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Ahmadou Kourouma (1927-2003), écrivain indocile du post-colonialisme
27/04/2011
 

En quatre romans, cet homme arrivé tardivement à l’écriture a marqué à jamais la littérature africaine en décrivant avec lucidité et cruauté les travers des régimes africains nés des indépendances.
 
Par Hugo Breant
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Une vie en exil
Ahmadou Kourouma  
Ahmadou Kourouma
 

Ahmadou Kourouma est né le 24 novembre 1927 à Boundiali, en Côte d’Ivoire, dans une famille d’origine malinké. Son nom signifie d’ailleurs « guerrier » en malinké. Son père, issu de l’élite coloniale, était un infirmier que chacun appelait « docteur » et qui avait le droit, par son statut, de bénéficier des services de personnes vouées aux travaux forcés. Kourouma est très tôt élevé par l’un de ses oncles qu’il décrit comme « chasseur, musulman et féticheur », c'est-à-dire un homme qui possède le pouvoir des armes et de la magie et qui se situe en haut de la hiérarchie sociale traditionnelle. Kourouma poursuit ses études à Bamako, au sein de l’École technique supérieure.

Appelé par l’armée, il refuse d’abord de participer à la répression du mouvement naissant qu’est le Rassemblement Démocratique Africain. En 1949, il est même accusé d’avoir été un « meneur » dans une manifestation étudiante réclamant l’indépendance. Il est alors banni du Mali et enrôlé de force dans l’armée. Entre 1950 et 1954, il est alors engagé comme tirailleur « sénégalais » pour aller combattre aux côtés de l’Empire colonial français en Indochine.

Cette fois, Kourouma accepte sur les conseils de l’écrivain Bernard Dadier qui lui explique que le savoir militaire sera nécessaire dans la guerre de libération africaine qui s’annonce. Après les combats, il est amené en France où il étudie très brièvement à l’école de construction aéronautique et navale de Nantes avant d’étudier les mathématiques et les statistiques à Lyon. Il rencontre également sa femme avec qui il aura deux enfants.

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Ce n’est qu’en 1960, à l’heure de l’indépendance ivoirienne, qu’il revient vivre dans son pays, en tant que conseiller pour des assurances. Mais très vite, les orientations politiques de Kourouma lui créent à nouveau des problèmes. En effet, ce dernier refuse en bloc le système de parti unique. Inquiété par le régime de Félix Houphouët-Boigny, il est même emprisonné à plusieurs reprises. Il échappe de peu à la torture mais doit renoncer à son droit de travailler. Entre 1964 et 1969, il fuit en Algérie.

De retour dans son pays en 1970, il est exilé par Houphouët-Boigny qui le nomme directeur général de l’Institut international des Assurances de Yaoundé. Kourouma part donc au Cameroun entre 1974 et 1984 puis au Togo jusqu’en1994. Dans ces trois pays, il travaille pour le compte de grandes entreprises privées. Ce n’est qu’en 1994 qu’il est revenu en Côte d’Ivoire. Ahmadou Kourouma a donc été toute sa vie un exilé.

Kourouma est également intransigeant avec sa propre génération qui, selon lui, "s’est d’abord trompée et a ensuite failli".



En 2000, lorsque des troubles sociaux et politiques éclatent en Côte d’Ivoire, Ahmadou Kourouma fustige la chasse à l’homme dictée par le concept d’ivoirité et œuvre aux cotés d’autres intellectuels et hommes politiques ivoiriens au sein de la Coalition pour la patrie qui demande à ce que la paix revienne dans le pays. Le président Laurent Gbagbo et les médias proches du pouvoir critiquent alors cet homme qu’ils décrivent comme un proche de la rébellion du Nord du pays. Et par un procédé classique, ils le discréditent en allant jusqu’à remettre en cause les racines ivoiriennes de celui qui est issu d’un lignage malinké.

Un écrivain majeur de l’Afrique post-coloniale

Même s’il a commencé à écrire très tard dans sa vie, Ahmadou Kourouma décrit l’écriture comme une nécessité : "Pour nous, écrivains africains, l’écriture est aussi une question de survie. Quand j’ai écrit Les Soleils des indépendances, j’avais pour objectif de dénoncer des abus de pouvoir, des abus économiques et sociaux. Il y avait donc là une nécessité vitale et absolue!

Tous les écrivains français contemporains, comme les auteurs d’autres pays d’Europe, ont consacré une partie de leur production à la réflexion sur les quatre ans d’occupation et d’oppression que leurs pays ont subis pendant la Deuxième Guerre mondiale. Or, en Afrique, nous avons eu 100 ans d’occupation, et vous comprenez bien qu’il est vital pour nous d’en parler, d’en analyser les suites et les effets. Nous avons eu autant de massacres que les Européens pendant cette dernière guerre et sous les régimes autoritaires staliniens."

Si les auteurs africains écrivaient de manière classique sur des thèmes comme l’esclavage et le colonialisme, Kourouma choisit lui de rompre avec ce passé et de s’intéresser à l’Afrique qui vit sous ses yeux. Il la fait revivre notamment en abandonnant l’académisme francophone passé pour transmettre un peu de l’oralité africaine dans une écriture très rythmée. Kourouma invente un style vif, acerbe, calqué au réel, déroutant qui fera des émules dans la littérature africaine francophone des décennies suivantes.

 
 

L’auteur, lui, aime "casser" ou "malinkinser", selon ses propres expressions, la langue qui lui avait été inculquée par l’école coloniale et réinventer une langue à mi-chemin entre le français et le malinké qu’il juge bien plus complexe et riche que les langues européennes.

En 1968 parait son premier roman, celui qui fera de lui l’écrivain reconnu qu’il a été par la suite : Les soleils des indépendances. Dans ce livre coup de poing et désormais classique, l’auteur déjà âgé de 44 ans critique avec férocité l’Afrique décolonisée et les errements des régimes politiques qui sont nés de l’indépendance. Il détruit donc une illusion et un mythe qui opposait les "méchants" colonisateurs blancs aux "gentils" colonisés noirs pour montrer que la seule fin de l’ère coloniale ne pouvait suffire au bonheur de l’Afrique.

Ahmadou Kourouma a d’abord eu du mal à trouver un éditeur pour ce livre. Plusieurs éditeurs africains lui ont même renvoyé le manuscrit accompagné de lettre d’injures. Le roman est paru aux Presses de l’Université de Montréal et a été récompensé par le prix de la revue québécoise "Études françaises". Le livre a finalement été réédité en France deux ans plus tard chez Le Seuil, qui restera son éditeur principal jusqu’à sa mort, et s’est vendu à plus de 100 000 exemplaires.


En 1972, il s’attire à nouveau les foudres du pouvoir ivoirien en créant la pièce de théâtre Tougnantigui ou le Diseur de vérité. Très tôt censurée après les premières représentations à Abidjan, et jugée "révolutionnaire" par l’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, la pièce ne sera reprise qu’en 1996 puis éditée en 1998 aux éditions Acoria.

Après la parution en 1990 de Monnè, outrages et défis qui résume cent ans d’histoire coloniale africaine, de conflits interculturels et d’exploitation de la femme, il prend sa retraite, rentre à Abdijan et se consacre pleinement à l’écriture. En 1994 parait En attendant le vote des bêtes sauvages, l’histoire d’un chasseur appartenant à la "tribu des hommes nu" et qui devient un dictateur dans son pays. Ce livre a très vite été interdit au Togo car on y reconnait bien évidemment la figure du général Etienne "Gnassingbé" Eyadéma, soldat peu éduqué qui a pris le pouvoir à la faveur d’un coup d’état sanglant en 1963 pour ne le rendre qu’à sa mort, en 2005. Ce roman a reçu le Prix du Livre Inter.

En 2000, Kourouma publie Allah n’est pas obligé, l’histoire poignante d’un enfant orphelin qui part retrouver sa tante au Libéria et finit enrôlé comme enfant soldat. Avec ce nouveau roman choc, Kourouma obtient le Prix Goncourt des Lycéens et le Prix Renaudot. Le roman a été adapté au théâtre de Poche de Bruxelles en 2004 et mis en scène par René Georges et Grazia di Vicenzo.

 
 

Au tournant des années 2000, Ahmadou Kourouma se consacre plutôt aux ouvrages pour enfant et fait paraitre chez Gallimard Jeunesse puis Edition Grandir plusieurs romans : Yacouba, chasseur africain en 1998 et Le griot, homme de parole, Le chasseur, héros africain, Le forgeron, homme de savoir, Prince, suzerain actif en 2000.

Alors qu’il est revenu vivre en France quelques années plus tôt, Ahmadou Kourouma meurt en exil, le 11 décembre 2003 à Lyon, après une opération d’une tumeur bénigne. L’ouvrage sur lequel il travaillait avant sa mort sera finalement publié à titre posthume. Quand on refuse on dit non raconte la suite d’Allah n’est pas obligé. L’histoire emmène le jeune enfant soldat démobilisé sur ses terres, en Côte d’Ivoire, à Daloa. Très vite, le jeune homme se retrouve pris en pleine crise ivoirienne. Ahmadou Kourouma décrivait ce projet avec une grande simplicité et une incroyable humilité :

"Mes enfants me l’ont demandé [...] Dans ce livre, mon héros arrive en Côte d'Ivoire mais il n’a pas de chance, les événements éclatent. Il poursuit son aventure avec les escadrons de la mort, la situation politique, les charniers. Je voudrais que le pouvoir le lise. Cela pourrait permettre de réfléchir, de prendre du recul sur la situation, de voir les responsabilités de chacun et ce qui a conduit à tout cela. Je n’écris pas rapidement. J’espère que la situation se sera améliorée avant que le livre ne soit terminé."


En quatre romans, Ahmadou Kourouma a su marquer durablement le paysage littéraire africain. Ses livres font aujourd’hui l’objet de cours à travers toute la planète et disent beaucoup de cette histoire post-coloniale en train de s’écrire, sur la brutalité et le cynisme de certains dirigeants africains. Mais Kourouma est également intransigeant avec sa propre génération qui, selon lui, "s’est d’abord trompée et a ensuite failli".

D’après lui, Léopold Sédar Senghor "avait reconnu au Nègre ses attributs d’homme, mais d’homme inachevé. Nous avons naïvement cru que seule la colonisation empêchait les Africains de devenir des hommes accomplis comme tous les hommes. Par exemple, si des Africains volaient, c’était à cause du colonialisme. Qu’il cesse, et ils se mettraient tous à la tâche. Tout le monde allait se sacrifier pour l’Afrique.

Mais nous n’avions pas tenu compte de sa réalité, de sa psychologie. Les Soleils des indépendances a été le premier ouvrage à souligner que l’Afrique avait une responsabilité dans son malheur: l’attrait de la richesse et du pouvoir avait été le plus fort. Et les intellectuels, comme les autres, n’ont voulu que s’en mettre plein les poches". Lucide et plein d’humour, comme toujours, il ajoute : "Si je n’ai pas cédé à la tentation, c’est peut-être seulement parce que je n’en ai pas eu la possibilité !".

Citations

« La principale institution, dans tout gouvernement avec un parti unique, est la prison », dans En attendant le vote des bêtes sauvages.

« Le pouvoir est une femme qui ne se partage pas », dans En attendant le vote des bêtes sauvages.

« Aimer, c’est servir un autre que soi-même et en faire un maître », dans En attendant le vote des bêtes sauvages.

« La vérité n’est très souvent qu’une seconde manière de dire un mensonge », dans En attendant le vote des bêtes sauvages.

« Quel croyant juge-t-il les volontés des divinités avant d’exécuter leurs paroles ? », dans En attendant le vote des bêtes sauvages.

« Il existe deux types de cécité sur cette terre : les aveugles de la vue et les aveugles de la vie », dans En attendant le vote des bêtes sauvages.

« Quand le tam-tam frappe, on ne se proclame pas meilleur danseur, on le prouve », dans En attendant le vote des bêtes sauvages.

« Lorsqu’on condamne un rebelle à mort, c’est tout un clan qu’il faut savoir faire disparaitre pour avoir la paix dans le pays », dans En attendant le vote des bêtes sauvages.

« Ingérence humanitaire, c’est le droit qu’on donne à des États d’envoyer des soldats dans un autre État pour aller tuer des pauvres innocents chez eux, dans leur propre pays, dans leur propre village, dans leur propre case, sur leur propre natte », dans Allah n’est pas obligé.

« Partout dans le monde une femme ne doit pas quitter le lit de son mari même si le mari injurie, frappe et menace la femme. Elle a toujours tort. C’est ce qu’on appelle les droits de la femme. », dans Allah n’est pas obligé.

« C’est comme ça dans les guerres tribales, les gens abandonnent les villages où vivent les hommes pour se réfugier dans la forêt où vivent les bêtes sauvages. Les bêtes sauvages, ça vit mieux que les hommes », dans Allah n’est pas obligé.

« Il n’y a pas de justice sur cette terre pour le pauvre », dans Allah n’est pas obligé.

« Les voleurs de basse-cour le savent et le disent : quand on réussit un coup mirifique avec un second, on ne jouit pleinement du fruit de la rapine qu’après avoir éliminé le second », dans Allah n’est pas obligé.

''Quand on refuse on dit non''

Vous pouvez lire une critique du dernier roman d'Ahmadou Kourouma, Quand on refuse on dit non en cliquant Ici







       
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afrique   ahmadou kourouma   biographie ahmadou kourouma   cinquantenaire des indépendances   côte d'ivoire   ivoirité   
 
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