide, où immanquablement le muscle devait se substituer au concept</em>&nbsp;» (<em>Les damnés de la terre</em>)<br /></p>



<p>Les mots de DEPESTRE demeurent les meilleurs pour qualifier les manifestations de la donne névrotique&nbsp;: «&nbsp;<em><strong>&#8230; onirisme solaire, dionysiaque, baroque jusqu&#8217;au surréalisme&#8230;</strong></em> ».
Si le vaudou outre le fait d&#8217;héberger  «<strong><em>une prodigieuse école de danse</em></strong> »,  en devient :«&nbsp;<em>un psychodrame, un carnaval de défoulement, un théâtre tragique, un opéra prophylactique</em>&nbsp;» , c&#8217;est que le tragique est définitivement lié à l&#8217;identité noire "moderne" et que le drame est désormais latent dans le "<em>nègrerique</em>" même, se nourrissant de cette problématique et combien créatrice, impossible «&nbsp;<em>...unité du présent, de l&#8217;absence et de l&#8217;étrange</em>». <br /></p>


<p><strong>La névrose est une Fièvre</strong>. C&#8217;est une prise de parole à un niveau supra conscient, prise de parole du <strong>grand Corps</strong>. C&#8217;est la cristallisation des signaux alarmants qu&#8217;envoient le physiologique et le psychologique (résolument solidaires) et  leur conscience&nbsp;: l&#8217;être, qui est aussi une <strong>inconscience</strong>.<br />
<strong>Elle est urgence</strong>. C&#8217;est la tentative non «&nbsp;réfléchie&nbsp;» de lutte contre le mal qui ronge . L&#8217;être ne démissionne pas. Il n&#8217;est pas raisonné justement parce qu&#8217;il n&#8217;a pas de «&nbsp;conscience ». La Danse est  le symptôme manifeste de l'opération d'un système d&#8217;auto défense.<br />
<strong>Elle est déraison</strong>. Notre dé-raison n&#8217;est ni irrationnelle ni déraisonnable. Cette déraison n&#8217;est ni caprice ni errance, ce n&#8217;est pas la déraison bourgeoise surréaliste. Ce n&#8217;est pas une déraison en c&#339;ur, c&#8217;est une déraison en l&#8217;être. En ceci la névrose devient une exigence.<br />
<strong>Elle est exigence</strong>, d&#8217;une exigence que le caractère unique de la persécution subie, de la dépossession vécue et des difficultés de la vie de tous les jours imposent au Noir. <br />
«&nbsp;<em>Des êtres humains soumis à une exceptionnelle pression déculturative sur leur identité historique, explique DEPESTRE, dans la peur et <strong>la mort dans l&#8217;âme</strong>, s&#8217;assignent <strong>spontanément</strong> une fabuleuse hygiène de survie en société</em> ». La danse participe ainsi de la survie en sublimant le refoulement.
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<p>Il faut comprendre que, pour utiliser une image chère à HEIDEGER , la Danse aménage un «&nbsp;<em>séjour à l&#8217;être</em>&nbsp;» (dans le sens de <em>prendre soin</em>). <strong>L&#8217;Africain habite le monde, et l&#8217;habite en tant qu&#8217;homme et homme libre en dansant</strong>.<br />
<br />
Il reste donc que la névrose aujourd&#8217;hui comme hier est nécessaire. Elle le premier tressautement. Le signe visible du manque. Elle est une étape et doit la rester. Tant qu&#8217;elle ne s&#8217;enlise dans les contingences de la "<em><strong>fixité</strong></em>" et les pièges de la répétition, elle participe d&#8217;une dynamique heureuse. Il lui faut, avant qu&#8217;elle ne soit récupérée par l&#8217;"industrie" et qu&#8217;elle ne subisse la corruption exotique, livrer tous ses enseignements et passer au stade du réfléchi et du choisi.
La névrose est un moment. La Renaissance doit travailler à en faire un premier moment.<br />
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<p><ins><strong>A quand la danse ?</strong></ins><br />
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<pre>« <em>Le Nègre danse. Il faut qu&#8217;il continue de danser.</em> 
<em>Mais il ne s&#8217;agit plus de danser sur le mode de la répétition, mais sur celui de la Révolution.</em> 
<em>Il faut maintenant danser la danse de la victoire</em> » 
Stanislas Spéro ADOTEVI</pre>

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Quelque chose est à l&#8217;&#339;uvre.<br />
La même chose qui était à l&#8217;&#339;uvre dans l&#8217;irruption de la négritude dans le champ de la poétique, la même chose qui était à l&#8217;&#339;uvre dans l&#8217;irruption dans le champ musical du Spiritual, de ses masques, du Hip hop, etc. <br />
Il s&#8217;agit de ne pas de réveiller seulement qu'avec les douleurs d&#8217;un corps violemment sollicité la veille. Il s&#8217;agit de se réveiller tout court.<br />
On régurgite l&#8217;inadmissible. Comme le visage se fronce du fait du goût désagréable dans la bouche, de même le corps se crispe quand remonte à la surface cette souffrance, que l'opération de l'esprit tant en quelque sorte à ignorer. La Danse est  un pré-vomissement. Il s&#8217;agit de construire un vomissement complet.<br /></p>


<p>La poésie à un défi de classe. La Danse, elle, <strong>rassemble</strong>. La poésie se construit de et dans la solitude. la Danse joue du groupe. <br />
De ce fait elle est intéresse hautement le programme révolutionnaire. Nous avons à faire à une névrose collective en ceci qu&#8217;elle se manifeste collectivement et donne lieu à une célébration.<br /></p>


<p>La névrose est une crispation musculaire. L&#8217;an 0 de l&#8217;élan&nbsp;; elle renferme donc en son sein, et est&nbsp;: élan et déni de l&#8217;élan. La névrose concentre la Conscience à l&#8217;état embryonnaire&nbsp;:  Masse brute et informe. Il faut la travailler, l&#8217;alléger. L&#8217;&#339;uvre esthétique, à n&#8217;en doit  point douter, a ici une dimension hégélienne.<br /></p>


<p>L&#8217;Etat de conscience consciente ou l&#8217;état consciente de la conscience est notre quête. Que le danseur sache pourquoi il danse est le plus important. Qu&#8217;il choisisse de soumettre la Danse, sera une attitude éclairée.<br /></p>


<p>Bien sûr, d&#8217;abord le corps, la matière parle (elle parle sans qu&#8217;on l&#8217;y invite parce qu&#8217;elle est la première à subir)&nbsp;; puis il appartient à la conscience de se faire maître du langage. De transformer le tourbillon en brise légère ou en rafale directe .<br />
C&#8217;est cela&nbsp;: <strong>que tous sachent qu&#8217;ils rêvent la nuit et pourquoi ils rêvent</strong>.<br />
<br />
Il s&#8217;agit de ne pas intérioriser la mort mais de l&#8217;intégrer. <strong>La mort intériorisée est une mort niée, la mort intégrée est une mémoire de la mort</strong>.
Tout le génie de HEGEL se trouve contenu dans ces quelques lignes où il  énonce la loi de la démarche constructive:<br /></p>


<p>«&nbsp;<em>C&#8217;est seulement par le risque de sa vie qu&#8217;on conserve la liberté, qu&#8217;on prouve que l&#8217;essence de la conscience de soi n&#8217;est pas l&#8217;être, n&#8217;est pas le monde immédiat dans lequel la conscience de soi surgit d&#8217;abord, n&#8217;est pas son enfoncement dans l&#8217;expansion de la vie&nbsp;; on prouve plutôt par ce risque que dans la conscience de soi, il n&#8217;y a rien de présent qui ne soit pour elle un moment disparaissant ou prouve qu&#8217;elle est seulement un pur être-pour-soi</em> ».<br /></p>


<p><strong>Prenons le risque de faire de ce  <em>être dans le monde</em>   qu'est la Danse,  un  <em>être au monde</em>  qui ne soit pas seulement un visage de "l'expansion de et dans la vie", mais réellement un moment disparaissant. C&#8217;est le prix de notre liberté.</strong><br />
<br />
Oui, nous dansons encore  pour ne pas devenir fou. La Danse est folie du corps qui préserve l&#8217;intégrité de l&#8217;esprit. Nous dansons pour ne pas tuer.
<strong>Partout en Afrique on danse pour oublier</strong>.<br />
Mais voilà, la danse n&#8217;invite pas à l&#8217;oubli. Les psychologues pensent que la douleur ancre la mémoire.<br />
Donc la Danse ne libère pas (pas seule). Et c&#8217;est danger de l&#8217;ignorer. On n&#8217;est réellement libéré, que si naît une conscience (assumée ou non) de la Danse. <strong>Est n&#8217;est est  que quand il est pour être c&#8217;est à dire qu&#8217;il n&#8217;est pas d&#8217;être réel sans conscience d&#8217;être pour être</strong>.<br />
<br /></p>



<p>En clair, l&#8217;être est à l&#8217;&#339;uvre en puissance dans la manifestation névrotique. Il nous appartient de pas le trahir et de permettre à la conscience prendre le relais  dans la lutte qu&#8217;elle entend mener en réquisitionnant ainsi le corps. <br /></p>


<p>«&nbsp;<em>&#8230; dans la souffrance et la révolte, en dansant nos malheurs, nous plaçons sur un pied d&#8217;égalité avec la civilisation européenne notre propre sens de la joie de vivre et de la liberté</em>&nbsp;» conclue René DEPESTRE.<br />
Il s&#8217;agit bien sûr là, de la définition de l&#8217;essence même de l&#8217;<em>acte négritique</em> et de ce qu&#8217;elle a de résolument <strong>irrationnel, impératif et humanisant</strong>. Encore nous faudra- t- il, ne pas, parce que l&#8217;ignorant, nous abîmer dans le ce qui devrait être un «&nbsp;<em>moment négatif</em> », un «&nbsp;<em>absolu transitoire</em> », pour éviter les écueils du «&nbsp;<em>Tout danse</em> ». Car enfin, l&#8217;important est ceci que, comme le dit si justement ADOTEVI :<br /></p>


<p>«&nbsp;<em>Si la négritude ancienne est un refus de l&#8217;humiliation, la Nègre qui aujourd&#8217;hui parle au (ou danse pour le) Nègre doit être au centre du drame de son peuple, <strong>conscient de soi</strong>, c&#8217;est à dire présent aux tâches de l&#8217;heure.</em> »<br /></p>

<pre></pre>

<p>Nous voudrions savoir quel valeur cette analyse de Frantz FANON, a pour le Nègre d&#8217;aujourd&#8217;hui :<br /></p>


<p>«<em>Sur un autre versant, nous verrons l&#8217;affectivité du colonisé s&#8217;épuiser en danses plus ou moins extatiques.(&#8230;) La relaxation du colonisé, c&#8217;est précisément cette orgie musculaire au cours de laquelle l&#8217;agressivité la plus aiguë , la violence la plus immédiate se trouve canalisée, transformées escamotées. Le cercle de danse est un cercle permissif. Il protège et autorise. A heures fixes, à dates fixes, hommes et femmes se retrouvent en un lieu donné, sous l&#8217;&#339;il grave de la tribu, se lancent dans une pantomime d&#8217;allure désordonnée mais en réalité très systématisée où, par des voies multiples, dénégations de la tête, courbure de la colonne, rejet en arrière de tout le corps, se déchiffre à livre ouvert l&#8217;effort grandiose d&#8217;une collectivité pour s&#8217;exorciser, s&#8217;affranchir, se dire. Tout est permis&#8230; dans cercle. Le monticule où l&#8217;on s&#8217;est hissé comme pour être plus près de la lune, la berge où l&#8217;on s&#8217;est glissé comme pour manifester l&#8217;équivalence de la danse et de l&#8217;ablution, du lavage, de la purification sont des lieux sacrés. Tout est permis, car en réalité l&#8217;on ne se réunit que pour laisser la libido accumulée l&#8217;agressivité empêchée, sourdre volcaniquement. Mises à mort symboliques, chevauchées figuratives, meurtres multiples imaginaires, il faut que tout cela sorte. Les mauvaises humeurs s&#8217;écoulent, bruyantes telles des coulées de laves.</em> »<br />
Quel échos ce long diagnostic, trouve &#8211;t-il dans Soubresauts du Krump .<br /></p>



<p>Il appartient à la théorie de la renaissance  de construire une conscience de l&#8217;élan. Il faut une structure. Nous parlons bien de posséder notre folie et de la diriger. Pas de la circonscrire mais de l&#8217;inscrire. Nous travaillerons cependant la doctrine et le programme sans faire fi du style.<br /></p>


<p>Pour que vienne la danse, vite&#8230; <br />
<br />
<br /></p>



<p><img src="http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/danse/rizegal1.jpg" alt="" /> <br /><br /></p>


<p><strong>Sé</strong> pour le GRDPEA
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<a href="http://renzo1680.free.fr/videos/roforofo.html">http://renzo1680.free.fr/videos/roforofo.html</a>
<br /></p>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.grioo.com/blogs/MRA/index.php/2005/09/23/382-architecture-traditionnelle-negro-africaine">
  <title>EXOTISME, masques et mascarade</title>
  <link>http://www.grioo.com/blogs/MRA/index.php/2005/09/23/382-architecture-traditionnelle-negro-africaine</link>
  <dc:date>2005-09-23T16:41:10+00:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>grdpea</dc:creator>
  <dc:subject>CULTURE ET RENAISSANCE</dc:subject>
  <description></description>
  <content:encoded><![CDATA[<p><ins><strong>Noir Regard II</strong></ins>
Réflexions sur la création africaine et questionnement du  statut des arts dans la dynamique de la Renaissance.<br /><img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/bof/NR%202.jpg" alt="" /> La tradition occidentale de Platon (et son dialogue de l&#8217; <em>Hippias Majeur</em>) à Derrida, les illustres penseurs "mystiques" que furent Plotin, Augustin, Pseudo-Denys, les <em>"sciences" et philosophies "modernes"</em> de l&#8217;art de Hegel, Kant, Hume, Heidegger, etc. et  l&#8217;Esthétique de depuis Baumgarten se sont tous employés avec la difficulté qu&#8217;on sait, à tenter de tailler un costume honorable au «&nbsp;<em><strong>Beau</strong></em> », assimilant tour à tour, outre les très hautes aspirations des catégories "sensibles" , le concept aux notions de <em><strong>Bien</strong></em>, <em><strong>Juste</strong></em>, <em><strong>Vrai</strong></em>, <em><strong>Utile</strong></em> ... <strong>Voici maintenant que l&#8217;artiste africain vient de construire la beauté du «&nbsp;<em>Faux</em> »</strong>.<br /></p> <p><br />
<br />
<br /></p>



<pre>« <em>Telle est la force du mensonge qu&#8217;à force d&#8217;être répété,</em>
<em>un beau jour le menteur lui même finit par y croire...</em> »  Proverbe Peul.</pre>


<p><br />
<br /></p>


<p><ins><strong>Diagnostic d&#8217;un «&nbsp;Enorme Malentendu »</strong></ins><br /></p>


<p><br />
<br />
<strong>ILS MENTENT &#8230;</strong><br /></p>

<pre>« Le Blanc est blanc. Le Nègre est nègre. Ils ne se rencontrent jamais »!!</pre>

<p><br />
<br /></p>



<p>L&#8217;exotique n&#8217;est pas «&nbsp;faire&nbsp;» du Sauvage.<br />
L&#8217;exotique n&#8217;est pas l&#8217; esthétique de l&#8217;«éclat», de l&#8217;«humour», de l&#8217;«exubérance» et de l&#8217;«apocalypse».<br />
L&#8217;exotisme n&#8217;est pas spécificité de la production de l&#8217;«Autre».<br />
<br />
L&#8217;exotique est "<em>larbinage</em>" et  soumission.<br />
L&#8217;exotique est  création vide en dedans.<br />
L&#8217;exotisme est d&#8217;abord et avant tout&nbsp;: Demande de l&#8217;Occidental et Offre de l&#8217;Africain.<br />
<br />
L&#8217;exotisme est UNE conception de l&#8217;Afrique. Une vision <em>formante</em> et <em>déformante</em>, héritée du choc de la douloureuse rencontre et des rapports malhonnêtes auxquels elle a donné le jour. Le «&nbsp;contact&nbsp;» fut donc faussé dès le début, faisant de la création un dialogue d&#8217;une remarquable complexité.<br />
Les égarements qui sont nés de ce que Frantz FANON  qualifiait «&nbsp;<em>Le heurt violent de deux mondes</em>&nbsp;» et qui, toujours selon l&#8217;auteur des <em>Damnés de la terre</em>, «&nbsp;<em>a ébranlé considérablement les vieilles traditions et disloqué l&#8217;univers de la perception&#8230;</em> », sont désormais le partage de tous. Blancs et noirs sont aujourd&#8217;hui les mirages.<br /><br /></p>


<p><strong>L&#8217;exotisme est demande occidentale.</strong><br />
Demande motivée et nourrie par «&nbsp;<em>les images vaporeuses</em>&nbsp;» de cet Ailleurs qu&#8217;un certain monstre à trois têtes <em>philosophie- histoire- ethnologie</em> (dont nous avons déjà eu à parler) a éternellement  fixées dans l&#8217;imaginaire occidental. Le rapport à l&#8217;Afrique n&#8217;a guère évolué, même si elle a pris de nombreux  masques depuis les «&nbsp;<em>Peurs du noir</em> », comme l&#8217;essai de David ELLIOT tente de le monter dans le catalogue d&#8217; <em>Africa Remix</em>.<br />
Cette approche fantasmatique de l&#8217;Afrique s&#8217;est transformée en institution, asphyxiant, dirigeant ( dans sens d&#8217;imprimer une direction) et bridant  la création africaine. Influant à loisir sur le faire africain, le regard de l&#8217;occident l'a vidé de tout déterminisme.<br />
L&#8217;occidental qui sait très bien ce qu&#8217;il veut de l&#8217;Afrique, n&#8217;a jamais cherché à la découvrir. Il n&#8217;est pas réellement disposé à être étonné. Il réclame l&#8217;<em>afrique</em>. <strong>Son idée de l&#8217;Afrique qui est SON <em>afrique</em> mais qui n&#8217;est définitivement pas l&#8217;Afrique</strong>.<br />
La demande étant, du fait d&#8217;un manque de tact évident, fortement exprimée et la proposition étant jugée sur son adéquation , l&#8217;occidental n&#8217;est de fait plus dans le juste. Il est automatiquement et en plein dans exotique.<br /></p>


<p><strong>L&#8217;exotisme est aussi Offre africaine.</strong><br />
Si l&#8217;occidental, dès le début, s&#8217;est rendu coupable et pourvoyeur d&#8217;exotisme en réclamant une afrique que ces préjugés lui inspiraient, il faut dire que l&#8217;africain n&#8217;a pas fait mieux. Le sauvage, l&#8217;esclave, le colonisé d&#8217;hier et l&#8217; «&nbsp;<em>écorché vif</em>&nbsp;» qu&#8217;est l&#8217;Africain d&#8217;aujourd&#8217;hui ne se sont  jamais montrés tels qu&#8217;ils sont  réellement à l&#8217;Occidental. Les "échanges" se sont très vite transformés en un jeu de dupe. Epiant et juchant l&#8217;attente du «&nbsp;<em>Dominant</em> », l&#8217;éternel «&nbsp;<em>Dominé</em>&nbsp;» a appris très vite à satisfaire celui ci pour être admis dans son monde, travestissant (et trahissant ?) ainsi, du même coup, le sien. <br />
De fait, l&#8217;africain a une part active dans l&#8217;exotisme. <br />
<br />
Le 15 Février 1988, au Centre culturel Français de Lomé,  lors d&#8217;un entretien avec un panel d&#8217;auteurs locaux, Sony Labou TANSI, par une de ces feintes dont lui seul a le secret, effleura la question cruciale de l&#8217;"<em>offre positive</em>". Voici la lecture que fait un des plus grands esprits du siècle dernier de ce qu&#8217;il a humour d&#8217;appeler <em><strong>art d&#8217;aéroport</strong></em>&nbsp;: <br />
«&nbsp;<em>C&#8217;est à dire que si les européens achètent, alors on produit. Les africains n&#8217;achètent pas des objets d&#8217;art. Et ça fait qu&#8217;il y a comme ça, je ne sais pas, un décalage quelque part. cet homme qui est dans une culture, qui est dans une société et qui est en train de <strong>créer par rapport à l&#8217;autre seulement. Si l&#8217;autre achète, il peut manger et alors il est obligé de créer par rapport à ça et de se donner des schémas. Je crois que tout ça, tout le monde le sait entre nous</strong> </em>&nbsp;» («&nbsp;Conférence à Lomé&nbsp;» in <em>Riveneuve continents N°1</em>).<br />
Il n&#8217;est pas sûr que tout le monde ait le même niveau de conscience de la comédie aigre doux qui corromps la création africaine (un terme qui en deviendrait presque problématique) ou en tout cas, que tous cherchent à y mettre fin. La chose a été digérée et semble avoir infiltré les couches brumeuses de l&#8217;insu ou du «&nbsp;je ne veux pas savoir ». Une situation que l&#8217;absence d&#8217;une réflexion esthétique tend à entretenir.<br />
<br />
Nous en arrivons à cette <strong>absurdité</strong> que les mots de Paulin HOUNTONDJI, résument parfaitement: «&nbsp;<strong><em>La victime se fait secrètement complice du bourreau, communiant avec lui dans l&#8217;univers artificiel du mensonge</em>&nbsp;» (<em>Remarques sur la Philosophie africaine contemporaine</em></strong>, cité par S.S. ADOTEVI). Et nous vivons, désormais, le retour masqué de nouvelles générations de «&nbsp;<em>mensonges vivants</em>&nbsp;» (L&#8217;expression ici est emprunté à SARTRE).<br />
<br /></p>


<p>Mais l&#8217;offre positive ou affirmative dirigée du "dominé"  n&#8217;est pas uniquement et toujours motivée par la maladive "complicité". Elle serait aussi  <strong>attitude de résistance</strong> du fait des circonstances uniques de l&#8217;histoire,  comme nous le montre Frantz FANON:<br />
«&nbsp;<em>&#8230; Dans la situation coloniale, les inventions individuelles, la liberté d&#8217;être soi-même, d&#8217;amorcer et de réussir un «&nbsp;contact », ne sont pas observables. La situation coloniale uniformise les rapports, car elle dichotomise la société coloniale de façon tranchée. (&#8230;)</em> <br />
<em>Cette observation particulière renvoie à <strong>l&#8217;attitude globale du colonisé qui n&#8217;a presque jamais de conduites de vérité avec le colonisateur. Le colonisé n&#8217;avoue pas, ne se confesse pas, ne se fait pas transparent en présence du colonisateur</strong>.</em>&nbsp;» ( <em>L&#8217;an V de la révolution algérienne</em>).<br />
<br />
FANON avait déjà dans <em>Peau noire  masque blanc</em>, son tout premier ouvrage, mis le doigt sur le problème :<br />
«&nbsp;<em> <strong>Le Noir a deux dimensions. L&#8217;une avec son congénère, l&#8217;autre avec le Blanc. Un Noir se comporte différemment avec un Blanc et avec un autre Noir.</strong> Que cette scissiparité soit la conséquence directe de l&#8217;aventure coloniale, nul doute&#8230; qu&#8217;elle nourrisse sa veine principale au c&#339;ur de différentes théories qui ont voulu faire du Noir le direct acheminement du singe à l&#8217;homme, personne ne songe à le contester. Ce sont des évidences objectives qui expriment la réalité</em>. »<br />
<br />
Il s&#8217;agit de bien comprendre que l&#8217;Africain s&#8217;est de tout temps défilé, parce qu&#8217;il voit en l&#8217;occidental le «&nbsp;dominant », avec lequel il ne peut y avoir de rapport vrai, envers lequel il ne s&#8217;agit en aucun cas d&#8217;<strong>être vrai</strong>.<br /></p>



<p>Cette fuite en avant prend <strong>deux dimensions</strong> qui peuvent - c&#8217;est là encore une des spécificités de l&#8217;offre, pas de celles qui la rendent  moins complexe -  n&#8217;en être qu&#8217;une.<br />
Au début du siècle dernier, déjà,  Paul GUILLAUME énonçait <strong>les deux masques du "défilement" nègre</strong> :<br /><br /></p>


<p>«&nbsp;<em>Depuis que les blancs se sont portés sur son sol, cherchant à lui imposer leurs façons, altérant sa quiétude, ruinant sa foi, le Nègre anémié, amorti, désemparé, rongé par es fléaux physiologiques que lui injectèrent joyeusement les barbares civilisateurs, avili, déchu, n&#8217;offre plus au vainqueur que le spectacle lamentable d&#8217;un être dégradé sentant qu&#8217;il touche à sa fin, <strong>prêt à tout renier, à tout apostasier, à commettre toute lâcheté</strong> pour prolonger de quelques décades une existence dont les heures sont désormais comptées. <strong>Parodiant, simulant, jouant la comédie servilement pour apitoyer ou simplement plaire à un maître brutal, il s&#8217;abîme dans le ricanement, la bêtise, la folie&#8230;</strong></em> »<br />
Mais si " <em>larbinage</em> " et lâcheté nous flairons, ils sont aussi attitudes de résistance d&#8217;une Afrique qui tire la langue :<br />
«&nbsp;<em><strong>Elle (l'Afrique) tombe en léthargie mais ne satisfait pas l&#8217;oppresseur&nbsp;; elle ne s&#8217;assimile pas, elle ne produit pas - elle ne collabore pas</strong>. Dissimulant son aristocratique fierté, elle ne livre à la contrainte du barbare que les formes desséchées d&#8217;un rameau dont la sève s&#8217;est dérobée dans les racines insaisissables.</em> »<br />
Que  Paul GUILLAUME ait été  un des  Blancs les plus lucides dans la mesure du Nègre ne fait aucun doute.<br />
Ainsi donc se limiter à faire ce que veut «&nbsp;le dominant », serait lui mentir (On ne se dévoile pas, on est l&#8217;autre qui n&#8217;existe pas) et l&#8217;Afrique , en tout cas , y voit une <strong>défense</strong>.<br /></p>


<p>Il faut ajouter à tout ceci que la situation post coloniale a été pour beaucoup dans le maintient en Afrique même, de cette sorte de "servilité" des arts. Les désillusions des indépendances ont accouché de ces monstruosités que sont les dictatures africaines, n'admettant dans leur sillage qu'une production vouée à leur unique célébration et à l'"endormissement" du peuple. Dans cette nouvelle situation, l&#8217;artiste se retrouvera souvent réduit à et confirmé dans un statut d&#8217;"<em><strong>amuseur</strong></em>". Le "déjanté" étant devenu en littérature, en art de la scène comme en plastique, le seul moyen de s&#8217;exprimer sans se mettre en danger dans ses intégrités physique et matérielle. Contraint dans sa pensée et désormais dans ses moyens, exilé entre deux mondes, entre deux "dénis"  L&#8217;artiste africain s&#8217;est réfugié dans le <em>ricanement</em>, trahissant tout et tout le monde. Les meilleurs réussiront à conserver leur âme en bâtissant une esthétique du <em>carnavalesque "souriant"</em>, les autres se noieront tout entier dans la culture de l&#8217;exotique.  Nous sommes aux sources de l&#8217;esthétique de l&#8217;exubérance qui pourrait s&#8217;avérer à la lueur d&#8217;une analyse sérieuse, n&#8217;avoir ceci de résolument africain que le triste sort qu&#8217;à fait la "modernité" au continent et l&#8217;urgence qu&#8217;il y a eu de palier à la mort; et bien souvent par la surenchère. L&#8217;Afrique ne se porte pas mieux et la donne artistique qui a pu (du moins dans un saisissement de cause à effet immédiat), un moment, faire sens, pourrait bien trouver, un jour, ses limites. Serons nous alors encore capables de discerner ce qui est vraiment "Nous" de ce qui n&#8217;a de tout temps été qu&#8217;un "nous" conjoncturel?<br />
<br />
<br />
C&#8217;est aux conséquences les moins immédiates et cependant nullement négligeables pour la personne de l&#8217;Africain, aux profondes dépossessions que trahit la donne exotique, et au sort qui est fait l&#8217;acte créatif que s&#8217;intéresse la réflexion et le programme d&#8217;une nouvelle naissance.<br /></p>


<p>Sony Labou TANSI, lui, ne laisse aucun doute sur les effets de <em>l&#8217;art d&#8217;aéroport</em> . Il n&#8217;y voit ni plus ni moins qu&#8217; «&nbsp;<em><strong>une chose douloureuse</strong></em> ». Douloureux, autant pour l&#8217;art que pour l&#8217;artiste. Nous parlons bien de dépossessions.<br />
Kossi EFOUI par exemple, les situe au niveau de l&#8217; "outil " et au niveau du moteur créatif et établit, à raison, la solidarité de leur sort :<br />
«&nbsp;<em>Il y a un problème qui se pose&nbsp;: l&#8217;écrivain, le créateur de vérité utilise un outil  vicié, le langage, un outil prostitué donc, à partir de ce moment-là, il me semble que le rêve lui même, est confisqué</em> ». («&nbsp;Conférence à Lomé&nbsp;» in <em>Riveneuve continents N°1</em>).<br />
EFFOUI, vient ainsi de saisir au vol la perche que tend S.L. TANSI. Ce qui suit mérite la palme d&#8217;or de la clairvoyance :<br /></p>


<p>«&nbsp;<em><strong>Nous vivons dans un univers ou tout est confisqué désormais, où le rêve, lui même est confisqué, où l&#8217;artiste vit uniquement sa propre agonie. <ins>La création devient désormais le compte rendu de l&#8217;agonie de l&#8217;artiste</ins></strong></em>.»<br />
La mort n&#8217;est donc jamais loin quand on parle de la création africaine !<br />
<br />
<br />
<br />
Il semblerait en tout cas que le plasticien africain, ne vive pas dans une totale ignorance de ces mécanismes obscurs et complexes qui peuvent être en jeu et qu&#8217;il a choisi d&#8217;y amener plus de complications. Son projet (conscient ou inconscient, assumé ou non assumé)&nbsp;: <strong>Se faire maître de la mort</strong>.<br />
Si son expression est de loin la plus problématique, quant à la définition exotique, aussi aura- t- il décidé d&#8217;éloigner la chose des seules basses spéculations sur le conflit (voire le vide) "<em>spirituel</em>" latent dans l&#8217;offre, et de l&#8217;emmener à un niveau hautement intellectuel en l&#8217;assumant en quelque sorte.<br />
En témoigne la démarche de Mohamed EL BAZ, dont l&#8217;&#339;uvre présentée lors de l&#8217;exposition  <em>Africa Remix</em>, porte le titre évocateur de&nbsp;: «&nbsp;<em><strong>Niquer la mort/ Love Suprême</strong></em> ». Ce qui, en outre, n&#8217;est qu&#8217;un "<em>fragment</em>" d&#8217;une vaste projet  intitulé «&nbsp;<em><strong>Bricoler l&#8217;incurable</strong></em>».(...)<br /><br />
<strong>De "bricolage", c&#8217;est exactement ce dont nous voudrions entretenir</strong>. L&#8217;interrogation ici, est proche de celle qui est manifeste dans la réflexion de EL BAZ&nbsp;; à savoir&nbsp;: «&nbsp;<em><strong>Pourquoi ce qui forge les êtres, les conduit à s&#8217;aliéner plutôt  qu&#8217;à s&#8217;assumer ?</strong></em>». Il est question d&#8217;éprouver notre perception du fait d&#8217;art noir à la lueur d&#8217;une délimitation de la donne exotique et la prise en charge de ses différentes composantes: l&#8217;apparente "démission" qui la produit, l&#8217;industrie qui la supporte, et les cécités dont elle se nourrit.<br /></p>


<p>A- t &#8211; on réellement d&#8217;abord construit le «&nbsp;niveau de conscience» de la chose&nbsp;? S&#8217;agit il pour l&#8217;Africain de tromper la mort en y jouant&nbsp;? As t-on décidé d&#8217;assumer «&nbsp;l&#8217;incurable », de le retourner, ou de «&nbsp;faire mieux avec&#8230;&nbsp;» tout simplement&nbsp;? Quel est l&#8217;horizon de ce parti ?<br /><br />
<br />
<br />
<strong>Sur l&#8217;ART CONTEMPORAIN AFRICAIN ...</strong> <br /></p>

<pre>« <em>je suis un être blessé, une bête emprisonnée, un animal exotique, la reine nue.</em>
<em>Ma peau se clore de maintes nuances...</em> » Ingrid MWANGI</pre>

<p><br />
<br /></p>


<p>L&#8217;exposition qui se proposait de montrer «&nbsp;L »&#8217;art d&#8217;un continent&nbsp;: <em><strong>AFRICA REMIX</strong></em>, a offert une occasion unique de réfléchir sur le statut de la création africaine. <br />
<br />
Il est en effet indiscutable, que l&#8217;intérêt réel de cette exposition ne fut pas tant dans la chatoyante célébration plastique qu&#8217;elle initia, que dans les interrogations qui virent le jour dans son sillage.  L&#8217;événement a le mérite d&#8217;avoir posé la question de l&#8217;exotique et les différents talent qu&#8217;il a réuni ont fait &#339;uvre de sens dans la démarche et le projet, combien délicats, d&#8217;une définition et d'une réflexion ayant le fait d&#8217;art africain d&#8217;époque, au centre. <em>Africa Remix</em> fut un tout, il ne faut pas l&#8217;oublier. Et les  leçons les plus prégnantes découleront des démarches qui l&#8217;aborderons dans sa Totalité et dans ses différentes totalités closes spatiale et temporelle,  matérielle et spirituelle, etc. Le débat est désormais ouvert. Il faudrait qu&#8217;il le reste et que chacun se sente concerné.<br /></p>


<p>La volonté de préciser la complexité des données mouvantes en jeu dans les rapports, se trouve concentrée à la base dans les différentes préoccupations et approches des organisateurs même, tels qu&#8217;on peut le  deviner à la lueur d&#8217;une analyse des différentes interventions dans le catalogue de l&#8217;exposition.<br /></p>


<p>Simon NJAMI («&nbsp;Chaos et métamorphose », <em>A.R</em>.) semble aborder dans le même sens que FANON et GUILLAUME, en nuançant un peu le point de vue en ce qui concerne le «&nbsp;fait contemporain&nbsp;» en art, et en insistant surtout <strong>le caractère de défi dans le défilement</strong>, s&#8217;agissant du plasticien nègre. Le  Commissaire Général de l&#8217;exposition  nous livre avec une honorable sincérité et une acuité remarquable, une intéressante analyse des troublants mécanismes à l&#8217;&#339;uvre dans l&#8217;art contemporain ou plutôt (nous préférons) dans  <strong>la démarche des «&nbsp;artistes&nbsp;» africains d&#8217;aujourd&#8217;hui</strong> :<br /><br /></p>


<p>«&nbsp;<em>&#8230; Mais <strong>les discours que véhiculent leur voix ne sont que des leurres. Des théories en trompe l&#8217;&#339;il. Certains se sont même transformés en faussaires exemplaires, délivrant à qui  souhaitait l&#8217;entendre, le discours convenu, rejouant à l&#8217;infini le paradoxe hégélien du maître et de l&#8217;esclave. (&#8230;) Il se joue ainsi depuis  une quinzaine d&#8217;année une comédie aigre- douce</strong> dont les acteurs, effet secondaire de la mondialisation, se sont faits plus nombreux. (&#8230;)  les gens pensent mieux se comprendre alors qu&#8217;ils ont oublié l&#8217;essentiel, au sens étymologique du terme, de ce que comprendre veut dire. (&#8230;) <strong> L&#8217;artiste africain se tait&#8230;</strong></em> .»<br /></p>


<p>C&#8217;est à n&#8217;en point douter, une lecture très intellectualisée de la chose  que NJAMI a là. Plutôt que le concept de «&nbsp;<em>démarche mensongère</em>&nbsp;» qu&#8217;avec beaucoup de légèreté nous avons avançons, celui qui a sillonné le continent pour aller à la rencontre des artistes et constituer cette imposante "collection", parle de «&nbsp;<strong>silence</strong> ». Un silence qui compte sur la portée "profonde" de la création pour dire l&#8217;Afrique et l&#8217;Africain&nbsp;: <br />
«&nbsp;<em>Au fond d&#8217;eux mêmes, ils se souviennent que toute parole n&#8217;est pas bonne à dire et que <strong>les objets ont un sens, une provenance qu&#8217;aucune analyse ne peut enlever</strong>&#8230;</em> ». <br /></p>


<p>Le défilement en art resterait donc «&nbsp;expression de l&#8217;Afrique&#8230;&nbsp;» et ainsi aurait tout de même valeur de juste. L&#8217;exotique est un faux vrai qui est vérité. Cet postulat est très intéressant et mériterait sûrement  approfondi. On nous pardonnera de simplifier énormément ici.<br /></p>


<p>Le créateur africain  joue, calcule, triche parce qu&#8217;il  ne peut faire autrement soit parce qu&#8217;il est obligé de «&nbsp;tricher&nbsp;» ( ou de composer) pour placer sa création, soit tout simplement parce qu&#8217;il n&#8217;a pas confiance.<br /></p>


<p>Dans sa quête d&#8217;un sens au Jeu (&#8230;) , il se surprend à éprouver du plaisir à tromper l&#8217;Autre même si cela est aussi, d&#8217;abord et surtout se tromper soi- même. C&#8217;est là le paradoxe de l&#8217;Africain. Il a et continue de donner à l&#8217;occidental ce qu&#8217;il veut ou (attitude plus contemporaine) de jouer à faire semblant de lui donner ce qu&#8217;il ne veut pas. <br /></p>


<p>Sartre aurait vu juste&nbsp;: «&nbsp;<em>L&#8217;indigénat est une névrose introduite et maintenue par le colon chez les colonisés <strong>avec leur consentement</strong> </em> ». <em>Larbinage</em> assumé . Il reste, comme s&#8217;empresse de le préciser le philosophe, que la névrose porte en elle les germes de la <em>phrénie  </em> «&nbsp;<em>réclamer et renier, tout à la fois, la condition humaine&nbsp;: la contradiction est explosion.</em> ». La  déflagration qui s&#8217;en suit trouve en échos à la fois muet et criard dans une génération d&#8217; "<em>écorché vifs</em>"&nbsp;; Nègres déchirés en dehors à la proposition errante et dissonante. Création du «&nbsp;<strong><em>fracas</em></strong> ».<br /></p>


<p>Il faut avoir à l'esprit, à quel point tout ceci est  éminemment  complexe.<br />
<br />
Ainsi par peur, Jeu, lâcheté, silence, défi&#8230;, qu&#8217;importe le nom qu&#8217;on mettra sur l&#8217;absurde, l&#8217; Afrique d&#8217;ailleurs (l&#8217;Afrique d&#8217;en dehors) initie une <strong>création du rapport à l&#8217;Autre</strong>. Ici l&#8217;exotique se trouve consacré en un véritable rituel où masques et mystères s&#8217;abandonnent au jeu de l&#8217; <em>apparaître- disparaître</em>.<br />
Nous voulons dire qu&#8217;aujourd&#8217;hui nous avons, consacrée en l&#8217;exotisme, une idée de l&#8217;Afrique obligatoirement fausse, dont tout le monde s&#8217;accommode. Le créateur africain pour les raisons sus- énoncées, et l&#8217;Autre parce qu&#8217;il aime finalement bien cette afrique là. Elle étanche sa soif de <em><strong>bizarreries</strong></em> (Tendances que le caractère &#8216;policé, &#8216;aseptisé, &#8216;standardisé, &#8216;ordonné de son monde nie, et qu&#8217;il ne peut trop - du fait de son statut de «&nbsp;personne rationnelle&nbsp;» - se permettre de cultiver), mais surtout, inconsciemment, <strong>l&#8217; afrique exotique  le rassure</strong>. L&#8217;afrique du "Folklorique", l&#8217;éternel "Cirque africain", l&#8217;afrique du "divers-tissement".<br />
Celui qui croirait " réellement " y voir l&#8217;Afrique se fourvoierait de façon cruelle. <br />
<br />
Bien évidemment, l&#8217;exotisme se nourrit d&#8217;abord et avant tout d&#8217;un rapport de force déséquilibré et d&#8217;un certain manque de disposition. Cela transparaît  assez clairement dans les observations de David ELLIOT ( «&nbsp;Afrique, expositions et peurs du noir », <em>A.R.</em>) :<br />
«<em> Bref, l&#8217;Afrique sert à nouveau d&#8217;écran sur lequel nous, les puissants Européens, projetons&#8230; (&#8230;) Une fois de plus, <strong>l&#8217;africain est réduit à la passivité</strong> (&#8230;). Dans ce contexte, , <strong>l&#8217;histoire et la culture de l&#8217;Afrique ont été compressées et quasiment privées d&#8217;un espace entre le colonial et le contemporain, que l&#8217;artiste puisse occuper.</strong></em> »<br />
<br /></p>


<p><strong>Le "mensonge" tend à se transformer en vérité, et  l&#8217;Africain tant à se diluer dans ces travestissement de lui. c&#8217;est là qu&#8217;il s&#8217;agit de faire attention.</strong><br /></p>


<p>Qu&#8217;on se souvienne que face à une &#339;uvre africaine l&#8217;Observateur occidental a toujours du mal a exprimer le «&nbsp;<em>Oui léger</em> ». C&#8217;est d&#8217;éducation..., de plusieurs siècles d&#8217;éducation ethnologique, historique, et philosophique que l&#8217;actuelle offensive généralisée des média, grands pourvoyeurs de stéréotypes pernicieux, vient parfaire. Généralement, l&#8217;art , la vérité et lé beauté lui échappent complètement. Et quand on s&#8217;éloigne de l&#8217;art, nous l&#8217;avons déjà dit, on tend à s&#8217;éloigner de l&#8217;humain . On parle de <em><strong>hasard</strong></em>, on parle de l&#8217; «&nbsp;<em><strong>émotion</strong></em> », on parle du «&nbsp;<em><strong>tourbillon</strong></em> », on parle d&#8217; <em><strong>innocence</strong></em> ,<strong>on parle d&#8217;un rapport particulier au monde qui  ferait faire «&nbsp;le beau&nbsp;» au Noir, sans qu&#8217;il s&#8217;en doute un seul instant, inopportunément</strong> (On en arriverait presque à le lui reprocher). <strong>Exotisme rime avec préjugés</strong>. <br />
Et on vient ainsi (Enfin !) de trouver une spécialité au Nègre. Dans la grande mascarade de la Civilisation de l&#8217;Universel  (conçu de toute pièces) , un costume sur mesure pour le Nègre. Réintégré (Ouf ?) dans l&#8217; Humanité, le Nègre.<br />
Certains, (pas des moins intelligents pourtant), s&#8217;en trouvent flattés et n&#8217;hésitent pas à chanter cette «&nbsp;<em><strong>émotion nègre</strong></em>», cette science particulière de l&#8217;univers qui, au Nègre, fait toujours faire, sans que jamais, il n&#8217;ait conscience de faire. Dans «&nbsp;<em><strong>le Grand Orchestre de l&#8217;Universel</strong></em>&nbsp;» l&#8217;Afrique occupera, c&#8217;est décidé, les sombres places&nbsp;: «&nbsp;<em><strong>Le rythme</strong></em> »(sic). Nous disons qu&#8217;il faut faire attention.<br />
<br /></p>


<p>Certains s&#8217;en trouvent flattés et n&#8217;hésitent pas à chanter cette «&nbsp;<em>émotion nègre</em>», cette science particulière de l&#8217;univers qui, au Nègre, fait toujours faire sans que jamais, il n&#8217;ait conscience de faire. Nous disons qu&#8217;il faut faire attention. Dans «&nbsp;<em>le grand orchestre de l&#8217;universel</em>&nbsp;» l&#8217;Afrique occupe les sombres places.<br />
L&#8217;Autre n&#8217;est pas  disposé à reconnaître un quelconque contrôle sur la «&nbsp;<em>sympathie</em> ».  Voyez vous, <strong>on demande au Nègre de  donner la main</strong> . il y aurait&nbsp;: l&#8217;innocence nègre et la prescience blanche qui a " vocation"  à la canaliser. <strong>Exotisme rime avec paternalisme</strong>. L&#8217;occidental en arrive à perdre de vue que cette innocence (si tant est qu&#8217;elle ait jamais existé) ne peut plus en être puisqu&#8217;elle  ne s&#8217;ignorerait plus et qu&#8217; allègrement ,elle est désormais cultivée (exploitée) par les «&nbsp;indigènes&nbsp;» mêmes.<br />
Au «&nbsp;<em>rendez-vous du donner et du recevoir</em> », l&#8217;occident vient (et repart) les mains vides et  l&#8217;Afrique se révèle manchot.<br />
<br /></p>


<p>L&#8217;aveu des organisateurs et responsables d&#8217;<em>Africa Remix</em> personnalité  sur la dimension "exotique" de l'offre plastique, n&#8217;est pas contrairement à ce qu&#8217;on pourrait penser une révélation.<br /></p>


<p>Il est clair qu&#8217;aujourd&#8217;hui les masques sont assumés, et derrière «&nbsp;<em>s&#8217;amorce le rire</em> ». Peut- être sommes nous à l&#8217;ère d&#8217;un exotisme nouveau. <strong>Une caricature de l&#8217;exotisme. Le meurtre du mensonge par le mensonge. La mise en scène de la mise en scène et son spectacle</strong>. L&#8217;ultime contribution de l&#8217;Afrique à la confusion actuelle de la définition du fait d&#8217;art. <br />
La tradition occidentale de PLATON (et son dialogue de l&#8217; <em>Hippias Majeur</em>), à DERRIDA, les illustres penseurs "mystiques" que furent PLOTN, AUGUSTIN, PSEUDO-DENYS..., les <em>"sciences" et philosophies "modernes"</em> de l&#8217;art de HEGEL, KANT, HUME, HEIDEGGER, etc. et  l&#8217;Esthétique de depuis BAUGMARTEN se sont tous employés avec la difficulté qu&#8217;on sait, à tenter de tailler un costume honorable au «&nbsp;<em>__</em>Beau<em>__</em> », assimilant tour à tour, outre les très hautes aspirations des catégories "sensibles" , le concept aux notions de <em><strong>Bien</strong></em>, <em><strong>Juste</strong></em>, <em><strong>Vrai</strong></em>, <em><strong>Utile</strong></em> ... <strong>Voici maintenant que l&#8217;artiste africain vient de construire la beauté du «&nbsp;<em>Faux</em> »</strong>(...)<br />
<br />
«&nbsp;<em>Aussi longtemps que les hommes ne seront pas complets et libres, assurés surs leurs jambes et la terre qui les porte, ils rêveront la nuit</em>&nbsp;» disait Paul NIZAN. Et de fait le Noir, plus que jamais, rêve. Sa plastique se joue des codes et sublime l&#8217;onirique. Une vitalité  extraordinaire qui laisse pantois l&#8217;art d&#8217;occident définitivement en panne (A croire que la maxime religieuse se vérifie en art :<em>Quand on a le ventre plein on ne peut communiquer avec les dieux&nbsp;; l&#8217;esprit est en sommeil&nbsp;; on ne rêve pas</em>). L&#8217;art d&#8217;époque  se veut une d&#8217;être une <strong>culture de la  surenchère !</strong> Et bien en la création africaine elle aura trouvé son meilleur disciple. Elle distord le champs exotique, le réinvente, le dynamise, le dynamite. Mais aussi semble t-elle ne pas arriver à s&#8217;en libérer et à initier un classique autonome.<br />
<br />
Dans la gigantesque mascarade digne d&#8217;une comédia del arte , que nous avons essayé de mettre en lumière, douloureuses pour l&#8217;"être " peuvent s'averer les concessions, et on arrive à se demander qui se joue de qui et quel accueil le jeu fait à l&#8217;urgence.<br />
La création africaine échoue se définir et à se trouver sa place, et aujourd&#8217;hui tout le monde peut se permettre d&#8217;en parler. Et ce qu&#8217;on en dit n&#8217;est jamais tout à fait innocent.
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<p><ins><strong>Du fourvoiement général  et de ses dangers</strong></ins><br />
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«&nbsp;<em><strong> Le chantier de démolition, la ruine, le décati, le désossé, le pillé, le bombardé, l&#8217;éventré, le dynamité, l&#8217;explosé</strong>, tout ceci pourrait bien représenter également l&#8217;espoir d&#8217;un maintien de la différence esthétique et <strong>un remède à la hantise d&#8217;un monde en voie d&#8217;uniformisation</strong>. Face à la vitrification et à l&#8217;enrobage d&#8217;un Nord  muséfié, le maintien à l&#8217;état de friche des villes paupérisées du Sud pourrait bien constituer un <strong><ins>refuge</ins> pour l&#8217;imaginaire</strong>, <strong>un espace de liberté et un terrain d&#8217;aventure dans lequel des Occidentaux auraient la possibilité de se ragaillardir.</strong></em>&nbsp;» Jean loup AMSELLE («&nbsp;L&#8217;afriche », <em>A.R.</em>)<br />
<br />
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<br /><br /></p>


<p>Il est indiscutable qu&#8217;il y ait une création du "<em><strong>Chaos</strong></em>"  dans l&#8217;offre contemporaine africaine. D&#8217;ailleurs la description très imagée que fait Monsieur AMSELLE, par exemple, de la "proposition" congolaise ne prend peut- être avec la réalité que des libertés poétiques:<br /></p>


<p>«&nbsp;<em>&#8230;C&#8217;est un véritable recyclage du </em>grunge<em>, du </em>destroy<em> et du </em>trash<em> qui nous est proposé, <strong>une sorte de fleur létale qui pousserai sur la décomposition avancée de cette mégapole</strong> d&#8217;Afrique centrale.(&#8230;)</em> <br />
<em>Kinshasa en tant qu&#8217;espace de décomposition avancée ne peut être apprécié que par des connaisseurs, des esthètes à même de jouir de l&#8217;exotisme de la pauvreté. (&#8230;) Un appel au tourisme désenchanté et dandy du XXIe siècle.</em> »<br /></p>



<p>«&nbsp;<em><strong>Les fleurs du mal congolais</strong></em>&nbsp;» font  indiscutablement partie de ces <strong>esthétiques de la névrose</strong>. Elles tendent à triompher et ce serait   une erreur de les négliger.<br />
Mais, <strong>il s &#8216;agit d&#8217;être prudent et de ne pas prendre le discours pour l&#8217;expression</strong> car, c&#8217;est là que l&#8217;exotique en embuscade nous retrouve.<br />
Dès qu&#8217;on passe de la pure description à une certaine herméneutique, des mirages décidément tenaces resurgissent. L&#8217;irruption normative et le formalisme restent critiques.<br />
<br />
L&#8217;analyse de Jean Loup AMSELLE qui est un observateur patenté de la production africaine est aussi <strong>La demande occidentale</strong> ( c&#8217;est là que le bât blesse, car, comme nous l&#8217;avons montré plus haut, la création africaine ne peut, parce que n&#8217;en ayant pas les moyens, ignorer la demande et, est forcée de s&#8217;y conformer au point de croire que cette demande est sa proposition à elle).
Il est normal de se féliciter du maintien de la «&nbsp;<em>différence esthétique</em> ». il est regrettable de voir les contours de cette «&nbsp;différence&nbsp;» être définitivement tracés dans des archétypes qui finalement ne prennent pas trop de distance avec ceux esquissées par l&#8217;ethnologie " sauvage" africaniste dont nous avons déjà eu à parler (cf&nbsp;: <em>"ART", NEGRE&#8230; les approches occidentales du couple</em>). Ce sont les archétypes de l&#8217; <strong>éclatement</strong> et du <strong>naïf</strong> entre autres.<br />
Que Jean Loup AMSELLE soit lui même anthropologue n&#8217;est peut être pas étranger au fait. D&#8217;ailleurs la remarque présentée plus haut ressemble beaucoup à celle que le «&nbsp;<em>père fondateur</em>&nbsp;» de la discipline, Bronislaw MALINOWSKI  émettait déjà il y a une quarantaine d&#8217;années:<br />
«&nbsp;<em> <strong>L&#8217;un des <ins>refuges</ins> hors de cette prison mécanique de la culture est l&#8217;étude des formes primitives</strong> de la vie humaine, telles qu&#8217;elles existent encore dans les sociétés lointaines du globe. L&#8217;anthropologie, pour moi du moins, était une <strong>fuite romantique loin de notre culture standardisée</strong>.</em>» <br />
Un "<em>Nègre lâché</em>" nous avait prévenu&nbsp;: «&nbsp;<em>tous les anthropologues disent presque toujours les mêmes choses</em> .»<br /></p>


<p>Si cette déclaration avait alors, été beaucoup reprochée à MALINOWSKI, il semblerait que la chose soit mieux admis aujourd&#8217;hui et qu&#8217;elle coule de source quand il s&#8217;agit de parler des arts d&#8217;ailleurs. <br /></p>


<pre></pre>

<p><em><strong>REFUGE</strong></em> , voilà donc le danger qui guette la création africaine.<br />Ce qui  devrait  rester v&#339;ux pieux devient une suggestion. Le rapport de force déséquilibré termine de le transformer en imposition. <br />
Nous disons que La création africaine n&#8217;a pas vocation à distraire ou à régénérer celle là occidentale ( et même si cela devait être le cas, ce qui ne serait que chose louable, il faudrait laisser à la création le soin de dire en quoi elle doit l&#8217;être ). <br />
<br />
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<br />
Analysons maintenant quelques uns des aspects de la dangerosité de ce raisonnement.<br /></p>



<p><strong>Objectivation</strong>, <strong>Simplification</strong>,  <strong>Hiérarchie </strong> sont les fruits du  narcissisme exacerbé et du " <em><strong>déficit d&#8217;innocence</strong></em>" <br /></p>


<p>L&#8217;exotisme participe de la démarche de générale de rationalisation de l&#8217;autre caractéristique de l&#8217;occident. Une chosification de l&#8217;être en les enfermant dans des schèmes  clos et abstraits. FANON l'a bien compris, lui qui, dans son intervention au premier <em>Congrès des Ecrivains et Artistes Noirs</em> (Paris, setembre1956), met en garde&nbsp;: «&nbsp;<em><strong>l&#8217;exotisme est une des formes de cette simplification.</strong></em> »<br /></p>

<pre></pre>

<p>L&#8217;africain ne s&#8217;écoute plus. Il met en sourdine son "élan intérieur". Il est obligé pour être à l&#8217;affiche dans les salles occidentales, de continuer à produire l&#8217;exotique. Les conflits intérieurs qui peuvent en résulter ne sont pas assez, de notre point de vue, pris en considération.<br /></p>


<p>Le point de vue de Jean Loup AMSELLE est foncièrement différent de celui exprimé par NJAMI qui voyait en l&#8217; Offre Exotique la manifestation du «&nbsp;<em></em><strong>silence</strong><em></em>&nbsp;» africain qui est lui même révélateur criard d&#8217;une Afrique meurtrie, rétrécie, réticente à s&#8217;offrir, incapable de se livrer. L&#8217;Afrique du «&nbsp;chaos&nbsp;» qui se cherche, et qui en attente de la «&nbsp;métamorphose », joue à se défiler. Une Afrique qui tire la langue, une Afrique définitivement insaisissable.<br /></p>


<p>Le point de vue l&#8217;anthropologue fait du défilement une <em><strong>errance</strong></em>, et de l&#8217;errance en une sorte de <em><strong>vocation</strong></em>. Voici qu&#8217;on voit en l&#8217;art contemporain africain le ferment de la culture occidentale. Nous retrouvons la donne ethnologique qui n&#8217;est jamais réellement totalement et  ouverture innocente sur l&#8217;autre, mais toujours pensée de soi&nbsp;; qui n&#8217;est jamais démarche désintéressée et par delà "scientifique", mais application sur un sujet «&nbsp;passif&nbsp;» de présupposés   fantasmatiques. François LAPLANTINE dirait :«&nbsp;<em><strong>&#8230;dans tous les cas, l&#8217;autre n&#8217;est pas considéré pour lui même. C&#8217;est à peine si on le regarde. On se regarde en lui</strong></em> .»<br /></p>


<p>AMSELLE ne fait d&#8217;ailleurs guère mystère des aboutissants de ce qui est généralement le rapport occidental à la création africaine. Dans le quatrième de couverture de l&#8217;ouvrage qu&#8217;il consacra à l&#8217;art contemporain africain&nbsp;: <em><strong>L&#8217;art de la friche</strong></em> (titre éminemment bien choisi), il présente son parti pris en ayant soin de prévenir&nbsp;: «&nbsp;<em>Il s&#8217;agit moins ici de réfléchir aux qualités proprement esthétique de l&#8217;art africain, que de délimiter, à travers celui-ci, la place qu&#8217;occupe l&#8217;Afrique dans notre imaginaire</em> ».<br />
Et si cette approche échouait à aménager un séjour à une connaissance scientifique réelle (obligatoirement auto-  référencée des différentes formes d&#8217;expression du continent africain) des particularismes africains&nbsp;? La pensée réelle de l&#8217;esthétique dans tout ce qu&#8217;elle a de fondamentale, nous semble niée.  <br />
<br />
Marie-Laure BERNADAC, Conservatrice en chef du patrimoine, chargée de l&#8217;art contemporain au Musée du Louvre,  prend pour acquis, dans son introduction au catalogue&nbsp;: («&nbsp;«L&#8217;aventure ambiguë» de l&#8217;art contemporain africain», <em>A.R.</em>) les spéculations de AMSELLE.<br />
La Commissaire adjointe de l&#8217;exposition revisite dans sa contribution, les thèmes de «&nbsp;<em>l&#8217;esthétique du divers</em> », «&nbsp;<em>métissage</em> », «&nbsp;<em>syncrétisme</em> », «&nbsp;<em>hybridité</em> », «&nbsp;<em>régénération</em> », «&nbsp;<em>fraîcheur</em>&nbsp;» définitivement plaqués sur l&#8217;art contemporain africain et restitue en l&#8217;état, le postulat de Jean- Hubert MARTIN («&nbsp;La réception de l&#8217;art africain contemporain et son évolution », <em>A.R .</em>) qui de L&#8217;exotisme, fait&nbsp;: «&nbsp;<strong><em>l&#8217;alter ego de toute identité</em></strong> ». <strong>Cela à n&#8217;en point douter est une réduction. De la cécité et de la démission critique</strong>. Tant qu&#8217;on rechignera à vouloir saisir en profondeur  les facteurs réels, historiques et psychologiques qui font la création africaine, il se développera dans la mesure de "l&#8217;art  des autres", un discours en tout point analogue à celui que sanctifia les sciences sociales pures, vide, relatif, dirigé, décentré, infondé.  Et nous restons gentils. Il ne reste plus à l&#8217;observateur occidental qu'à intégrer ce qui suit dans sa superficialité et dans sa superficialité seulement&nbsp;: «&nbsp;<em><strong>L&#8217;Afrique est le lieu par excellence du mélange, de l&#8217;impureté,  et ce qui est mis en pratique dans le domaine de la musique et de la danse existe aussi dans les arts visuels</strong></em>.» (sic!)<br />
Pourquoi cette assertion nous rappelle-t-elle, avec autant d&#8217;insistance, cette autre ?:<br />
«&nbsp;<em><strong>L&#8217;Afrique est le paradis naturel de la cruauté&#8230;</strong></em>&nbsp;» <br />
Stephen SMITH est un grand «&nbsp;connaisseur&nbsp;» de l&#8217;Afrique, amateur de l&#8217; «&nbsp;exotisme de la pauvreté&nbsp;» et du «&nbsp;tourisme désenchanté et dandy ». Et pour le plus grand malheur des Africains, il a une carte de journalisme et est un des auteurs les plus lus chez lui (Prix Radio France 2005).<br />
De la «&nbsp;<em><strong>masturbation avec le sexe des autres&#8230;</strong></em> ». <strong>Blanc regard&#8230;.</strong><br />
<br />
Si, comme Madame BERNADAC nous le rappelle,«&nbsp;<em>tout un pan de l&#8217;art contemporain international revendique aujourd&#8217;hui ouvertement <strong>une forme de sauvagerie ou de régression archaïque</strong> </em> », il n&#8217;est pas sûr que ce soit là la démarche des artistes africains. <strong>Ceci est très important</strong>. Nous pensons même, ne pas aller trop loin, en disant que la revendication (si tant est qu&#8217;il y en ait une, raisonnée, assumée, conscience d&#8217;en être) est complètement à l&#8217;opposé de l&#8217;approche qu&#8217;en a généralement la. Et tout le problème est là. L&#8217;écart  gigantesque entre les angles de visions, entre les motivations réelles et les diverses interprétations, entre les causes et les discours&#8230; Entre l'Afrique et l&#8217;Occident.<br /></p>


<p>Il s&#8217;agit de bien comprendre N&#8217;JAMI quand il parle du «&nbsp;Chaos ».<br />
<strong>La question de l&#8217;identité est réelle&nbsp;; mais elle n&#8217;est plus tant liée à la personne de l&#8217;artiste qu&#8217;à l&#8217;art lui même</strong>.<br /></p>


<p>L&#8217;Humanisme occidental et son bras armé scientifique et théorique se manifeste ici sous ses aspects les plus "<strong><em>culturicides</em></strong>". FANON alerte contre  cette  lecture réductrice qui consacre une insidieuse hiérarchie :<br /></p>


<p>«&nbsp;<em>Dès lors aucune confrontation culturelle ne peut exister. <strong>Il y a d&#8217;une part, une culture à qui l&#8217;on reconnaît des qualités de dynamisme, d&#8217;épanouissement, de profondeur</strong>. Une culture en mouvement, en perpétuel renouvellement. <strong>En face on trouve des caractéristiques, des <ins>curiosités</ins>, des choses, <ins>jamais une structure</ins></strong> </em> »<br /></p>

<pre></pre>

<p>Un refuge!<br />Un certain esprit qui se veut, qui se croit rationnel tend à figer définitivement les manifestations des autres cultures dans des schèmes non centrés. Ce manque de tact se double, et c&#8217;est certainement le plus grave d&#8217;une sorte de <strong>suggestion</strong> (pour ne pas dire <strong>imposition</strong>.) feinte ou latente. La suggestion en l&#8217;occurrence pour "L"&#8217;art contemporain africain est celle par laquelle Monsieur AMSELLE définit les manifestations de la chose&nbsp;: <em><strong>une production de la friche</strong></em>&nbsp;: «&nbsp;<em>lieu alternatif, espace intermédiaire, site abandonné (&#8230;) La friche tire sa vitalité des <strong>ruines</strong> </em> ». Toujours cette esthétique de la ruine, du désordre, du naïf, du "<em>déboussolement</em>", du «&nbsp;naturel&nbsp;» qui plait tant à l&#8217;observateur occidental et que celui ci, depuis HEGEL, est persuadé d&#8217;être caractéristique du faire «&nbsp;primitif&nbsp;» ou d&#8217; «&nbsp;ailleurs&nbsp;» et qu&#8217;il ne semble plus se défendre de traquer avidement. <br /></p>


<p>La création africaine n&#8217;ayant de toute évidence ni les moyens ni la volonté ni le courage de contredire la «&nbsp;<em>suggestion</em> », ne peut se défaire du "<em><strong>prêt- à- faire</strong></em>" pensé sur mesure pour elle. Elle répond (sauf rares exceptions) par la positive à la demande générale (qui est aussi l&#8217;attente) du public occidental et confirme et satisfait les axiomes du délire «&nbsp;scientifique&nbsp;» de l&#8217;intelligentsia africaniste. L&#8217;absence d&#8217;une philosophie, d&#8217;une théorie autocentrée, arrange la chose. Cette  situation permet l&#8217;assise et le triomphe du point de vue occidental, et voici que le fantasme, définitivement, s&#8217;installe en vérité non discutée. <br />
<br />
<br />
Ainsi relégué au rang de <strong>culture sans consistance</strong> sinon «&nbsp;<em>par rapport à</em> », <strong>une sous- culture</strong> de  la distraction sans projet autre  que  celui que lui confère le regard de l&#8217;Autre, et incapable de se sortir de ce schème, la création africaine tend à se figer. Le manque d&#8217;auto- référentiation rend ainsi l&#8217;initiative africaine vide de substance. L&#8217;exotisme devient une institution, L&#8217;âge mûr du fait colonialiste. Un mécanisme de domination qui annule tout élan vers une production efficiente de son être et inscrite dans un programme. <strong>L&#8217;exotisme  consacre une certaine hiérarchie des caractéristiques socioculturels</strong>.<br />
Il s&#8217;agit là d&#8217;une forme de meurtre culturel qui s&#8217;ignore jusque dans sa rhétorique auto- justificative et dont les  conséquences les plus inattendues sont de l&#8217;ordre de la névrose (nous reviendrons sur les esthétiques de la névrose).<br />
<br />
Le jour viendra où il nous faudra questionner sérieusement cette foie universaliste qu&#8217;affichent (peut&#8211;être, et nous sommes prêts à ne pas en douter, avec la plus bonne volonté; mais sûrement avec beaucoup d&#8217;économie critique) nos cher spécialistes. <strong>Donner un sens réel au concept «&nbsp;Métis »</strong>.<br />
L&#8217;occident quand il croit discuter avec les autres ne continue en fait que son habituel monologue. Forçant l&#8217;autre à dire ce qu&#8217;il veut entendre, <strong>l&#8217;occidental s&#8217;écoute parler</strong>. Il continue à se fourvoyer en croyant s&#8217;être fait un ami tout à fait original. <strong>Cet aveuglement s&#8217;organise en un mécanisme non assumé de bridage, inhibiteur de l&#8217;originalité et  profondément dangereux pour l&#8217;altérité</strong>. C&#8217;est encore NJAMI qui en parle le mieux&nbsp;: <br /></p>


<p>«&nbsp;<em><strong>Nous en sommes arrivés à un point où l&#8217;on refuse le discours d&#8217;un Africain quand on le juge incompatible avec les idées et les visions qu&#8217;on s&#8217;est faites de l&#8217;Afrique</strong></em> ». (Africultures n°5)<br /></p>


<p>Les différentes institutions de recherche&nbsp;: CNRSS, EHESS  sont la caution morale de cette idéologie. La somme impressionnante d&#8217;ouvrage qui paraît de spécialistes de tout bords d&#8217;une l&#8217;Afrique qui vit de plus en plus dans sa propre amnésie, (tous formés à l&#8217;école africaniste) sur les différents sujet, sont de véritables armes de destruction massives des mentalités innocentes blanches et noires. Les  propriétaires de salles, directeurs d&#8217;espace d&#8217;exposition et autres producteurs finissent de décourager  toute proposition qui défie les canons de ce qui communément est désormais admis comme "africain".<br /></p>


<p><strong>Cet entêtement témoigne de l&#8217;incapacité chronique et inquiétante de l&#8217;Occident  à initier une approche innocente vis à vis de l&#8217;Autre qui se manifeste dans la volonté de toujours vouloir appliquer sa grille de pensée . </strong>
<br />
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<br />
<ins><strong>Pour une création africaine</strong></ins><br /></p>

<pre>« <em>Mon peuple&#8230; Quand donc cesseras-tu d&#8217;être le jouet sombre</em>
<em>Au carnaval des autres Ou dans les champs d&#8217;autrui L&#8217;épouvantail désuet&#8230;</em> »Aimé CESAIRE<br /></pre>

<p><br />
<strong>Comment l&#8217;exotisme perverti tout</strong> <br /></p>

<pre>« <em>Je vous reproche l&#8217;Europe à vous autres Européens</em> 
<em>et <strong>aux Africains, je reproche le folklore.</strong></em> »
Sony Labou TANSI</pre>


<p>La poésie moderne africaine est rentrée avec grand fracas dans l&#8217;univers de l&#8217;esthétique et l&#8217;a révolutionné, mais la même langue qui consacra la chose  <em>révolution</em>, allait, ses contours définis en extraire la substance. D&#8217;autres mieux que nous ont fait  le procès de la <em><strong>fixité</strong></em> de la névrose raisonnée qui  fit  «<em> faire de la négritude</em>&nbsp;»  sans «&nbsp;<em>parler du Nègre</em> ».<br />
La Négritude allait finir de rejoindre le rang de toutes les crispations niées. Puis la longue nuit que furent les indépendances, les incessantes déchirures nationales et humaines enfantèrent d&#8217;un autre monstre. La contagion exotique dont la création noire échoue aujourd&#8217;hui encore à se dépêtrer.<br />
Mongo BETI en parle sous ces termes :«&nbsp;<em>L&#8217;Afrique suscite un <strong>romantisme de la souffrance</strong>, et la plupart des écrivains se sont jetés éperdument dans ce cliché, s&#8217;emprisonnant eux mêmes dans un genre dont certains commencent a peine a se défaire</em>&nbsp;» <br />
La littérature du «&nbsp;<em>tout va mal</em>&nbsp;» et ses penchants, celles du «&nbsp;<em>tout danse</em> », du «&nbsp;<em>tout baise</em> », du «&nbsp;<em>tout éclat de rire</em> », et celle du «&nbsp;<em>et nous nous en foutons</em> ». Cette <em>"lit-et-rature"</em> dont les tenants sont seuls abonnés aux plateaux- télé et aux rayons "Afrique" des "grandes" librairies.<br />
Il faut dire que l&#8217;occidental moyen ignore (dans le double sens de méconnaître et de nier) l&#8217;existence de toute littérature en dehors du champ exotique. Les auteurs n&#8217;ont d&#8217;autres choix que d&#8217;entretenir le seul public qu&#8217;ils ont , et font allègrement dans la surenchère du carnavalesque. Une production qui donne dos à l&#8217;Afrique. Nous en arrivons à la sanction sans appel de Kossi EFOUI&nbsp;: «&nbsp;<em><strong>Pour moi, la littérature africaine est quelque chose qui n'existe pas.</strong></em> »<br />
Le Hip- Hop est sujet à la pire des manifestations de la gangrène exotique. Sa manifestation contemporaine née des configurations sociale, morale et économique, problématiques de la grande ville et sur laquelle nous reviendrons dans un prochain sujet.<br />
Les arts appliqués et décoratifs n&#8217;échappent pas à la perversion. <strong>Une réédition et surexploitation indécente de formes et de signes creux</strong>, qui n&#8217;ont d&#8217;africain que ce que "l&#8217;éducation" mentale,  l&#8217;aridité intellectuelle et peuvent encore  nous amener à y voir. Une monstruosité.  <strong>"L&#8217;ethnique", un mot qui devrait faire hurler d&#8217;horreur  n&#8217;importe quel Africain</strong>. «&nbsp;<em><strong>La masturbation avec le sexe des autres</strong></em>&nbsp;» n&#8217;est pas le propre du Blanc.<br />
Nombreux sont les apports africains  qui furent interprétés avec tout le sérieux et la rigueur auxquels invite l&#8217;acte créatif, par l&#8217;élite artistique occidentale, et qui donnèrent le jours aux solutions plastiques qu&#8217;on sait. Que les Noirs, les premiers, s&#8217;en étonnent et soient incapables d&#8217;y déceler l&#8217;empreinte de cultures africaines est symptomatique du conditionnement entretenu par des années d&#8217;expansion dans la culture exotique et  de l&#8217;amnésie d&#8217;eux même qui inévitablement en résulte.<br />
<br />
<img src="http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/bof/imasque.jpg" alt="" /><br /><em>La robe de mariée Jean-Paul Gaultier, véritable évênement du défilé "Eté 2005"</em><br />
<br /><br />
La vérité est d&#8217;abord ceci&nbsp;: <strong>l&#8217;idéologie colonialiste ayant décidé que la maladresse était caractéristique du  "faire" noir&nbsp;; voilà que les Noirs l&#8217;ont intégré et mettent un point d&#8217;honneur à l&#8217;élever à son plus haut niveau d&#8217;expression</strong>. Une absurdité. L&#8217;esthétique des écorchés vifs.<br />
Dans l&#8217;esprit même des générations de noires nées et ayant grandi dans le contexte occidental, et pas seulement dans les banlieues des grandes villes, l&#8217;exotique triomphe.<br />
Un attachement forcé, bancal et maladroit à ce qui est le passé que l&#8217;Afrique n&#8217;a jamais connu que dans l&#8217;imaginaire des civilisateurs. L&#8217;originalité. Une autre monstruosité.<br />
Il s&#8217;agit de pas prendre l&#8217;UN pour le TOUT et de ne pas couper la forme de la pensée. Peu rechignent à se mettre en prise, dans l&#8217;expression artistique, avec le présent. <strong>A aucun moment «&nbsp;l&#8217;effort ne réinterprétation&nbsp;» n&#8217;est amorcé</strong>.<br />
<strong>Aussi faut il craindre que l&#8217;africain ne continue à s&#8217;éloigner de l&#8217;Africain</strong>.<br />
<br />
<br />
La corruption exotique est complexe à saisir. Elle joue de ses masques. Elle réapparaîtra au c&#339;ur même de "l&#8217;engagement"    au moment où le Nègre  décidera  de parer au diktat du paradigme culturel occidental. Frantz FANON l&#8217;analyse ainsi parlant " l&#8217;habillage" et de l&#8217; "à côté " de la création poétique qui par ailleurs était bien dirigée: <br />
«&nbsp;<em>Lorsque parvenu à l&#8217;apogée de la rut avec son peuple quel qu&#8217;il fût et quelque qu&#8217;il soit, l&#8217;intellectuel décide de retrouver le chemin de la quotidienneté , il ne ramène que des formules infécondes. <strong>Il privilégie les coutumes, les traditions, les modes d&#8217;apparaître et sa quête forcée, douloureuse ne fait qu&#8217;évoquer une banale recherche d&#8217;exotisme</strong> (&#8230;). Le boubou se trouve sacralisé (&#8230;).</em> <br />
<em>Retrouver son peuple c&#8217;est quelquefois dans cette période vouloir être nègre, non pas un nègre comme les autres mais <strong>un véritable nègre, un chien de nègre, tel que le veut le Blanc</strong>&#8230;</em>&nbsp;» (Les Damnés de la terre)<br />
<br />
<strong>Quel est réellement l&#8217;espace qu&#8217;occupe le «&nbsp;<em>boubou</em>&nbsp;» dans le créatif africain. Celle que le Noir lui réserve ou celle que l&#8217;Autre lui a aménagé ?</strong>
<br /><br />
ADOTEVI renchérit quand il précise dans son incontournable <em>Négritude et Négrologue</em>, que quoi qu&#8217;ils y fassent&nbsp;: «&nbsp;<em>force est donc est de constater que, (&#8230;) <strong>les hommes de «&nbsp;tiers monde&nbsp;» qui cherchent à définir l&#8217;originalité de leur culture prolongent en fait, et souvent consciemment , une démarche idéologique d&#8217;origine purement et simplement occidentale</strong></em>. »<br />
<br /></p>


<p>Une fois encore, loin de nous l'envie de refaire ici, le procès des errances de l&#8217;"<em><strong>originalité</strong></em>" et de" l&#8217; <strong>authenticité</strong>", dont  la plus haute expression se réduira à un pauvre <em>bonnet léopard</em>. Voilà un bien triste manifeste. Que le Nègre lise FANON, qu&#8217;il s&#8217;abandonne aux turbulentes analyses d&#8217;ADOTEVI.<br /><br /><br />
<img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/X/exo/exo4.jpg" alt="" /><br /><em><strong>Oyé Oyé</strong></em>,2002, Michèle MAGEMA (<em>Africa Remix</em>)</p>


<p><br /><br />
Il est intéressant  de noter qu&#8217;inévitablement tous les grands courants  artistiques sombrent dans la routine exotique. Peut- être est- ce du à la difficulté (cadeau de l&#8217;histoire) pour le Noir de se déprendre du fait Blanc. Comment freiner la dérive exotique&nbsp;? Est il réellement impossible de l&#8217;éviter au sein d&#8217;une esthétique de la ré- action&nbsp;? Est il envisageable d&#8217;initier une création qui ne soit pas une du "rapport"&nbsp;? N&#8217;est on pas tout simplement condamné comme dirait  Jean- Hubert MARTIN  à être toujours exotique pour l&#8217;autre&nbsp;? Toutes ces interrogations sont ô combien lancinantes pour le Noir, et <strong>bien trop souvent, il choisit de vivre dans leur négation</strong>.<br />
<br />
<br /></p>


<p><strong>Quand l&#8217;Africain s&#8217;adresse à l&#8217;Autre, il est obligé d&#8217;utiliser son code pour se faire comprendre de lui. Il est obligé de satisfaire à une attente. De fait, il n&#8217;est pas dans le juste . S&#8217;adresser à l&#8217;Autre conduit à produire l&#8217;exotique</strong>.<br />
<strong>Quand l&#8217;africain s&#8217;adresse à l&#8217;africain il est «&nbsp;<em>naturel</em> », il ne compose pas. Il est juste. Il transpire la vérité. Il EST africain. S&#8217;adresser à soi, c&#8217;est être juste</strong>.<br />
<br />
<br />
Qu&#8217;est - ce qui mieux que cette réflexion de  Hassan MUSA &#8211; qui  en  2000 refusa de  participer à l&#8217;exposition «&nbsp;<em>Partage d&#8217;exotismes</em> »- pourrait résumer notre propos&nbsp;:
«&nbsp;<em> <strong>L&#8217;art africain est un énorme malentendu éthique</strong> et j&#8217;essaie  d&#8217;en profiter sans l&#8217;aggraver mais cela ne me laisse q&#8217;une étroite marge de man&#339;uvre. Moi, artiste né en Afrique, n&#8217;ayant aucun enthousiasme à porter le fardeau de l&#8217;artiste africain, je sais que <strong>les seules  occasions qui m&#8217;ont permis de présenter mon travail au public en dehors de l&#8217;Afrique sont des occasions de  type «&nbsp;ethnique&nbsp;» où d&#8217;autres m&#8217;attribuent le rôle de «&nbsp;l&#8217;autre africain&nbsp;» dans des lieux conçus pour ces rituels saisonniers où <ins>une certaine Afrique</ins> est «&nbsp;à l&#8217;honneur ».</strong> Cette situation qui ne manque pas d&#8217; <strong>ambiguïté</strong> me donne l&#8217;impression d&#8217; <strong>être un otage de cette machine étrange qui intègre les artistes nés en Afrique dans le monde de l&#8217;Art tout en les maintenant dans une catégorie à part</strong> </em> »(...) («&nbsp;Lettre à Jean- Hubert MARTIN », <em>Partage d&#8217;exotisme</em> )<br />
<br />
C&#8217;est heureux d&#8217;avoir le point de vue aussi lucide d&#8217;un artiste africain sur la mascarade qu &#8216;est l&#8217;exotisme. Il est des esprits qui ne sont nullement dupes de la comédie qui se joue.<br />
Et David ELLIOT de  continuer à citer  l&#8217;artiste qui s&#8217;oppose aux «&nbsp;<em>...<strong>attentes de l&#8217;esthétique européenne qui poussent les Européens à s&#8217;inventer leur propre art africain. <ins>Un art africain que les Africains ne voient jamais</ins></strong>, car cet art est souvent produit en Europe pour les Européens qui le collectionnent, l&#8217;exposent et en font un objet de réflexion artistique.</em> »<br />
Hassan MUSA vient, à la suite de TANSI, de définir ce qu&#8217;est l&#8217;exotisme&nbsp;: <strong>Une production dirigée, la création "par rapport à l&#8217;Autre"</strong>.<br />
Comment donc sortir de cet «&nbsp;univers où le langage de bois règne et où le mot devient cadavre&nbsp;? » (Kossi EFFOUI).<br />
<br /></p>


<p><strong>Il s&#8217;agit certainement pour l&#8217;Autre qui se veut en quête de l&#8217;Afrique, de l&#8217;Afrique vraie, de guetter les "moments de vérité".</strong> Il lui faut beaucoup de tact et de discrétion  pour laisser être l&#8217;Africain. Il ne lui faut surtout être prêt à prendre ce qui va lui être donné.<br />
<strong>L&#8217;Africain qui veut couper avec l&#8217;exotique, devra destiner son propos en priorité à l&#8217;Africain.</strong> Il se montre ainsi respectueux de son soi propre. Il scelle la réconciliation avec son "être" et est honnête avec l&#8217;Autre. Ce projet est bien évidemment de l&#8217;ordre de l&#8217;utopique, les sédimentations des faits de l&#8217;histoire et la difficulté des rapports ayant considérablement compliqué les choses.
<br />
<br />
<br />
<strong>De la nécessité de "libérer" le Nègre</strong><br /></p>

<pre>« <em>L&#8217;Afrique avait sans doute beaucoup à dire mais on a fait <strong>âme basse</strong> sur elle.</em> 
<strong><em>Maintenant, pour des raison de salut, il faut qu&#8217;elle parle, qu&#8217;elle surprenne&#8230;</em></strong> » 
Sony Labou TANSI (<em>Revue Equateur</em> N°1-2)</pre>


<pre>« <em> Il est temps, maintenant, d&#8217;être Nègre. Vraiment</em>. »
Stanislas Spero ADOTEVI<br /></pre>


<p>Sony Labou TANSI  invite l&#8217;Afrique à rompre le «&nbsp;<strong><em>silence</em></strong> ».<br />
Pour mettre fin au délire de ceux qui depuis toujours parlent «&nbsp;<em>en son nom, à sa place, avec sa voix</em> ».<br />
Comme dirait Aminata Dramane TRAORE il faut arriver à «&nbsp;désintoxiquer l&#8216;imaginaire occidental&nbsp;» et de l&#8217;amener à un rapport  innocent à l&#8217;Afrique. Cela n&#8217;est pas tache facile.<br />
Pour l&#8217;artiste il s&#8217;agit d&#8217;être entièrement et de nier «&nbsp;l&#8217;attente ». Peut- être en arriverons nous à cette rupture brusque qui permettra d&#8217;établir enfin un rapport neuf, juste et honnête. L&#8217;Afrique a le challenge d&#8217;initier <strong>une création nouvelle</strong>, un cran au dessus de ce que FANON appellerait&nbsp;: «&nbsp;<em>Les structures abêtissantes et infantilisantes qui infestent les relations entre le colonisé et le colonisateur</em> ». <br />
Il est primordial qu&#8217;on saisisse la place de la création dans toute construction "nationale".C&#8217;est par là même - le discours sur  l&#8217;absence, l&#8217; inefficience et de par là l&#8217;infériorité du fait d&#8217;art noir (tous ces délires qui se perpétuent aujourd&#8217;hui sous formes plus ou moins déguisées)- que sont arrivées les plus profondes atteintes à l&#8217; "humanité"  noire. Les ruses de la rhétorique, les tournures de l&#8217;esprit , tous les agencements intellectuels qui sont autant de nouveaux masques ne suffisent pas à cacher le legs dans les mentalités blanches et noires des GOBINEAU, HEGEL etc.<br /></p>


<p><em>Homme de la terre, homme de la joie, homme de la nature, homme de la liberté, &#8230;</em> <br /></p>


<p>Le moment est venu de ne plus participer à cette mascarade. Tous les arts sont concernés&nbsp;: Plastique, lettres, musique, spectacles vivants, danse,&#8230; Il faut une renaissance du «faire» africain qui passera nécessairement par une conscience d&#8217;elle même et qui devra être (c&#8217;est la condition de son efficience) dirigée vers l&#8217;Afrique (cela consacrera son originalité vraie et permettra une intégration dans le dynamisme universel). Il faudra, c&#8217;est important  un programme. L&#8217;histoire a montré qu&#8217;il faut pour chaque esthétique, chaque révolution ses théoriciens.</p>


<p>Nous parlons bien du «&nbsp;<em>dépassement  idéologique de la problématique coloniale, c&#8217;est à dire occidentale</em>&nbsp;» que suggère ADOTEVI&nbsp;; la «&nbsp;<em>compréhension intuitive de valeurs non occidentales</em>&nbsp;» n&#8217;y suffisant plus.<br />
Il s&#8217;agit d&#8217;en arriver à cette «&nbsp;<em>élaboration nouvelle où les cultures des peuples du «&nbsp;tiers monde&nbsp;» seraient perçues <strong>non plus d&#8217;un point de vue réducteur, mais dans la signification qu&#8217;elles se donnent elles même</strong></em> ». Si dans ces passages l&#8217;auteur a en tête un retournement de la donne anthropologique, il faut dire qu&#8217;en ce qui concerne l&#8217;approche des arts le démarche ne peut être que la même.<br />
«<em> On ne peut parvenir à un véritable discours théorique  qu&#8217;en minant définitivement «&nbsp;la certitude de soi&nbsp;» de l&#8217;Occident par </em>une praxis  qui libère complètement notre espace conceptuel <em>(artistique  compris&#8230;)</em> de ce regard idéologique et aliénant qui destine  à l&#8217;extérieur  toute recherche sur l&#8217;Afrique<em></em> »<br /></p>


<p>Encore et toujours, c&#8217;est de déconstruction qu&#8217;il est question. <br /></p>



<p>La difficulté est que la demande de l&#8217;Occidental n&#8217;est plus aujourd&#8217;hui aussi grande que l&#8217;offre même de l&#8217;africain. Le créateur africain est devenu le principal pourvoyeur d&#8217;exotique. En effet il a choisi de faire du  «&nbsp;mensonge&nbsp;» son fond de commerce. Il travaille ainsi résolument contre lui. Les gains pécuniaires ne réussiront pas à combler le vide intérieur et le préjudice à la perception du «&nbsp;noir ».<br /></p>


<p>Il urge que l&#8217;Africain définitivement se reconstruise cette  personnalité nouvelle, positive et efficiente qui transcende les  intérêts et évolue en marge de toutes les tentatives de simplification. Nous pressentons que cette révolution dans les arts nécessitera des sponsors pour passer outre le puissant mécanisme de bridage dont les Noirs eux mêmes aujourd&#8217;hui tiennent les rouages. <br />
<br /></p>

<pre></pre>

<p>Les arts anciens africains ne sont pas exotiques pour le sou, parce conçus pour les besoins de la société africaine et destinée à celle ci. Elle devient ainsi complètement intéressante pour L&#8217;Autre parque réellement "originale". Malheureusement, celui ci continue à ne vouloir y traquer que lui même. Au contraire l&#8217;art contemporain africain tend à s&#8217;adresser directement et souvent uniquement ( tant qu&#8217;elle se sait art et se travaille à être  reconnu art ) à l&#8217;autre et fait en plein dans le cliché et s&#8217;éloigne de la vérité. <br /></p>


<p>Oui l&#8217;exotisme est partout et corromps tout. Il faut le traquer, le déconstruire et le retourner, sinon la nier.  Pour qu&#8217;enfin la création africaine trouve «&nbsp;son propre lieu ».<br /></p>


<p><br />
<br /><strong>Sé</strong> pour le GRDPEA<br /></p>


<p><br />
<br />
<br />
Notes:<br /></p>


<p>Bien évidemment les mots «&nbsp;exotique&nbsp;» et «&nbsp;exotisme&nbsp;» n&#8217;ont ici que le sens que nous leur donnons.<br /></p>


<p>La volonté de cette réflexion est de mettre la lumière la tendance (même inconsciente) chez l&#8217;Africain à privilégier en art comme ailleurs, les «modes d&#8217;apparaître» au détriment des modes d&#8217;être. Et la vraie question à se poser est la suivante&nbsp;: «&nbsp;<em><strong>Pourquoi tout ce que fait l&#8217;Africain est bon ?</strong></em> ». Les horizons que peuvent ouvrir une tentative de réponse à cette interrogation ne sont pas à négliger.<br /></p>


<p>Ceci est une généralisation. Nous croyons que, "dépouillée", l&#8217;exotisme (<em>d&#8217;angle africain</em>) est un courant artistique qui a sa place à coté de la Vérité. Elle (l&#8217;exotisme) ne deviendra pertinent comme expression qu&#8217;à la lueur de ce que nous appellerons «&nbsp;le véridique ». Nous voulons dire par là qu&#8217;il faut que le choix soit vraiment possible. <strong>Exotisme n&#8217;est définitivement pas un gros mot</strong>.<br /></p>


<p>Notre petite investigation sur le <em>fait exotique</em> s&#8217;est construite avec en trame de fond une observation des questionnements que soulève «&nbsp;L&nbsp;» &#8217;expression plastique contemporaine africaine et une analyse des réactions de différents spécialistes de la chose, recueillies dans le catalogue de ce qui fut la plus grande célébration de cette expression&nbsp;:  l&#8217;exposition <em>AFRICA REMIX</em> . Mais les conclusions à souhait extensibles à tous les arts&nbsp;: musique, Cinéma, arts vivants, littérature, arts appliqués etc.<br />Attention, l&#8217;exotique est partout&#8230;<br /></p>


<p>Les illustrations sont pratiquement toutes tirées du catalogue et choisies soit pour le caractère "critique"  ou le contre-pied évident que les &#339;uvres ciblées font à la tendance exotique. Illustration de présentation&nbsp;: une création de Joël ANDRIANOMEARISOA<br /></p>


<p>Nous rappelons à toutes et à tous que l&#8217;art est au c&#339;ur de la question raciste...<br /><br />
<br />
<br />
<br />
<br />
Ci après, la preuve qu&#8217;on peut aborder les thèmes de la guerre, du racisme, la misère et exprimer les problèmes identidaires  sans tomber dans le "<em>romantisme de la souffrance</em>" et l&#8217;esthétique de l&#8217;exubérance, de "l&#8217;éclat", de "l&#8217;apocalypse", de "l&#8217;éventré" et du "désossé"&nbsp;; clichés auxquels on veut vouer la création africaine.<br />Bien sûr, il faut avoir le talent d&#8217;une Ingrid MWANGI (1/), d'un Bili BIDJOCKA (2/) ou d'un Andries BOTHA (3/)...<br /></p>



<p><br /></p>

<pre><img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/X/exo/exo2.jpg" alt="" />1/<strong><em>Down by the River</em></strong><img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/X/exo/exo3.jpg" alt="" />2/<strong><em>The Room of Tears</em></strong><br /></pre>


<p><br /><br /><br /></p>


<p><img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/X/exo/exo5.jpg" alt="" /><br />3/<strong><em>History as an aspect of oversight in the process of progressive blindness</em></strong>, 2004 (<em>Africa Remix</em>)<br /></p>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.grioo.com/blogs/MRA/index.php/2005/09/23/381-noirs-dans-lart">
  <title></title>
  <link>http://www.grioo.com/blogs/MRA/index.php/2005/09/23/381-noirs-dans-lart</link>
  <dc:date>2005-09-23T16:38:29+00:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>grdpea</dc:creator>
  <dc:subject>CULTURE ET RENAISSANCE</dc:subject>
  <description></description>
  <content:encoded><![CDATA[<p><ins><strong>Noir Regard I</strong></ins>
Ceci est le premier post d&#8217;une série qui aborde  la question du statut des arts dans la dynamique de la Renaissance.<br />
<img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/bof/NR1.jpg" alt="" />
Le savoir anthropologique est la base sur laquelle s&#8217;est définitivement édifiée, la méta-structure fantasmatique - profondément ancrée dans l&#8217;inconscient occidental et qui s&#8217;invite à l&#8217;occasion des tête à tête &#8211;  qui raidit (dans tous les sens du terme), corromps et défini les règles de la perception.  Le manque d&#8217;innocence (la quête exotique) qu'elle provoque - caractéristique de l&#8217;approche occidentale des &#339;uvres d&#8217;art africains - se cristallise en une <strong>complexité du «&nbsp;<em>oui léger</em> »</strong> qui est certainement un danger plus grand. L&#8217;habillage ethnologique consacrée en science s&#8217;érige en une supra-culture indiscutée qui nuit à une certaine autonomie de l&#8217;art...</p> <p><br />
<br />
<br />
<br /></p>


<p><strong>DE L'ART ANCIEN AFRICAIN, DE L'ETHNOLOGIE ET DU MUSEE: POUR UN RECENTREMENT DE L'ESTHETIQUE</strong><br />
<br />
<br />
<br />
<em>Au commencement était la nuit. Une longue nuit pour l&#8217;esthétique africaine. Ce fut le règne sans partage  du <strong>musée dit «&nbsp;de séries»</strong> véritable vitrine du colonialisme, de confession évolutionniste et dont <strong>l&#8217;approche contextualiste</strong> célébrait l&#8217;<strong>Etrange</strong>, chantait  l&#8217;<strong>Aventure</strong>  et la  <strong>Science</strong>. A cette époque point d&#8217;«&nbsp;objets », que des <strong>curiosités</strong>, trésors de guerre et pièces de laboratoires de chevronnés «&nbsp;Civilisateurs ».  Il n&#8217;était pas rare alors, de voir des sculptures côtoyer dans les vitrines&nbsp;: cornes, peaux de bêtes et autres feuilles de palmier.</em><br />
<em>Puis, il y eut le regard affûté d&#8217;une jeune génération d&#8217;artistes particulièrement douée et par ailleurs cruellement blasée, en quête de médecine pour un art européen las de son académisme figé. Cette génération vit dans ce fouillis les moyens d&#8217;une rédemption...</em> <br />
<br />
<br />
<br />
Une certaine révolution est venue corriger l&#8217;évidente injustice, consacrant depuis le siècle dernier  des expositions à caractère esthétique pour la production africaine. Désormais, les objets, dans une dramaturgie suggérée par les seules qualités plastiques,  invitent à un rapport nouveau. Exit la surabondance, la cacophonie et le "<strong>meurtre du vrai</strong>" que génère la tentative bancale de reconstitution de l'ailleurs fantasmé. Ici on ne rejoue pas le film de l'heureuse rencontre avortée entre "civilisés" et "primitifs". <strong>Nous avons les vrais <em>Stars</em> que sont les objets, mais d'une histoire dont le scénario n'est pas écrit</strong>. Tout le génie de l&#8217;architecture et de la scénographie d&#8217;exposition étant, dans une juste science de l&#8217;espace, du temps et de la lumière, <strong>l&#8217;affirmation d&#8217;une présence- absente</strong> au service exclusif du confort des visiteurs et du discours des &#339;uvres d &#8216;art. La rencontre n&#8217;étant plus tramée, l&#8217;&#339;uvre est laissée libre de dire ce qu&#8217;elle veut et l&#8217;observateur d&#8217;en prendre une possession libre et vraie.<br />
«&nbsp;<em>Qu&#8217;il s&#8217;agisse des tableaux, des statuettes, des &#339;uvres d&#8217;art, le principe est toujours le même&nbsp;: concentrer le regard sur l&#8217;&#339;uvre elle même&#8230; Le musée est fait pour  mettre les &#339;uvres d&#8217;art en valeur et éviter la fatigue physique et intellectuelle au visiteur</em>&nbsp;» Louis HAUTECOEUR.<br /></p>


<p>Et le «&nbsp;Musée  d&#8217;Art Africain&nbsp;» a ainsi finit de rejoindre le rang des autres musées d&#8217;art  pour remplir son véritable rôle&nbsp;: <strong>s&#8217;effacer, se taire</strong>. Ceci à n&#8217;en point douter est une <strong>victoire pour l&#8217;esthétique africaine</strong>.<br />
Mais, si le musée et les espaces d&#8217;expositions semblent avoir enfin pris conscience de leur mission (le tour de force d&#8217;exprimer leur neutralité)&nbsp;; le visiteur, lui, n&#8217;a pas toujours cette <strong>innocence</strong> à laquelle invitait il y a un siècle déjà, le <em>Manifeste de la peinture et de sculpture Futuriste</em> :«&nbsp;<em>Le public doit aussi se convaincre que pour comprendre des sensations esthétiques auxquelles il n&#8217;est pas habitué, il lui faut oublier sa culture intellectuelle, non pour s&#8217;emparer de l&#8217;&#339;uvre d&#8217;art mais pour se livrer à elle éperdument</em> ».<br /></p>


<p><strong>Se livrer à l&#8217;&#339;uvre</strong>&nbsp;! C&#8217;est là, généralement la difficulté de l&#8217;observateur occidental. Face à l&#8217;objet africain, une surprenante incapacité à <strong>mettre sous boisseau le " savoir déjà su" pour risquer l'aventure</strong>;la vraie: synonyme de Découverte, d'Inconnu, de Partage mais surtout d'Etonnement. Cette difficulté est une réelle souffrance que nous nous proposons ici de mettre en lumière.<br /></p>

<pre></pre>


<p>Il est clair qu&#8217;un certain public, va encore dans les musées d&#8217;art africain pour voir du «&nbsp;<em><strong>Sauvage</strong></em> ». Mais quand, point de sauvage il ne trouve à se mettre sous la dent , l&#8217;observateur occidental lambda, désemparé, interroge&nbsp;; comme le montre cette réaction, glanée dans le livre d&#8217;or d&#8217;une récente exposition:<br /></p>


<p>«&nbsp;<em><strong>Expo comme trop souvent esthétique et esthétisante mais bien peu anthropologique et anthropologisante&nbsp;! Bien peu d&#8217;explications de supports pour comprendre un peu plus  profondément&#8230; A quand cette révolution muséographique ?</strong></em> ».<br /></p>


<p>Nous avons pris la liberté de répondre:<br /></p>


<p>«&nbsp;<em><strong>Anthropologie&nbsp;! ethnologie&nbsp;! tribalogie&nbsp;? sauvalogie ?&#8230; Dès qu&#8217;il s&#8217;agit de la production africaine, pourquoi cette toujours, systématique et seule quête abstraite et maladroite d&#8217;exotisme?</strong></em> <br />
<em><strong>Demandons-nous un habillage anthropologique quand nous allons visiter les antiquités grecques au Louvre?</strong></em> <br />
<strong><em>Ceci est un musée d&#8217;ART.</em><br /></strong>
<strong><em>A quand des commentaires sur le formidable apport des arts nègres à l&#8217;enrichissement de l&#8217;univers plastique et sa contribution à l&#8217;édification de l&#8217; "esprit moderne"?&#8230;</em></strong> ».<br />
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<br />
<br /></p>


<p><ins><strong>«&nbsp;Objet muséal&nbsp;»  ou Art ?</strong></ins><br />
<br /></p>


<pre>« <em>_Qu&#8217;est-ce que voir ? C&#8217;est voir le monde</em>.<br />  <em>_Qu&#8217;est-ce que le monde ? C&#8217;est ce que nous voyons</em> ».
                <strong>Merleau-Ponty</strong><br /></pre>


<pre>« <em>Les poésies ne sont pas faites d&#8217;idées, mais de mots</em> »
                <strong>Mallarmé</strong><br /></pre>


<p>Pourquoi continue t&#8217;on de demander aux objet africains de ne dire que "<strong>moeurs étranges</strong>" et "<strong>réminiscences de pratiques d'un autre âge</strong>"?<br />
La sorte de <strong>Complexe</strong> qui s&#8217;ignore totalement, et qui, se découvrant cruellement au détour de notre questionnement, cherche à rationaliser ce qui ne peut l&#8217;être, offre généralement une argumentation à double tranchant dont la lame la plus érodée coupe en ce sens:<br /></p>


<p><strong>_Ces objets n&#8217;ayant pas été faits dans une démarche artistique (entendez que les auteurs n&#8217;étaient pas guidés par une volonté de faire de l&#8217;«&nbsp;art »!) peut on les considérer comme art&nbsp;? Une société qui produit des objets à valeur cultuelle , des outils servant «&nbsp;uniquement&nbsp;» à fixer la tradition est t-elle une société d&#8217;art au même titre que celle là "efficiente" de son «faire»? N&#8217;est-il pas irrespectueux pour ces gens de faire rentrer leurs créations dans des schémas typiquement occidentaux et de les dépouiller ainsi de leurs valeurs hautement fonctionnelles et spirituelles ?</strong><br /></p>


<p>La rhétorique qui s&#8217;épand en longues litanies, qu&#8217;elle en ait conscience ou non, vient là de consacrer ce qui n&#8217;est autre chose que de la <strong>Négation d&#8217;Art</strong>.  Nous ne le savons que trop bien, <strong>quand on évacue l&#8217;art on commence d&#8217;évacuer l&#8217;"humain"</strong> alors nous nous empressons de mettre les choses au clair.<br /></p>


<p><strong>1</strong>- <strong>Si un objet qui a une destination cultuelle et qui est régit par la tradition ne rentre pas dans le domaine artistique&nbsp;; alors il n&#8217;eut pas vraiment d'art en Egypte, en Grèce, en Mésopotamie etc. Il n'y eut peut-être pas d&#8217;art nul part dans le monde avant l'"ère moderne"</strong>.<br />
Inutile de dire que ce sont d&#8217;abord des pièces, et non les sociétés et leur pensée, qui sont présentées et l&#8217;objet de l&#8217;analyse artistique. Nous précisons aussi que les différents canons africains ne trouvaient pas - c&#8217;est bien loin d&#8217;être le cas - leur expression uniquement dans le religieux et le «&nbsp;purement fonctionnel ». S'agissant de peignes à cheveux, d&#8217;appuis tête, d&#8217;ustensiles de cuisine, d&#8217;instruments de musique, le fait que l&#8217;artiste mette toujours un point d&#8217;honneur à sublimer ces objets, rend caduque l'argument qui nous est opposé, le délire qui tend à faire croire que le faire africain était au serxvive exclusif du religieux.<br /></p>



<p><strong>2</strong>- <strong>Nous mettons quiconque au défi ne nous prouver que le sculpteur dogon, le bijoutier akan, le tisserand kuba, ou l&#8217;architecte musgum n'a pas conscience de faire du beau</strong>&#8230;, ne cherche pas à faire du beau.<br />
<strong>La thèse du «&nbsp;hasard&nbsp;» est définitivement une insulte pour l&#8217;imaginaire africain et participe de  <em>l&#8217;esprit infantilisateur</em>.</strong> <br />Nous diagnostiquons un haut degré d&#8217;esthétique, qui n&#8217;est pas faite non seulement pour contenter l&#8217;esprit humain, mais pour, et surtout, séduire le divin, une supra-esthétique en quelque sorte.
L&#8217;artiste joue de codes très complexes qui, au prime abord, ont construit  le mythe de <strong>la maladresse infantile congénitale du Nègre</strong> mais qui,  à la lueur d&#8217;une analyse sérieuse, révèlent une mesure très intellectualisée du monde. L&#8217;existence d&#8217;écoles différentes et le témoignage de concurrences entre sculpteurs nous prouve que les africains avaient l&#8217; <em>intuition et la science du beau</em>, la cultivaient et rivalisaient pour l&#8217;amener à son plus haut niveau.<br /></p>



<p><strong>3</strong>- <strong>Les pièces africains ne sont pas «&nbsp;<em>des objets fabriqués</em> »</strong>, dans le sens où ils ne sortent pas d&#8217;une chaîne de production , ni ne peuvent se réduire à une pratique simpliste artisanale. <strong>Le caractère sacré même de la destination en fait, des objets qui ne peuvent être vides de dimension humaine</strong>. Comprenez bien&nbsp;: la conception de la Religion Africaine est incompatible avec  une quelconque «&nbsp;faire&nbsp;» standardisé, fonctionnel (dans le sens rationnel) ou décoratif. <br />
Même si les canons sont régis par une tradition, celle ci ne les fixe pas. <strong>Le canon n&#8217;est pas MODELE, il est CONCEPT</strong>. Le sculpteur africain ne copie pas, il ne reproduit pas. Le  «&nbsp;classique&nbsp;» est le cadre à l&#8217;intérieur duquel toutes les interprétations, innovations et expérimentations liées au «&nbsp;faire&nbsp;» sont possibles. Ce que nous disons là est très important. <strong>Le canon est définitivement intégré; il crée les conditions générales du langage, mais le sculpteur le restitue comme il l&#8217;entend, du mieux qu&#8217;il peut en faisant confiance à son sens profond et intime de l&#8217;"accord"</strong>. Il «&nbsp;<em>dépose toujours, inconsciemment, une partie de lui même dans son &#339;uvre</em>&nbsp;» Cheik Anta DIOP. Cela à n&#8217;en point douter est de la <strong>CREATION</strong>.<br /></p>



<p><strong>4</strong>- C&#8217;est le plus important: <strong>on ne juge pas un objet d&#8217;art sur l&#8217;intention de l&#8217; «&nbsp;artiste&nbsp;» ni sur sa rhétorique</strong>. <strong>On juge un objet d&#8217;art à posteriori, sur ce qu&#8217;il apporte comme questionnement, innovation, sur la pertinence de la démarche (consciente ou non, raisonnée ou non, dirigée ou non) de l&#8217;auteur et sur les horizons nouveaux qu&#8217;il ouvre à l&#8217;esprit et au sensible</strong>.<br />
<strong>Est art ce qui parle à l&#8217; "Humain"</strong>. Et de ce point de vue la production africaine fait sûrement partie de ce qui aux niveaux historique et expérimental (en situation) a et continue de satisfaire le mieux à la définition, tant les solutions plastiques ici sont radicales.<br />
On a tendance à penser le contraire, mais la complexité de la conception moderne du «&nbsp;fait d&#8217;art&nbsp;» n&#8217;a rien changé à cette assertion. <strong>L&#8217;urinoir de Duchamp</strong> n&#8217;est pas art parce que Duchamp l&#8217;a décrété (même si c&#8217;est vrai, l&#8217;homme l&#8217;a décrété). Cet objet se trouve aujourd&#8217;hui au <strong>MAM</strong> parce qu&#8217;ils, l&#8217;&#339;uvre et la démarche de l&#8217;auteur, interrogent tout ce qui a été fait jusque là. Il marque une rupture. Il est «&nbsp;<strong>une dynamique</strong>&nbsp;» . Il en est de même pour <strong>les agitations nihilo-subversives de Dada</strong> et les <strong>«&nbsp;photocopies&nbsp;» de Warhol</strong>. De fait une simple chaise devient un objet d&#8217;art si elle transcende la seule destination fonctionnelle et qu&#8217;elle devient le siège d&#8217;une force incoercible. Alors peu importe ce qu&#8217;en dit le menuisier. Qu&#8217;il crie haut et fort qu&#8217;il n&#8217;a pas voulu faire de l&#8217;art n&#8217;y change rien. L&#8217;objet ne lui appartient déjà plus, il rentre automatiquement dans le giron de la création humaine. Ajoutons qu&#8217;un concepteur ne trouvera sûrement nullement irrespectueux  de voir son produit consacré, surtout que le sacre n'est pas "volonté", il est "évènement" dont il s'agit de prendre acte.<br />
Bref, le fait artistique est LA caractéristique du Genre Humain et la valeur ontologique des particularismes artistiques n&#8217;appartient pas en propre aux sociétés qui les génèrent (ou si vous préférez ne sont pas leur bien exclusif).On ne peut donc pas se fonder sur la conscience (ou la volonté consciente) que ces sociétés aient eu de leur participation au TOUT, de même qu&#8217;on n&#8217;a pas besoin de leur demander caution pour prendre possession du legs (nous ne parlons pas ici de possession matériel vous l&#8217;aurez compris).<br /></p>


<p>Conclusion&nbsp;: l&#8217;art africain est définitivement de l&#8217;Art. <strong>Un art qui a nourrit la peinture et la sculpture mais aussi l&#8217;architecture moderne, le design, la mode</strong>. Tous ont bu à la source. Comprenez bien&nbsp;: des  lignes pures  de votre table IKEA, jusqu&#8217;aux motifs géométriques de votre papier peint en passant par la coupe droite de votre costume, tous doivent à cette <strong>esthétique «&nbsp;sauvage&nbsp;» et «&nbsp;enfantine »</strong>.<br />
<br /></p>


<p>Mais, bien sûr, l&#8217;observateur occidental décidément bien résolu à ériger de toutes pièces, entre lui et l&#8217;objet africain, ce pont qui sépare plus qu&#8217;il ne relie, persiste dans sa quête obsessionnelle en servant généralement la deuxième interrogation que voici :<br /></p>


<p><strong>_Et l&#8217; «&nbsp;arrière plan&nbsp;» ? N&#8217;est il pas tout simplement «&nbsp;inconcevable », et à proprement  parler insultant pour les " artistes" (!!!) d&#8217;exposer ces &#339;uvres sans chercher à connaître les cultures et les modes d&#8217;exister dont elles sont l&#8217;expression&nbsp;? Cette réduction n&#8217;est elle pas tout simplement aussi grave que la négation d&#8217;art ?</strong><br /></p>


<p>Ce deuxième argument qui prend des allures d&#8217;un humanisme plus ou moins étrange a au moins, nous le reconnaissons, le mérite d&#8217;une pertinence dont le premier était complètement dénué.<br />
Nous répondons :<br /></p>


<p>Loin de nous l'envie de reproduire ici le polémique débat sur du rôle du musée. Nous dirons juste que même si nous ne pensons pas que le musée doivent se faire le porte voix du projet ethnologique (celui ci ayant d&#8217;autres modes d&#8217;expression qu&#8217;il peut investir: livres, documentaires, exposés, média etc.), nous reconnaissons qu&#8217;il est indispensable qu'un minimum d'information vienne "éclairer" la compréhension.<br />
Il s&#8217;agit de ne pas oublier que  <strong>Musée est fils de "<em>Mnémosyne</em>"</strong> ( déesse de la mémoire), elle même <strong>fille d&#8217;"<em>Ouranos</em>"</strong> (le ciel) et de <strong>"<em>Gaia</em>"</strong> (la terre) , comprenez&nbsp;: «&nbsp;<em><strong>fille de  l&#8217;inspiration poétique ET de la connaissance</strong></em> ». Les préoccupations historique et scientifique, ne sauraient donc être évacuées de l&#8217;espace muséographique. Le renseignement devient d'autant plus indispensable qu'il s'agisse d'objets d'"ailleurs" (de fait nous préférons dire "information" plutôt que "lecture anthropologique"). Pédagogie et savoir ont donc tout à fait leur place dans le programme muséographique. La chose est désormais admise et la réflexion moderne sur le musée l&#8217;intègre complètement, les modalités d'exécution échoppant sur la proportion et les moyens d'introduction de l'<strong>Information</strong>, donc des modalités pratiques. Vidéos projections, bibliothèque intégrée, cartels informatiques etc. sont au coeur de nombreuses expérimentations devant donner naissance au "musée de demain": <strong>le Modèle Hybride</strong>.  Le but étant d&#8217;arriver  à concilier raisonnablement culture "scientifique" et délectation esthétique sans que cela devienne déroutant pour le visiteur (L'espace Arts d'Afrique et d'Océanie du Louvre est une tentative avortée, mais le très attendu Musée du Quai Branly promet d&#8217;éditer la performance). Le reste est question de volonté et de parti pris muséographique mais aussi, contraintes liées au parcours, séquences, maîtrise de l'acoustique etc. donc affaire d&#8217;architectes et autres muséographes.<br />
<br />
Ainsi la démarche qui tendrait à donner à l'ethnologie droit de citer dans le musée est tout à fait légitime, respectable et souhaitée pour peu qu'elle n'entre pas en conflit avec la dynamique muséographique . Les Africains, les premiers, dans le besoin qu'ils ont de se construire, sont demandeurs d'"informations". Mais il semblerait que le public occidental ne soit pas guidé par des aspirations du même ordre. Alors, même si nous sommes d'accord, en principe, avec la demande exprimée, qu'on nous permette d'en questionner l&#8217;esprit, au risque de porter un jugement d&#8217;intention qui à l&#8217;épreuve des faits nous apporte tout de même un crédit certain.<br />
<br />
<br />
<br /></p>


<p><ins><strong>D&#8217;un déficit d&#8217;innocence ou la complexité du "Oui léger"</strong></ins><br /></p>


<p>«&nbsp;<em>Que venons-nous chercher, désormais aussi souvent et à l&#8217;égal des autres musées, dans ceux qui présentent des objets venus d&#8217;Afrique, d&#8217;Océanie, de l&#8217;Amérique indienne ou d&#8217;Asie du Sud-Est&nbsp;? Pas tout à fait la même chose que dans les autres musées. (&#8230;) &#338;uvres ou curiosités ?&#8230;</em> »<br />  Henri GODARD<br />
<br />
«&nbsp;<em>Ce que  je désire et que j&#8217;attends sans préjugé ni impatience, ce que mon ouverture, mon approbation va faire venir est de ce monde, et tout près, là&nbsp;: sous mon regard.</em> »<br />  Bruno-Nassim ABOUDRAR<br />
<br />
«&nbsp;<em>L&#8217;éperon stylé traverse le voile, ne le déchire pas seulement pour voir ou produire la chose même, mais défait l&#8217;opposition à soi, l&#8217;opposition pliée sur soi du voilé/dévoilé, la vérité comme production, dévoilement/dissimulation du produit en présence. Il ne soulève pas plus qu&#8217;il ne laisse tomber le voile, il en dé-limite le suspens- l&#8217;époque</em> »<br />  Jacques DERRIDA (Eperons)<br /></p>


<p><br />
Il s&#8217;agira ici d&#8217;analyser les travers d&#8217;une demande que nous soupçonnons ne pas refléter la simple critique muséographique. C&#8217;est l&#8217;innocence de la demande et à un autre niveau, la réception de l&#8217;information ethnologique que nous questionnons. C&#8217;est à l&#8217;inavoué ( ou, à leur décharge, à l&#8217;insu) des différents discours auquel nous voulons arriver.<br />
Nous avouons clairement que nous soupçonnons la demande exprimée de ne pas refléter la simple critique muséographique mais de dire autre chose. C&#8217;est l&#8217;innocence de la demande et à un autre niveau (plus inquiétant celui là) de la démarche ethnologique que nous questionnons. C&#8217;est l&#8217;inavoué ( ou à leur décharge, l&#8217;insu) de leur discours et de leur but auquel nous voulons arriver.<br />
Que cache la demande anthropologique?<br />
C&#8217;est un anthropologue qui le mieux nous éclaire là dessus. <strong>François LAPLANTINE</strong> est directeur du département d&#8217;anthropologie de l&#8217;université de Lyon II et à la page 45 de son ouvrage <ins><em>L'Anthropologie</em></ins> il nous apprend ceci:<br /></p>


<p>«&nbsp;<em><strong>Tous les discours que nous venons de rappeler, et en particulier ceux qui exaltent la douceur des sociétés «&nbsp;sauvages », et corrélativement fustigent tout ce qui appartient à l&#8217;occident, sont toujours d&#8217;actualité. S&#8217;ils ne l&#8217;étaient pas, ils ne nous seraient plus directement accessibles, ils ne nous parleraient plus. Or, c&#8217;est précisément à cet imaginaire du voyage, à ce désir de faire exister dans un «&nbsp;ailleurs&nbsp;» une société de plaisir et de bonté, bref une humanité conviviale dont les vertus s&#8217;étendent à la magnificence de la faune et de la flore, que l&#8217;ethnologie doit auprès du public <ins>une grande partie de son succès</ins>&#8230;</strong></em> »<br /></p>


<p><strong>Nous y voilà !</strong> Des livres entiers ne suffiraient pas à analyser  le latent de ce discours<br />
Monsieur LAPLANTINE poursuit:<br />
«&nbsp;<em>&#8230;<ins>Une grande partie du public est infiniment plus disponible qu&#8217;auparavant pour se laisser persuader</ins> qu&#8217;aux sociétés contraignantes de l&#8217;abstraction, du calcul et de l&#8217;impersonnalité des rapports humains, s&#8217;opposent des sociétés de  solidarité communautaire, bercées par la somptuosité d&#8217;une nature généreuse.</em> »<br />
(L&#8217;exaltation de la «&nbsp;nature somptueuse et généreuse&nbsp;» est symptomatique chez l&#8217;occidental de quelque chose que nous espérons avoir l&#8217;occasion, un jour de développer).<br /></p>


<p>Nous voyons donc que ce qu'on nous demande ici c'est <strong>du rêve</strong> (le mot doit être saisi dans toute sa dimension). Car que voit en fait l&#8217;observateur occidental quand devant un masque africain, il se retrouve? <strong><em>Il voit&nbsp;: lueurs de torches, obscurs cérémonials, procession de femmes et d&#8217;hommes nus et nuit. Il voit danse, il voit transe</em> </strong>.<strong>Il voit SON afrique. il SE voit lui même</strong>. Bref il voit tout sauf <strong>l&#8217;objet «&nbsp;masque »</strong>.<br />
Le visiteur, le plus aguerri à l&#8217;observation peut en arriver presque sciemment et de manière très raisonnée à justifier une limitation de l&#8217;appréciation artistique, ici complètement assumée et contrôlée. Henri GODARD dans son ouvrage L&#8217;expérience existentielle de l&#8217;art, dans un chapitre où il nous entraîne au Musée des arts africains, océaniens et amérindiens de Marseille&nbsp;; confirme, par ce frein étonnant qu&#8217;il semble opposer à la lecture innocente de ces &#339;uvres d&#8217;un autre temps qu&#8217;il y découvre :<br />
«&nbsp;<em><strong>Mais ces masques étaient faits, non pour être regardés,  mais pour être portés dans des cérémonies</strong> ou des danses rituelles. C&#8217;est pourquoi ils n&#8217;ont ni ces indications de pupille, par peinture, incision ou incrustation, qu&#8217;ont parfois les statues, ni même la cornée vide des autres. (&#8230;) <strong>l&#8217;exposition du masque dans le musée opère de même un renversement par rapport à sa fonction première</strong>&#8230;</em> »<br />
Ici nous nous observons une manifestation à un niveau plus complexe, plus intellectuel des «&nbsp;<strong>mécanismes d&#8217;opacité</strong>&nbsp;» face à l&#8217;art africain. Nous ne sommes pas en face du visiteur moyen qui se laisse déborder par l&#8217;appel des tam-tams et de la forêt cannibale aux milles promesses aventurières, monde vaporeux s&#8217;il en est, véritable chef d&#8217;&#339;uvre de l&#8217;architecture ethnologique. Nous avons affaire à un observateur rompu à l&#8217;exercice esthétique, qui décèle assez naturellement les qualités plastiques de la production africaine&nbsp;; mais qui, on se demande bien pourquoi, s&#8217;empresse aussitôt de brider, par une urgente intellectualisation de la pensée, son «&nbsp;aller vers l&#8217;objet ». La dialectique rationnelle occidentalo-occidentale se déploie dans toute sa verve pour nous expliquer que les <strong>africains travaillent et font plus qu&#8217;ils n&#8217; oeuvrent</strong>.<br />
Ainsi à en croire Henri GODARD - et c&#8217;est là, à n&#8217;en point douter, une assertion largement  partagée par les "spécialistes" - <strong>il y aurait deux fonctions à l&#8217;objet africain</strong>. La «&nbsp;<em>fonction première</em>&nbsp;» : la vraie,  <strong><em>la sauvage</em></strong> , celle là essentiellement fonctionnelle (une fonctionnalité qui, il faut le préciser, n&#8217;est elle même que vacuité dans l&#8217;esprit de l&#8217;occidental puisqu&#8217;aux antipodes de ce à quoi la définition moderne progressiste a consacré la chose). Et une autre fonction&nbsp;: <strong>intelligible</strong>, celle que consacre le musée en lui accordant un traitement d&#8217;art. L&#8217;observateur occidental " intelligent et prudent" se sent donc obligé au musée d&#8217;art africain de faire taire (ou du moins de nuancer) la reconnaissance esthétique à laquelle pourtant hurle le travail de l&#8217;artiste africain «&nbsp;par respect ». Une " <strong>résistance</strong> " du même ordre que ce qui amène un GOMBRICH à mettre art entre guillemets quand il fait référence à la production «&nbsp;primitive ».  Cette  approche qui se veut, qui se croit scientifique, nous l&#8217;avons démontré plus haut, dépossède l&#8217;Africain de tout contrôle sur <strong>"le beau" qu&#8217;il produit de façon inopportune</strong>. Cette tendance a une hiérarchie recèle les mêmes germes qu&#8217;une théorie déjà menée il y a un siècle et demi par un certain Comte de GOBINEAU :<br />
«&nbsp;<em>Ainsi le nègre possède au plus haut degré, le faculté sensuelle sans laquelle il n&#8217;y a pas d&#8217;art possible&nbsp;; et, d&#8217;autre part, <strong>l&#8217;absence des aptitudes intellectuelles le rend complètement impropre à la culture de l&#8217;art</strong>, même à l&#8217;appréciation de ce que cette noble application de l&#8217;intelligence des humains peut produire d&#8217;élevé. <strong>Pour mettre ces facultés en valeur</strong>, il faut qu&#8217;il s&#8217;allie avec une race différemment douée&#8230;</em>&nbsp;» (Essai sur l&#8217;inégalité des races humaines, Livre II)<br />
On nous pardonnera d&#8217;avoir mis les remarques de Monsieur Henri GODARD en parallèle avec les malheureuses spéculations de GOBINEAU, mais il est important qu&#8217;on comprenne que dans la mesure de l&#8217;Africain, l&#8217;occident avec toute la bonne volonté dont il peut sembler faire montre, continue à faire du surplace.<br />
<br />
<strong>Nous disons que le masque africain est bel et bien fait, d&#8217;abord et avant tout, pour être vu</strong>. La danse est la mise ne scène qui permet au beau d&#8217;ÊTRE en puissance, d&#8217;atteindre son niveau supérieur de perception, de s&#8217;exprimer et de générer la communion autour de l&#8217;UN, bref de construire le TOUT. La relative simplicité, les libertés prises avec le naturel ne servent pas la fonction (au sens positiviste ). <strong>La danse est au service du masque</strong> et non le contraire&nbsp;; tout comme <strong>le Musée est au service de l&#8217;Art</strong>. <strong>La danse célèbre le masque</strong>. Cela l&#8217;anthropologie aura semble-t-il toujours du mal à le comprendre.<br /></p>


<p><strong>L&#8217;intelligence, la pertinence du discours matérialisé  échappent ainsi complètement à l&#8217;observateur occidental</strong>, trop distrait qu&#8217;il est par l&#8217;effort inconscient et mécanique qui vise à raviver l&#8217;afrique fantasmée ou par cette démarche maladroite qui consiste à vouloir <em>dire ou faire dire l&#8217;africain</em> (objet qui apparemment continue à lui échapper). Cette afrique construite de toute pièces par des schèmes de pensée, fruits de rapports malhonnêtes des deux côtés. <strong>Cette vision qui n'est que cécité</strong>, a un nom: <strong>EXOTISME</strong> (Nous reviendrons sur les mécanismes de la demande et de l&#8217;offre exotique).<br />
<br />
Le savoir anthropologique est la base sur laquelle s&#8217;est définitivement édifiée, la méta-structure fantasmatique - profondément ancrée dans l&#8217;inconscient occidental et qui s&#8217;invite à l&#8217;occasion des tête à tête &#8211;  qui raidit (dans tous les sens du terme), corromps et défini les règles de la perception.  Le manque d&#8217;innocence (la quête exotique) qu'elle provoque - caractéristique de l&#8217;approche occidentale des &#339;uvres d&#8217;art africains - se cristallise en une <strong>complexité du «&nbsp;<em>oui léger</em> »</strong> qui est certainement un danger plus grand. L&#8217;habillage ethnologique consacrée en science s&#8217;érige en une supra-culture indiscutée qui nuit à une certaine autonomie de l&#8217;art.  Cela fait partie - avec d&#8217;autres  comme&nbsp;: «&nbsp;<em>l&#8217;évaluation, l&#8217;identification rapide des mérites et défauts, la prospective et le pari</em>&nbsp;» - de ce  que  Bruno-Nassim ABOUDRAR appelle la «&nbsp;<strong><em>Contingence</em></strong>&nbsp;» caractéristique des «&nbsp;<em>agencements intellectuels</em>&nbsp;» («&nbsp;<em>systèmes de rapprochement</em>&nbsp;» qui éloignent complètement des &#339;uvres) et dont les effets, hautement complexes, sont&nbsp;: «&nbsp;<em>la difficulté de l&#8217;intimité à l&#8217;art</em>&nbsp;» :«&nbsp;<em>&#8230;une difficulté à se maintenir dans l&#8217;ouverture, à attendre sans préjuger mais non pas sans désirer, que le prochain de l&#8217;&#339;uvre se manifeste.</em> »<br />
Laissons Maurice BLANCHOT nous rappeler ce devrait être la Lecture (l&#8217;approche littéraire et artistique)&nbsp;: <strong>la simplicité du oui léger et transparent</strong> :<br />
«&nbsp;<em>Le mot faire n&#8217;indique pas ici une activité productrice&nbsp;: <strong>la lecture ne fait rien, n&#8217;ajoute rien&nbsp;; elle laisse être ce qui est&nbsp;; elle est liberté</strong>, non pas liberté qui donne l&#8217;être ou le saisit, mais liberté qui accueille, consent, dit oui, ne peut dire que oui et, dans l&#8217;espace ouvert par ce oui, <strong>laisse s&#8217;affirmer la décision bouleversante de l&#8217;&#339;uvre, l&#8217;affirmation qu&#8217;elle est &#8211; et rien de plus</strong></em>&nbsp;» (L&#8217;espace littéraire, p.258)<br />
Ces quelques mots sont peut être les meilleurs qui aient été écrits sur le respect auquel invite " l&#8217;&#339;uvre".<br />
Comment retrouver cette liberté «&nbsp;<em>qui accueille, consent, dit oui</em> »? Comment «&nbsp;<em>restituer l&#8217;intimité</em> »?  La médecine d&#8217; ABOUDRAR, prescrite contre la crise actuelle de l&#8217;Art en général, est cruellement plus urgente pour l&#8217;art africain :«&nbsp;<em>Il faut d&#8217;abord restaurer le caractère absolument singulier, solitaire et intime de l&#8217;expérience esthétique. (&#8230;) elle est l&#8217;expérience d&#8217;un lien, né du désir d&#8217;art. Seul le désir de voir  me fait parvenir l&#8217;&#339;uvre, qui sans lui, peut rester absente, en face de moi. Aussi, l&#8217;expérience de l&#8217;&#339;uvre d&#8217;art, comprise comme un désir, est-elle, avant d&#8217;être une connaissance de l&#8217;&#339;uvre, une <strong>expérience intérieure</strong>&#8230;</em> ».<br />
Ici l&#8217;intérieur s&#8217;oppose à un <strong>extérieur du su et de la culture</strong> car «<em> Notre culture inhibe en chacun de nous l&#8217;exercice esthétique</em> ». Ainsi donc :«&nbsp;<em>La relation à l&#8217;art peut être et doit redevenir, quotidienne, sinon dans sa fréquence, du moins dans sa  manière. Cessons de formuler à tout instant et pour toutes &#339;uvres des exigences à la hauteur des seules contraintes que nous nous imposons.</em> »<br />
<br />
Si notre intuition est que l&#8217;art africain ne soit prisé pour lui même mais pour les fantasmes qu&#8217;il génère, notre crainte résolument fondée est que la chose par de par ses allures trompeuses de savoir ne finisse d&#8217;éroder la «&nbsp;simplicité&nbsp;» et la «&nbsp;transparence&nbsp;» - gages de l&#8217;expérience esthétique heureuse - de la rencontre entre l&#8217;observateur et l&#8217;art ancien africain.<br />
François LAPLANTINE confirme les travers d&#8217;une certaine réception  du savoir anthropologique en indexant ces&nbsp;: «&nbsp;<em>différentes constructions en présence (dans lesquelles, la répulsion est toujours prompte à se transformer en en fascination) de cette altérité fantasmatique qui n&#8217;a vraiment pas grand chose à voir avec la réalité .</em>»<br /></p>


<p>Nous en arrivons à conclure que <strong>la demande ethnologique n'est pas l'expression d'un manque scientifique, mais bien d'un manque onirique</strong>. Il est tout simplement (du point de vue africain), <strong>tristement dommageable que cette terre à travers son héritage artistique, du fait de la référence anthropologique, nourrisse un imaginaire abstrait et rigide, plus ou moins en décalage avec les réalités et les urgences d&#8217;un continent entier et en fracture avec sa conception de l'histoire partagée</strong>. Le préjudice pour l&#8217;art lui même est considérable, d&#8217;<strong>être un prétexte et de  perdre dans l&#8217;appréciation de l&#8217;observateur sa valeur ontologique</strong>.<br /></p>


<p>Paul GUILLAUME qui avec Guillaume APPOLINEAIRE forme à n&#8217;en point douter la paire d&#8217;esprits les plus lucides et de sensibilités les plus éclairées que les questions d&#8217;esthétique aient connues au début du IXXe s., avait lui aussi mis le doigt sur le manque évident d&#8217;innocence:«&nbsp;<em>Les imaginations trop civilisés et fatiguées éprouvent le besoin d&#8217;adorer la force rude du primitif, rêvent du noble sauvage et lui attribuent des vertus mythiques. (&#8230;) Le fétiche africain leur sert d&#8217;excuse à rêver de profondes forêts mystérieuses, de tam-tams et d&#8217;étranges incantations, de noirs guerriers et de leurs voluptueuses compagnes&#8230;</em> ». Il n&#8217;avait alors manqué de manifester son scepticisme par rapport à la consistance de cette approche et de mettre en garde contre le tort qu&#8217;elle pouvait causer à l&#8217;analyse scientifique de la plastique :«&nbsp;<em>Pour délicieuses que soient de telles rêveries, elles n&#8217;en constituent pas moins une espèce de jouissance tout à fait différente de celle que nous donnent les mérites d&#8217;un objet, envisagé comme &#339;uvre d&#8217;art</em> ».<br />
<br />
Nous disons que le «&nbsp;faire&nbsp;» africain souffre, depuis trop longtemps, du regard essentiel et essentialiste ethnologique pourvoyeur de mythes particulièrement néfastes à l'identité africaine. Il est d&#8217;autres dangers de l&#8217;ordre du <strong>viol par anticipation inhérent à tout fantasme</strong>.<br />
Bref, en réalité  la nécessité qu&#8217;on nous oppose de "faire dire" les objets est une fuite en avant du visiteur, et bien trop peu souvent une soif de "vérité vraie". Nous assistons à une <strong>exaltation de la science anthropologique</strong> et à une <strong>vénération du personnage de l'anthropologue</strong> ( sorte de savant aventurier des temps modernes qui, seul, sait communiquer avec les "sauvages", s'attirer leur confiance et pénétrer leurs secrets) . Face au manque évident de questionnement de <strong>la sacro-sainte vérité anthropologique</strong> et de la rigueur de sa démarche  de la part de l'observateur occidental, notre connaissance de l'histoire de la discipline, nous invite, nous, à la prudence. <br />
A ce propos, ce qui suit finit de construire notre méfiance:<br />
«&nbsp;<em>Si cette recherche du dernier mohican, cette ethnologie du Sauvage du genre «&nbsp;vent dans les palmes de cocotier »(qui est fait une ethnologie sauvage) contribue à la popularité de notre discipline, <ins>elle n&#8217;est pas absente des motivations des ethnologues eux- mêmes</ins> </em>.» (<em>L'anthropologie</em>, page 46)<br /></p>


<p>Cette fois ci ce n&#8217;est plus le «&nbsp;rêveur&nbsp;» qui est en cause mais <strong>le faiseur de rêves en  proie lui même à un abandon onirique frisant la possession</strong>. Et l&#8217;auteur de citer <strong>Malinowski</strong> («&nbsp;<em>père fondateur de l&#8217;anthropologie scientifique moderne</em> ») dont il salut en passant la «&nbsp;<em>franchise</em> »:<br /></p>


<p>«&nbsp;<em>L&#8217;un des refuges hors de cette prison mécanique de la culture est l&#8217;étude des formes primitives de la vie humaine, telles qu&#8217;elles existent encore dans les sociétés lointaines du globe. L&#8217;anthropologie, <ins>pour moi du moins, était une fuite romantique loin de notre culture standardisée</ins></em>.» !<br /></p>


<p>Nous arrêterons là. Pour ceux  qui veulent poursuivre cette charmante introduction à la «&nbsp;rigueur scientifique&nbsp;» de  L&#8217;anthropologie, nous vous renvoyons à l&#8217;ouvrage  éponyme aux éditions Payot.<br />
Il reste qu&#8217;il se dégage clairement de toutes ces réactions une ligne dure. L&#8217;occident qui est plus que jamais «&nbsp;las de son  effort immense&nbsp;» et malade de sa toute puissante raison, pratique un culte intellectuel (de la répulsion et de l&#8217;attrait ) d&#8217;hypothétiques manifestations à rebours. Il tend à construire  un "ailleurs" figé dans <strong>les archétypes de la succursale</strong> dont la principale caractéristique est <strong>l&#8217;absence de sérieux</strong>. La rhétorique extrêmement bien exercée ne suffit plus à cacher que tous les élans (aux grotesques alibis scientifiques) vers l&#8217;Afrique, transpirent la <strong>volonté de fuite</strong>. <strong>La dangerosité d&#8217;un fantasme résidant dans un rapport de force non-équilibré entre le sujet au fantasme et l&#8217;objet fantasmé</strong>, il est normal ici de s&#8217;inquiéter.<br />
<br />
L&#8217;occident croit à tort que le pan entier de spiritualité sacrifié sur l&#8217;autel de la ratio, l&#8217;humain distancé un peu plus à chacun de ses pas sur l&#8217; "autoroute" du  "progrès" - et qu&#8217;il pressent dans une certaine mesure, encore libre et entier dans les sociétés de tradition - est contenu dans les sillons brumeuses du "laisser aller". Tout est donc mis en &#339;uvre (ceci est un chantier intellectuel gigantesque) pour maintenir (ou tenir tout simplement) les sociétés d&#8217;Ailleurs dans l&#8217;imagerie de l&#8217;univers opposé à celui de l&#8217;ordre .(Nous proposons une analyse de cette absurdité dans le prochain sujet de la série). Cet «&nbsp;aller vers l&#8217;Afrique&nbsp;» n&#8217;est pas foi en l&#8217;Afrique. Il est déni pur et simple et exploitation de l&#8217;Afrique. Le sort malheureux de l&#8217;art des africains qui s&#8217;épuise à tenter de se dépêtrer de la contingence, nous renseigne le premier sur la dangerosité de ce «&nbsp;projet ». Aujourd&#8217;hui les objets refusent de servir de visa vers la destination onirique aux millions d&#8217;apprentis anthropologues qui se pressent dans les musées pour les "admirer ". L&#8217;esthétique africaine réclame d&#8217;être tout simplement.<br />
<br />
A ce niveau de notre exposé ( dont le propos se voulait,l'art africain) qu&#8217;on nous permette d&#8217;ouvrir une large parenthèse pour nous intéresser aux errances du «&nbsp;programme&nbsp;»  ethnologique africaniste.<br />
<br />
<br />
<br /></p>


<p><ins><strong>Un questionnement de l&#8217;ethnologie </strong></ins><br />
<br /></p>


<p>«&nbsp;<em>&#8230;l&#8217;anthropologie, ce monologue tranquille de l&#8217;occident avec lui-même, dans lequel il n&#8217;y aurait de rationalité que conférée par un  sujet actif à un objet passif</em>&nbsp;» ? (<em>L'Anthropologie</em>, page198)<br />
<br />
<br /></p>


<p>Nous commençons par saluer l&#8217;honnêteté du Professeur LAPLANTINE,  le félicitons et le remercions d'avoir su en  quelques 200 pages, nous introduire à l'histoire, au projet et à la complexité de cette matière pour laquelle nous nous serions presque vus tomber en affection. Bien évidemment nous recommandons chaudement à tous ce petit ouvrage.<br /></p>

<pre></pre>

<p>Tout ce qui va suivre peut paraître critique gratuite et ingrate contre une discipline qui a permis de "fixer" nombre de spécificités en voie de disparition ou complètement disparues, et qui a ouvert de nouveaux horizons à la compréhension de l'Autre. Il n'en est rien. Nous précisons que nous n'indexons pas le "Projet anthropologique" en général mais <strong>l&#8217;anthropologie africaniste en situation</strong>. Le caractère salvateur que peut avoir la démarche ne nous échappe pas.<br /></p>


<p>Combien resterons nous reconnaissant à <strong>GRIAULE</strong> pour <strong>le coup de projection franc sur la pensée africaine que constitue</strong> <ins> <em><strong>Dieu d&#8217;eau</strong></em></ins> . Que ce soit le vieil aveugle, l'initiateur de  <strong>la rencontre</strong> (et accessoirement son unique acteur), ne change rien à l&#8217;affaire. Il reste  que «&nbsp;<em><strong>le sauvage</strong></em>&nbsp;» a eu devant lui cette fois là, <strong>un «&nbsp;observateur&nbsp;» prudent, aux dispositions évidentes (notamment celle de se laisser étonner), au fait des eus et coutumes et respectueux des règles d&#8217;usage.</strong><br />
L&#8217; «&nbsp;<em><strong>immersion totale</strong></em> », l&#8217; «&nbsp;<em><strong>acculturation à l&#8217;envers</strong></em>&nbsp;» et «&nbsp;<em><strong>l' observation participante</strong></em>», produisent des résultats dont nous ne pouvons évacuer la portée. Si nous généralisons ici, c&#8217;est du fait de l&#8217;économie que nous impose le canal choisi. Et nous ne manquerons pas de  saluer les heureux fruits de la recherche anthropologique chaque fois qu'il nous sera donné d'en remarquer.<br /></p>


<p>Mais il est d&#8217;autres conséquences dues aux conclusions par trop hâtives d&#8217;une «&nbsp;science&nbsp;» qui a oublié de prendre les précautions inhérentes à sa définition. Des conséquences de celles que le Nègre d&#8217;occident peut lire tous les jours dans les yeux de sa boulangère.<br />
Ces malentendus sont le résultat de la parenté d&#8217;esprit qu&#8217;a entretenu  à une certaine  période l&#8217;ethnologie avec la biologie, la philosophie et l'histoire.<br />
«&nbsp;<strong>Ethnologie</strong> », l&#8217;africain n&#8217;aime pas ce mot&nbsp;! Et il a raison; tant sa personne s'en est trouvée écartelée. Le préjudice est immense et il n&#8217;a finit d&#8217;être nivelé. Le terme consacre d&#8217;emblée une <strong>Hiérarchie</strong>.  <em><strong>D&#8217;un côté l&#8217;observateur, de l&#8217;autre son objet, d'un côté le rationnel de l'autre l'irrationnel, d&#8217;un côté la lumière  de l&#8217;autre l&#8217;obscurité</strong></em>.<br />
<strong>Positivisme</strong>, <strong>Evolutionnisme</strong>, <strong>Messianisme</strong>, <strong>Naturalisme</strong>, <strong>Humanisme</strong>, etc. <strong>autant de slogans vides de contenus personnels pour l&#8217;Africain et qui l&#8217;ont consacré dans sa mesure de l&#8217;occidental</strong>. (Et «le sauvage» attend avec beaucoup d&#8217;appréhension la prochaine invention de «l&#8217;observateur»...). Autant de coups portés à la société de tradition.  Toujours "hors de l'histoire et de la culture", l'Autre est le maître-étalon de la pensée de lui même de l'occidental, le seul être qui "EST" et qui "avance". <br />
L&#8217; "<strong>auto-référentiation" est  la gangrène de la mentalité occidentale</strong> et en l&#8217;ethnologie elle a trouvé sa plus grande expression. L'entreprise étant "dire de l'autre", un autre passif, sans retour sur lui même et surtout pas sur son observateur.<br /></p>


<p>Alors même qu&#8217;elle manifeste une <strong>frivolité  inquiétante</strong> pour une discipline qui se veut «&nbsp;<strong>Savoir</strong> », donc «&nbsp;<strong>scientifique</strong> », l&#8217;anthropologie a le projet, ô combien audacieux (<strong>dénoué de modestie</strong> serait peut être plus juste) de «&nbsp;<strong>dire l&#8217; "Homme" »</strong>, <strong>être éminemment complexe s&#8217;il en est, qui défi les lois les plus fines de l'objectivation</strong> comme le reconnaît Georges DAVY :<br /></p>


<p>«&nbsp;<strong><em>Il n&#8217;y a donc pas de rigueur de méthode qui tienne&nbsp;: l&#8217;humain ne se laisse résorber ni dans le mécanisme ni dans le matérialisme</em></strong>&nbsp;» (<em>Emile Durkheim, Leçons de sociologie</em> / page 20).<br /></p>


<p>Des contradictions qui n&#8217;en sont peut être pas et qu&#8217;il revient à l&#8217;anthropologue de gérer convenablement pour éviter les désagréments sus déclinés à ses «&nbsp;objets ». Pour que la vie des «&nbsp;primitifs&nbsp;» ne fasse plus  les frais de la toute puissance raison occidentale qui «&nbsp;<em>&#8230;devant n&#8217;importe quel objet nouveau, se demande&nbsp;: «&nbsp;quelle est celle de ses catégories anciennes qui convient à l&#8217;objet nouveau. <strong>Dans quel tiroir prêt à s&#8217;ouvrir le ferons-nous entrer</strong>, de quels vêtements déjà coupés allons nous l&#8217;habiller ?»&#8230;.</em>&nbsp;» (<strong>Gaston Bachelard</strong> énonçant Bergson/ <ins><strong>La poétique de l&#8217;espace</strong></ins>/ page 80).<br />
<strong>Les idées stéréotypées</strong>- que dénonce la métaphore des tiroirs- caractéristiques de la pensée ethnologique ont conduit à <strong>une lecture réductive des modes originales d&#8217;exister  des africains</strong>, forçant ceux ci à les prendre en horreur et à se lancer dans une course effrénée pour ressembler au "civilisé", à l&#8217;occupant, au maître, au colon.<br /></p>


<p>Nous avons eu l&#8217;heureuse surprise, au cours de notre réflexion de nous rendre compte qu&#8217;elle avait déjà été menée par certains «intellectuels du tiers monde», desquels, un certain <strong>Stanislas Spero ADOTEVIi</strong> (1972) et un certain <strong>Frantz FANON</strong> (1952)  . Chaque fois que sous nos pas, nous découvrons des sentiers déjà battus par le dernier, nous en éprouvons une légitime fierté, nous ne rougissons plus de nos intuitions et nous nous trouvons confortés dans notre démarche. Cela nous renseigne sur la justesse de notre interrogation.<br /></p>


<p><strong>La «&nbsp;<em>mort du primitif</em>&nbsp;» n&#8217;a pas entraîné la mort annoncée de l&#8217;ethnologie</strong> (peut- être parce que dans l&#8217;esprit des anthropologues, le «primitif» est encore vivant ). La discipline a mué, diversifiant ses compétences et se découvrant de nouveaux terrains de jeu (où par ailleurs elle est, nous le reconnaissons, très efficace); mais il semblerait que de ses vieux démons africains, elle n&#8217;a pas encore fait l&#8217;exorcisme et continue de revisiter allègrement les fourvoiements de ses autres vies. Nous savons maintenant que l&#8217;occident manifeste une capacité rare à tourner les pages de ses errances mais oublie toujours en même temps  que les termes de jeter les préceptes hérités et de procéder au questionnement des comportements qui leur sont liés. Ainsi aujourd&#8217;hui l&#8217;anthropologie affirme avoir pris un nouveau départ parce qu'ayant rejeté dans la forme, en vrac toutes les imageries qu'elle a mise au monde, alors que son esprit même en reste profondément imprégné.<br />
<br />
Dans un autre ouvrage&nbsp;: <em>Architecture et nature</em> (page 16), LAPLANTINE dans une sorte d&#8217;amorce de critique de l&#8217;anthropologie, reconnaît une autre manifestation de cette <strong>tendance dichotomaniaque</strong> dominante de la pensée occidentale qui, en ce qui concerne l&#8217;étude des sociétés d&#8217;ailleurs, «&nbsp;<em>conduit à séparer le  fond  de la  forme</em> ». Nous rectifions&nbsp;: dans le cas de l&#8217;analyse de l&#8217;art africain, ce n&#8217;est pas d&#8217;une séparation qu&#8217;il s&#8217;agit. C&#8217;est plus grave. Le fond étant intimement lié à la forme, il ne peut en être séparé et ce qu&#8217;initie l&#8217;approche occidentale, est plutôt la construction d&#8217;un habillage complètement fictif qui tend à cacher la forme.<br />
<br />
De fait, <strong>il n&#8217;y a d&#8217;écriture anthropologique exacte que celle de l&#8217;objet lui même</strong>. C&#8217;est dire que&nbsp;: <strong>le fond c&#8217;est la forme</strong>. La «&nbsp;<em>culture comme texte</em>&nbsp;» n&#8217;est pas l&#8217;écrit de l&#8217;africaniste mais la plastique de l&#8217;objet africain (l&#8217;anthropologue étant tout simplement dans l&#8217;impossibilité matérielle, temporelle et spirituelle de copier la culture). L&#8217;information anthropologique est un <strong>signifiant</strong> ( la théorie construite pour rendre compte ) d&#8217;un <strong>signifié absent</strong> (l&#8217;observé), dont l&#8217;écho de la voie est scellé dans l&#8217;objet avec lequel est mis en relation l&#8217;information. <strong>Le signifiant habille</strong>. Il est par définition instable. Le culte de ce discours rationalisant travaille contre le "signifié", et est &#339;uvre de son "muselage".<br />
<br />
Les différents niveaux d&#8217;abstraction que constituent dans la "méthode", la collecte des informations sur le terrain (ethnographie), leur agencement (ethnologie) puis leur mise en rapport (anthropologie), sont autant d&#8217;éloignement de l&#8217;objet observé. L&#8217;exposition dépouillée d&#8217;&#339;uvre d&#8217;art africain est seule anthropologie africaniste vraie, l&#8217;objet étant lui même et lui seul <strong>ethnographie</strong> (écriture de la culture).<br />
Voici une posture qui ne manquera pas d&#8217;être qualifiée de phénoménologique. Elle n&#8217;en a certainement que l&#8217;apparence (la mesure pensée africaine aime assez à se dérober à tous les costumes pré-taillés de la pensée occidentale). Elle l&#8217;est néanmoins résolument dans sa foi en une «&nbsp;<strong>stabilité du sens</strong>&nbsp;» (ce sens là est celui exclusif du "parler" de l&#8217;objet. Il n&#8217;est pas donné comme objectif à atteindre mais EST et est «&nbsp;inséparable du  sensible »). Elle (notre posture) se nourrit d&#8217;une critique de<strong> la confrontation dialogique</strong>, présentée un peu comme l&#8217;état adulte (l&#8217;age 4) de la démarche descriptive. L&#8217;herméneutique ou cette <strong>irruption du langage</strong> prônée par GADAMER nous semble en effet un meurtre du juste. Elle ouvre la voie à l&#8217;intrusion dans le champ scientifique d&#8217;une donne mouvante et instable :<strong> le discours</strong>. La pluralité, la confrontation et  la discussion gages d&#8217;une compréhension herméneutique heureuse, étant absentes de l&#8217;anthropologie africaniste, la démarche tend à édifier, au lieu de la multitude harmonieuse de langages, <strong>un métalangage</strong> :<strong> LA Référence</strong>. Les limites de cette posture résident donc dans ce qui devait garantir son efficacité:<strong> l&#8217;approximative</strong>. «&nbsp;<em>Toute description est imprégnée d&#8217;une histoire, d&#8217;une mémoire et d&#8217;un patrimoine et est construite à travers un imaginaire</em>&nbsp;» (LAPLANTINE). L&#8217;équivocité du langage lié d&#8217;abord et avant tout à l&#8217;instabilité de la personne du chercheur finit de construire la faiblesse  de l&#8217;anthropologie et pernicie son diktat.<br /></p>


<p>Nous  ne proposons ici, nous en sommes conscients, ne serait-ce que l&#8217;ébauche d&#8217;une démonstration (notre propos pèche sûrement par le trop d&#8217;intuition qui la sous-tend et la crainte latente qui la motive).  Nous en laissons le soin à Stanislas Spero ADOTEVI .<br /></p>


<p>Comme nous, l&#8217;auteur de <em>Négritude et Négrologues</em> affiche son scepticisme fasse  à la prétendue évolution de la discipline.<br /></p>


<p>«&nbsp;<em>La problématique de l&#8217;ethnologie est posée.(...) Entre ce moment , celui de Livingstone-stanley, puis celui de l&#8217;autonomie interne et enfin celui de la décolonisation, l&#8217;ethnologie n&#8217;a été que la pratique victorieuse d&#8217;une pensée douteuse. Il s&#8217;agit de nier la diversité, la dissoudre dans une démarche univoque, ne la considérant que comme un moment appauvri d&#8217;une histoire unilinéaire&nbsp;: cette histoire blanche donnée comme modèle indépassable. Toute l&#8217;évolution  ultérieure de l&#8217;ethnologie traduit les ruses inopérantes d&#8217;une civilisation qui, ayant choisi de mentir et de se mentir, a été incapable de surmonter les apories soulevés par son propre développement grâce à son extension au delà des mers.</em> »<br />
Il questionne le caractère auto proclamé scientifique, dit et répète la difficulté pour la recherche occidentale de se vêtir de la blouse blanche de l&#8217;honnêteté scientifique et de manifester une rationalité vraie dans le rapport aux autres peuples.<br />
«&nbsp;<em>C&#8217;est donc à cette ratio occidentale qu&#8217;il faut s&#8217;adresser pour indiquer, non seulement l&#8217;impossibilité d&#8217;un discours scientifique en ethnologie, mais que cette discipline intégrant dans sa structure les séquences mythiques de la suffisance et du racisme européen, repose en raison et en fait sur les fondements idéologiques d&#8217;une civilisation de la destruction et de la négation des autres. De même il ne saurait y avoir d&#8217;ethnologie progressiste . (&#8230;)</em><br /><em>Ni science, ni pensée sérieuse, indifférente aux problèmes des peuples, incapable d&#8217;instaurer un vrai dialogue, sans objet pour les peuples du tirs monde, abrutissante, pour tout le monde, l&#8217;ethnologie, dernier raffinement intellectuel d&#8217;une idéologie de la domination et de l&#8217;exploitation essentielle, révèle la face étroite et narcissique de l&#8217;histoire bourgeoise. Son existence contredit toute possibilité de progressisme dans les sciences humaines.</em> »<br />
<br />
Et le " Nègre  lâché" de sanctionner&nbsp;: «&nbsp;<em><strong>l&#8217;ethnologie est une idée fausse. C&#8217;est la conscience permanente d&#8217;une politique de domination quoi n&#8217;ose plus dire son nom</strong></em> ».<br /></p>


<p>Déjà en 1885, dans un style très à lui, Anténor FIRMIN, une des figures de proue de dé- colonialisme haïtien ouvrait la voie aux pourfendeurs noirs de la scientificité bancale, du dogmatisme dirigé et des penchants racistes de l&#8217;ethnologie sauvage:<br /></p>



<p>«&nbsp;<em>&#8230; Si telle qu&#8217;une courtisane capricieuse, elle a caché toutes ses faveurs, pour en faire une auréole autour du front illuminé des Morton, Renan, Broca, des Carus, de Quatrefages, Büchner, de Gobineau, toute la phalange fière et orgueilleuse qui proclame que l&#8217;homme noir est destiné à servir de marchepied à la puissance de l&#8217;homme blanc, j&#8217;aurais le droit de lui dire, à cette anthropologie mensongère&nbsp;: «&nbsp;<strong>non tu n&#8217;est pas une science !</strong>&nbsp;» En effet, la science n&#8217;est pas faite à l&#8217;usage d&#8217;un cénacle fermé&nbsp;; fut-il aussi grand que l&#8217;Europe entière, augmentée d&#8217;une partie de l&#8217;Amérique&nbsp;! le mystère qui convient au dogme l&#8217;étouffe en l&#8217;avilissant.</em>&nbsp;»  (<em>De l&#8217;égalité des races humaines</em>, cité par René DEPESTRE dans <em>Ainsi parle le fleuve noir</em>).<br /><br /></p>


<p>Au risque de nous fâcher définitivement avec LAPLANTINE et Claude LEVI-STRAUSS nous affirmons que:  <strong>l&#8217;anthropologie est bel et bien un «&nbsp;<em>avatar de l&#8217;esprit colonial</em> ».</strong><br />
<br /></p>


<p>Voilà pourquoi l&#8217;Africain reste prudent et continue de questionner&nbsp;: «&nbsp;<strong>l&#8217;arrière plan</strong>&nbsp;» tant réclamé sert quel intérêt&nbsp;? <strong>S&#8217;agit il de rééditer la démarche hautement culturicide d&#8217;ethnologues aussi présomptueux les uns que les autres, qui ont sillonné le continent, figeant l&#8217;être et l&#8217;exister des africains en des archétypes à valeur d&#8217;<em>Enargeia</em> qui nourrissent encore nombre de malentendus</strong>?<br />
En attendant qu&#8217;une réponse claire nous soit donnée et que les manifestations d&#8217;un repenti véritable soient visibles, on comprendra que nous nous fassions un devoir de rester vigilants.
Un challenge est lancé aux nouvelles générations "Chercheurs". Les africains réclament: <strong>Prudence, Mesure et Humilité</strong>.<br />
A moins qu&#8217;elle n'entame cette réforme, l&#8217;ethnologie africaniste restera indéfiniment éloignée des populations dont elle prétend parler et demeurera dangereuse pour  elles. Alors, il appartiendra peut être aux africainsd'en construire la mort.<br /></p>


<p>Nous ne saurions conclure sur ce questionnement de l&#8217;anthropologie sans cette évidente vérité énoncée par LAPLANTINE à la page 16 de l'ouvrage collectif <em>Architecture et nature</em>  en conclusion à un résumé la pensée de HUSSERL sur la description&nbsp;: «&nbsp;<em>..S&#8217;il existe une rationalité descriptive, &#8230; elle n&#8217;est davantage du «&nbsp;côté&nbsp;» du sujet ou de l&#8217;objet, mais dans la relation qui les unit.</em> »<br />
Nous mettrons donc en garde contre toute canonisation du savoir anthropologique et rappelons :<br />
<strong>Aucun "tiroir" ne peut contenir la «&nbsp;démence précoce », la «&nbsp;folie flambante&nbsp;» et le «&nbsp;cannibalisme tenace ».</strong><br />
<strong>L&#8217;homme qui se propose de mesurer un autre homme devra à un moment ou un autre se mettre à son niveau, soit en s&#8217;abaissant, soit en s&#8217;élevant&nbsp;; c&#8217;est un poncif de dire que s&#8217;il fait la même taille que son "objet" c&#8217;est économie pour son entreprise.</strong><br />
<br />
Nous disons que l&#8217;ethnologie doit revoir son éthique. Elle doit nuancer son propos (nous aimons le mot «&nbsp;nuancer&nbsp;» parce qu&#8217;il renvoie à la coloration) et définir une approche autre, dépouillée des préjugés qu&#8217;elle a construits jusque là et attentive à ne pas en produire d&#8217;autres.<br /></p>

<pre></pre>


<p>On comprend désormais, la défiance manifeste des étudiants africains vis-à-vis de ce cursus. Une défiance qui n'est autre chose que réaction allergique aux présupposés ethnologiques. Cette légitime méfiance se cristallise dans la très regrettable indifférence clairement affichée vis-à-vis des arts anciens africains. <br />
Et on glose sur  «&nbsp;<strong>l&#8217;attitude décourageante</strong>» des africains, <strong>leur indécrottable manque d&#8217;ouverture vis à vis de «&nbsp;leur passé&nbsp;» et sur une hypothétique herméticité à l&#8217;art</strong>. On serait presque tenté d&#8217;y voir le signe d&#8217;une certaine <strong>indisposition "naturelle" à apprécier "le beau"</strong>. (Inutile de répéter que le public européen ne va généralement pas dans les musées d&#8217;art africain pour manifester cette «&nbsp;haute capacité&nbsp;» qu&#8217;est la culture de «&nbsp;<em>la sensualité éclairée et de l&#8217;abstraction intellectuelle</em> »,  mais mu par des élans d&#8217;un autre genre que nous avons mis en lumière plus haut. Elans qui pour  des raison qu&#8217;on imagine aisément ne sont pas le partage de l&#8217;africain). Toute <strong>hiérarchie</strong> serait vue de l&#8217;esprit et retour masqué de précepte  "gobinal" . Le succès auprès du public noir d&#8217;une certaine exposition d&#8217;art contemporain érode le mythe de l&#8217;herméticité. (Nous reviendrons sur l&#8217;art contemporain et présenterons la complexité des rapports qui là aussi sont en jeu dans les prochains sujets).<br /></p>


<p>En définitif, on ne peut demander à l&#8217;africain d&#8217;Afrique ou de le diaspora, à l&#8217;africain américain, à l&#8217;antillais de faire sien un héritage systématiquement associé à&nbsp;: «&nbsp;<em>sauvage</em> », «&nbsp;<em>pratiques obscures</em> », «&nbsp;<em>innocente personnalité et généreuse nature</em> », et qu&#8217;on tient pour témoignages  de sociétés à l&#8217;âge de l&#8217;«&nbsp;<em>enfance de l&#8217;humanité</em>».<br />
Il est donc évident que le gentil mépris dans lequel les africains tiennent l&#8217;art "traditionnel" est d&#8217;abord une «&nbsp;<strong>résistance</strong>», qu&#8217;un "<strong>recentrement</strong> " de la chose pourrait facilement amener à faire tomber.<br />
<br />
<br />
<br /></p>


<p><ins><strong>Perspectives: Art, Musée et Nègre... construire le trio</strong></ins><br /></p>

<pre>« <em>Lyrisme, tournez à gauche; prenez garde à la poésie...</em> »<br />  Paul GUILLAUME<br /></pre>

<p><br /></p>


<p>En plus d&#8217;une approche ethnologique autre il est définitivement crucial que soit engagé <strong>une nouvelle expérience de l&#8217;art africain, celle là esthétique</strong>, que nous voulons suggérer.<br /></p>


<p>Les Avant- Garde ont flairé la pertinente  richesse plastique des arts nègres et y ont trouvé les conditions d&#8217;une révolution, mais ont, ô ultime réminiscence d&#8217;une mentalité de clocher, refusé d&#8217;en supporter l&#8217;aveu d&#8217;une quelconque parenté. L&#8217;analyse plastique n&#8217;est pas donc allée plus loin, et celle là philosophique, n&#8217;a jamais à notre connaissance été initiée.  Cette nouvelle démarche sera le fait d&#8217; <strong>historiens de l&#8217;art</strong> , qui jusque là, en ce qui concerne le faire africain ont beaucoup plus limité leur intérêts à des considérations contextuelles se rendant complice de l&#8217;ethnologie doigtée plus haut, des fois même s&#8217;y substituant&nbsp;; une histoire de l&#8217;art entamant elle aussi l&#8217;aventure exotique, oubliant son propos véritable qui doit être l&#8217;art. L&#8217;affaire aussi d&#8217;intellectuels, <strong>théoriciens</strong>, <strong>philosophes</strong>, <strong>esthètes</strong> et autres <strong>plasticiens</strong>&#8230; Mais déjà, quelque chose nous dit que cette approche originale des arts nègres, l&#8217;occident ne l&#8217;initiera pas. <strong>Il appartient aux africains de  découvrir la leçon de ligne courbe, l'enseignement du poteau et les secrets du masque...</strong><br />
Si l&#8217;anthropologie a pu s&#8217;élever au niveau de science, l&#8217;esthétique le peut aussi.  L&#8217;Afrique gagnera beaucoup à initier cette révolution.
<br />
<br /></p>


<p>Pour finir nous plaiderons en faveur d&#8217;une <strong>Démocratisation  de l&#8217;art traditionnel africain</strong>. __Il est souhaitable que les dépositaires que sont les musées et galeries d&#8217;art prennent conscience de leur devoir de mémoire et qu&#8217;ils mettent en place des programmes pédagogiques en direction des scolaires, des publics jeune et adulte.<br />
Des action ciblées envers "la jeunesse de nos banlieues". Il s'agit de combattre le "<em><strong>désamour du soi</strong></em>" et tous les troubles de comportement qui y sont liés en offrant les raisons d'une fierté vraie. <strong>Poser les jalons d'une quête identitaire heureuse</strong>.<br />
Des programmes plus transversaux, visant à «&nbsp;<em>désintoxiquer l&#8217;imaginaire occidental</em> ». Des projets de vulgarisation auprès des publics blanc et noir pour corriger  les travers de l&#8217;Histoire et  bâtir une unité autour d'une l&#8217;esthétique africaine désormais  bien public de l&#8217;ensemble du genre humain__.<br />
<strong>Des actions aussi  en Afrique en direction des masses africaines qui se sont vus dépossédées à des niveaux différents (matériel et ou psychologique) de la façon la brutale ou la plus subtile du bénéfice de ces objets</strong>.<br /></p>


<p><br />
<br />
Bref, il faut <strong>repenser le musée d&#8217;art africain et sa philosophie</strong>.<br />
Ici nous retrouvons Bruno-Nassim ABOUDRAR :<br />
«<em> La philosophie étant le dispositif de pensée qui reconnaît et  désigne , celui qui intègre les objets à l&#8217;ordre supérieur de la pensée, quand ce dispositif est inadéquat, c&#8217;est l&#8217;objet lui-même &#8211;l&#8217;art-, qui paraît, par une sorte d&#8217;effet d&#8217;optique intellectuel- un «&nbsp;effet de pensée&nbsp;» - être devenu inadéquat. Or la philosophie de l&#8217;art qui a cours aujourd&#8217;hui est doublement inadéquate, qu&#8217;elle soit obsolète ou qu&#8217;elle prétende adhérer au fait qu&#8217;elle fonde &#8230;</em> ».<br />
<br />
<strong>Plus que d&#8217;une inadéquation ou d&#8217;une obsolescence de la philosophie, il serait juste, s&#8217;agissant du traitement de  l&#8217;art ancien africain, de parler de son absence, l&#8217;imposture intellectualisée de la lecture ethnologique s&#8217;y étant substituée</strong>. Le diagnostic est donc plus cruel. Et la "culture" sous ses formes les plus abstraites, travaille à l&#8217;agonie de l&#8217;art :<br /></p>


<p>«&nbsp;<em>La muséologie, l&#8217;éducation, les pratiques sociales, pleines de bons sentiments à leur habitude, élèvent entre l&#8217;art et nous l&#8217;opacité des offices de médiation. Rien ne nous pousserait à voir ou à entendre, que nous n&#8217;y soyons appelés par toute une cohorte d&#8217;agents qui simplifiant, qui expliquant, bonimentant, mettant à la portée, traduisant, transcrivant, décrivant. Et c&#8217;est d&#8217;autant qu&#8217; à chaque fois l&#8217;art semble moins fondé, plus lointain, plus hautain, plus complexe. Et <ins>moins utile</ins></em> ».<br /></p>


<p>C&#8217;est cela&nbsp;: <strong>les musée d&#8217;art ancien africain sont des cimetières</strong>, où les  "Spécialistes"  que sont les directeurs de musée, conservateurs, conférenciers, véritables fossoyeurs, à longueur de journée prononcent l&#8217;oraison funèbre d&#8217;un art qui du fait de l&#8217;énergie qu&#8217;il concentre ne demande pourtant qu&#8217;à vivre. Vivre et faire vivre.<br />
<strong>Rendre l&#8217;Art africain «&nbsp;utile »</strong> tel est le challenge qu&#8217;ils ont à relever. Cela passera par l&#8217;émergence d&#8217;une Philosophie, <strong>un rapport nouveau à l&#8217;Afrique, à l&#8217;Africain et à leur Art</strong>. Changer de philosophie c&#8217;est d&#8217;abord <strong>dédramatiser l&#8217;art et le rendre accessible en le libérant de l&#8217;arrogance et de l&#8217;autorité de la  rhétorique  anthropologique mais aussi l&#8217;évacuer de son "défi" de classes.</strong><br />
Les "spécialistes" gagneraient à comprendre ceci :«<strong> <em>Le saupoudrage hâtif d&#8217;une culture superficielle ne favorise en rien une relation esthétique heureuse aux &#339;uvres de l&#8217;art</em></strong> ».<br />
<br />
ABOUDRAR dit, ce qui devrait, à notre avis, être au c&#339;ur des préoccupations de tous les responsables de musées et de musée d&#8217;art africain en particulier :«&nbsp;<em>Il fut sortir l&#8217;exercice esthétique de tout l&#8217;appareil de contraintes, de sérieux, de lourdeurs, bref de l&#8217;outrecuidance qui le leste. Et si jamais, quelque chose comme la vérité surgit dans l&#8217;&#339;uvre&nbsp;; c&#8217;est un surgissement joyeux et presque riant, et la contemplation qui l&#8217;occasionne a le rythme intime du plaisir.</em> »<br />
<br />
Ceci est un appel, mais bien entendu il ne s'agira pas d'attendre en pariant sur la bonne volonté des personnes concernées.<br />
<br />
L&#8217; "<strong>Homme Nouveau</strong>"  que nous oeuvrons à mettre sur pied , devra impérativement reprendre contact avec la production de ses pères, sa production.<br />
<strong>Forcer les barrières évidentes que souvent les maisons dont nous venons de parler, semblent dresser devant le public africain, investir ces lieux de non droit, se mêler à la clientèle bourgeoise habituelle. Arracher de la main d&#8217;une corporation élitiste le monopole du bénéfice de ces objets. En briser l&#8217;actuelle sacralité, pour en construire une autre qui puise aux sources d&#8217;un désir de reconstruction, au service d&#8217;une dynamique.</strong><br />
Ces objets ont des choses à dire. Il va nous falloir tendre l&#8217;oreille. Initier des têtes à tête soutenus pour épuiser les enseignements. Entrer dans une entière possession du testament pour engager " <strong><em>la Marche Irréversible du Sujet Efficient</em></strong> ". Il ne s&#8217;agira pas de sauter les étapes, car comme l&#8217;enseigne un proverbe bien de chez nous&nbsp;: <strong><em>C&#8217;est au bout de l&#8217;ancienne corde qu&#8217;on tisse la nouvelle&#8230;</em></strong><br />
<br />
Nous laisserons les derniers mots à Paul GUILLAUME&nbsp;: <br />
<br />
«&nbsp;<em>Les générations à venir y trouveront</em> (dans notre  "<em>célébration</em>" du génie africain) <em>la source féconde d&#8217;élans généreux vers un développement des formes plastiques, vers une compréhension plus large de la vérité esthétique. L&#8217;art héroïque des noirs, ordonné, lyrique, empreint d&#8217;humanité, dramatique, douloureux, hautement désintéressé, initiateur de réalités profondes, réapparaît aujourd&#8217;hui, dressant devant la vie universelle le flambeau spirituel de son incontestable, de sa formelle et éternelle beauté. (&#8230;)</em><br /></p>


<p><em>L&#8217;étude de l&#8217;art des Noirs est une science naissante que demain glorifiera, dont demain s&#8217;honorera, &#8230;</em> »<br />
<br />
<br />
<br /></p>


<p><strong>Sé</strong> pour le GRDPEA<br />
<br /></p>



<p><img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/y/luba%20couple.jpg" alt="" /><br />
<em>Appuie- tête luba (détail), République Démocratique du Congo, Attribué au «&nbsp;Maître de la coiffure en cascade&nbsp;»  - XIXe s. Musée du Louvre (Pavillon des Sessions)</em>
<br />
<br />
<br />
<br />
<br />
<br /></p>


<p><ins>Notes :</ins><br />
<br />
La question de l'approche à avoir vis à vis desarts dits premiers (scientifique OU esthétique) a été longuement et suffisamment débattue (et s'est d'ailleurs trouvée révélatrice de nombreux blocages de la mentalité occidentale). Nous avons essayé ici de fournir une esquisse du <strong>point de vue africain</strong> , qui a été jusque là copieusement ignoré. Il peut se résumer en deux points: 1/ Nous sommes hostile à toute approche "scientifique" dirigée et plus objectivante qu'objective, 2/Nous battons en touche toute approche esthétique élitiste et exclusive. C'est une prise de parole à la négative, c'est normal nous attendons toujours.<br /></p>


<p>Inutile de préciser que ceci est un écrit engagé et que de fait, il fait fi de quelques règles généralement  consacrées à l&#8217;exposé . Ce n&#8217;est pas une tare.<br /></p>


<p>Pour une démonstration beaucoup plus raisonnée que la nôtre (et sûrement plus complète) du statut d&#8217;art de l&#8217;art africain, nous conseillons le chapitre «&nbsp;Par-delà la représentation&nbsp;» in  <em>Michel Leiris et la théorie des arts africains</em> de Ange-Séverin MALANDA.<br /></p>


<p>Pour un résumé de l&#8217;histoire des différents modes d&#8217;exposition de l&#8217;art nègre, le texte&nbsp;: «&nbsp;<em>Les autres cultures vues par les musées</em>&nbsp;» de Stéphanie Béreau dans le n°5 du magazine <em>Art Tribal</em> <br />
<br /></p>


<p>Merci</p>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.grioo.com/blogs/MRA/index.php/2005/05/14/139-un-questionnement-de-lafrocentisme-les-limites-de-lactuelle-demonstration-egyptocentree">
  <title>DES MARQUES CORPORELLES...</title>
  <link>http://www.grioo.com/blogs/MRA/index.php/2005/05/14/139-un-questionnement-de-lafrocentisme-les-limites-de-lactuelle-demonstration-egyptocentree</link>
  <dc:date>2005-05-14T11:07:31+00:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>grdpea</dc:creator>
  <dc:subject>[Dossier] ANTHROPOLOGIES</dc:subject>
  <description></description>
  <content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/bof/tatoo2.jpg" alt="" />  <img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/bof/tatoo1.jpg" alt="" /><br />
Un petit bout de chemin en compagnie de l'Homme...
Réflexion inspirée par l'exposition du 22/07/04 au 17/07/05 au Musée Dapper</p> <p>Qu'on nous pardonne, les quelques incohérences et l'aspect un peu décousu de ce dossier. L'urgence (clôture prochaine de l'exposition ) nous a obligé à restituer la chose sans le minimum de corrections.<br />
<br />
<br />
<br />
<br />
<br />
<br />
<strong>I-<ins>METAPHYSIQUES DU CORPS</ins></strong><br />
<br /></p>

<pre><em>« Oui. Le corps est une traîtrise: il vous vend à l'extérieur,</em>
<em>il vous met à la disposition des autres.</em>
<em>Tout le reste se défend bien. »</em> Sony Labou Tansi</pre>

<p><br />
<br /></p>


<p>Les transformations corporelles s&#8217;intègrent  dans les sociétés traditionnelles dans un ensemble très complexe et intellectualisé de schèmes de pensée dénotant d'un certain rapport au monde. Nous vous proposons un <strong>tour du monde rapide des différentes perceptions du rapport à l'incarna et la "mesure de l'Être" et les particularismes artistiques qu'ils induisent</strong>.</p>


<p><strong>L&#8217;AFRIQUE ET "LE CHOIX DU SEXE"<br /></strong></p>


<p><ins>Deux en un:</ins><br />
On ne peut parler des interventions sur le corps, sans évoquer une pratique qui n'est pas celle qui se voit le plus au premier abord mais qui l'une des plus répandues en Afrique. Il s'agit vous l'avez compris de  la <strong>circoncision</strong> et de l'<strong>excision</strong>. La mutilation des organes sexuels intervenait généralement vers la puberté et marquait le passage à un autre statut. Elle  s&#8217;insère dans un processus plus large et dans un imaginaire très complexe.<br />
Nous avons une connaissance plus précise du «&nbsp;signifié&nbsp;» de cette pratique grâce aux révélations qu' <strong>Ogotemmêli</strong> a faites à  Griaule(<strong><ins>Dieu d'eau</ins></strong>, pages 28,29 et 158,159,160). Ce qui suit n&#8217;est qu&#8217;un fragment de la cosmogonie particulièrement construite des Dogon du Mali, ce fragment n&#8217;est rien sans le TOUT et nous ne saurions trop vous conseiller de prendre d'urgence connaissance de l'ensemble du testament du vieux chasseur.<br />
Les Dogon pensent que chaque être humain vient au monde nanti de <strong>deux âmes de sexes différents</strong> (en fait il s'agit de deux principes  qui correspondent à deux personnes distinctes à l'intérieur de chacun). «&nbsp;<strong><em>Pour le petit garçon, l'âme femelle siège dans le prépuce, pour la fille l'âme mâle est supporté par le clitoris</em></strong> ». Cette «&nbsp;<em><strong>Gémelliparité</strong></em>&nbsp;» &#339;uvre du <strong>Nommo</strong> (fils du dieu unique "<strong>Amma</strong>", génie «<em>né complet et parfait</em>», associé à la "<strong>parole</strong>" et à l'"<strong>eau</strong>", sorte de <em>Christ</em> ayant vocation à réparer les désordres du monde  )  au du sens&nbsp;: «&nbsp;<em>La règle pour que tout soit bien, serait d'être deux, la source de tous les désordres étant la solitude du Chacal</em> (ou Ogol, fils déchu d'"Amma", sorte <em>Diable</em> par qui "la faute" est entrée dans le monde)&#8230; ». Les parenthèses sont de nous et les hasardeuses comparaisons qu'elles initient seront l'objet d'une prochaine réflexion.<br />
«&nbsp;<em>Muni de ses deux âmes, l&#8217;enfant poursuit  se destinée. Mais ses premières années sont marquées par l&#8217;instabilité de la vie  normale</em>&nbsp;» Il reste que, tant qu'il garde son prépuce ou son clitoris, <strong>l'enfant est le siège d'une cohabitation trouble entre le principe du sexe apparent et son jumeau contraire qui est de force égale</strong>. «&nbsp;<em>En effet, le clitoris qu&#8217;à reçu la fille est un <strong>jumeau symbolique</strong>, un pis aller mâle avec lequel elle ne saurait se reproduire et qui au contraire, l&#8217;empêcherait de s&#8217;unir à un homme</em> ». Pour que l&#8217;homme devienne un homme complet «&nbsp;<em>Il est nécessaire que l'un des principes prenne définitivement le pas sur l'autre...</em> ».<br />
On se rend compte ici de l'importance de cette  ablation des organes sexuelles. <strong>C&#8217;est l'acte qui carrément <em>énonce "'identité sexuelle  de l'individu"</em></strong>. Cette explication est valable pour les voisins Bambara des Dogon, pour tout le monde Mandé et par extension à toutes les autres populations africaines pratiquant la dite intervention qui généralement se trouve associée à un rite de passage. Partout ailleurs en Afrique, de nombreux rites pubertaires donnent encore aujourd'hui lieu à une cérémonie de circoncision.<br />
Si la circoncision est unanimement pratiquée l&#8217;incision ne fait pas partie du fond commun des rituels africains. Il est possible de supposer que certaines population aient dès le début pris conscience du risque que la dite mutilation faisait encourir à la personne   féminine. Mais alors ces populations auraient-elles décidé de prendre quelques libertés avec les croyances et la "Loi" décidant d'abandonner les femmes  à cette problématique double direction? Ce serait sous-estimer la pensée africaine que de d&#8217;imaginer cela. Puisque la circoncision pour (nous empruntons le terme au Professeur Cheik Anta Diop) garder tout son sens, «&nbsp;doit être accompagné de L&#8217;excision et bien l&#8217;excision prendra les formes les plus inattendues...<br /></p>

<pre></pre>

<p><ins>Parures Labiales:</ins><br />
Chez les populations du groupe dit «&nbsp;paléonigritique&nbsp;» : <strong><em>Lobi, Moba, Somba, Tamberma</em></strong> etc. la marque ne constitue pas un repoussoir pour d'éventuels agresseurs esclavagistes (comme l&#8217;avait supposé de bien hasardeux anthropologues) et pas seulement un attrait esthétique. Elle signale tout simplement, vous venez de comprendre, <strong>de manière ostensible le sexe de l&#8217;individu</strong>.. Le fait de percer l&#8217;oreille ou la lèvre, donc de détruire symboliquement la part mâle du corps , équivaut à une excision, donc à une conquête du sexe féminin. La démarche est la même pour les «&nbsp;<strong>porteuses de plateau</strong>&nbsp;» d&#8217;Ethiopie et du Soudan&nbsp;; <strong>La lèvre équivalant du phallus, se présenterait ainsi trouée, donc féminisée</strong>. Chez les Surmas, par exemple, le port du plateau labial est une coutume très ancienne qui en devient, un signe d'identité tribale .
Les objets trouvent leur place dans l&#8217;empreinte corporelle aménagée grâce à la technique du <em>Stretching</em> , La même utilisée pour obtenir les lobes d&#8217;oreilles étirés. La technique consiste à élargir le résultat d&#8217;un percing. une fois le trou percé, on y place un objet lourd pour le distendre. L&#8217;opération peut prendre plusieurs mois selon le résultat escompté. <br />
<strong>En Afrique ,  donc le sexe se choisirait par un acte délibéré</strong> (Cheik Anta Diop croit trouver une explication à cette tendance à voir dans l'unique le double; dans la <strong>conception androgénique don monde</strong> liée au <strong>Monothéisme</strong> qui serait lui même lié au <strong>contexte géographique du continent</strong>. Je vous renvois pour cette «<em>anthropogéographie</em>», à la page 174 de  la 4ème édition de l&#8217;incontournable  <ins>Nations Nègres et Culture</ins>)<br />
On note et ceci est très intéressant que <strong>l&#8217;art du masque qui est lui aussi lié aux rites de passage n&#8217;existe généralement pas chez les peuples qui ne pratiquent pas les mutilations sexuelles</strong>. Les Ashanti par exemple dont la production esthétique est l&#8216;une des plus raffinées et des plus variées d&#8217;Afrique noire, ne produisent pas (chose étonnante) de masque&nbsp;! Et bien, ces mêmes Ashanti  ne pratiquent pas ni la circoncision ni l&#8217;incision !!!<br />
<ins>L&#8217;Egypte et la circoncision:</ins><br />
Existe t-il des masques dans la production plastique de l&#8217;Égypte antique ?&#8230; Pourquoi nous posons la question&nbsp;! Parce que les Égyptiens seraient ( avec les  <em>Colchidiens</em>  et les <em>Ethiopiens</em> ) comme le rapporte <strong>Hérodote</strong>&nbsp;: «&nbsp;<em>les seuls hommes qui se fassent circoncire de temps immémorial&#8230;</em> ».<br />
Il semblerait donc à en croire les dire du <em>père de l&#8217;histoire</em>, que <strong>la circoncision et la clitoridectomie étaient des pratiques profondément ancrées dans les m&#339;urs, dès la préhistoire</strong>. Et le raisonnement ici est le même que pour le reste du continent, il s&#8217;agit de <strong>pallier à une certaine androgynie originelle</strong>. On sait cependant que  les Egyptiens sur le tard ont abandonné l&#8217;excision. Il est permis ici aussi de penser que le haut niveau de culture les ait amené à prendre l'entière mesure de l'acte. Il serait intéressant de découvrir par quoi le rite a été remplacé parce bien évidemment nous ne pouvons là non plus croire qu&#8217;il ait put tout simplement mis entre parenthèses.<br />
(Au fait la réponse à la question posée plus haut est "oui". Oui les égyptiens fabriquaient des masques. Mais on a aucune indication qui pourrait laisser supposer qu'il participaient d'un quelconque rite de passage ou initiatique. A en croire le livre des morts, ces masques- portrait avaient plutôt une fonction funéraire).<br />
Selon la thèse défendue entre autre par Cheik Anta Diop, <strong>les juifs et les populations sémites en général auraient adopté la pratique de la circoncision au contact des "Nègres "d&#8217;Egypte</strong> (Moïse ayant reçu la prescription qu&#8217;après avoir «&nbsp;connu&nbsp;» Agar, l&#8217;esclave égyptienne de sa femme).<br />
Hérodote confirme :«&nbsp;<em>les phéniciens et les Syriens de la Palestine conviennent eux- même qu&#8217;ils ont appris la circoncision des égyptiens...</em>&nbsp;» <br />
Si la circoncision faisait partie des m&#339;urs égyptiennes et constitue  un ciment d&#8217;avec le reste du continent, il n&#8217;existe cependant pratiquement  «&nbsp;<strong><em>aucun témoignage de pratiques étendues de transformations corporelles</em></strong>&nbsp;» comme les scarifications qu&#8217;on observe chez les populations d&#8217;Afrique subsaharienne&#8230;<br />
Les Egyptiens semblaient même tenir dans un profond mépris ces pratiques. Ils partagent ce point de vue avec  les grecs. «&nbsp;<em>Seuls les barbares ont le corps marqué à jamais</em> »Aristote<br /></p>

<pre></pre>

<p><strong>L'"ESPRIT" OCCIDENTAL</strong><br /></p>


<p>«&nbsp;<em>Les monuments égyptiens les plus anciens qui figurent toutes les races de la terre (bas-reliefs du tombeau d&#8217; OusiréÏ (-XVIème Biban-el Molou), par exemple) nous montrent qu&#8217;à ces époques reculées seule la race, dite aujourd&#8217;hui Nordique, était tatouée. Ni les Nègres égyptiens, ni les autres Nègres d&#8217;Afrique ne pratiquaient le tatouage d&#8217;après tous les documents égyptiens connus.</em>&nbsp;» Cheik ANTA DIOP</p>


<p>«&nbsp;<em>&#8230; Nous avons donc ici sous les yeux, l&#8217;image des différentes races d&#8217;hommes connues des Egyptiens <a href="&#8230;">&#8230;</a> Enfin le dernier sur la planche (n°6 sur la planche)  le teinte de peau que nous nommons couleur chair, ou peau blanche,&#8230; nez droit&#8230;, les yeux bleus, la barbe blonde ou rousse&#8230;, vêtu de peau de b&#339;uf conservant encore son poil, véritable sauvage tatoué sur diverses parties du corps, on le nomme tamhou <a href="&#8230;">&#8230;</a> j&#8217;ai honte de le dire, notre race est la dernière et la plus sauvage de la liste...</em>&nbsp;»  CHAMPOLLION - Le Jeune</p>



<p>Tout semble laisser supposer qu&#8217;à une époque lointaine, les marques corporelles étaient l&#8217;apanage des populations aryennes nomades des steppes eurasiatiques ancêtres des populations  à la peau blanche d&#8217;aujourd&#8217;hui&#8230;  Mais <strong>avec le transfert de civilisation vers l&#8217;Europe, et la naissance des religions «&nbsp;matérialistes&nbsp;» l&#8217;occident  a plongé dans l&#8217;ère de la «&nbsp;pureté du corps »</strong><br /></p>



<p><ins><strong>Tradition juive et formation de l&#8217;inconscient chrétien</strong> </ins><br /></p>

<pre></pre>

<p>Dans la tradition juive dont l&#8217;inconscient chrétien occidental est héritière, <strong>le corps est considéré comme &#8220; ...le temple du saint esprit...</strong> &#8221; et de ce fait on ne pouvait se permettre de le retoucher, il fallait le laisser pur blanc et vierge. La seule intervention dans la chair admise étant la circoncision (pour les juifs).<br />
Mais le fondement que donne la Genèse à la circoncision diffère de ce que nous avions vu chez les peuples africains (pour ce que pense Cheik Anta Diop de cette nouvelle explication&nbsp;: page 207)<br />
Vous connaissez sans doute les termes de l&#8217;alliance que Dieu conclut avec Abraham et dans laquelle il s&#8217;engageait à faire de lui le &#8220;<strong> père d&#8217;une foule de Nation</strong> &#8221;.  Vous savez qu&#8217;à cette promesse était rattaché une obligation&nbsp;: <strong>toute la descendance  de sexe masculin devait être circoncis dès l&#8217;âge de 8 jours&nbsp;; et il était de même pour tous les esclaves ou &#8220; fils d&#8217;étranger &#8221; qui devaient entrer au service du patriarche</strong>. Et cela pour que (je cite le livre de la Genèse)&nbsp;: &#8220; <em>l&#8217;alliance de Dieu soit inscrite dans la chair comme un fait perpétuel, le signe de l&#8217;appartenance au peuple élu</em> &#8221;. On voit là, que l&#8217;ablation du prépuce devient là dans l&#8217;imaginaire judaïque, un signe distinctif, une marque qui <strong>scelle un contrat</strong>, une <strong>trace comme un testament sur le support le plus intime: le corps</strong>. Une prescription qui consacre une forte <strong>verticalité</strong> (du fait qu&#8217;elle est à proprement parler un langage qui engage un dialogue entre l&#8217;humain et le divin) en même temps qu&#8217;une <strong>horizontalité</strong> évidente&nbsp;: le signe  de l&#8217;appartenance à une même communauté, un code qui transcende les différences sociales et physiques puisqu&#8217;elle elle met l&#8217;esclave et l&#8217;homme libre sur un même plan. Le schème est valable pour la tradition islamique, <strong>Ismaël, le père de l&#8217;autre branche sémitique</strong> (entendez les arabes), ayant été <strong>circoncis à treize ans, le même jour que son père Abraham et tous les esclaves de celui ci</strong>. (Ismaël qui d&#8217;ailleurs prendra femme au pays de sa mère&nbsp;: en Egypte&#8230;)<br />
Le déni complet du corps initié par le christianisme (  Idéaliser, Magnifier l&#8217;invisible et non le visible ) , et la conception judéo-chrétienne selon laquelle «&nbsp;<em>l&#8217;homme a été fait à l&#8217;image de Dieu</em>&nbsp;» annulent tout volonté de  retoucher l&#8217;enveloppe corporelle et plaide en faveur de la sauvegarde d&#8217;un <strong>corps virginal</strong>. Ce idéal, l&#8217;occident va l&#8217;imposer, au hasard des conquêtes, aux populations jugées primitives (les souffrances «&nbsp;gratuites&nbsp;» imposées au corps n&#8217;en son telles pas d&#8217;ailleurs la meilleure preuve ?). <strong>L&#8217;&#339;uvre civilisatrice va sonner le glas d&#8217;une "longue nuit pour les corps décorés</strong>".<br />
Il faut noter que le monde grec qui a nourrit de son esthétique, la représentation, l&#8217;iconographie de l&#8217;église&nbsp;; portait déjà en lui le <strong>caractère anthropomorphique</strong> des religions occidentales&nbsp;: «&nbsp;<em>Les hommes ressemblent aux dieux</em>&nbsp;» &#8230; à tel point qu&#8217;ils n&#8217;hésitent pas à s&#8217;unir à eux.<br />
«&nbsp;<em>&#8230;L&#8217;homme, maître de lui même et maître de sa destinée, étant le centre du monde, <strong>il était le dieu ici bas. Réaliser son image avec perfection constituait donc le plus haut rêve</strong>, l&#8217;ultime idéal de l&#8217;artiste. Et nous voici au début de ce courant d&#8217;humanisme qui régit encore l&#8217;occident</em> &#8230;»   Cheik Anta Diop.<br /></p>



<p><img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/X/04-503263.jpg" alt="" /><br />
<em>Phryné devant l'aéropage</em>, Jean-Léon Gérôme, 1861.<br />
<em>L</em>'<strong>Aphrodite</strong><em> de Praxitèle: quand l'Humain est digne de prêter son corps au Divin! Le triomphe de l'"Expérience" de Hypéride: quand </em><strong>le beau</strong><em> sublime </em><strong>le mal</strong><em> et quand le visuel marque les limites de "l'action oratoire". Premier "tableau vivant"?</em> <br /><br />
<br />
<br />
<strong><ins>Héritage antique et «&nbsp;sens du beau »</ins></strong><br /></p>


<p>L&#8217;esprit grec&nbsp;: <em>certitude profonde ancrée que <strong>l&#8217;homme est la mesure de toute chose</strong> , que rien n&#8217;est plus beau que son corps, plus subtil que son esprit, &#8230; la gymnastique et le sport comme l&#8217;amour de la logique et le goût de la discussion sont ces les nobles aspirations qui le caractérisent</em>. C&#8217;est là une acception qui n&#8217;a varié que dans les détails.<br />
L&#8217;art occidental classique s&#8217;est donc construit sur une perception du <strong>corps pur, immaculé, blanc,  «&nbsp;parfait »</strong> en s&#8217;appuyant  sur l&#8217; impressionnant héritage esthétique de la Grèce antique (et sur lequel la renaissance n'a fait que jeter  un morceau d&#8217;étoffe pudique).
Le discobole, le doryphore, la venus de Milo ,.. toutes ces images qui ont façonné l&#8217;imaginaire  du monde occidental et l&#8217;idée qu&#8217;on s&#8217;y fait du «&nbsp;beau ». Des corps parfait où les seuls «&nbsp;signes&nbsp;» qu&#8217;on peut observer sont ces fameuses crispations musclées. Aucune tentative de donner une architecture au corps autre que celle que lui confère l&#8217;instant, le geste, la position dans l&#8217;espace ( et les drapés mouillés en ce qui concerne la sculpture féminine).<br />
Un sens aigu de l&#8217;anatomie qui se manifeste dans le <strong>culte de l&#8217;idéal athlétique</strong>. Une attitude sculpturale, des visages régulièrement dessinés où ne pointe nul sourire nul couleur&nbsp;; beaucoup d&#8217;austérité tel sont les canons de ce grand art constitutif de l&#8217;idéal de beauté  de notre civilisation moderne.<br />
Il n&#8217;était  donc pas pensable dans le mode occidental depuis déjà l&#8217;ère antique de modifier l&#8217;aspect de façon permanente d&#8217;une manière autre que par l&#8217;artifice ou la culture physique. <strong>La marque corporelle dans ces sociétés  était même le signe de l&#8217;appartenance à une autre personne</strong>. Comme le rapporte Philippe Di Folco dans son ouvrage au titre très évocateur, <em><ins>Peau'</ins>': </em>Grecs et Romains  transfèrent la symbolique du tatouage et du perçage sur les  <strong>marques </strong> signes de servitude et d&#8217;infamie. Les esclaves sont tour à tour parés pour divertir ou ,tels des animaux domestiques, marqués pour permettre à leurs maître et  à la société de les identifier. HERODOTE rapporte qu&#8217;en 490 av JC Darius, roi des Perses, fit imprimer son nom au fer rouge sur le front de ses 4000 prisonniers grecs &#8230;''.<br /></p>



<p>On observe dans les sociétés traditionnelles  une toute autre approche&nbsp;: un <strong>besoin d&#8217; «&nbsp;esthétisation »</strong> du corps. On est bien loin ici des figures des divinités olympiennes&nbsp;: Héraclès, Apollon, Aphrodite, corps purs aux traits réguliers et à l&#8217;anatomie parfaite, façonnés dans le marbre.<br /></p>

<pre></pre>

<p><strong>LA MANIFESTATION D UNE HUMANITE</strong><br /></p>


<p>Quand on dit  «&nbsp;sauvage&nbsp;» on pense tout de suite à un homme nu, <a href="&#8230;">&#8230;</a> nu et peint. C&#8217;est la représentation que l&#8217;imaginaire occidental se fait d&#8217;un sauvage&nbsp;; <strong>un homme nu et peint</strong>, peu importe d&#8217;ailleurs la couleur de la peau de ce dernier. Mais nous l&#8217;avons vu plus haut avec l&#8217;Egypte, le mépris évident<br /></p>


<p><ins><strong>La peau, le premier vêtement / "pour exister..."</strong></ins><br />
C&#8217;est simple, on observe très peu de témoignages d&#8217;intervention tégumentaires, majeures et permanent dans les régions où se sont développées les grandes civilisations&nbsp;: le grand monde mésopotamien , l&#8217;Égypte, le monde hégélien et celui latin (Civilisations qui d'ailleurs se sont succédés et bâtis les unes sur les ruines des autres).Toutes ces civilisations étaient pour la plupart, (si je peux me permettre l&#8217;expression) des Civilisations «&nbsp;habillées ».<br />
En ce qui concerne les peuplades sauvages, souvent nomades qui vivaient loin des grands centres de culture&nbsp;; et qui devaient composer avec un contexte naturel très hostile&nbsp;; la chose était toute autre.<br />
Bien évidemment pour des populations qui vivent en totale ou en semi nudité, ( que ce soit du fait des conditions climatiques ou culturelles), le besoin est légitime de se décorer le corps quand il n&#8217;est pas couvert, pour des raisons pas seulement esthétique mais aussi pour se différencier du reste de la création&#8230; comme un signe fort dans l&#8217;univers naturel&nbsp;; marquer la  présence de l&#8217;Homme. "La peau c'est l'interface entre soit et le monde " et il faut que cette frontière soit visible pour qu'on ne soit pas complètement happé par le monde (pour ne pas disparaître dans l'environnement, pour exister...). Il faut tracer sa frontière.
Attention, ce facteur primaire qui est le besoin d'exister- et qui explique en partie ces pratiques dans les temps anciens- est vous l'aurez noté, très actuel. Parallèlement, il est intéressant de noter que les pratiques de transformation et d'ornement du corps connaissent un gigantesque essor en occident au moment où la nudité y triomphe.<br />
Il apparaît  donc évident,  c&#8217;est un constat, que la nudité est un facteur intimement lié aux manifestations de décorations corporelles. Mais il ne faudrait pas pousser plus loin que cela la spéculation. Ce serait plus qu'imprudent de réduire ces pratiques à de simples tentatives de remplissage du vide de la surface corporelle où à la seule satisfaction du besoin de marquer sa présence. Dans les sociétés de traditions, Les symboles   un ensemble de  système,  &#8230;souvent très intellectualisées, &#8230;.un code   complexe    participent de    social&#8230;. Cela prend tout un sens,  rentre dans une logique visant à distinguer et différencier les individus comme nous l&#8217;avons montré plus haut avec le rôle des marques corporelles en Afrique)  et mais aussi  initier une pratique artistique (comme nous allons le montrer à travers l&#8217;analyse des «&nbsp;faire&nbsp;» amérindien et océanien )<br /></p>


<p><strong><ins>Un corps matière première/ Une dimention très "artistique" au "faire" primitif :</ins></strong><br />
<strong>Le fourvoiement hégélien</strong><br />
HEGEL :<em>vers une auto annulation de la matière. /L'esprit est aliéné dans la matière (L&#8217;état de nature est un état de la malédiction...)/ L'homme travaille par son action, contre la nature... il lui donne du qualitatif/ «&nbsp;Le travail de l&#8217;homme, c&#8217;est aménager le monde, l&#8217;évacuer de sa lourdeur, fuir la grotte</em> <br /></p>


<p>«&nbsp;<em>Le goût de la parure semble s&#8217;être manifesté chez l&#8217;homme avant qu&#8217;il éprouvât la nécessité de s&#8217;armer et de se vêtir. Ce goût inné provient d&#8217;un instinct, d&#8217;un sentiment artistique</em>&nbsp;» Ary RENAN, Le costume en France, p.11<br /></p>


<p>Une analyse attentive et dénuée de préjugés met en lumière une dimension très "humaine" aux pratiques corporelles (une quête d'une humanité à travers une fuite du "naturel) qui relative sur de nombreux points, les pré-supposés de l'anthropo-philosophie de HEGEL. <strong>L'état de nature n'existe pas et n'a jamais existé chez aucun peuple</strong>.
On voit là qu&#8217;il y a bel et bien qu&#8217;il y a dans l&#8217;effort universel que produit l&#8217;homme à retoucher son corps une démarche artistique.  Alors peut importe qu&#8217;elle soit consciente ou pas, peut importe que la finalité soit magico- religieuse ou esthétique ( ce ne sont là finalement que des habillages). Le fait est qu&#8217;on devine cette volonté d&#8217;initier une pratique essentiellement humaine. Ce besoin énigmatique  que tous les hommes (qu&#8217;ils soient au Nord, au Sud, à l&#8217;Est ou à l&#8217;Ouest ) cherchent à assouvir à travers &#8220;le Faire&#8221;. C&#8217;est le besoin créatif.<br /></p>


<p><ins><strong>Le fait artistique/ Se différencier par le faire du reste de la création</strong></ins><br />
<strong>L&#8217;art est révélateur de l&#8217;humanité</strong>. C&#8217;est une perception intuitive qui va au delà de nos cinq sens conventionnels  animaux,  qui touche quelque chose de plus profond en nous ( le sensible&nbsp;? l&#8217;âme ?...) et qui surtout met en lumière la négativité de l&#8217;espèce humaine.
Les animaux naissent, vivent et meurent tels quels&#8230; L&#8217;homme est capable de modifier son apparence et de se fabriquer une nature propre. En cela il  est différent de, et supérieur à l&#8217;animal. Ainsi faut il saisir le sens profond des interventions corporelles&nbsp;: Consacrer l de l&#8217;Homme sur le reste de la création.  Si le «&nbsp;besoin d&#8217;esthétisaton du corps », et du «&nbsp;faire&nbsp;» semble suivre le même cheminement philosophique partout,  elle ne participe pas d&#8217;une  même démarche créative chez les océanien et chez les indiens d&#8217;Amérique. Alors que vous noterez chez les Amérindiens, une franche tendance à  reproduire le naturel, les océaniens eux se distinguent par une étonnante propension à l&#8217;innovation.</p>


<p><strong>Amérique</strong><br /></p>


<p><ins><strong>Rendre hommage à la nature, s'unir à elle...</strong></ins><br />
Les éléments de la nature constituent la principale source d'inspiration pour la nouvelle image qu'on veut donner au corps. LA religion méso-américaine: Chez les peuples préhispaniques, la naissance d'un enfant, l'orage, la récolte du maïs (actes banals pour nous  qui dans le temps , dans l'espace et dans la pensée, sommes loin) étaient  empreints d'une profonde signification religieuse. Il faut savoir que  le concept de "dieu" et de "religion" n'a rien à voir avec celui des cultures du vieux Continent. Pour les peuples précolombiens, tout  ce qui fait partie du cosmos et de la nature&nbsp;: la terre, le soleil, la lune, les étoiles, les animaux, les plantes, l'eau et les montagnes constituent une manifestation du divin.<br />
Le "panthéon commun" précolombien consacre un Dieu unique ( androgynie, dualité, double essence, masculin- féminin ). Pratiques chamaniques: les animaux "nahual" étaient en quelque sorte, un alter ego des dieux et les chamans pouvaient se transformer en ces animaux; cette notion est essentielle et constitue le fondement religieux  de tous les peuples précolombiens et est important dans la compréhension de leur iconographie.<br /></p>



<p><strong>Océanie</strong><br /></p>


<p><strong><ins>La révélation d&#8217;une intelligence :</ins></strong><br />
Chez les océaniens, se différencier dans l&#8217;être du reste de la création. Le besoin créatif&#8230;.<br />
La revendication d&#8217;une humanité à travers un démarcation totale (visuelle) de la nature / Se différencier définitivement de tout ce qui existe. Ne ressembler à rien. Créer&#8230;  Le mot création prend tout son sens quand il s&#8217;agit d&#8217;examiner les oeuvres traditionnelles océaniennes parce qu&#8217;il y a ici de l&#8217;inventivité. Ne pas se borner à recopier la nature c&#8217;est manifester la supériorité de l&#8217;espèce humaine par sa capacité à rêver, à imaginer et donc à inventer.  C&#8217;est là  quasiment la définition  contemporaine du fait artistique ;<a href="...">...</a> une définition qui n&#8217;est admise dans la conscience occidentale que depuis le XX ème siècle, et c&#8217;est un peu grâce à l&#8217;observation de ces objets «&nbsp;primitifs&nbsp;» qu&#8217;on y est arrivé.<br /></p>


<p>Pour terminer,  cette pensée de <strong>Jacques DERRIDA</strong>,  philosophe de la déconstruction:<br />
"  <em> <strong>La circoncision est la marque inconsciente qui est faite pour rester au delà de toutes les prises de conscience</strong>. Partout où il y a marque, figure, trace dans le corps, il y a circoncision.<a href="...">...</a>C'est l'écriture du corps par lequel, <strong>le sujet dissymétrique reçoit la loi</strong>, avant même qu'il ne sache parler . Il reçoit une identité, et après quelque soit le mode d'émancipation, la trace reste.<strong> Le sublime c'est ce qui se trouve près du ciel et la circoncision est de l'ordre du sublime</strong> </em>."</p>



<pre>      ***<br /></pre>

<p><br />
<br />
"<strong> <em>La peau, c'est ce qu'il y a de plus profond...</em> </strong>"<br />                                    Paul VALERY<br /></p>


<p>En face de la maison où il vécut et mourut, dans la rue qui porte son nom, une exposition a décidé de donner raison au poète.<br /><em><strong>Signes du Corps</strong></em>&nbsp;: une centaine de pièces d&#8217;Asie, d&#8217;Amérique, d&#8217;Afrique et d&#8217;Océanie, qui se proposent de nous faire découvrir les marques et les transformations corporelles dans les sociétés dites "primitives"  en les mettant en parallèle avec des manifestations actuelles dont témoigne un affichage de photographies.<br />
Nous y avons vu plus, parce que nous avons vu au delà. Cette exposition dit la négativité du genre humain, célèbre sa complexité et révèle d'une certaine manière son <strong>unité</strong>. Nous avons été interpellés par l&#8217;<strong>universalité</strong> <strong>sous-jacente professée</strong> et nous n&#8217;avons pu résister à l&#8217;envie de vous entraîner à notre suite, refaire le voyage&#8230;<br /><br />
<br />
<br /></p>


<p><strong>II-<ins>CONTEMPRANEITE EST INTERVENTIONS CORPORELLES</ins></strong><br />
<strong>SECRETS ET BUTS, Dignostic d'un "Désir d'Afrique"?</strong> <br /><br />
<br />
<br /></p>


<p><strong>Analyse d' "un rite  moderne à l'échelle de planète entière"</strong></p>


<p>L'engouement actuel pour les marques corporelles, pourrait presque faire oublier la définition que donnait le <ins>Larousse de Psychologie</ins> à la chose, il y a seulement  une trentaine d&#8217;année&nbsp;: «&nbsp;&#8230; <em>les individus qui s&#8217;y soumettent  ont généralement une personnalité malléable, faible plus ou moins déséquilibrée&#8230; Le tatouage qui a presque toujours un caractère magique satisfait souvent une tendance narcissique naïve ( affirmation virile) mais peut aussi correspondre à un besoin d&#8217;affiliation ( appartenance à une caste, à une société secrète) ou avoir la signification d&#8217;une bravade désespérée&#8230;.Il est toujours un indice d&#8217;immaturité affective.</em> ».<br />
A  l'époque, la pratique était encore considérée comme l'apanage de quelques peuplades primitives des brousses africaines et la prise de parole à la négative que représentait l&#8217;acte de ceux qui en occident franchissaient le pas, les faisait ranger de facto  dans le rang des marginaux. Aujourd'hui,  <strong>BEAUCOUP</strong>, <strong>énormément d&#8217; «<em>immatures affectifs</em>»</strong> dans les rues de New York, Londres, Paris ou encore Tokyo. Et nous autres, africains "modernes", fantômes de nous même, à la mémoire galvaudée, jetons un regard circonspect sur ce qui n&#8217;est plus pour nous qu&#8217;excitations de leucodermes en manque de traumatismes. Je m'en vais vous faire mal. Je m'en vais vous  rappeler ce qu'était  "<strong>Nous</strong>":<br /></p>



<p><strong><em>Femmes et hommes sculptures</em><br /></strong>
<strong><em>A la nudité résolument vêtue</em><br /></strong>
<strong><em>Parés de l&#8217;excrément de notre terre</em><br /></strong>
<strong><em>A nos oreilles, Fleuves d&#8217;Or</em><br /></strong>
<strong><em>L&#8217;Ivoire, agrafe de nos lèvres</em><br /></strong>
<strong><em>Peuples sans écriture !<br /></em></strong>
<strong><em>Et la langue mystique des dieux gravée  dans notre chair ?<br /></em></strong>
<strong><em>Nos livres ?</em> <br /></strong>
<strong><em>NOUS !<br /></em></strong>
<strong><em>Dogmatique, prophétique, érotique</em><br /></strong>
<strong><em>L&#8217;incarna chantant&#8230;<br /></em></strong></p>


<p>Les  2m2 de la surface de la peau sont devenu  en occident, un véritable  nouveau terrain de jeu pour l&#8217;expression plastique.  Notre exposition commence par une présentation de photos montrant ces &#8220;<strong>Corps- Cartes</strong>&#8221; où la géographie des marques éclate en une composition très intellectuelle. Et les modèles, ces <strong>"sauvages" des temps modernes</strong> affirment à qui veut bien les entendre qu&#8217;ils ont fait de leur être, une interrogation. On est tenté de les croire, tant la lecture de ces motifs peints, en bas ou haut relief sur le corps, évacue un instant l'individu et son identité. Mais parce qu'ils soulignent son anatomie et qu'ils le racontent très fort, ils nous ramènent quand même à lui. Le photographe qui a su nous installer ce va  et vient entre l&#8217;&#339;uvre et son support, l'&#339;uvre et ses supports (une sorte d'extension infinie de l&#8217;&#339;uvre); a aussi su faire dire: <em>Le poids de la vie</em> , <em>la paix</em>, <em>la peur</em>, <em>la bêtise</em>, <em>l&#8217;incompréhension</em>&#8230; «&nbsp;<em>Faire de l&#8217;ordinaire , un moment empreint de tragédie et d&#8217;intensité...</em>». Si dans un monde où on réduit  la personne à son apparence, <strong>La peau nous raconte et devient le support du message à soi et aux autres</strong>, la photo est le canal qui définitivement, arrive à fixer cette histoire silencieuse. Il est désormais admis qu'une bonne photo peut être vecteur du même effet sensible qu'une belle peinture. Et ce n'est que justice qu'après avoir participé activement de la mort de la conception "classique" de la notion d'art et de la  reconnaisance des expressions "primitives"; la  photographie côtoie désormais celles ci dans l'espace ô combien vénéré du Musée.<br /></p>


<p>Etrange&nbsp;! Nous avons vu dans cette exposition des photos de notre «&nbsp;<em>Nous</em>&nbsp;»  perdu ressemblant à leur «&nbsp;<em>Eux</em>&nbsp;» d&#8217;aujourd&#8217;hui. Oh oui&nbsp;!  je sais, comparaison n'est définitivement pas raison. il s'agit pas d'établir une quelconque filiation dans les buts, les moyens, et l'esprit; entre  les interventions sur le corps tels que nous les côtoyons tous les jours dans le contexte occidental de sur- modernité qui est le notre; et tels qu&#8217;ils étaient vécues ou se vivent encore dans les  <strong>sociétés de tradition</strong> . Il reste que, ce qui est devenu un véritable phénomène de société interroge et questionne, sociologues, anthropologues et autres psychologues. Et ils s&#8217;épuisent nos chers spécialistes à mettre un nom sur l'errance  d'un monde occidental las de ses absurdes gesticulations, triste à mourrir dans son indécent monologue, profondément malade de son vide moral  et  pathétique dans les convultions que sont ses maladroits élans vers des valeurs dont il reste le principal prédateur. Un drame se joue...<br />
Ils expliquent les spécialistes. Nous avons tendu l&#8217;oreille. Quel sens peut on donc donner à l&#8217;acte des personnes qui  aujourd&#8217;hui se transforment le corps?<br /></p>


<p><ins><strong>Transgression</strong></ins>:  Pour s'opposer aux conventions et aux conditions sociales, quoi de mieux qu'un grand cri muet, permanent, bougeant, respirant... Se jouer des conventions, aller à contre courant. La tendance ici serait essentiellement de marquer une individualité. <strong>On se met en marge d&#8217;une société jugée trop lisse en donnant du volume à sa peau; on dit son dégoût du monde et son refus de l&#8217;ordre établi  en traçant ses propres nouvelles frontières, en gravant sa propre loi!</strong>&#8230; <strong>Nous disons que ce n&#8217;est là en définitif qu&#8217;une quête de sens pour une existence au goût fade</strong>.<br /></p>


<p>«&nbsp;<em>Mais, d&#8217;autre part, la vie est de plus en plus composée de contenus impersonnels et de ces représentations qui veulent évincer les colorations proprement personnelles et incomparables&nbsp;; si bien que, maintenant, pour sauver ce qui est le plus personnel, il faut mettre en &#339;uvre une particularité et une singularité extrêmes&nbsp;; il faut forcer la note pour, somme toute, devenir ne serait-ce qu&#8217;encore audible, même pour soi- même.</em> »Georg SIMMEL<br /></p>


<p><ins><strong>Indépendance</strong></ins>: Les transformations corporelles seraient dans certains cas,  l&#8217;<strong>expression d&#8217;une liberté</strong>, «<em>une liberté assumée</em>». «&nbsp;<em>Rite insu</em> », «&nbsp;<em>rite personnel de passage</em> ». Le corps c&#8217;est ce qui  nous réduit le plus à nous, le travailler c&#8217;est <strong>se</strong> travailler, c&#8217;est travailler pour soi,&#8230; <strong>c&#8217;est s&#8217;affirmer</strong>. Et si, la résurgence des interventions corporelles se cristallise en occident à travers un rapport à l&#8217;autorité et au lien parental, c&#8217;est que&nbsp;: s&#8217;approprier son corps c&#8217;est signifier de façon visible qu&#8217;on prend son destin en main. <strong>On coupe le pont avec ses parents en modifiant la première chose qu&#8217;on a reçu d&#8217;eux, en retouchant la chose qui nous relie le plus à eux&nbsp;: le physique</strong> ( C&#8217;est peut être ce qu&#8217;ils aiment le plus en nous, l&#8217;image d&#8217;eux même qu&#8217;on leur renvoie). <strong>Décider de rayer le miroir</strong>&nbsp;: c&#8217;est la revendication d&#8217;une certaine souveraineté... mais surtout la manifestation du besoin de <strong>construire un  propre «&nbsp;soi », un «&nbsp;soi&nbsp;» propre</strong>.. .«&nbsp;Rupture ». <strong>Signes ostentatoires de liberté</strong>. Mais si vouloir et pouvoir transformer son corps signifie aujourd'hui un plus de liberté, ceci  révèle souvent de <strong>sensibles malaises</strong>.<br /></p>


<p><ins><strong>Culture de l&#8217;étrange</strong></ins>: Les transformations corporelles s&#8217;intègrent souvent dans l&#8217;ensemble des pratiques à risque pouvant mettre en lumière des <strong>troubles émotionnels dont la résorption se manifeste dans un rapport particulier à son corps</strong>. Dans ces cas, les manifestations sont  des <strong>auto- mutilations</strong> ou prennent la forme d&#8217;interventions  extrêmes comme le branding ( cicatrice en relief dessinée sur la peau par l&#8217;application d&#8217;un motif au fer rouge, au chalumeau ou au laser) Selon les psychologues&nbsp;: «&nbsp;<em>le branding n&#8217;est pas un acte suicidaire, mais une <strong>volonté de vivre</strong>&nbsp;; .. <strong>de se dépouiller de la mort qui colle à la peau</strong> pour sauver sa peau</em> ».  Il s&#8217;agirait donc là d&#8217;un «&nbsp;<em>Mécanisme de régulation de la souffrance</em>&nbsp;» par la douleur&nbsp;:  La douleur pouvant transformer dans le mauvais sens mais aussi dans le bon&nbsp;: «&nbsp;<em>la construction par la douleur choisie</em> », car <strong>la douleur ancre la mémoire, la mémoire d&#8217;un évènement</strong>. «&nbsp;<em>Il s&#8217;agit pour le sujet de briser la sacralité du corps, faire couler le sang, jouer symboliquement avec la mort, solliciter la douleur pour exister ( les sports extrêmes n&#8217;ont pas d&#8217;autres fonctions, sauf qu&#8217;ils sont peut être plus dangereux)</em> », «<em>défaire la symétrie et prévenir le morcellement inhérent au corps, Autrement dit, <strong>braver la mort</strong></em> ». <strong>Il est intéressant de noter que l&#8217;ensemble des pathologies du   mal- être  se localisent en occident, monde qui s&#8217;est affranchi depuis longtemps de rites initiatiques auxquels sont généralement liés les interventions corporelles dans les sociétés de tradition</strong>.
<br />
<br /></p>


<p><strong>Identification- Distinction/ La marque  corporelle et son importance dans la société primitive</strong><br /></p>


<p>Nous l&#8217;avons dit, les marques corporelles ont dans les sociétés de tradition, un statut hautement différent . Alors que tout à l&#8217;heure nous avions plutôt une démarche (vide de spiritualité) visant à se distinguer foncière du «groupe», ici on cherche à <strong>construire son intégration à la  Communauté</strong>, le tout sur fond de croyances religieuses et de pratiques cérémonielles. Ces traces qui sont aussi le témoignage de la douleur surmontée avec bravoure initient une troublante séduction qui trancende l'esthétique.<br /></p>


<p><ins>Différencier les individus</ins>&nbsp;: Les formes des bijoux, la façon de s&#8217;habiller, de se coiffer signifient le statut de la personne. Les scarifications participent de  la même démarche.  «&nbsp;<em>Je suis une fille pubère, je suis une fille non pubère/ Je viens de marier&nbsp;; je suis en deuil/ Je suis chef de clan, je suis un intouchable&#8230;/ j&#8217;appartient à tel ou tel tribu, à tel ou tel société/ J&#8217;ai fais la guerre, j&#8217;ai été brave à le chasse /j&#8217;ai tel ou tel mal incurable&#8230;</em> ». La peau primitive n&#8217;arrête pas de <strong>parler</strong>, d&#8217;<strong>informer</strong>, d&#8217;inviter, de <strong>prévenir</strong>... Rites de passage et autres cérémonies initiatiques sont ainsi  fixés, pour soi et pour la communauté.<br /></p>


<p><ins>La trame religieuse</ins>&nbsp;: La transformation de l&#8217;apparence participe d&#8217;un ensemble  complexe de pratiques cultuelles. Les mutilations arborées fièrement par ceux qui les portent ne souffrent d&#8217;aucune contestation, sont solidement enracinées et puisent leur aura dans des mythes et croyances séculaires. Ici , on pense en se dessinant le symbole d&#8217;une divinité, lui manifester sa soumission et s&#8217;attirer son regard&nbsp;; là , on s&#8217;offre par la scarification, une médecine permanente sous la peau, véritable  protection contre la maladie ou la malchance. Très souvent l&#8217;élaboration des marquent donnait lieu à un véritable cérémonial.  Bref le désir que nous avons aujourd&#8217;hui de neutralité, d&#8217;uniformité, <strong>la grisaille totale actuelle de l&#8217;apparence</strong> nous éloigne de nos racines. L&#8217;absence de référent spirituel est sûrement pour beaucoup dans cette relative «&nbsp;<em>froideur</em>&nbsp;» et «&nbsp;<em>stérilité</em>&nbsp;» de notre monde moderne. Les sociétés traditionnelles  font preuve d&#8217;une <strong>rare intelligence </strong> quand il s&#8217;agit d&#8217;expliquer la naissance de l&#8217;univers, et ces cosmogonies sont  le principal inspirateur de la décoration du corps. Prenons l'exemple des <em>Luluwa</em>, une population qu&#8217;on retrouve dans le Kasaï et le Sankuru dans l&#8217;actuelle RDC...<br /></p>


<p><ins>La mémoire parlée et la mémoire dans la peau:</ins><br />Le terme <strong>LULUWA</strong> signifierait &#8220;<strong>Gens de l&#8217;eau</strong>&#8221;, et le mythe de la création de ce peuple  raconte que Dieu ayant jeté une pierre dans l&#8217;eau, de l&#8217;apparition des ondes à la surface seraient né ce peuple. On s'explique alors la profusion de signes concentriques ( <em>volutes, arcs de cercle, spirales</em>) parmi les marques corporelles  comme pour, définitivement fixer l&#8217;histoire des origines, le mythe fondateur. La peau devient ainsi le support de la mémoire une sorte de parchemin sacré et au même titre que le verbe, cette parole parlée&nbsp;: «&nbsp;<strong>Luluwa</strong> », un élément constructif de l&#8217;<strong>identité</strong> et l&#8217;<strong>imaginaire</strong> de ce peuple. L&#8217;intervention sur le corps devient le lien qui cimente la communauté et aussi - et c&#8217;est important - la rattache au &#8220; <strong>TOUT</strong> &#8221;. Ce n&#8217;est pas seulement là un signe pour que le Luluwa n&#8217;oublie pas d&#8217;où il vient, n&#8217;oublie pas le respect, l&#8217;amour  qu&#8217;il doit à l&#8217;eau mais  c&#8217;est aussi un message adressé au «&nbsp;<strong>créateur</strong> », <strong>le signe par lequel il reconnaît en chaque <em>luluwa</em> une partie de lui même</strong>. La symbolique ici est très forte, mais en même temps elle est très actuelle. De plus en plus de gens se tatouent qui le nom de leur enfant, qui le nom de la personne aimée&#8230; On peut voir, comme les scarifications représentées se déroulent sur l'étonnante sculpture <em>luluwa</em>, en en parasitant la surface. On dirait l&#8217;artiste, emporté  par le tourbillon du mouvement vibratoire, et le souci figuratif en devient secondaire. Le cou est allongé à l&#8217;extrême pour pouvoir représenter sans fin, ces marques exactement comme à la surface de l&#8217;eau. C&#8217;est ce travail libre et particulier, sa tendance à un «<strong>surréalisme raffiné</strong>» qui fait le charme de la sculpture Luluwa .<br />
Une autre cosmogonie très parlante, celui des <em>Bambara</em> du Mali.<br /></p>


<p><ins>Les Bambara et leur rapport à l&#8217;univers</ins>:<br />
Le mythe des origines fait de l&#8217;homme, le dernier de la création.  Cette conception&nbsp;; qui n&#8217;est  somme toute qu&#8217;un élément du fond commun de toutes les religions monothéistes; entraîne chez les <em>Bambara</em> toute une construction de pensée  et un <strong>système cosmogonique sans nul pareil</strong>.   L&#8217;homme, benjamin de la création, se sent de fait  inférieur à tout ce qui l&#8217;entoure et lui témoigne un profond respect.  Cet imaginaire est très intéressant à analyser surtout quand on saisit que la précaution que prend le Bambara à ménager <strong>le monde son aîné</strong> se manifeste jusque dans le rapport  aux éléments les abstraits   que peuvent être <strong>le verbe</strong> ou <strong>le signe</strong>. Sans avoir pris les dispositions qui s&#8217;imposent, le tisserand Bambara par exemple ne saurait se permettre de <strong>créer</strong> (le terme est presque inapproprié puisque tout existe déjà et a précédé l&#8217;arrivée de l&#8217;homme sur terre&nbsp;; les motifs sont une force supérieure à celle qu&#8217;est le tisserand). En fait <strong>l&#8217;artiste Bambara ne crée pas</strong>, <strong>il sollicite</strong>. D&#8217;où l&#8217;importance de la parole (Notez qu&#8217;en pays Bambara, un être humain ne commence d&#8217;exister qu&#8217;à partir du moment où on lui donne un nom. Avant il n&#8217;est rien. Le nom, <strong>le dire</strong> qui lui sont supérieurs lui confèrent une pseudo légitimité et permettent de le fixer comme une partie réelle et véritable du TOUT). Ceci éclaire d&#8217;un nouveau jour les signes qui recouvrent la statuaire et une nouvelle lecture vient se superposer à celle là, légère et presque triviale, essentialiste décorative. La complexité du code à finit de consacrer l'inaccessibilité de la statuaire <em>Bambara</em>.<br />
Vous aimez les mythes&nbsp;! En voici un dernier pour la route.<br /></p>


<p><ins>La création du monde Maori:</ins> <br />
Au commencement étaient&nbsp;: <strong>Rangi</strong> le dieu céleste et <strong>Papa</strong> la déesse Terre (quand on dit terre il faut  penser à l'élément de base, donc plutôt la mer ici, plus important dans l'esprit océanien; la terre elle même se résumant à une poussière d&#8217;îles n&#8217;ayant été que «&nbsp;péchées&nbsp;» par la suite par les hommes). Rangi et Papa s&#8217;aimèrent éperdument et  eurent six enfants ( qui correspondent aux six êtres primordiaux de la cosmogonie Maori). Rangi et Papa étaient liés «&nbsp;comme deux valves d'une coquille ». Le monde était donc un univers clos et obscur. Puis arriva un évènement. Un jour Papa leva les bras  et ses enfants perçurent un bref éclat de lumière. Ils en voulurent d'avantage. <strong>Tane</strong> un des enfants (le même Tane, dieu des forêts qui par la suite créera le premier homme:<strong>Tiki</strong>) suggéra de séparer leurs parents; ce que les autres  approuvèrent. A jamais séparés, le ciel et la terre restèrent inconsolables... Leurs larmes tombent du ciel sous forme de pluie, et s'élèvent  de la terre  sous l'apparence de la rosée. Tous les éléments du monde Maori et de son panthéon très complexe mais très organisé découlent de cet acte primordial. Il y a dans cette exposition, inscrit en un linteau de porte, une sublime représentation de Tane et un de ses frères s'efforçant de séparer leur père le Ciel de leur mère la Terre. Le mythe de la création du monde est représenté là dans un traitement magnifique qui va jusque dans le détail.  Vous noterez un goût prononcé (encore plus prononcé et raffiné que celui des Luluwa) pour les thèmes d&#8217;enroulement participant de la sensation de vertige et que génère généralement la création océanienne. Thèmes sollicités pour décorer la statuaire mais aussi le corps. Les dieux tatoués jusque sur la langue tirée, inventèrent la pratique que les polynésiens perpétuent jusque aujourd&#8217;hui, devenue la <strong>carte d&#8217;identité de ce peuple</strong>.<br /></p>


<p><em><strong>Luluwa</strong></em>, <em><strong>Bambara</strong></em>, <em><strong>Maori</strong></em>,&#8230; autant de façons de dire l&#8217;Homme. L&#8217;Homme d&#8217;hier et d&#8217;aujourd&#8217;hui. L'Homme inattendûment complexe.<br />
<br />
<br />
<br /></p>


<p>Sé.</p>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.grioo.com/blogs/MRA/index.php/2005/05/09/123-vers-lhomme-nouveau-0-ebauche-dun-programme-de-revolution">
  <title>VERS LE "NOIR NOUVEAU"</title>
  <link>http://www.grioo.com/blogs/MRA/index.php/2005/05/09/123-vers-lhomme-nouveau-0-ebauche-dun-programme-de-revolution</link>
  <dc:date>2005-05-09T21:35:44+00:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>grdpea</dc:creator>
  <dc:subject>THEORIE DE LA RENAISSANCE</dc:subject>
  <description></description>
  <content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/X/NN%200.jpg" alt="" /> <strong>Noire conscience (Intro)</strong> <br />
«&nbsp;<strong><em>Je n'ai l'ambition d'aucune solution.</em></strong> <br />
<strong><em>Je ne sais où nous allons, mais je sais qu'il faut foncer.</em></strong> <br />
<strong><em>Il faut libérer l'homme nègre, mais il faut aussi libérer le libérateur. </em></strong> <br />
<strong><em>Il y a un problème en profondeur. Un problème de l'homme avec lui même.</em></strong>» <br />
Aimé CESAIRE <br />
Un mode opératoire en TROIS ACTES: <strong>Horizontalité, Verticalité, Intériorité...</strong></p> <p>§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§</p>

<h3>Ebauche d'un "Programme " de Révolution</h3>

<p>«&nbsp;<strong><em>Pour nous mêmes et pour l'humanité, camarades, il faut faire peau neuve, </em></strong> <br /><strong><em>Je développer une pensée neuve, tenter de mettre sur pied un homme neuf.</em></strong>&nbsp;»  Franz FANON<br />
<br />
<br /></p>

<pre><em>Va mon fils et remplis ta tâche.</em>
<em>C'est, de tous les démons, toi que je hais le moins.</em>
<em>L'activité de l'homme est sujette au relâche.</em>
<em>Et pour l'aiguillonner j'ai besoin de tes soins.</em>
GOETHE, <em>Faust</em></pre>

<p>Et nous partons, prompt à nous essayer à l'oeuvre, offrir des pistes pour tirer la conscience noire de sa sourde léthargie.
Nous proposons une <strong>Dialectique</strong>, dans le sens d'un "aller vers".<br />
Il s'agit de «&nbsp;<em>prendre des distances avec l'idée que nous nous faisons de nous à travers le filtre de la culture colonialiste</em> ». Cette "<strong>idée de nous</strong>" n'est pas "<strong>Nous</strong>". Elle est fausse et pernicieuse, et celui qui nous l'impose n'est de toute évidence pas notre ami. Le challenge c'est de  découvrir "<strong>notre nous</strong>" (Attention!, nous ne disons pas "re-découvrir", parce que "notre nous" , nous ne l'avons jamais connu. On nous l'a enlevé trop tôt. il s'agit d'être prudent...). Tout est donc à <strong>découvrir</strong>. Nous inventerons s'il le faut (ici, il faudra que le "<em>sens africain</em>" nous guide), mais en aucun cas nous ne saurions nous contenter plus longtemps  de l'idée actuelle de "nous".<br /></p>


<p>Nous comparons ce que nous appelons "<strong>révolution</strong>", à une "<strong>décolonisation</strong>". Une rupture d'avec le plus insidieux des mécanismes de domination qui soit: <strong>la colonisation de notre humanité</strong>. Il y a, vous l'avez compris, quelque chose de l'ordre du parricide dans notre proposition. Il s'agit réellement de mettre définitivement fin au paternalisme...<br />
Nous disons, comme Méphistophélès à Faust,  qu'il nous faut <strong>descendre vers "les Mères"</strong>.<br /></p>


<pre>Faust:
<em>"Les Mères"! "Les Mères"? que ce mot sonne étrange à mes oreilles!</em></pre>

<p>Que cherchons nous? Qu'espérons nous trouver?<br /> La <strong>Vérité</strong>, la <strong>Beauté</strong>: <em>Pâris et Hélène</em><br />
Et quand nous l'aurons trouvé: Hélène,  nous ne pourrons que tomber amoureux de son visage, de ce même amour qui <em> lança mille navires et brûla les tours immenses d&#8217;Ilion. Pour l'amour d'elle, Hélène, nous combattrons le faible Mélénas et porterons ses couleurs aux plumes de notre casque, nous blesserons Achille au talon. Pour la suave Hélène, il nous faudra être prêts à mettre Troie à sac</em>. (Mais cela est une autre histoire, commençons par partir à sa recherche...)
Sous l'habillage d'une "revisitation" de la "<strong>Mythologie de l'action</strong>" (de la pure action), c'est l'urgence de <strong>l'auto-déterminisme</strong> noir que nous théorisons ici. Toutes ces <strong>prises de conscience </strong>individuelles<strong></strong> qui rendront possible LA GRANDE REVOLUTION: le sac de la ville de Troie...<br />
<br />
Un mode opératoire en trois actes:</p>

<pre><strong>HORIZONTALITE</strong>: <strong>l'Urgence de la Déconstruction</strong></pre>


<pre><strong>VERTICALITE</strong>: <strong>D'une REECRITURE</strong></pre>


<pre><strong>INTERIORITE</strong>: <strong>La Réconciliation avec notre NOUS</strong></pre>


<p>1/ <ins><strong>L'urgence de la DECONSTRUCTION</strong></ins><br />
( Rapport au <em>Matériel</em>: le monde et l'Autre/ Guérir la <em><strong>Praxis</strong></em> )<br />
<br />
<strong>Le Nègre est un objet rationalisé</strong>. Les contours en ont été définitivement définis dès les tout premiers contacts avec le Blanc et les fondements de cette <strong>simplification </strong> n'ont guère évolué <strong>. </strong>Cette<strong> rationalisation, </strong>cette<strong> "objectivation maximum, </strong> est une <strong>déshumanisation de notre être</strong> .<br />
Nous proposons <strong>une Praxis volontaire dont le but est de provoquer une " crise "</strong>. La quête hiatale, un auto-exorcisme violent.
Faire de notre "être aux choses", un questionnement. Susciter l' "angoisse" chez l'Autre. Il y a beaucoup d'<strong>humanisme</strong> dans la suggestion: <strong>L'individu inquiet est un individu qui quitte le "système contemplatif"</strong>; l'individu qui inquiète est un individu qui clame haut sa complexité''. Les deux se trouvent consacrés dans leur <strong>Négativité</strong>. Ils sont sur le chemin de la <strong>Vérité</strong> ( Nous y reviendrons...).<br />
<br />
C'est la stratégie du choc. La rupture. Il s'agit d'un <strong>paraître à l'Autre</strong>. <strong>D'un "paraître" différent</strong>. Nouveau.<br />
Nous parlons bien ici de comportement:<br /></p>

<h4>Faire ce qu'on n'attend pas de nous<br />
Etre là où on ne nous attend pas <br />
Se taire quand on s'attend à nous voir parler<br />
Prendre la parole quand on s'attend à nous voir garder un silence respectueux.<br /></h4>

<p><br />
Bref, <strong>déjouer l'attente</strong>. <strong>Déconstruire le "<em>Type Nègre</em>"</strong>. Nous vous invitons à donner à votre attitude une dimension pouvant la rendre digne d'être "muséifiée".<br />
C'est l'aspect le plus <strong>immédiat</strong> de notre programme. Le plus <em>urgent</em> aussi.<br />
<br />
2/ <strong><ins>D'une REECRITURE</ins></strong><br />
(Rapport à l<em>'Immatériel</em>: le divin, la philosophie, l'histoire, la science.../ Guérir la <em><strong>Connaissance</strong></em>)<br /></p>


<pre>Méphistophélès: 
<em>Descends donc! je pourrais dire aussi bien: Monte! C'est tout un.</em>
<em><strong>Echappe au créé</strong> <strong>dans le royaume des images vaporeuses</strong>;</em>
<em>réjouis toi de ce qui depuis longtemps n'est plus;</em>
<em>comme des traînées de nuages, s'enlace le tourbillon de ces images.</em></pre>


<p>Tout à l'heure il s'agissait d'<strong>être "étrange"</strong>, ici il s'agit d'<strong>avoir faim</strong>. Tout à l'heure il s'agissait de susciter l'interrogation chez l'autre, ici il s'agit de questionner, de questionner TOUT. Questionner, chercher, fouiller les décombres.
<strong>Cultiver en nous le manque car le manque conditionne la Renaissance</strong>.<br /></p>

<pre>Faust:
<em>Dans ton néant, j'espère trouver le tout...</em></pre>

<p>Chercher et fouiller parce que nous n'avons rien par et pour nous: Notre langage, notre regard, notre grille de pensée, nos jugements... jusqu'à nos vêtements et au shampoing pour nos cheveux. Rien ne nous appartient dans le sens où tout ce dont nous nous accommodons est la sécrétion de quelqu'un d'autre, pour ses formes originales d'exister. <strong>Nous "FAISONS AVEC"</strong>. Voyez vous, tout cela ne serait pas grave si le monde de l'Autre, LE MONDE tout court donnait habitât à notre humanité, à l'HUMANITE tout court. Mais il faut reconnaître que ce n'est pas le cas. <strong>Nous vivons dans une cruelle négation de nous</strong>.<br />
Prenons un exemple: la Philosophie occidentale qui est LA Philosophie tout court. Celle que nous étudions dans nos écoles. Nombre ce ceux qui l'ont faite - ces grands penseurs que sont: Darwin, Humé, Hegel, Comte, Hugo... pour ne citer que ceux là - tous ont, à un moment donné (à demi mot ou à mot entier), théorisé <em>l'infériorité de la race nègre</em>, posé des postulats à tendance culturicide. Pourtant c'est la pensée de ces gens là qui est notre pensée, c'est avec leur raisonnement que nous raisonnons, c'est avec leur regard que nous regardons le monde... Cette forme d'aliénation a des conséquences graves sur le sujet Noir, de l'ordre de l'insu et qui frisent la névrose. Le <strong>pensée africaine</strong> existe. Il faut <em>la sortir de dessous le boisseau</em>, la nettoyer et la <em>mettre sur le chandelier</em>, à l'endroit d'où, c'est toute la maison qu'elle pourra éclairer . Gageons que le monde ne s'en portera que mieux.<br />
Bref: il va falloir tout réécrire. La rupture épistémologique d'avec l'Histoire amorcée par le Professeur Cheik Anta Diop est un exemple. D'autres domaines, véritables bastions de l'esprit monocolore attendent d'être pris d'assaut: la Dogmatique, l'Esthétique, la Science, l'Amour... Il nous faut devenir:l'"<em>Homme insatisfait</em>", des "<em>Sujets du doute</em>". (nous y reviendrons...)<br />
Le but c&#8217;est d&#8217;arriver à nous construire <strong>un "univers des idées" qui n&#8217;agresse pas notre "être" et qui «&nbsp;offre séjour&nbsp;» à notre "exister"</strong>. Pour cela il faudra comme dirait FANON: «&nbsp;<em>Hanter les bibliothèques, dévorer les ouvrages...</em>» <br />
C'est la phase la plus lourde, la plus longue et la plus laborieuse de notre itinéraire. C'est une démarche qui demande beaucoup d'investissement.<br />
<br />
3/ <strong><ins>La Réconciliation avec notre "NOUS"</ins></strong><br />
(L' "aller vers soi" / guérir l' <em><strong>Être</strong></em> )<br />
<br />
Il s'agit de prendre conscience de la vérité qui suit et d'en mesurer la portée:
<strong>Si le Blanc (qu'il se l'avoue ou non) est persuadé que le Noir lui est inférieur, tout semble laisser supposer, que le Noir de son côté n'est pas entièrement convaincu d'être l'égal du Blanc</strong><br /></p>


<p>Nous touchons là du doigt l'aspect le plus crucial du programme de reconquête d'une fierté vraie: <strong>L'acquisition de l'intime conviction de notre humanité. Immédiate, entière et non négociable</strong>. Il s'agit de nous face à nous. Ne vous y trompez pas, l'entreprise a quelque chose d'extrèmement violent. Souvent, elle réclame un contexte. (Nous y reviendrons...). <br />
C'est ce que nous appellerons la <strong>condition de paix</strong>. Nous parlons de conviction, et cela  ne se force pas.<br />
C'est la phase la plus complexe de notre itinéraire. Ici il faut beaucoup de courage.
<br />
<br />
Nous voulions vous démontrer que LA PRISE DE CONSCIENCE est quelque chose de beaucoup plus complexe que nous ne nous l'imaginons souvent. Nous espérons y être arrivé.
Nous allons mal. La douleur en nous est lancinante, il s'agit de ne plus l'ignorer. Les pistes de réflexion ici énoncées disent la nécessité pour le Noir de se faire violence.
De bout en bout, il s'agira:
«<strong>en toute circonstance</strong> de <strong>réclamer, d'exiger l'homme qui est en nous</strong>» (FANON).
<br />
<br />
Un poison a été insidieusement injecté. Il coule dans des territoires insoupçonnés de notre personnalité.
Le trouble est partout:<br />
<strong>Il est dans notre "<em>être</em>"<br /></strong>
<strong>Il est dans notre "<em>penser</em>" et dans notre "<em>dire</em>", dans notre "<em>croire</em>" et dans notre "<em>aimer</em>"<br /></strong>
<strong>Il est dans notre "<em>faire</em>"<br /></strong>
"<strong>Tuer le père</strong>" pour permettre l'émergence d'un <strong>Noir Nouveau</strong>, <strong>Neuf et Entier</strong>
<br /></p>

<pre>Faust: 
<em>"Les Mères"! Ce mot retentit en moi comme un coup.</em>
<em>Que signifie ce mot que je ne puis entendre?...</em></pre>

<p><br /></p>

<pre><strong>SE</strong> pour le grdpea</pre>

<p><br />
<br /><br />
<em>«...Cette instance si longtemps occultée&nbsp;; redonne au temps son épaisseur et sa consistance, elle ouvre l&#8217;avenir, elle réconcilie, pourrait-on dire, un sujet blessé avec lui-même, et transforme une errance en trajet. Cela commence dans la déréliction</em>. <em>Il y a l&#8217;oubli, mesure singulière de moi-même, il y a le silence et l&#8217;absence, la mémoire en exil, l&#8217;angoisse du corps, les déserts du désir. L&#8217;attente , surtout, domine ces premières paroles&nbsp;; c&#8217;est le manque douloureusement vécu d&#8217;une maturité de l&#8217;être, d&#8217;un monde enfin habité, le rêve d&#8217;un accomplissement:</em> <br /><br />
<em>Je désire &#8230;</em><br />
<em>L&#8217;accomplissement du monde</em><br />
<em>L&#8217;épaisseur de l&#8217;avenir habité&#8230;»</em><br />
Jacques HOWLETT (Préface à <em>Stèles pour l&#8217;avenir</em> de Théophile OBENGA)<br /><br /><br />
A venir:
<br /><br /><br /><br /><br />
<img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/X/NNx.jpg" alt="" /> <strong>Noire conscience I</strong> <br /></p>

<pre><strong><em>... Je ne sais où nous allons, mais je sais qu'il faut foncer...</em></strong></pre>

<p>§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§</p>

<h3>HORIZONTALITE: «&nbsp;Et bien pleurons maintenant...&nbsp;»</h3>

<p>Frantz FANON disait&nbsp;: «<em><strong>C&#8217;est un individu libéré qui entreprend la construction de la cité...</strong></em>». En d&#8217;autres termes l&#8217;édification de la Renaissance Africaine ne sera rendu possible qu&#8217;avec <strong>un nombre conséquent d&#8217;amorces irréversibles de mouvements individuels de rupture d&#8217;avec la colonisation des «&nbsp;humanités »</strong> .<br />
Nous avions commencé par expliciter la nécessité de libérer simultanément «&nbsp;<strong><em>le faire</em></strong> », «&nbsp;<strong><em>l&#8217;acquis</em></strong>&nbsp;» et «&nbsp;<strong><em>l&#8217;être</em></strong>&nbsp;» de l&#8217;individu. Attelons nous maintenant à tracer les contours du premier aspect de cette tri-thérapie. Ce que nous appelons&nbsp;: <strong>l&#8217;urgence de la Déconstruction</strong>.<br /><br />
<ins><strong>COMMENT GUERRIR LA PRAXIS...</strong></ins>
<br /><br /><br /><br /><br />
<img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/X/NN%202.jpg" alt="" /> <strong>Noire conscience II</strong> <br /></p>

<pre><strong><em>... Il y a un problème en profondeur...</em></strong></pre>

<p>§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§</p>

<h3>VERTICALITE: d'une réécriture...</h3>

<p><strong><em>Dihondo dyonto hashilé otaka</em>.</strong><br />
Avec un habit d&#8217;autrui, tu restes dans la nudité.<br />
<br />
<strong><em>Kenge y&#8217;onto hashilé okota, wadyonto hashilé onyémba</em></strong>.<br />
Avec une hache d&#8217;autrui, on ne peut défricher tout un champ,<br />
Avec la femme d&#8217;autrui,on ne peut résoudre le problème de son célibat.<br />
<br />
<strong><em>Olo kéma l&#8217;onyoakana.</em></strong><br />
Le plaisir n&#8217;est pas dans la bouche d&#8217;autrui.
<br /><br /><br /><br /><br />
<img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/X/NN%201.jpg" alt="" /> <strong>Noire conscience III</strong> <br /></p>

<pre><strong><em>... Un problème de l'homme avec lui même...</em></strong></pre>

<p>§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§</p>

<h3>INTERIORITE</h3>

<p><br /><br /><br /></p>


<p><br /><br /><br /></p>




<p><img src="http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/NG/damas2.gif" alt="" /></p>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.grioo.com/blogs/MRA/index.php/2005/05/05/109-le-vrai-complot-1-du-danger-dune-certaine-mise-en-scene-de-limage-du-noir">
  <title></title>
  <link>http://www.grioo.com/blogs/MRA/index.php/2005/05/05/109-le-vrai-complot-1-du-danger-dune-certaine-mise-en-scene-de-limage-du-noir</link>
  <dc:date>2005-05-05T20:26:19+00:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>grdpea</dc:creator>
  <dc:subject>ALERTE</dc:subject>
  <description></description>
  <content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://grioo.com/blogs/MRA/images/X/exo/get_rich2.jpg" alt="" /><br /></p>


<p><strong>ÊTES - VOUS   CE  QU' IL   EST&nbsp;? ?&nbsp;? </strong> <br /><br />Nous nous proposons de vous faire réagir sur l'esprit de la dernière campagne de pub d'une prestigieuse marque de "Sport wear". Campagne qui met en scène, individuellement, quatre personnalités ( du monde du cinéma, de la musique et du sport) dans une présentation en diptyque ( Deux images nous sont à chaque proposées: une photo en gros plan de la «&nbsp;star&nbsp;» et un visuel de portée symbolique, qui lui est associé).</p> <p><br />
<br /></p>

<h3><ins><strong>DU DANGER D'UNE CERTAINE MISE EN SCENE DE L'IMAGE DU NOIR</strong></ins> <br /></h3>

<p><br />
<br /></p>


<p><img src="http://www.grioo.com/blogs/MRA/images/X/z8005.jpg" alt="" /> <br /></p>


<p><em>"Là d'où je viens, pas de seconde chance. Tu ne sais pas ce qui t'attend demain, alors profite"</em><br />
attribué à 50 Cents <br /><br />
Les affiches géantes qui depuis peut ont envahi l'espace public nous montrent&nbsp;: <br />
_Une star de cinéma ( d&#8217;aspect très agréable) du type dit «&nbsp;asiatique », souriante avec ce qui de toute évidence semble être une photo d&#8217;enfance; une petite fille en train de jouer,...heureuse. <br />
_Un champion de tennis du type dit «&nbsp;européen », avec un trophée...<br />
A côté de ces deux présentations qui inspirent joie, bonheur, réussite&#8230;&nbsp;; nous avons les mises en scène de l&#8217;image de deux autres personnalités celles ci du type dit «&nbsp;africain&nbsp;» : <br />
_Le premier -qui de l&#8217;avis de quelques experts est probablement le meilleur basketteur actuellement en exercice- est présenté donc (toujours selon la ligne artistique adoptée par la marque) en gros plan, dans une attitude qui pourrait être celle de la prière (ce détail est loin d&#8217;être innocent)&nbsp;; avec accompagnant le gros plan, un détail d&#8217;un tatouage rouge&nbsp;; une figuration de la tête d&#8217;un personnage qui pourrait être le Diable.<br />
_L&#8217;autre, une star du hip-hop est présenté dans une tenue à forte connotation militaire qui finit de parfaire son air de méchant, avec un visuel montrant des empreintes digitales! Une référence non feinte et apparemment assumée, à l&#8217;univers carcéral. <br />
Ce sont ces deux dernières démarches de communication qui nous ont interpellées. Elles ne prennent évidemment toute l'envergure de leur étrangeté, qu'à la lueur d'une analyse comparative avec les deux autres. Nous ne nous arrêterons pas sur le code couleur, quoi que son analyse pourrait être très intéressante et révélatrice du latent du discours. A ce titre, même l'intitulé de la campagne fait sens. Mais Allons à l&#8217;essentiel.<br />
Ce que nous voudrions dire c&#8217;est que le diable et la prison ne sont pas des référents et ne sont vecteurs d&#8217;aucune valeur positive (Alors que la joie et l&#8217;insouciance de l&#8217;enfance, la maladresse feinte que transcende la gagne&nbsp;; elles le sont) . Alors Pourquoi le négatif (du moins, ce qui du point de vu «&nbsp;général », est considéré comme tel) est fièrement arboré dans l&#8217;espace public et surtout pourquoi est- il d&#8217;une façon aussi systématique associée à des personnalités noires&nbsp;? <br />
<strong>"Nous ne sommes QUE ce que nous sommes", rien de plus, rien de moins...</strong> Nous ne pensons pas qu&#8217;il y ait dans ce genre de montages maladroits, une volonté délibérée ou consciente de nuire. Mais parce qu'il y a tout de même (nous le craignons) nuisance, nous nous devons d&#8217;en questionner l&#8217;esprit. <br />
Demain se prépare aujourd&#8217;hui, et en passant tous les jours devant cette campagne d&#8217;affichage nous n'avons nous empêcher de penser à tous les enfants qui ont du en subir l'agression et nous questionner sur les séquelles d'une si malheureuse entreprise dans les esprits fragiles. <br />
<br />
Il semblerait que la marque indexée&nbsp;; en mettant en scène des «&nbsp;stars&nbsp;» d&#8217;origines "ethniques" variées, ait voulu jouer la carte de l&#8217;universalité. Mais l&#8217;universalité ici professée est de l&#8217;ordre du simple marketing. Si l&#8217;objectif manifeste est d&#8217;ouvrir le marché à toutes les «&nbsp;communautés&nbsp;» on peut s&#8217;inquiéter que le résultat ne contribue nullement au rapprochement de celles-ci. <br />
<br />
Entendons nous bien. Nous ne faisons le procès ni du Tatouage, ni du Basket-Ball, ni du Hip-Hop. Ce sont là quelques langages privilégiés, parmi les plus hautes manifestations de l&#8217;expression noire contemporaine. Mais elles souffrent du discrédit que <em>l&#8217;esprit «&nbsp;gobinal »</em> (une fois encore conscient ou non) leur jette.
Il ne s&#8217;agit pas ici de fustiger une marque particulière, un médium particulier ou une démarche particulière. Ce n&#8217;est pas là une initiative isolée. Elle s&#8217;inscrit dans un processus plus large initié par ce que nous allons appeler «<strong> le système</strong>&nbsp;» (auquel il serait inexact aujourd&#8217;hui de donner une coloration) et dont trop souvent le monde noir s&#8217;accommode.
Nous pointons du doigt une tendance inscrite dans les couches les plus profondes de l&#8217;inconscient occidental qui vise à associer l&#8217;«&nbsp;<em><strong>individu mélanien</strong></em> », de façon plus général, à la violence, au sexe et à la drogue. Tendance que les média entretiennent allégrement (ceux qui en doutent peuvent s&#8217;interroger sur le fait que Doc Gynéco et Joey Starr soient les invités préférés de la télévision française...). Dans le contexte actuel de «&nbsp;surmodernité&nbsp;» où l&#8217;influence du tiers éducateur est de plus en plus croissant, il s&#8217;agit d&#8217;être vigilant.<br />
Un véritable <strong>complot contre l&#8217;imaginaire</strong>, fruit d&#8217;un fantasme abstrait et dangereux de l&#8217;esprit dominant. <strong>On sculpte la pensée</strong>. Les effets peuvent être désastreux surtout chez les tous petits et chez les adolescents, noirs comme «&nbsp;non noirs ». Chez les uns on provoque une identification tacite et presque forcée, chez les autres on fait naître le rebus qui plus tard nourrira une étonnante allergie à la mélanine dont on s&#8217;épuisera à chercher la cause. Chez les uns on endort la conscience, chez les autres on entretien la phobie. C&#8217;est <strong>la stratégie des 2M: «&nbsp;Le méchant noir », Mythe et Modèle</strong>. Et ça marche, il n&#8217;y a qu&#8217;à faire un tour dans les cités pour s&#8217;en convaincre. Plus que les difficultés de la vie, le diktat du modèle promu ( et soutenu par l'impressionnante armada du monde de la communication, de l'industrie du disque et des média) inhibe tout élan intellectuel et sape l&#8217;&#339;uvre de conscientisation... <br />
<br />
<em>Le Noir joue au «&nbsp;Bad Boy&nbsp;» dans son guetho sur lequel le Blanc jette un regard méprisant avant de s&#8217;enfermer dans sa tour d&#8217;ivoire. Et quand ils se rencontrent, le Blanc et le Noir, c&#8217;est dans le métro, justement devant une affiche qui lui dit, à lui le Noir, qu&#8217;il doit avoir le regard méchant, et à lui le Blanc qu&#8217;il doit faire attention à son sac</em>. Alors peu importe que le Noir ait une casquette de la même marque que le sac du Blanc. Ce n'est là que le signe ostentatoire de l'appartenance à la même communauté de consommateurs. La communauté plus précieuse du genre humain, elle, vient de voler en éclats. Nous venons là de «&nbsp;boucler la boucle&nbsp;» de l&#8217;absurde que nous nommons Triomphe du Système et dont les politiques, les premiers se repaissent. <br /><br />
Notez que nous n&#8217;occultons pas la complicité ( ou le manque de perspective) des "personnalités noires" qui, repus de leur pseudo gloire et auréolés de cette sorte de reconnaissance bancale dont ils semblent jouir de la part du «&nbsp;système », n&#8217;hésitent pas à jouer son jeu. Il se pose donc aussi une lancinante question de <strong>représentativité</strong> au sens de la <strong>responsabilité</strong> et plus cruellement au sens de la <strong>légitimité</strong> de celle ci.<br /></p>

<pre></pre>

<p>Aux propos de 50 Cents (" <em>là d'où je viens, pas de seconde chance. Tu ne sais pas ce qui t'attend demain, alors profite</em>"), nous opposons ceux d'une autre figure du Hip-Hop:<br /></p>


<p>"<strong><em>Quand t'es un rappeur, tu es censé montrer que t'es un dur, un ganster ou un mac et pour moi, tout ça c'est tomber dans la facilité. Etant né noir et pauvre dans un ghetto américain, j'aurais pu facilement sombrer dans la criminalité, car c'était ma réalité. le plus dur, ça a été de <ins>reprendre le contrôle de mon humanité</ins> </em></strong>"
<strong>Saul Williams</strong><br />
La différence c'est que l'un des deux "rappeurs" est diplômé de philosophie...<br />
<br />
<br /></p>


<p>Il s'agit de déconstruire <strong><em>l'Attitude Prescrite</em></strong>:<br />
Ceci est une incitation au «&nbsp;<strong>devoir de regard</strong>&nbsp;» sur les choses qui nous concernent et à un <strong>débat conscient sur les formes contemporaines du déni d&#8217;humanité</strong>.
<strong>Il nous faut NOUS FAIRE et NON FAIRE AVEC ce qu&#8217;on fait de nous</strong>.<br /></p>

<pre></pre>


<p>Pardonnez, ce sujet de discussion est lancé alors que les affiches de cette campagne ont presque déjà tous disparu de notre environnement visuel. Pour se la remettre en tête, le site de la dite marque&nbsp;: www.rbk.com/fr ( Attention! l&#8217;esthétique de la présentation sur le site peut faire oublier l&#8217;aspect agressif de ces mêmes images, en format 2m sur 2 dans les couloirs de métro).<br /></p>


<p>Aimerions avoir l&#8217;avis des uns et des autres ( les réactions des personnes d&#8217;origine extra africaine sur leur perception du " Noir " à travers les média sont constructives). <br />
Merci.<br />
<br />
<br /><br /><br /><br />
<strong>ANNEXE:</strong><br /></p>


<h3><strong>On ne conscientise pas le "Modèle promu",...On promeut le "Modèle du Conscientisé"</strong> <br /><br /><br /></h3>

<p><ins><strong>On  ne conscientise pas le  «&nbsp;<em>Modèle Promu</em> »...</strong></ins> <br /><br /></p>


<p>Responsabiliser le «&nbsp;Modèle promu&nbsp;» est une gageure (Essayez de faire lire Cheik Anta Diop ou Frantz Fanon à Stomy Bugsy... La difficulté de l&#8217;entreprise ne tient pas tant à la très hypothétique herméticité du modèle qu'au fait qu'il est attaché au statut de nègre privilégié dont il jouit dans le "<em>spectacle de la société</em>" tant qu'il continue à jouer au vrai faux méchant noir).</p>


<p>Notez l'ambiguïté du «&nbsp;Modèle promu »: Il est à la fois <strong>promu et décrié</strong>. Cela en fait un sujet complexe&#8230; Nous préférerons dire "compliqué" (en fait il n' y a rien de moins complexe que le «&nbsp;Modèle promu&nbsp;» ).
Du fait de cette séduisante <em>bicéphalité</em> l&#8217;identification n'en est que plus forcée chez les jeunes noirs. Le Noir lambda tombe en amour du personnage pour deux raisons: parce qu'il est promu (promotion= richesse, un symbole de réussite donc), mais aussi parce qu'il est décrié (le symbole du "<em>hors la loi</em>" ou du pourfendeur de l'univers blanc est forcément attachant). Voyez vous, on crée pour le Noir des "<strong>HEROS</strong>" qui n'en sont pas.
[ Prenons un exemple: (ce qui suit n'a aucune autre valeur que celui d'exemple que nous lui prêtons)
Il est très interressant de s'interresser à la réaction ( absence de réaction serait plus juste ) de ces «&nbsp;HEROS&nbsp;» que sont les "footballeurs noirs" à l&#8217;heure où ils se font traiter de "singes" sur les plus grands terrains d&#8217;Europe. Leur attentisme témoigne de leur impréparation au "Devoir de Fierté " et de leur désarmement complet quant aux moyens d'exercice de ce devoir. Ils n&#8217;ont eux même eu pour modèles que des gens qui ont passé leur vie à courir après un ballon.
Comprenez bien ceci:  Les modèles de réussite de millions d&#8217;enfants et d&#8217;adolescents noirs sont des gens qui en silence se font traiter de "singes". Nous disons que  le Système conditionne les jeunes générations à ne manifester aucune fierté. C'est cela <strong>LE VRAI COMPLOT</strong>. On n'est définitivement pas un modèle de réussite juste parce qu'on gagne beaucoup d'argent.]
Le «&nbsp;<strong>Modèle promu</strong>&nbsp;» est l'instrument qu'utilise le Système pour éloigner le monde noir de vrais hautes aspirations et pour entretenir la phobie dans le monde blanc.
Si ce modèle est promu c&#8217;est parce qu'il a en partie les caractéristiques du " <strong><em>type nègre</em></strong>"&nbsp;: passif, émotif, violent, naïf, ayant des penchants évidents pour le sexe et la drogue... Toutes les caractéristiques du type abstrait que le système travaille à graver dans l'imaginaire noir. C&#8217;est un <strong>individu unidimensionnel</strong> qui consacré dans son <strong>irrationalité</strong>, est complètement prévisible (ce n&#8217;est pas un paradoxe !). Il ne peut développer de sentiment révolutionnaire. Il rassure le monde blanc et  le conforte dans son sentiment de supériorité.
«&nbsp;<em>L&#8217;infériorité morale, intellectuelle, scientifique et philosophique du Noir</em>&nbsp;»  théorisé  par Gobineau  repris par Hume et Hegel est  un fantasme qui ne souffre d&#8217;aucun doute dans l&#8217;esprit du Blanc même s&#8217;il ne le s&#8217;avoue pas. Il appartient au Noir de ne pas prendre les rêves du Blanc pour ses réalités à lui.</p>

<pre></pre>

<p>La question à se poser est celle ci: Avons nous à nous épuiser dans une tentative de responsabilisation du «&nbsp;Modèle promu »?. Nous ne l&#8217;avons pas choisi, On  l&#8217;a choisi "pour" nous.
Nous répétons&nbsp;: «&nbsp;<strong>IL NOUS FAUT FAIRE ET NON FAIRE AVEC&#8230;</strong>&nbsp;»</p>


<p>Récapitulons&nbsp;:
Nous n'avons pas choisi le «&nbsp;Modèle promu », il n'a donc pas de légitimité
Parce qu'il est un frein à notre émancipation, il nous faut l'ignorer
Si l&#8217;ennemi continue à l&#8217;utiliser contre nous, il nous faudra le combattre.</p>


<p><strong>On promeut le «&nbsp;<em>Modèle du Conscientisé</em> »</strong></p>


<p>Cela, le Système ne le fera pas à notre place...
Plus qu'un travail de  communication, c&#8217;est d&#8217;<strong>EDUCATION</strong>  dont il s&#8217;agit. Cela demande beaucoup de temps et de sacrifices. C'est une entreprise colossale, tellement immense qu&#8217;il serait hasardeux de vouloir seulement en présenter les contours ici. Ce dont nous parlons s&#8217;inscrit dans La vaste projet d&#8217;édification d&#8217;une <strong>fierté noire</strong>, première étape dans le programme de construction de la <strong>RENAISSANCE AFRICAINE</strong>.
La promotion du "Modèle du Conscientisé" est aujourd'hui possible grace aux média alternatifs tels que le canal dont nous usons actuellement.
En attendant la Grande Révolution (celle là ne se programme pas; elle s'invite, dans les deux sens du terme), il faut des petites révolutions. Des <strong>révolutions individuelles</strong>, une petite révolution dans la vie de chacun. Nous croyons en la force de l'Exemple.
A la suite de KI-ZERBO nous disons:
<em>"...Donc il faut réaliser une opération mentale individuelle d'abord, collective ensuite, et se dire&nbsp;: " Je suis le centre de moi- même."<a href="...">...</a> " On ne peut pas coiffer quelqu'un en son absence" Ceci veut dire que personne ne peut se substituer à moi- même , sauf si je laisse faire . Il faut partir de son centre en dépassant la périphérie par l'esprit, en se fondant ou refondant en soi- même. Je considère que le progrès, ce qu'on appelle le développement, c'est "faire le plein" de sa capacité en tant qu'être humain pour être un émetteur et un récepteur de valeurs <a href="...">...</a> Puisque contrairement à l'accumulation de biens, il n'y aura pas de limites pour les valeurs. Le monde des valeurs est une immensité qui dépasse de loin le monde matériel."</em></p>

<pre></pre>

<p>La révolution individuelle se manifeste dans une <strong>attitude déconstructiviste</strong>. Déconstruction du "<em>type Nègre</em>" tel qu'il est pensé et imposé par le Système.</p>


<p><strong>IL NOUS FAUT DECONTRUIRE A UN HAUT NIVEAU</strong><br /><br /><br />
<br /></p>


<p><ins><strong>Analyse d'une conséquence  du <em>complot contre l&#8217;imaginaire</em>: le DESAMOUR DU "SOI" </strong></ins></p>


<p>Notez  qu'on observe deux réactions à l&#8217;&#339;uvre pernicieuse de l'imaginaire dirigée (en résumé: l'idéalisation du Blanc et la  diabolisation du Noir) chez le jeune sujet noir:
Un rebus total pouvant entraîner un désemparement complet trouvant son expression dans une tentative d'identification à ce qui est présenté comme "<em>positif</em>". Ou alors la réaction inverse: Une adhésion assumée (mais presque forcée, cela n'est pas un paradoxe!...) au modèle du "<em>négatif</em>" qu'on considère inéluctable.
La première réaction est généralement observée chez le sujet de sexe féminin, la deuxième chez le sujet du sexe opposé (Attention ce qui précède n'est pas une règle&nbsp;; la récente résurgence de la demande du port du voile chez de nombreuses jeunes filles de confession musulmane en a relativisé la portée).<br /></p>

<pre></pre>

<p>Cela semble se vérifier à travers la  simple observation de l'APPARENCE de la jeune population noire des quartiers dits défavorisés: Chez les filles, à travers la coiffure (quête de l'"idéal" Blanc) et chez les garçons à travers la mode vestimentaire (assujettissement au "négatif" ou plutôt à ce qui est présenté comme tel). <br />
Dans tous les cas il s'agit de prendre conscience  <strong>que  le diktat de la  mono-lecture (ou lecture dirigée) des objets "Noir" et "Blanc" a été et continue d'être la bride de l'émancipation des jeunes générations noires.</strong><br />
<br />
<br />
<ins><strong>Quelques contributions à nos précédents propos</strong></ins>:<br />
<br /></p>


<p>Au sujet de la <strong><em>Guerre à l&#8217;Intellect</em></strong>&nbsp;:</p>


<p>«&nbsp;<em> <strong>La presse ne tarit pas d'éloges sur un champion de boxe ou un athlète noir</strong>. Elle célèbre après 50ans la victoire du boxeur noir  Joe Louis sur le champion Max Schmelling, porte drapeau officiel de l'Allemagne  nazie ou encore la gloire  de Jesse Owens qui battit tous les records aux jeux olympiques de Berlin, en 1936, et rappelle avec jubilation, que le Führer, en colère, quitta le podium  avant la fin pour ne pas avoir à féliciter le dieu inégalé du Stade. Elle couvre de louanges Ray Charles, chanteur de Jazz, l'immortel trompettiste Louis Armstrong ou Yannick Noah , champion de Roland Garros,  Comme naguère Joséphisme Baker étoile des Folies Bergères. <strong>Ce sont des vedettes dont nos intellectuels du show - business se sentent solidaires, amis sans partager le prestige sacro-saint du monopole de la vraie culture et des choses de l'esprit . <ins>A ce niveau, les Noirs ne sont pas des victimes de diffamation mais de black-out</ins>.</strong></em>&nbsp;»
<strong>Victor Sablé</strong>, <ins>Mémoires d'un Foyalais</ins>.(page 20)</p>



<p>A propos du <strong><em>Héros Sportif</em></strong>&nbsp;:</p>


<p>«&nbsp;<em> <strong>La jeunesse africaine ne doit pas être dirigée vers les stades mais vers les champs et vers les écoles</strong>. Le stade n&#8217;est pas ce lieu d&#8217;exhibion installé dans les villes mais un certan espace au sein des terres que l&#8217;on défriche, que l&#8217;on travaille et que l&#8217;on offre à la nation. La conception capitaliste du sport est fondamentalement différente de celle qui devrait exister en pays sous-développé.<strong> L&#8217;homme politique africain ne doit pas se préoccuper de faire des sportifs mais des hommes conscients qui, par ailleurs, sont sportifs</strong>. Si le sport n&#8217;est pas intégré dans la vie nationale, c&#8217;est à dire  dans la construction nationale , si l&#8217;on construit des sportifs nationaux et non des hommes conscients, alors rapidement on assistera au pourrissement du sport par le professionnalisme, le commercialisme. Le sport ne doit pas être un jeu, une distraction que s&#8217;offre la bourgeoisie des villes. <strong>La plus grande tâche est de comprendre à tout instant ce qui se passe chez nous</strong>. <ins><strong>Nous ne devons pas cultiver l&#8217;exception, chercher le héros, autre forme de leader</strong></ins>. Nous devons soulever le peuple, le meubler, le différencier, <strong>le rendre humain</strong>.</em>&nbsp;»
<strong>Franz Fanon</strong>, <ins>Les damnés de la terre</ins> (page186)<br /></p>


<p>(Ce qui valable pour la jeunesse des pays sous-veloppés l&#8217;est pour toute la jeunesse noire)</p>


<p>A propos de <strong><em>l'Attitude Prescrite</em></strong>:<br /></p>


<p>"<strong><em>Quand t'es un rappeur, tu es censé montrer que t'es un dur, un ganster ou un mac et pour moi, tout ça c'est tomber dans la facilité. Etant né noir et pauvre dans un ghetto américain, j'aurais pu facilement sombrer dans la criminalité, car c'était ma réalité. le plus dur, ça a été de reprendre le contrôle de mon humanité</em></strong>"
<strong>Saul Williams</strong><br /></p>


<p>(Comparez cette citation avec l'injonction de 50 Cents:" <em>là d'où je viens, pas de seconde chance. Tu ne sais pas ce qui t'attend demain, alors profite</em>". Propos mis en exergue dans la fameuse publicité à l'esprit douteux intitulée: <strong>I am what I am</strong>. )
<br /><br /></p>


<p>A propos du <strong><em>Désamour du soi</em></strong>&nbsp;:</p>


<p>«&nbsp;<em>Parce que nulle autre solution ne lui est laissée, le groupe social racialisé essaie d&#8217;imiter l&#8217;oppresseur et par là de se déracialiser. La «&nbsp;race inférieure&nbsp;» se nie en tant que race différence. Elle partage avec la «&nbsp;race supérieure&nbsp;» les convictions, les doctrines, et autres attendus la concernant</em>.<em> <a href="&#8230;">&#8230;</a></em> <em>L&#8217;oppresseur, par le caractère global et effrayant de soin autorité en arrive à imposer à l&#8217;autochtone de nouvelles façons de voir, singulièrement un jugement péjoratif à l&#8217;égard de ses formes originales d&#8217;exister.</em> <em>Cet événement désigné communément aliénation est naturellement très important. On la trouve dans les textes officiels sous le nom d&#8217;assimilation.<a href="&#8230;">&#8230;</a> Le groupe infériorisé avait admis, la force de raisonnement étant implacable, que ses malheurs procédaient directement de ses caractéristiques raciales et culturelles.Culpabilité et infériorité sont les  conséquences de cette dialectique</em>&#8230;»
<strong>Frantz FANON</strong>, <ins>Pour la révolution africaine</ins>
<br /></p>


<p><br />
<br />
<strong>Sé</strong> pour le GRDPEA</p>]]></content:encoded>
</item>

</rdf:RDF>
