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Charles Onana commente son livre sur les "tirailleurs sénégalais"
03/01/2004
 

La rédaction grioo a interviewé le journaliste d'investigation sur son livre et sa vision de la guerre pour la France
 
Par Hervé Mbouguen
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Charles Onana  
Charles Onana
© grioo.com
 

Comment vous est venue l'idée d'écrire un livre sur les "tirailleurs sénégalais" et leur rôle dans la seconde guerre mondiale, rôle souvent absent des livres d'histoire?

C'était très simple, je suis parti du débat actuel sur les "cristallisations" ([i NDLR les pensions des soldats de pays (notamment africains) devenus indépendants ont été gelées en 1959 et n'ont pas été revalorisées depuis) qui font que les anciens soldats d'origine africaine ne touchent pas les mêmes pensions que leurs camarades français, et j'ai considéré qu'il était nécessaire de chercher les raisons de cette différence de traitement. Je me suis donc mis à enquêter. J'ai ainsi découvert que la loi de de 1959 qui "cristallisait" les pensions, c'est-à-dire qui les transformait en indemnités viagères, avait été prise par l'Assemblée Nationale française pour empêcher que l'Etat français paye à ses soldats une pension normale. Cette loi prétendait que les tirailleurs, désormais ressortissants de pays indépendants en 1960, ne pouvaient plus bénéficier d'une pension française. Or, lorsqu'ils se battaient pendant la guerre, ils le faisaient en tant que Français et personne ne leur a contesté ce statut.

Alors, je me suis dit qu'il était difficile de comprendre ce dossier sans comprendre l'histoire. Certains disent ou pensent aujourd'hui qu'ils sont dans des pays indépendants, et qu'il serait logique qu'ils aient un traitement différent de leurs camarades français. Je pense que c'est injuste et que le raisonnement faux. Car, ils étaient Français au moment des faits. Mon enquête visait donc à faire connaître l'action des tirailleurs pour la libération de la France et dans la Résistance.

C'est ainsi que je me suis lancé dans une enquête longue, pour retrouver des pièces, des témoignages, des éléments précis, qui rapportent le rôle déterminant des Africains dans la libération de la France.

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Le livre de Charles Onana  
Le livre de Charles Onana
© afrik.com
 

Le grand public ne voit pas ce qu'ont fait les tirailleurs, beaucoup les voient comme de la chair à canons. Pouvez-vous revenir sur le rôle qu'ils ont joué dans la guerre ?

C'est l'idée qui est généralement répandue, au moins sentimentalement par les africains qui considèrent qu'ils ont été de la chair à canons. Ce n'est pas totalement faux, mais ce n'est pas totalement vrai. Il y avait dans l'armée française en 1940 des effectifs importants d'Africains, qui constituaient près de 60 à 70% des effectifs en opérations de police extérieure. Ce sont les tirailleurs qui étaient chargés de mener des actions de police dans un certain nombre de pays africains. C'est également l'action des tirailleurs qui permit à l'armée française de prolonger son action extérieure.

Avant la guerre, les tirailleurs étaient déjà dans l'armée française, et lorsque la France a perdu sa souveraineté face aux Allemands, et qu'il lui fallait reconstituer une armée nationale, ou une armée de libération, de Gaulle s'est donc lancé, après son appel du 18 Juin 1940, dans un processus de recrutement, à la fois volontaire, et par la force, des tirailleurs dans plusieurs pays africains, notamment en Afrique Occidentale Française et en Afrique Equatoriale Française.

Les tirailleurs étaient en réalité le fer de lance de cette nouvelle armée française. C'étaient surtout des gens qui avaient conscience que la France était leur mère patrie, qu'elle était en danger et occupée par les Allemands. Pour eux, il fallait tout faire pour la sortir de la domination allemande.

La libération de la France était aussi une auto-libération pour les tirailleurs, parce qu'on était en période coloniale, et contribuer à libérer la France pouvait libérer l'Afrique du joug colonial, et surtout empêcher Hitler de s'installer en Europe et en Afrique, surtout quand on sait quel était le projet de "Mein Kampf" dans les colonies.

Pour les tirailleurs ce n'était donc pas seulement participer à la libération de la France, mais c'était aussi participer à la libération de l'Afrique, en s'engageant dans ce combat.

Pétain/De Gaulle: leur affrontement devint celui des tirailleurs  
Pétain/De Gaulle: leur affrontement devint celui des tirailleurs
 

Vous avez dit qu'il existait une armée de "tirailleurs" avant 1940. Est-il arrivé que des tirailleurs restés fidèles à Vichy combattent contre des tirailleurs ralliés à De Gaulle?

C'était une situation un peu bizarre. La plupart des Africains qui étaient dans l'armée française combattaient contre les allemands, et non pas contre De Gaulle, l'appel du 18 Juin n'ayant pas été lancé. C'est le cas d'Airaines, dans la Somme, avec le capitaine Ntchoréré, originaire du Gabon ou dans le Vercors.

Il y a eu par contre des combats à Dakar, entre la marine française dirigée par le Gouverneur Pierre Boisson, et les Forces Françaises Libres du Général de Gaulle, mais là encore, il n'y avait pas d'Africains à proprement parler.

Au Gabon par contre, il y a eu une bataille entre les fidèles du Maréchal Pétain, et les fidèles de De Gaulle.

Les tirailleurs ne comprenaient d'ailleurs pas très bien ces enjeux franco-français, leur problème était de contribuer à la libération de la France. Ils n'avaient donc pas la connaissance intime des luttes intérieures françaises, ou à la perception que les Français avaient du gouvernement de Vichy ou la France Libre de De Gaulle. Ce qui était important pour eux c'était de participer à l'armée de libération.

Il y a problement eu des combats, mais pas en face à face direct. C'était vraiment une bataille fratricide. Mais la vraie bataille fratricide a plutôt eu lieu entre Français qu'entre Africains.

Charles Onana durant la conférence de presse de présentation de son livre  
Charles Onana durant la conférence de presse de présentation de son livre
© grioo.com
 

Dans votre livre, quelques anecdotes, notamment vestimentaires sont rappelées, au Cameroun?

C'était plutôt au Sénégal. Monsieur joseph Conombo décrivait comment au moment du recrutement d'étudiants en médecine on leur donnait une tenue de tirailleurs avec une chéchia rouge, alors qu'eux pensaient qu'il fallait être vêtus comme des soldats français sans distinctions vestimentaires.

Mais il faut rappeler qu'à l'époque, l'armée française était encore une armée coloniale, et que les réflexes psychologiques et certaines pratiques relevaient plus de la colonisation que de l'intérêt national en temps de guerre. Il n'est pas surprenant qu'ils aient eu ce type de pratiques.

D'ailleurs, chaque fois que des protestations ont eu lieu, elles se terminaient toujours par de la répression ou des menaces de fusillades comme d'ailleurs le raconte Conombo dans son livre souvenirs d'un tirailleur sénégalais.

Les tirailleurs sénégalais qui vont entrer dans l'armée française vont entrer dans un contexte de discrimination, il faut le dire, dans un contexte de racisme certain.

Dès l'enrôlement les tirailleurs ont été moins bien traités que les autres. A la fin de la guerre ils sont massacrés à Thiaroye après avoir été baladés sur la question des primes que leurs camarades français "de souche" avaient déjà touché, puis peu après la guerre intervient la fameuse "cristallisation".

Vu de loin on dirait que les tirailleurs n'ont jamais été traités comme leurs camarades de tranchées, avez-vous une explication d'ensemble du phénomène?


L'explication qui serait la plus simple serait de constater que le noir de manière générale est considéré comme un être inférieur, même si les choses ont évolué aujourd'hui. Quand bien même tous les éléments sont là pour démontrer le contraire avec Nelson Mandela, avec Martin Luther King Jr, et toutes les autres personnalités, il y a encore des gens qui, dans l'esprit desquels est ancré l'idée que le noir est un être faible. Il faut se souvenir qu'il y a une abondante littérature pseudo-scientifique qui tentait d'expliquer l'infériorité physique, psychologique, etc..., du noir par rapport au blanc, il y a donc eu un investissement intelectuel, financier important, qui a abouti à ce qu'on sait aujourd'hui.

Charles Onana  
Charles Onana
© grioo.com
 

Ce qui est également vrai, c'est que dans la conscience collective de l'armée française il était difficile d'imaginer que les "tirailleurs" soient aussi compétents ou aussi courageux que certains prétendus "vrais Français". Hélas, sur le terrain, les tirailleurs ont prouvé qu'ils étaient sans complexe.

Je crois que cette approche qui consiste à les maintenir en situation d'infériorité même quand ils ont fait leurs preuves sur le terrain est tout simplement ridicule, et témoigne d'une mauvaise foi caractérisée.

Quand on lit les livres d'histoire "normaux", les tirailleurs sont absents, pourtant votre livre cite beaucoup d'anecdotes, comment expliquez-vous d'une part que les historiens n'en parlent pas, et d'autre part, avez-vous dû faire des efforts particuliers pour vous documenter?

Non, je n'ai rien fait, je suis parti des mémoires de De Gaulle, et j'ai enrichi mon travail des témoignages des différents protagonistes, des gens dont on ne peut pas nier la crédibilité et la solidité, parce qu'ils ont été des acteurs majeurs, comme le Maréchal Leclerc, comme Jean Moulin.

Ce qui est évident, et ça rejoint votre question précédente, c'est que même les historiens éprouvent un mal fou à reprendre les mémoires de De Gaulle ou des principaux acteurs, pour expliquer que la résistance française n'était pas simplement une résistance intérieure à la France organisée en métropole par quelques occidentaux, mais était une résistance massive, populaire, qui avait été organisée en Afrique, avec une base territoriale africaine, et surtout avec un fort contingent militaire africain.

La bataille de Kouffra par exemple qui a été l'une des batailles militaires les plus célèbres avec près de 300 Africains dans les rangs de la France Libre, qui ont permis de battre l'Italie.

Je pense que la difficulté des historiens ou des intellectuels français c'est d'admettre que ces gens qui sont venus se battre pour la France étaient des gens compétents, valeureux, déterminés et prêts à faire ce que beaucoup de Français n'osaient pas faire.

Kagame, Bokassa. A qui le tour?  
Kagame, Bokassa. A qui le tour?
 

Vous avez écrit sur le Rwanda, ce qui vous a valu un procès auquel a finalement renoncé Paul Kagamé. Vous avez écrit sur Jean-Bedel Bokassa, vous écrivez aujourd'hui sur les "tirailleurs", sujet très difficile. Quel est le prochain combat, s'il y en a un, de Charles Onana?

Je ne pense pas mener un combat à proprement parler. Je fais un travail de journalisme qui consiste à rétablir la réalité des faits et tout faire pour que les faits cachés, dissimulés volontairement ou pas, soient portés à la connaissance du public afin que tous les citoyens ne meurent pas idiots.

Pour l'instant je travaille sur plusieurs projets, notamment sur la résistance, mais je pense qu'il faut garder un effet de surprise pour vos lecteurs.

Vous êtes parti des mémoires du Général de Gaulle pour écrire votre livre. Avez-vous une opinion particulière sur lui, étant donné que c'est quand même lui qui a recruté les "tirailleurs" dont on connait la destinée tragique, et on n'a pas l'impression qu'il soit intervenu activement pour leur réhabilitation?

Mon sentiment là dessus est vraiment mitigé, mais je peux dire franchement que c'est ma plus grande déception de voir toute cette combativité qu'a eue De Gaulle, cette reconnaissance qu'il fait de l'Afrique dans son combat pour la résistance et la libération, on est déçus de voir que concrètement, il n'a pas fait beaucoup de choses de son vivant pour aider les "tirailleurs" sénégalais à être dans la mémoire collective des Français, à travers les livres d'histoire, à travers des musées de Paris, car il avait le pouvoir et les moyens politiques de le faire.

Si vous voulez, c'est une grande déception malgré le respect que j'ai pour le résistant.

Mais si on veut être indulgent, on peut noter qu'il avait maille à partir avec ses propres compatriotes, et que les tirailleurs ou l'histoire des tirailleurs devenait quelque chose de très lointain pour lui, mais je ne sais pas si ça l'excuse vraiment.

A nous de tout faire aujourd'hui pour restituer à ces hommes le rôle qui fut le leur, l'honorabilité et la respectabilité qui leur appartiennent, nous devons tout faire pour cela.

Charles Onana dédicaçant son livre  
Charles Onana dédicaçant son livre
© grioo.com
 

Pensez-vous que l'histoire des Africains vue par les Africains est différente de celle qui nous est écrite par les histoiriens classiques, notamment occidentaux et autres, ou avons-nous un travail spécifique à effectuer?

Je serais tenté de dire "non" si tout le monde était de bonne foi, c'est-à-dire qu'il n'était pas nécessaire si un historien occidental ou africain faisait un travail précis, un travail objectif, un travail honnête, c'est-à-dire restituer la réalité des faits tels qu'ils se sont déroulés, rien que les faits, sans mêler opinion personnelle et idéologie.

Hélas, le monde n'est pas ainsi fait, il serait trop beau, et peut-être trop facile.

Mais je pense que vous avez raison d'évoquer cette question. Si les Africains interviennent dans l'histoire, ils ont le droit et l'obligation d'intervenir dans l'histoire de leur continent. Ils ont d'autant plus de responsabilités que les livres qui sont étudiés en Afrique sont faits par des gens qui n'ont pas intérêt à ce que les Africains apprennent cette histoire. Il leur appartient à eux de faire un travail de rectification intelectuelle, de correction intelectuelle, pour permettre à tout le monde d'accéder aux faits qui ont faconné la force, l'honneur et la dignité de l'Afrique, et si les Africains ne le font pas, personne ne le fera.

S'il y avait beaucoup de gens de bonne volonté pour le faire ça se saurait, et le travail sur les tirailleurs prouve tout le contraire.

Nous vous remercions.

       
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