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Serge Bilé répond à une tribune libre du journal Le Monde
22/03/2005
 

Mis en cause dans un tribune libre écrite par trois historiens belges et publiée par le quotidien Le Monde accessible sur Internet, contestant la réalité de la présence de noirs dans les camps nazis, le journaliste Serge Bilé a demandé et obtenu un droit de réponse de la part du quotidien, droit de réponse que nous publions in extenso
 
Par Rédaction
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Les nazis ont bel et bien déporté les Noirs
Serge Bilé  
Serge Bilé
 

J’ai lu avec intérêt les critiques que vous avez publiées dans Le Monde, daté du Dimanche 20 - Lundi 21 Mars 2005, sur mon livre Noirs dans les camps nazis. Je constate que vous avez écrit à trois mains pour en traquer les moindres erreurs, c’est dire l’importance que revêt implicitement à vos yeux cet ouvrage dont vous cherchez, par des raccourcis tendancieux, à minimiser, en vain, la portée.

Je n’ai pas la prétention d’être un historien. Je ne suis qu’un modeste journaliste, attaché à une écriture simple, claire et précise, susceptible d’être comprise par tous. Un journaliste qui n’a, d’ailleurs, pour seule ambition que de rappeler, justement, aux grands historiens que vous êtes, qu’ils ont « étrangement » oublié de mentionner, au cours de ces soixante dernières années, que des Noirs ont été, eux aussi, déportés dans les camps de concentration !

Vous dites que mon ouvrage fait une large place au génocide des Hereros, aux crimes coloniaux et aux violences nazies, et n’aborde la question des Noirs dans les camps nazis que dans son dernier tiers. C’est oublier que le drame vécu par les Noirs, dans ces camps de concentration, a une histoire bien différente de celle des juifs. Il importait donc d’en retracer la chronologie en rappelant le précédent namibien et tout ce qui s’est passé ensuite jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

Vous savez pertinemment, comme moi, que les horreurs infligées aux Noirs, tout au long de l’Histoire, ont participé à ce qu’il est convenu d’appeler la « banalisation du mal ».

D’ailleurs, l’un d’entre vous, en l’occurrence Joël Kotek, a lui-même écrit, en conclusion d’un article fort instructif sur le génocide des Hereros, consultable sur internet (http://www.lautresite.com/new/edition/explo/hereros), cette phrase qui rejoint pleinement ma démarche : « La Shoah, c’est l’enseignement qui pourrait être tiré des lignes qui précèdent, semble s’expliquer autant par une tradition antisémite proprement européenne que par l’expérience corruptrice née du colonialisme. En renforçant le mythe de la supériorité de l’Homme blanc et, par là, légitimé l’usage de la violence extrême contre tout ce qui n’était pas lui, l’expérience coloniale a préparé les pires catastrophes du XXème siècle. La brousse annonce les horreurs de la Guerre de 14-18 et du génocide nazi. »

Vous dites encore, à propos justement des Hereros, que j’affirme que l’expression « camp de concentration » a été créée en Namibie, alors qu’elle existait, déjà, à Cuba, six ans plus tôt. Mais ce n’est pas ce que j’ai écrit ! J’ai écrit, précisément, que le terme, en allemand, « Konzentrationslager » a été utilisé, pour la première fois, dans un télégramme de la chancellerie daté du 14 janvier 1905. Et, naturellement, pour ceux qui ne comprennent pas l’allemand, j’ai donné la traduction de ce terme, à savoir … camp de concentration.

Vous dites que les Hereros ne furent pas tatoués, mais seulement obligés de porter autour du cou un collier immatriculé. Etonnant, quand on sait que vous même, Joël Kotek, vous avez, dans ce fameux article sur les Hereros, paru sur internet, écrit ceci : « Dorénavant, tout Herero qui se rend aux autorités ne doit plus être abattu mais considéré comme astreint aux travaux forcés. Il sera marqué des lettres GH pour "Herero capturé" (gefangene Herero) ».

Vous me faîtes également dire que Heinrich Goering était encore gouverneur de la colonie lors du génocide des Hereros. C’est absolument faux ! J’ai écrit que Heinrich Goering a été le premier gouverneur de la Namibie en 1884, qu’il a démarré la répression mais que le massacre en lui-même des Hereros a été conduit, vingt ans plus tard, par le général Lothar von Trotha.

Mieux, je souligne, plus loin, au chapitre « Neg Doubout » consacré à Haïti, que Heinrich Goering, qui « avait » précédemment « servi et surtout sévi en Namibie, est consul d’Allemagne à Port-au-Prince » en… 1890. Si avec ça, vous n’avez pas compris qu’il n’était plus là, au moment du génocide, c’est à désespérer !

Vous dites, par ailleurs, que le chapitre sur le « kapo noir » d’Auschwitz, parle peu de ce dernier, au profit de généralités sur le fonctionnement du camp et la révolte du Sonderkommando.

C’est oublier, une fois de plus, que ce livre s’adresse à un grand public et que certains lecteurs ne sont pas vraiment au fait de l’histoire des camps de concentration. Beaucoup d’entre eux m’écrivent et m’avouent, sincèrement, que c’est la première fois, parce qu’ils se sentent directement concernés, en tant que Noir, qu’ils achètent un livre sur ce thème. Je m’honore d’avoir fait, à leur intention, ce qu’on appelle de la pédagogie.

Vous me reprochez, dans ce même chapitre, d’avoir rédigé, à la première personne, le témoignage d’un rescapé d’Auschwitz sur ce fameux « kapo noir », alors que j’indique, moi-même, en fin d’ouvrage que ces propos m’ont été confiés par le fils de ce déporté. Ce fils, Alain Kahn a, en fait, écrit, il y a quelques années, un livre où il raconte, à la première personne, la déportation de son père, à partir de conversations précises qu’il a eues avec lui. J’ai trouvé le procédé original et j’ai demandé à Alain Kahn le droit de reproduire, de la même façon, ces extraits, qu’il a enrichis à partir de ses notes et souvenirs.

Vous dites, enfin, que les lois de Nuremberg visaient exclusivement les juifs. Mais c’est inexact, puisque, comme vous le savez, il y avait plusieurs textes et que ce sont, en fait, les décrets d’application qu’il faut prendre en compte. Tenez, par exemple, la loi sur la citoyenneté du Reich, qui protège le sang et l’honneur allemand et qui interdit les mariages mixtes.

L’additif à cette loi, du 26 novembre 1935, stipule que « ces personnes devront aussi prouver leur origine allemande, soit par un acte de naissance, soit par un acte de mariage des parents, ou tout autre document. Cela s’applique particulièrement à ceux qui, même s’ils sont allemands, ont à l’évidence, une fraction de sang étranger, comme par exemple du sang nègre, même si cela n’est pas mentionné dans leurs papiers. C’est le cas, en l’occurrence, des bâtards nègres du temps de l’occupation de la Rhénanie ». (1)

Dois-je, par ailleurs, vous rappeler ce que vous connaissez déjà, à savoir que même si les Noirs n’avaient pas d’étoile dans les camps, ils n’étaient pas moins pour Hitler et les nazis que de vulgaires « animaux », comme l’a, si justement, indiqué, sur toutes les chaînes de télévision, le rescapé franco-ivoirien, John William, en parlant de sa propre expérience, au camp de Neuengamme, où il se trouvait.

Il y a, cependant, dans les remarques que vous me faîtes, une erreur que je me dois de vous concéder. Il s’agit, en fait, d’une erreur… typographique : Rudolf Hoess au lieu de Rudolf Hess.

Vous me permettrez, en retour, de vous indiquer, qu’il n’est écrit nulle part, dans mon livre, que les nazis avaient un plan de déportation pour les Noirs d’Europe. Inutile donc de le laisser croire !

Vous me permettrez, également, de m’étonner du titre même, à l’emporte-pièce, de votre tribune : les nazis n’ont pas déporté les Noirs. Titre, pour le moins, tendancieux, puisque, vous finissez par reconnaître, vous-même, plus loin, qu’« il y eut bien des Noirs dans les camps nazis ».

Or, pour autant que je sache, c’est bien par le mot « déporté », qu’on qualifie aujourd’hui toute personne, quelle qu’elle soit, qui a été envoyée dans ces camps ?

Je n’avais jamais pensé, en rappelant que des Noirs avaient été déportés dans les camps de concentration, que cela déclencherait une telle charge ! Je n’avais pas imaginé que ce travail, entrepris il y a dix ans, allait devenir objet de polémique. Lorsque j’ai réalisé en 1995 un documentaire sur le même sujet, je n’ai essuyé aucune critique. Et dire que ma seule intention était de redonner à ces hommes et ces femmes, depuis trop longtemps oubliés, leur juste place, si minime soit-elle, dans cette tragédie !

Enfin, puisque vous évoquez, aussi, l’esclavage, en pointant habilement la traite « orientale » pour dédouaner un peu plus la traite occidentale, comme c’est la mode en ce moment, que devrais-je dire, moi qui suis Français et noir, lorsque je vois qu’on organise, ici et là, des débats sur ce thème, sans que ne soit convié aucun historien antillais ou africain ?

Non, il faut en finir avec cette désastreuse « concurrence des victimes ». L’esclavage n’appartient pas aux Noirs, pas plus que la Shoah aux juifs, ou le génocide de 1915 aux Arméniens. Nous sommes tous, de près ou de loin, dépositaires de ces crimes contre l’Humanité !

Je crois, sincèrement, qu’on ne pourra vivre, ensemble, réconciliés, demain, que si chacun d’entre nous, se sent concerné par la mémoire et l’histoire de l’autre. Il nous faut, plus que jamais, faire de toutes ces fraternités de douleur, une fraternité de couleur.

Serge Bilé


(1) Theodor Michaël, dans le documentaire Noirs dans les camps nazis (1995).

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Pour en savoir plus
 La tribune libre publiée par le journal Le Monde
 
Mots-clés
hereros   nazisme   noirs dans les camps nazis   serge bile   
 
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