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Etienne BEBBE-NJOH : Mathématicien et philosophe Professeur à l’Université, auteur de MENTALITE AFRICAINE ET PROBLEMATIQUE DU DEVELOPPEMENT Chez L’Harmattan 2002
07/02/2005
 

Le philosophe sénégalais rencontre le professeur camerounais Etienne Bebbe-Njoh, et l'interroge sur son dernier livre, publié chez L'Harmattan
 
Par Pape Cissoko
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Ce professeur infatigable est le Promoteur de l’Education scientifique en milieu scolaire africain. Son projet soutenu par l’UNESCO : L’ECOLE OUVERTE pour L’EDUCATION SCIENTIFIQUE
Le Centre Educatif d’Ekoudou à Yaoundé est une institution scolaire privée comportant les trois cycles d’enseignement menant de la maternelle au baccalauréat. Au cours de l’année scolaire 99-2000, ce centre a accueilli plus d’un millier d’enfants. Le responsable du projet a conçu une formule d’Ecole ouverte pour l’Education scientifique dans les locaux du Centre qui a été mis à la disposition d’enseignants compétents-universitaires étrangers en année sabbatique, professeur à la retraite, chercheurs- pour dispenser bénévolement leurs savoirs aux élèves des établissements du secondaire de Yaoundé dans des disciplines fondamentales ( Philosophie, langues, recherche, mathématiques, informatique, sciences physiques et chimie).
Le but recherché est de donner aux élèves les outils cognitifs indispensables à, une meilleure appréhension de leur environnement tout en leur permettant de développer leurs facultés mentales par le raisonnement, l’élaboration des concepts et l’esprit d’observation et d’expérimentation.


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Etienne Bebbe-Njoh  
Etienne Bebbe-Njoh
 

Vous venez de publier votre livre chez L’Harmattan ; j’ai eu la chance et le privilège d’être votre contradicteur au JDA de AFRICA N°1 à Paris en Novembre 2002.)

Ma première question est de savoir pourquoi ce livre et maintenant ?


Merci M. Cissoko Pape, pour ce second interview, puisque comme vous le rappelez, vous avez eu le privilège d’être mon contradicteur au Journal des Auditeurs de Africa n°1 à Paris, sur invitation de cette radio, juste lors de la sortie de mon livre. Je peux me permettre de rappeler que sauf erreur, en fait de contradiction il n’y en a pas eu, car nous avons dû constater notre parfaite convergence de vues…

Pourquoi ce livre ? Eh bien parce qu’il existe un penseur africain du nom de BEBBE-NJOH auquel aurait été assigné le devoir de produire une telle réflexion… Une réflexion timidement amorcée au début de ma carrière d’enseignant à l’Université de Yaoundé il y a plus d’une trentaine d’années. A l’époque, les théories de la Négritude étaient rabachées par les collègues littéraires comme constituant l’arcane d’une certaine philosophie africaine, une philosophie que je rejetais intuitivement et que je trouvais même nuisible dans le contexte d’une nécessaire prise au sérieux de la problématique du développement des sociétés africaines.
Mais entreprendre un travail méthodique sur le sujet revenait à sacrifier mes travaux de recherche en mathématiques pures. Après de bien longues hésitations, j’ai dû me résoudre à me convertir en « philosophe », et me soumettre aux exigences académiques impliquées pour acquérir la compétence nécessaire et traiter le sujet dans toute sa profondeur. Et voilà le résultat.

Que le livre arrive à point nommé, c’est le moins que l’on puisse dire lorsqu’on suit l’agitation autour du « NEPAD » initié il y a quelque années par des chefs d’Etat africains ; car ce qu’il faut voir avant tout, à propos de cette initiative, c’est moins les projets déjà présentés dans ce cadre avec demandes de financement, que la prise de conscience ou mieux l’aveu, que l’Afrique va mal et qu’il y a urgence et nécessité de repenser son développement. Il faut recenser les études sérieuses déjà produites sur le sujet et organiser des débats autour ; il faut aussi en susciter d’autres.

Pape Cissoko  
Pape Cissoko
 

Vous avez en quelque sorte réhabilité ou donné une autre lecture de Lévy-Bruhl sur la notion de mentalité. Quelle différence entre la notion de mentalité primordiale que vous défendez et celle de mentalité primitive ?

Avoir réhabilité Lévy-Bruhl peut être pas, mais en tout cas avoir renvoyé à une lecture effective de Lévy-Bruhl : car je ne crois pas que ceux qui ont jeté l’anathème sur lui l’aient vraiment lu – je pense à ces collègues dont j’ai parlé tout à l’heure à propos des théories de la Négritude. Les traits et les pratiques qu’ils considèrent comme caractérisant la civilisation nègre (suivant une expression chère à Senghor) se retrouvent dans bien d’autres sociétés et c’est ce qui ressort nettement de l’œuvre de Lévy-Bruhl. Ce dernier avait alors formulé l’hypothèse de l’existence d’une certaine mentalité propre à l’ensemble de ces sociétés, et qui serait foncièrement différente de la mentalité plutôt conceptuelle, qu’on attribue facilement aux sociétés Occidentales. On sait que l’analyse méticuleuse des données rapportées par les ethnologues ont amené ce philosophe exigeant à abandonner son hypothèse de l’existence d’une mentalité primitive. Et il a lui-même esquissé des idées tout à fait en direction de ce que je propose d’appeler « mentalité primordiale ». Je désigne ainsi à la suite de Cazeneuve, une certaine façon de percevoir, de penser et d’agir qui est simplement plus marquée chez certains peuples sans leur être propre et qui se retrouve à quelque degré chez tous les humains et à toutes les époques. Cette mentalité, qui se nourrit copieusement de croyances occultes, privilégie l’usage pratique de la pensée plutôt que son usage cognitif, d’après une distinction établie par Lévy-Bruhl et qu’on retrouve dans les deux conceptions traditionnellement opposées de l’intelligence.

Le Centre Educatif à Yaoundé  
Le Centre Educatif à Yaoundé
 

Malanda DEM, grand penseur africain du ZAIRE (aujourd’hui République Démocratique du Congo) a des mots très durs sur ce qui caractérise la mentalité africaine, de plus il prend l’exemple d’un peuple (pages 13 à 27). Que pensez-vous de ses idées ?

Par sa brochure publiée en 1977 sous le titre « La mentalité africaine et l’avenir de la science en Afrique », le Psychologue Congolais Malanda Dem s’est affirmé comme un grand patriote africain, soucieux de l’avenir de ce continent, la lecture de cette brochure et les entretiens que j’ai eus avec l’auteur à l’occasion d’un séminaire - atelier que j’animais à Kisangani en 1983 m’ont beaucoup stimulé dans la poursuite de mes propres réflexions. Malanda Dem a clairement formulé sa perception de la problématique du développement de l’Afrique, comme étant fondamentalement pour les Africains, celle d’un choix à faire entre d’une part l’acquisition de la mentalité scientifique pour promouvoir eux - mêmes le développement de leur continent, et d’autre part la conservation de leur mentalité actuelle et s’acculer à s’en remettre aux autres pour assurer ce développement. Cette conclusion découle logiquement des descriptions qu’il fait aussi bien de la mentalité scientifique que de la mentalité qu’il qualifie d’africaine. Sa caractérisation de cette mentalité, sur la base d’observations et d’enquêtes personnelles portant sur les comportements de ses propres compatriotes ne me paraissent pas particulièrement sévères ni négatives quand on se réfère à un livre plus récent (datant de 1990) du Camerounais ETOUNGA MANGUELLE ; dans ce livre, les cas cités en illustration de la thèse développée ne concernent pas qu’un pays d’Afrique Noire. Ce que je reproche à l’un et l’autre de ces penseurs c’est qu’ils continuent de présenter cette mentalité comme inhérente à la culture négro – africaine, et de la qualifier d’africaine, alors qu’elle caractérise plutôt ce que les Anthropologues appellent les sociétés traditionnelles. Mais ce reproche n’est pas une condamnation, car l’essentiel à retenir de leur contribution c’est l’invitation à briser ce carcan de nos mœurs et coutumes qui nous empêche d’assimiler la mentalité scientifique et de nous mouvoir vers la modernité.

"Et si l'Afrique refusait le développement" d'Axelle Kabou  
"Et si l'Afrique refusait le développement" d'Axelle Kabou
 

Quand on vous lit, on ne peut manquer de penser au livre de Axelle KABOU : « Et si l’Afrique refusait le développement ? »
Il y a dans son livre cette question fondamentale sur la mentalité africaine et la rationalité.


Dans un style direct, peu académique, parfois anecdotique et même sarcastique, Axelle KABOU a vraiment réussi à mettre à nu presque tous les contours de la problématique du développement des sociétés africaines, avec cet accent sur les idéologies sournoises et pernicieuses comme celles du relativisme culturel et de l’affirmation identitaire, idéologies dans lesquelles se réfugient les Africains pour refuser le développement ou l’empêcher. Mais bien sûr le point focal de son attaque c’est cette mentalité matrice de comportements négateurs de toute rationalité, comme cet acharnement dans le refus de l’organisation, de la méthode, qu’elle a si bien relevé. Vous avez sans doute retenu l’avertissement par lequel s’achève son livre : L’AFRIQUE DU XXIè SIECLE SERA RATIONNELLE OU NE SERA PAS.
Que la parution de ce livre, il y a plus de dix ans déjà, n’ait pas donné lieu à une remise en cause de quelque envergure des approches officielles des questions de développement de l’Afrique a de quoi inquiéter, et de faire penser à une véritable conspiration.


Le centre éducatif à Yaoundé  
Le centre éducatif à Yaoundé
 

Vous mettez en rapport la mentalité et le développement. En quoi l’évolution des sociétés humaines pose problème dans la question du développement en Afrique Noire ?

Le concept de développement est fondamentalement un concept qui relève de l’Anthropologie qui étudie l’état et l’évolution des sociétés humaines en général. Mais depuis le dix-neuvième siècle on a tenu à distinguer les sociétés dites « modernes » et des sociétés dites « traditionnelles » qui intéressent plus particulièrement les ethnologues et les anthropologues. Ces sociétés traditionnelles sont censées baigner dans une mentalité précisément dite traditionnelle, caractérisée par certains traits tels que la forte prégnance de la causalité magique, l’emprise du groupe social sur l’individu, la sacralisation et la divinisation de l’autorité. Il y a surtout ce que j’appelle l’ancestralisme, c'est-à-dire le renoncement à tout examen critique de tout ce qui aurait été dit ou établi par les ancêtres. Tous ces traits sont bien vivaces et facilement observables dans les sociétés africaines contemporaines, comme il ressort des analyses de Malanda Dem, d’Etounga Manguelle, et d’Axelle Kabou.
Quand on parle de développement, il s’agit surtout des pays dont les populations doivent passer du stade de société traditionnelle à celui de société moderne, bien que les sociétés modernes elles-mêmes soient en constant développement. Interprétée en termes de croissance économique, la marche vers le développement – en particulier le décollage à partir du stade de société traditionnelle – passe par des étapes précises mises en évidence par l’économiste américain W. Rostow.
Le développement des pays d’Afrique Noire est un processus devenu trop complexe du fait surtout du contexte international, avec l’interventionnisme non désintéressé des pays industrialisés et des Organisations Internationales. Vous connaissez sûrement l’opinion de René Dumont là-dessus…

Etienne Bebbe-Njoh  
Etienne Bebbe-Njoh
 

Avançons de façon méthodique et pédagogique pour mieux comprendre votre démarche et le contenu du livre.
Quelles relations entre la science, la mentalité scientifique, et la rationalité scientifique ?


Les réflexions sur la problématique du développement de l’Afrique Noire, du moins celles menées par les Africains eux-mêmes, ont trop souvent été viciées par deux préjugés que j’ai tenu à exorciser au départ : l’identification de la mentalité traditionnelle à la culture africaine d’une part, et d’autre part l’identification de la rationalité scientifique à la culture euro-occidentale. Me plaçant alors dans le cadre général de l’évolution des sociétés humaines, je m’attache à montrer que cette évolution est essentiellement la résultante de l’action de deux forces opposées qui sont : la mentalité primordiale , une véritable force d’inertie, et la rationalité scientifique force de progrès qui propulse les sociétés dans un processus de modification permanente de l’environnement. Je me suis attardé dans la description de cette mentalité primordiale dont je souligne l’universalité foncière et en présente les manifestations dans les sociétés les plus avancées. La rationalité scientifique est aussi présentée comme une sorte de libido inscrite dans la nature de l’esprit humain et que des philosophes comme Husserl ont cherché à sonder. On la voit déjà à l’œuvre chez nos lointains ancêtres du Paléolithique et surtout du Néolithique, avec la fabrication d’outils de plus en plus efficaces et des inventions diverses. C’est en effet le moteur de l’activité scientifique ; cette activité peut être catalysée par un certain environnement intellectuel et idéologique qui n’est autre que ce que Malanda Dem désigne par mentalité scientifique.
J’ai par la suite examiné comment les choses se passent effectivement dans différents grands groupes sociaux : le cas des sociétés euro - occidentales, le cas des sociétés asiatiques et enfin le cas des sociétés négro-africaines ; je fais remarquer qu’aucune société aujourd’hui ne peut plus évoluer en autarcie.

 
 

Vous avancez une conception originale qui contredit ce que défendent Auguste Comte et Karl Popper sur l’évolution continue et inéluctable de toute société humaine vers la modernité ; pour vous il y a un modèle d’évolution discontinue avec possibilité de régression, modèle que vous estimez plus adéquat et qui s’exprimerait parfaitement dans la théorie de la viabilité élaborée par les mathématiciens J.P. Aubin et Hélène Frankowska

En science, toute théorie doit être soumise à l’épreuve des faits. Le spectacle de la survivance aux vingtième et vingt unième siècles, de sociétés au mode de vie paléolithique - comme c’est le cas des pygmées en Afrique Centrale, conduit nécessairement à s’interroger sur la consistance de la thèse de l’évolution continue et inéluctable de toute société vers la modernité. Le Préhistorien Gordon Childe parlait déjà de la stagnation de certaines sociétés qu’il avait étudiées. L’historien Joseph Ki-Zerbo a de son côté évoqué une certaine régression sur le plan technologique, s’agissant des groupes humains qui s’étaient détachés de la vallée du Nil au moment de la formation du désert Saharien et qui émigraient plutôt vers le sud.
Lorsque j’ai pris connaissance de la théorie de la viabilité qui venait juste d’être élaborée et qui décrivait l’évolution des systèmes biologiques et sociaux à l’aide de techniques mathématiques de pointe comme l’analyse des fonctions multivoques, j’ai immédiatement réalisé que c’était là l’instrument scientifique dont j’avais besoin pour expliquer convenablement la situation des sociétés négro-africaines.
S’agissant de la théorie de la viabilité, disons en gros et sans entrer dans le formalisme mathématique,que dans cette théorie, on s’intéresse non pas aux solutions optimales, mais aux évolutions viables, l’accent étant mis sur la prise en compte des contraintes auxquelles doit obéir le système pour se maintenir en vie. Tout ceci est régi par un certain Principe d’inertie impulsant l’intervention de variables appelées « régulons », variables sur lesquelles n’agit aucun acteur identifiable. Conformément à ce principe, les régulons ne se mettent en mouvement que lorsque survient une « crise de viabilité » et ce jusqu’à ce que la viabilité soit rétablie. C’est une forme d’adaptation, de rétablissement d’un équilibre momentanément perturbé. Ceci revient à dire, pour ce qui est des systèmes sociaux, que ceux-ci ont intrinsèquement une grande inertie d’évolution. Et cette inertie peut de surcroît être entretenue au moyen de mécanismes politiques subtils du genre F.L.I.C. (Financial Law Intensity Conflict) décrit et décrié par Susan George dans son livre « Jusqu’au cou : enquête sur la dette du tiers monde ».

Des étudiants réalisant une expérience dans le centre éducatif  
Des étudiants réalisant une expérience dans le centre éducatif
 

Sur plus de 30 pages denses, vous nous parlez de la rationalité scientifique en passant par le « Cercle de vienne», les théories de Kuhn et de Feyerabend ; on peut se demander si on ne peut pas dire qu’il y a problème ou que la rationalité scientifique serait remise en question.

J’ai déjà cité tout à l’heure le cas du relativisme culturel comme exemple de ces idéologies pernicieuses, lénifiantes, qui concourent puissamment à conforter les Africains dans cette attitude dénoncée avec véhémence par Axelle Kabou et qui est celle du refus inavoué du développement. Après la condamnation sans appel du primitivisme de Lévy-Bruhl accepté auparavant comme allant de soi, on est passé à l’autre extrême qui consiste à nous faire croire que toutes les civilisations se valent : celle des peuples à sagaie comme celle des sociétés à bombes thermonucléaires ; qu’un modèle explicatif de phénomènes naturels élaboré à partir des seules entités que sont les molécules, les atomes et les électrons, n’est pas plus valable que celui qu’on peut bâtir à partir des entités ou « forces » que sont les ancêtres, les héros et les esprits aquatiques. On tient à faire savoir que la construction des théories scientifiques n’est jamais entièrement l’aboutissement d’un processus rationnel et qu’en définitive la science elle-même ne serait qu’un mythe parmi d’autres. On va même jusqu’à attribuer généreusement aux sociétés africaines, une vision du monde et de la vie qui ne s’accommoderait pas forcément avec la science dite occidentale, supposée davantage préoccupée par la domination de la nature. On feint de nous envier cette vision du monde postulée plus soucieuse du respect de l’homme et imperméable à l’obsession de l’efficacité, du rendement et du profit. Quand de tels propos viennent d’anthropologues de renom comme Lévi-Strauss ou Louis - Vincent Thomas, ou d’éminents historiens et philosophes des sciences comme Thuillier ou Feyerabend, il convient d’apporter des clarifications et de faire le point sur certaines questions comme celle de la définition des normes de rationalité scientifique. En m’appuyant sur les travaux du « Cercle de Vienne », j’ai bien montré - sans complexe – que la recherche de ces normes n’a pas abouti à quelque chose de vraiment satisfaisant ; qu’il s’avère difficile de définir des normes universelles de rationalité, et plus difficile encore de prouver que le développement des sciences obéit à ces normes. Mais j’ai aussi tenu à expliquer que ce résultat négatif n’a en rien entamé ni la force ni le progrès des connaissances scientifiques, et qu’il y a des raisons objectives de refuser que la science soit assimilée à un mythe parmi d’autres, comme le voudraient Feyerabend et les relativistes.

 
 

Nous voici au terme de notre interview. Dans quels états la science, le développement sont en Afrique ? Quels diagnostics et quels remèdes ?
Y a – t – il de l’espoir que ça change, que ça évolue un jour dans le bon sens ?


Si on s’en tient aux critères usuels en Scientométrie comme le nombre et la diversité des projets de recherche, l’importance des institutions (y compris les Ministères) chargées de la recherche, le niveau du personnel scientifique, etc, on peut parler de la réalité non négligeable d’une base minimale nécessaire pour promouvoir le décollage scientifique de l’Afrique Noire. Mais, mais, mais ! En Février 1976, la Conférence tenue à Lagos, des Ministres de l’Education des Etats Africains membres de l’UNESCO proclamait que « si l’Afrique ne veut pas rester à la remorque des autres continents, elle doit posséder ses propres centres d’excellence voués à l’invention dans les domaines indispensables à son développement ». On cherchera en vain un début de mise en œuvre conséquente de cette déclaration qui rappelait des préoccupations déjà formulées à des Conférences de même niveau tenues respectivement à Nairobi en Mai 1968 et à Dakar en Janvier 1974 autour du thème Education et développement scientifique et technique. En Juin 1987 s’est tenu à Brazzaville le Premier Congrès Panafricain des Hommes de sciences : on a été copieusement servi par de généreuses résolutions, évidemment restées lettres mortes. Vous voyez M. Cissoko, je suis tenté de dire comme Jacques GIRI auteur de « l’Afrique en panne » que ce qu’on peut observer en Afrique, c’est davantage le développement des apparences de développement, avec ce procédé incantatoire dit du « Cargo-Cult ».
Des faits porteurs d’avenir, on aura franchement de la peine à en citer. Et pourtant, pour savoir ce qu’il faut faire, on n’aurait qu’à lire l’histoire de l’évolution des sociétés humaines telle qu’elle se déroule sous nos yeux. C’est sur la base de cette lecture que je me suis permis d’affirmer, dans les dernières pages du livre, que les sociétés africaines comme toutes les sociétés humaines contemporaines sont condamnées à inventer les moyens d’une adaptation heureuse au phénomène inédit que constitue la totalisation du monde, et que c’est là la signification profonde de l’effort de développement qui leur est demandé. J’ai précisé que dans cet effort, elles devront miser non sur une ontologie particulière de l’homme dont elles seraient dépositaires d’après Jean Ziegler, ni sur une prétendue essence communautaire à laquelle Nkrumah lui-même avait cessé de croire, mais sur les ressources inépuisables de l’intelligence humaine, elle-même totalisée à l’échelle du globe. Le succès de l’effort dépendra aussi pour une bonne part de la capacité de transcender nos égoïsmes.

Un dernier mot, Professeur BEBBE-NJOH ?

Il est temps, il est grand temps, que les Africains se prennent au sérieux. Tenez Monsieur Cissoko, ce petit texte d’une page que j’ai intitulé « Pour l’honneur de l’Afrique ». Vous y trouverez des indications précises pour des actions concrètes. Car je devine que c’est à cela que vous voulez en venir maintenant et je pense que ce pourrait être le thème de notre prochain interview ; je vous remercie. / -

CONTACT : Etienne BEBBE-NJOH
B. P. 4890 Yaoundé Cameroun
Téléphone : (+237) 982 04 73
Fax : (+237 ) 220 85 70
E-mail: ebnjoh@yahoo.fr

Appel aux diverses compétences
Le centre accueille volontiers chercheurs, enseignants retraités, personnes d’expérience, étudiants pour transmettre leurs savoirs.
Les retraités occidentaux sont les bien venus pour découvrir le Cameroum tout en faisant profiter leurs savoirs à la jeunesse .

       
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afrique   cameroun   congo brazzaville   etienne bebbe-njoh   pape cissoko   senegal   
 
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