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Des champs de coton de l'Alabama à l'élite mondiale de la finance à Wall-Street
22/02/2003
 

Lorsque David Komansky, l'ex pdg de Merril Lynch annonça que Stanley O'neal, un noir de 49 ans, lui succéderait d'ici à 3 ans, le New York Times résuma ainsi l'événement historique, « once traded, now trading ». En effet, pour Stanley O'neal, c'était presque vrai. Petit fils d'esclave, ce super banquier aujourd'hui payé 20 millions de dollars par an, cueillait encore, à l'âge de 16 ans le coton à Wedowee, petite bourgade de 800 habitants, en Alabama au tarif de 3 dollars les 45 kilos ramassés. Elevé dans une maison sans eau chaude, sa chance fut de trouver comme son père, un travail sur les chaînes de montage de Général Motors à Doraville en Géorgie, puis grâce à l'institut de formation maison, de pousser ses études jusqu'au MBA de Havard dont il obtint le diplôme en 1978. Star de la trésorerie chez Général Motors, (il passa 2 années en Espagne en tant que trésorier de GM Espagne) il fut « chassé » par tout Wall- Street avant de rejoindre Merril Lynch en 1986. Certains attribuent aussi son succès à sa capacité sans égale à « couper les coûts ».
 
Par Paul Yange
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Interview (propos recueillis par Robyn Clarke)

Robyn Clarke : la vue que vous avez de votre bureau est très belle et l’environnement certainement très différent de celui que vous connaissiez lorsque vous étiez à Wedowee, en Alabama.

Stanley O’neal : Il y avait beaucoup de terre rouge à Wedowee, si je me rappelle bien (sourire). Je suis tombé amoureux de Manhattan la première fois que j’y suis venu. C’était une ville très différente de ce que j’avais connu jusque là, mais j'ai aimé.

RC : pourquoi vouliez vous travailler à Wall Street ?

SO : Je travaillais en permanence avec des banques d’investissement (en tant que trésorier de GM à la fin des années 70 et au début des années 80). Je me suis peu à peu intéressé à ces activités et j’aimais faire des deals. C’était un prolongement naturel de mon expérience.

RC : Avez vous appris à parler espagnol couramment au cours de votre séjour de deux ans en Espagne, en tant que trésorier de Général Motors ?

SO : si vous enlevez le mot « couramment » (sourire)…Quand je vais en Europe, j’achète habituellement des journaux espagnols, que je suis toujours capable de lire, mais ça fait vingt ans que je n’ai pas vraiment parlé espagnol.

RC : il n’ y avait pas beaucoup de noirs lorsque vous êtes arrivés à Wall-street. Vers qui vous êtes vous tournés pour savoir comment les choses se passaient là-bas ?

SO : à cette époque, je n’avais pas beaucoup de contacts qui pouvaient me faire comprendre en quoi consistait le business, et à dire vrai, je n’avais pas de contacts du tout, à part les quelques personnes avec lesquelles j’avais traité beaucoup d’affaires et qui pouvaient m’aider à comprendre en quoi consistait le business. Ce n’est pas que je ne recherchais pas les contacts, mais c’est que je n’en avais pas à disposition.

RC : Comment était l’atmosphère à Wall-street, comparée à celle d’aujourd’hui ?

SO : Je pense qu’il y a eu beaucoup de progrès en ce qui concerne le recrutement d’africains américains, mais ce n’est pas encore assez, même si les grands talents africains américains ont plus d’opportunités que jamais de nos jours.

RC : vous allez devenir le numéro un de Merril Lynch. Que pensez vous de la récente vague d’africains américains qui ont accédés aux postes de numéro un dans des grandes entreprises américaines ?

SO : Je pense que c’est fabuleux. Nous avons les merveilleux exemples de Frank Raines, Ken Chesnault et Lloyd Ward. Plus ça arrivera, et moins ce sera inhabituel.

RC : vous êtes connus comme un « coupeur de coûts ». De quelle façon envisagez vous de couper les coûts pour maintenir les profits sans laisser la compagnie démunie face aux éventuelles opportunités à saisir ?

SO : c’est interessant. J’ai passé 12 ans dans la banque d’investissement. D’après ce que je sais, personne ne réussi dans ce domaine en étant simplement un coupeur de coûts. Douze de mes quinze années de carrière ont été consacrées à servir des clients et à faire rentrer du chiffre d’affaires, et je pense que personne au cours de ces douze années ne me collerait l’étiquette de « coupeur de coûts ». Je ne suis pas simplement un « coupeur de coûts ». C’est une étiquette simpliste qu’on veut me coller.

RC : si votre fille vous dit un jour : papa, quand je serai grande, je veux être pdg d’une grande entreprise. Que lui répondriez vous ?

SO : si c’est ce qu’elle veut et si elle en a les capacités, alors je l’encouragerai de toutes les façons possibles.

RC : pensez vous qu’on verra un jour une femme noire à la tête d’une très grande entreprise américaine?

SO : Absolument. Ce ne sera peut être pas ma fille, mais la fille de quelqu’un y pense en ce moment et y arrivera.

RC : qu’est ce qui vous ennuie le plus dans la société actuelle ?

SO : les inégalités en tout genre. La plus grave concerne selon moi les disparités dans les conditions d’accès au savoir et à l’université. Merril lynch sponsorise un programme de bourse à Atlanta. J’ai assisté à la remise des diplômes des étudiants de cette école. L’endroit où cela se déroulait n’était pas très loin de l’endroit où j’ai grandi, et l’environnement dans ce quartier n’est pas très différent de celui que j’ai connu quand ma famille a déménagé pour Atlanta. Dans ces circonstances, les possibilités, même si on possède les capacités intellectuelles et qu’on a soif de savoir, sont infiniment plus réduites que, par exemple, dans l’école privée où mon fils étudie ici à Manhattan. Nous devons fournir de bonnes opportunités en ce qui concerne l’accès à l’éducation, aux personnes de toutes les couleurs et de tous les milieux sociaux. C’est un travail qu’on doit mener constamment, mais je pense qu’il en vaut la peine.

RC : que pensent vos parents de votre succès ?

SO : Ils sont incroyablement fiers et me soutiennent activement. L’environnement dans lequel j’ai grandi est très similaire à celui dans lequel ils ont grandi, sauf que eux avaient moins d’opportunités. Je pense qu’ils sont ravis.

RC : si vous pouviez tout recommencer à zéro, referiez vous les choses de la même façon ?

SO : eh bien, vu la façon dont les choses ont tourné (sourire), certainement !!


d'après Les Echos & Black Enterprise magazine


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