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Les Falashas, Noirs et Juifs
19/06/2007
 

Les Falashas, juifs d’Afrique, ont quitté leur terre nourricière pour rejoindre leur « berceau originel ». Aujourd’hui, malgré les années écoulées, ils demeurent encore à cheval entre deux mondes.
 
Par Thomas Pagbe
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Des Juifs en terre africaine... Leur présence en ces lieux ne cesse de générer une foule de questionnements. Qui sont ceux que l’on nomme les Falashas ou les Betas Israël ? Leur origine est, encore aujourd’hui, sujette à controverse. Différents avis sont en présence. La thèse la plus répandue demeure celle qui en fait les descendants de Ménélik, fils du Roi Salomon et de la Reine de Saba.

Une source annexe localise le royaume de Saba non pas en Israël mais dans le Yémen actuel. Dans le Coran, Mahomet mentionne l’existence de trois groupes monothéistes : Juifs, Sabéens et Chrétiens. La proximité entre le Yémen et l’Ethiopie a pu être à l’origine de la naissance de peuplades juives en Ethiopie. La fréquence des échanges entre l’actuel Yémen et l’Ethiopie aurait naturellement favorisé la conversion et la naissance d’un judaïsme éthiopien.

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L’encyclopédie en ligne Wikipédia exploite encore une autre hypothèse. Selon Eldad Ha Dani, un voyageur juif du 9ème siècle, un très grand nombre de tribus juives dispersées subsistent à son époque. Parmi elles, les tribus Dan, Asher, Gad et Naftali, rescapées de la chute du premier royaume d’Israël. Ces quatre tribus se seraient rassemblées dans une région de l’Ethiopie.

Deux voyageurs, l’un Juif et l’autre Arabe attestent, au 12ème siècle, de la présence de Falashas en Ethiopie. La communauté aurait compté, entre 40 et 60 000 membres. Cette seconde hypothèse, agrémentée de témoignages postérieurs, fournit une explication tangible à la présence de tribus juives en Afrique. Pour être complet, il faut ajouter une dernière hypothèse. Les Beta Israël seraient des chrétiens convertis au judaïsme depuis des siècles. Malgré tous avis un fait demeure indiscutable : « les Falashas sont les seuls Noirs parmi les juifs et les seuls Juifs parmi les Noirs » L’expression, tirée d’un article de l’encyclopédie Universalis, ne souffre aucune discussion. Les descendants supposés de la Reine de Saba ont maintenu durant des siècle une pratique régulière du dogme judaïque.

Une judéité contestée
 
 

Pourtant, leur « judéité » demeure longtemps contestée par les autorités religieuses israéliennes, lesquelles entretiennent une attitude circonspecte à l’égard de leurs coreligionnaires à la peau d’ébène. Leurs « prêtres » ne sont pas reconnus et la rigidité de leur sabbat participe grandement à l’approfondissement du fossé qui empêche leur reconnaissance. Un homme fait sortir les Falashas de l’ombre. Jacques Faitlovitc, un orientaliste d’origine juive polonaise, mène un véritable combat pour les faire reconnaître. Il crée un comité international pour leur venir en aide. Grâce à lui, des écoles naissent dans les villages des Falashas.

Visionnaire, il encourage l’ascension d’une élite parmi les juifs noirs. Cette même élite sera pour beaucoup dans le rapprochement entre les Falashas et le peuple juifs. Avant sa mort, il réussit à transmettre le relais à l’Agence juive, qui continuera son action. La date de 1973 représente un tournant. Ovadià Yossef, un rabbin d’origine yéménite et époux d’une Beta Israël, proclame officiellement leur appartenance au peuple juif. Deux ans plus tard, un autre rabbin, Shlomo Goren affirme que les Falashas sont des « frères » et de « vrais » juifs. La même année, Itzhak Rabin, Premier ministre d’Israël les déclare juifs et leur concède le droit au retour.


D’une manière générale, les Falashas émigrent peu en Israël. Seuls quelques un d’entre eux tentent le périple. Entre 65 et le milieu des années 70, un petit nombre fait le voyage jusqu’en Israël. Ces « pionniers » participent à la naissance de l’idée de « remontée » vers le pays « d’origine ». En 1975, on ne dénombre que 250 d’entre eux. Les opérations sérieuses débutent dans les années 80. Une action fera date. Son nom : Moïse. Sous ce nom de code biblique se cache une action d’envergure organisée par Tsahal (l’armée Israélienne), la CIA, l’ambassade américaine à Khartoum et des mercenaires soudanais. Grâce à un impressionnant pont aérien, entre novembre 84 et janvier 85, pas moins de 8000 personnes rejoignent la terre d’Israël.

L’opération ne se fera pas sans pertes. 4000 personnes disparaîtront dans leur tentative de rejoindre les camps de réfugiés soudanais, lieu d’exfiltration vers le foyer national juif. En 1991, l’opération Salomon, évacuera vers Israël un grand nombre de réfugiés éthiopiens. Plus de 14 000 personnes seront évacuées en 36 heures, dans un va et vient incessant d’aéronefs de la compagnie El Al. Cette action d’envergure jettera sous les yeux du monde la souffrance des Falashas. Avant ces déplacements de masse, la situation s’est notablement dégradée pour des migrants éthiopiens. La révolte marxiste sonne le glas de la quiétude pour les juifs éthiopiens. La famine de 1974 pousse les militaires du pays à la révolte. Invités à se soumettre et à « s’assimiler », les Falashas n’ont d’autre solution que d’abandonner leur terre quelques années plus tard.

Une migration complexe
 
 

Leur vie ne s’en est pas simplifiée pour autant. En butte à l’incompréhension et au racisme, leur assimilation s’opère très lentement et très douloureusement. Les Ethiopiens arrivés en Israël en 1991 et installés à l’hôtel ignorent qu’ils devront y rester pendant un an. L’installation dans des caravanes spécialement prévues pour eux fait suite à leur vie hôtelière. Là, les nouveaux immigrés reprennent leurs repères. Ils peuvent se retrouver, préparer leur nourriture et se nourrir d’ « endjara », une crêpe éthiopienne à base de bière.

Lentement, ils doivent prendre la mesure de leur nouvelle situation. l’Etat hébreux, pris au dépourvu, ne réalise pas que cette immigration n’a aucun point commun avec les précédentes vagues, venues d’Afrique du Nord ou de Russie. Ils n’ont ni la même culture, ni le même système de valeur, ni la même nourriture. Une grande partie d’entre eux, avant leur départ, mènent une vie de berger, rythmée par les composantes d’une vie agraire. Arrivés en Israël, les émigrants noirs subissent un choc culturel. De la tentative de les intégrer résulte un échec sévère pour les autorités israéliennes. Le décalage trop important et déstabilisant en mène certains au suicide. Même si des prêts sont octroyés pour se loger, les éthiopiens doivent apprendre à se débrouiller comme l’on fait les immigrations précédentes. Il faut aller à l’école, se loger, trouver un emploi...


Tous ces éléments créent un véritable bouleversement. La première victime est la famille éthiopienne. Selon Arnon Edelstein, un universitaire israélien, plusieurs erreurs ont été commises. L’enseignement de l’hébreu aux plus jeunes a conduit à l’éclatement de la cellule famille. L’autorité des parents, et spécialement celle du père ne prévalent plus, seule compte celle du maître d’école. Les habitudes adoptées, y compris les habitudes culinaires deviennent celles du pays d’adoption. Une séparation nette s’opère entre les générations...

Le tableau, très sombre à l’époque, s’est malgré tout éclairci au fil des années. Aujourd’hui, les difficultés restent nombreuses. L'échec scolaire demeure un mal endémique au sein de la communauté. Des nombreuses associations juives éthiopiennes et gouvernementales soutiennent les Falashas et les enjoignent à se prendre en main. Leur situation n’est pas parfaite mais de petits changements commencent à s’initier. Un universitaire éthiopien a épousé une juive d’origine allemande. Il a été nommé ambassadeur d’Israël en Ethiopie. Tout un symbole.





       
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