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Rencontre avec Marie-Célie Agnant
04/08/2008
 

Née en Haïti, Marie-Célie Agnant est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages dont certains traduits en plusieurs langues
 
Par Patricia Turnier
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Madame Agnant est née en Haïti. Elle demeure au Québec depuis 1970 et elle est mère de trois enfants. L’écrivaine est une femme très cultivée et empreinte d’une simplicité désarmante. Elle est un auteur très prolifique. Elle a écrit une dizaine d’ouvrages notamment des poèmes, des contes et des romans. L’autrice a écrit un texte faisant partie d’un collectif de la grande maison d’édition Gallimard. Plusieurs ouvrages de madame Agnant sont également destinés aux enfants. Madame Agnant vit un grand succès au sein du public et de la critique littéraire.

Ses œuvres sont étudiées aux universités et certaines sont traduites dans plusieurs langues. Poète, romancière, nouvelliste et conteuse, elle est une écrivaine polyvalente. Elle anime régulièrement des ateliers de contes ou d’écriture pour des enfants et adultes et a une grande passion pour le théâtre. Elle a participé pendant de longues années aux activités estivales du Bread & Puppet Theater dans l’État du Vermont. Elle œuvre aussi en tant qu’interprète et traductrice (espagnol, français, anglais et créole). Elle est accréditée à titre d’interprète culturelle auprès des services sociaux et de santé de Montréal. Madame Agnant est une femme écrivain attentive et sensible au monde qui l’entoure.

La littérature m'a sauvée de ce monde inhumain
Marie-Célie Agnant


Ses œuvres trouvent leur enracinement dans la réalité sociale et contemporaine où elle traite sans ambages de thèmes comme l’exclusion, la solitude, le racisme, l’exil. La condition des femmes, le rapport au passé et à la mémoire représentent d’autres domaines d’exploration de l’auteur. Madame Agnant est une femme debout qui bannit la langue de bois et se consacre à une forme d’écriture engagée. En 1997, elle a été finaliste pour le prix du Gouverneur Général du Canada pour son roman Le Silence comme le sang. Elle a reçu le prix belge Gros Sel pour la réécriture de Thézin sous le titre La légende du poisson amoureux. Très active sur la scène littéraire québécoise, Marie Célie Agnant mène une carrière internationale avec des tournées et conférences en Europe, en Amérique du Sud et aux États-Unis.

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Marie-Célie Agnant  
Marie-Célie Agnant
© haitianalysis.com
 

Pour vous présenter, qu’avez-vous à dire aux lecteurs?

Il arrive que nous ressentions en nous et de manière très forte, plusieurs appartenances. Je me définis donc comme haïtienne, noire, québécoise, car je vis depuis très longtemps dans cet univers, caribéenne, culturellement. Ainsi, nous sommes issus de tous les brassages qui ont eu cours dans cette partie du monde. Je me perçois également comme une canadienne, une femme du Tiers-monde, puisque le monde est ainsi divisé; et pour finir, comme une écrivaine vivant en Amérique du Nord. Cela paraît très élaboré et très complexe pourtant c’est ainsi. La dernière précision a toute son importance car je peux faire le choix, à un certain moment de vivre ailleurs.

Depuis quand et comment votre passion pour l’écriture s’est développée?

Enfant, l’écriture déjà occupait une place importante dans ma vie. Les livres étaient pour moi des objets de culte et je crois que je ne passais pas une journée sans lire. Mes meilleurs souvenirs d’enfance demeurent ceux où je me cachais dans un coin quelconque, loin des adultes, pour lire tranquillement. J’avais la chance d’aller dans une école où nous avions une bibliothèque. Rien d’extraordinaire mais pour moi, c’était le plus beau moment de la semaine, le jour où nous pouvions nous y rendre. À l’adolescence, il m’arrivait même de me réfugier sur le toit de la maison familiale pour ne pas être dérangée. Il y avait un amandier qui donnait de l’ombre, à l’abri de ses feuilles, je dévorais les livres. J’ai une mémoire qui ne s’encombre de rien de ce qui est inutile, j’oublie facilement. Cependant, je n’oublie jamais les livres qui m’ont été dérobés.

J’ai été obligée de faire appel au passé colonial,(...) à ce que certains historiens nomment 'crimes fondateurs' pour éclairer le présent
Marie-Célie Agnant





J’ai tendance à partager les livres qui me procurent du plaisir, à les offrir aux amis avec l’idée, bien sûr de les ravoir. Ce n’est pas toujours le cas et je me souviens encore de certains livres qui ne m’ont pas été restitués ainsi que des noms de ceux qui me les ont pris. Parmi eux, un livre pour les jeunes, j’avais sans doute dix ans, je l’ai passé à une compagne de classe qui l’a gardé: Gouzla, fille de gitans et Gouverneurs de la rosée (de Jacques Roumain, un classique de la littérature haïtienne), que je me suis fait voler par un inconvenant, voleur patenté, bien entendu; et petit-bourgeois arrogant qui a poussé l’impudence jusqu’à me dire que ce livre est trop bon qu’il ne me le rendra pas. Une chance que j’ai pu le retrouver sur le marché.

C’est en Haïti que j’ai commencé à m’essayer à l’écriture, la poésie; à l’adolescence. Mes camarades de classe de l’époque ne s’étonnent guère de ce chemin que j’ai emprunté aujourd’hui. Je dois préciser que parallèlement à cette passion pour l’écrit et la littérature, certaines rencontres, certaines avenues empruntées ont été déterminantes dans le développement de mon métier.

Qu’est-ce que la littérature représente pour vous?

La littérature a constitué et constitue encore pour moi un refuge, une passion, un bonheur, et, je le dis sans hésiter elle m’a sauvé de ce monde inhumain. J’ai pu canaliser dans l’écriture la colère qui m’habite en tant que femme du Tiers-monde. Elle m’a servi à poser des questions, à trouver aussi des réponses. Cette quête de sens était bien évidente lorsque j’ai commencé à écrire Le livre d’Emma. J’essayais de comprendre entre autres choses, le pourquoi de la solitude des femmes noires dans l’exil, comprendre l’origine du rejet qui entraîne l’isolement, la solitude.


J’ai été obligée de faire appel au passé colonial, à cette déchirure primordiale, à ce que certains historiens nomment « crimes fondateurs», pour éclairer le présent. C’est dans ce passé et dans le système esclavagiste que s’est forgée cette image dévalorisante du Noir, en général, et encore plus de sa compagne. Ce rejet qui constitue une autre forme d’oppression parmi toutes celles que vivent les êtres humains. Tout cela pour dire que la littérature est un champ d’exploration et qu’elle me sert avant tout à comprendre le monde qui m’entoure, sans faire abstraction bien sûr de l’aspect créatif, elle me sert aussi à garder l’espoir en ce monde, et surtout à demeurer vivante.

Pouvez-vous nous parler de la première forme d’écriture que vous avez choisie : la poésie? En d’autres mots, qu’est-ce que ce style d’expression signifie pour vous?

La poésie, le poème selon moi, est quelque chose qui nous est donné, qui vient vers nous sans qu’on sache pourquoi, un peu comme une rencontre. Le texte poétique nous parle, nous interpelle, et, une fois écrit, même lorsqu’il faut y revenir pour le ciseler, le travailler, on éprouve un sentiment de bien-être incroyable. Je ressens le même mouvement lorsqu’il est question de la nouvelle, qui est souvent assez brève. L’idée nous surprend souvent, de manière fulgurante, intense. La poésie est venue vers moi à l’adolescence, l’âge de la mélancolie et des questionnements, de la solitude et des excès et la poésie sert souvent à tempérer nos ardeurs. Avec les années, il y a ce regard aiguisé sur les réalités contemporaines, sur l’histoire du monde et ses dérives, tout cela a donné une autre couleur à mes textes. Je me suis un peu éloignée de la publication des poèmes mais je continue à écrire de la poésie, à la recevoir, à l’accueillir quand elle se présente, souvent, dans mes romans où je lui fais une large place.


 
 

Vous avez souvent opté pour une forme d’écriture engagée dans vos œuvres. Pouvez-vous nous en parler?

Cette question revient souvent et elle me surprend toujours malgré moi car je ne me dis pas au moment d’écrire: Voilà, je vais produire un texte engagé. Serait-ce parce que nous écrivons des livres qui nous ressemblent, comme nos enfants nous ressemblent? Je me demande souvent par quel procédé on peut écrire en faisant abstraction du monde dans lequel on vit.
Un journaliste et critique littéraire m’a demandé récemment pourquoi, parmi tous les sujets qui nous sont offerts, j’ai choisi d’écrire sur la période duvaliériste et de parler de cette répression? Serait-ce parce qu’il y a des sujets qui dérangent certaines gens ou groupes de gens et qui doivent demeurer tabou? Nous faisons usage, l’écrivain, comme tout créateur, fait usage d’un terreau, d’un matériau qui sont nos cultures, nos sociétés, nos histoires, l’histoire de nos peuples qui est tissée de misères, d’oppression, d’inégalités, de violences, et, bien entendu, l’écriture en porte des traces.

Devez-vous rédiger dans un endroit paisible pour être inspirée? En d’autres mots, de quel contexte idéal avez-vous besoin pour vous mettre à l’œuvre?

Je crois que la plupart des gens qui s’adonnent à une forme de création quelconque ont besoin de paix, de tranquillité. Nous en avons tous besoin, d’ailleurs; pas uniquement pour être inspiré, pour pouvoir travailler, simplement. On en a besoin tout au long du processus créateur, pour que l’esprit soit alerte et détendu. Un musicien, un peintre, un ébéniste, celui qui crée, doit pouvoir jouir de cette paix. Mais je fais une distinction entre le moment où les idées se bousculent, se pressent en nous, prêtes à jaillir, ce moment où l’on sent qu’on ne peut rien faire d’autre qu’écrire ce texte bon ou mauvais, et le temps que je passe à travailler un texte, à le pétrir en quelque sorte. J’ai certainement besoin de paix. J’aime beaucoup écrire très tôt le matin. Le contexte idéal serait face à la mer mais elle est si belle que je passerais mon temps à la regarder.


Parlez-nous en quelques mots de la riche littérature haïtienne ainsi que québécoise et dites-nous en quoi cela vous a inspirée pour façonner et parfaire votre stylistique.

Je peux dire que j’ai fait connaissance assez tardivement avec la littérature haïtienne, dans la mesure où ce qu’on m’enseignait en classe en Haïti, sur notre littérature était malencontreusement limité comparativement à l’espace réservé aux auteurs français. Il y a pour moi les incontournables, Marie Vieux, Roumain, Alexis, pour ne citer que les plus connus, qui ont produit des œuvres d’une très grande qualité, des auteurs qui, mariant lyrisme, force et rigueur sont pour nous tous des modèles. La littérature haïtienne est très importante, et il existe plusieurs écrivains malheureusement pas encore très connus, mais dont les textes nous procurent de vrais moments de plaisir, je pense à un roman de Michelle Voltaire Marcellin La désenchantée que j’ai lu récemment, une écriture fort belle et bien travaillée qui m’a beaucoup touchée.

Je peux dire que j’ai fait connaissance un peu à la même époque, à mon arrivée au Québec avec les auteurs haïtiens et québécois. Je dois mentionner que c’est surtout le sentiment de rupture avec un ordre ancien, le besoin d’affranchissement, d’arracher les bâillons, de rompre les digues qui m’a le plus séduite chez les auteurs québécois que je lisais à l’époque. La grande simplicité de leurs dires constitue pour moi une grande source d’inspiration. J’ai lu Gabrielle Roy et Anne Hébert avec la même émotion ou presque que Marie Vieux.

Le livre d'Emma  
Le livre d'Emma
 

Concernant votre roman Le livre d’Emma, l’un de vos plus grands succès, pourquoi avez-vous opté pour le développement d’un personnage principal (Emma) troublé et brisé par les nombreuses vicissitudes de la vie en lien avec le passé lourd de ses ancêtres empreints d’atavisme plutôt que pour une femme faisant preuve de résilience malgré ses obstacles?

La littérature possède un lien très intime avec les émotions ce qui donne comme résultat qu’on n’a pas toujours le loisir de choisir tous nos personnages. Je crois que nous sommes souvent habités par nos personnages. Ils ne viennent pas du néant, nous les portons en nous, ils font partie de nous. Notre histoire, notre passé, nos blessures, nos conquêtes, sont des sources majeures auxquelles nous puisons lorsque nous sommes engagés dans un processus de création. J’aurais pu faire le choix inverse, qui sait? Mais je dois dire que l’aspect de la transmission, de cette chaîne, de cette mémoire qui se transmet, qui doit se transmettre, me fascine et, en quelque sorte, le personnage principal de ce roman, Emma, dont vous parlez, continue à vivre par le truchement de celle à laquelle elle a légué son passé, ses blessures, les outils pour comprendre ce passé.

Cependant, il ne faut pas oublier qu’elle lui lègue également une grande force, mais aussi un savoir indispensable. Lorsque j’ai commencé à écrire mon dernier roman, Un Alligator nommé Rosa, les personnages sont arrivés sans se faire prier. Ils étaient là, dans l’ordre d’arrivée qui est le leur dans le roman; comme s’il s’agissait d’une pièce de théâtre. Il y a beaucoup de spontanéité dans mon écriture, dans le jet initial, principalement. Pourquoi est-ce que la victime principale est un homme et non une femme ? Je n’ai pas la réponse. Ces histoires que j’écris sont très liées au réel mais elles portent en elles une grande part de fantaisie et de rêve. Cela, aussi, il ne faut pas le perdre de vue. Autrement, il n’y aurait pas de création.


Nous savons que vos livres sont étudiés dans diverses universités à travers le monde. Pouvez-nous en parler et nous dire ce que cela vous fait vivre de voir vos œuvres d’une portée universelle traduits dans diverses langues?

Il y a plusieurs façons d’aborder ce sujet. L’expérience démontre qu’un écrivain qui évolue dans des territoires où le bassin de lecteurs potentiels est très restreint doit pouvoir voyager pour aller à la rencontre des publics étrangers. Autrement, il a fort peu de chances de pouvoir vivre même chichement de son travail. De ce point de vue, j’estime avoir beaucoup de chance parce qu’il y a comme on dit, beaucoup de matelots sur le pont. J’accueille cette chance avec beaucoup de gratitude et j’essaie de faire ce travail avec sérieux sans trop me prendre au sérieux, c’est-à-dire que je ne joue pas à l’écrivain. Je me suis fait dire que cette manière décomplexée d’aborder les questions littéraires, de parler simplement de mon travail, contribue à ce que les profs m’invitent et me réinvitent dans leurs classes. Une prof de l’Université d’Albany où je suis allée à deux reprises me disait textuellement que ses étudiants rêvent d’aller à la rencontre des auteurs mais non des divas qui les écrasent du haut de leur art ou de leur savoir.

Quant aux traductions, sans vouloir prétendre que je m’en désintéresse, je sens que le livre ne me concerne plus vraiment lorsqu’il est traduit dans une autre langue. Je le perçois beaucoup plus comme un travail de création du traducteur. Lorsqu’il s’agit de langues qui me sont familières telles que l’espagnol ou l’anglais, j’essaie de retrouver la musique du texte et cela me suffit. Pour le reste, je suis heureuse du fait qu’il se font une petite place assez enviable dans la grande chaîne littéraire, et qu’ils suivent leur chemin certainement dans un réseau bien précis parce qu’il existe de multiples réseaux. C’est grâce à ces réseaux, à ces profs et ces critiques qui font aussi partie de la chaîne, que mon travail se fait connaître ailleurs. J’en profite pour voir de nouveaux pays, lier de nouvelles connaissances, jouir d’un moment de joie et de bonheur, pourquoi pas? en contemplant les bouilles étonnées de petits Danois ou Autrichiens ou Allemands qui apprennent le français et qui m’écoutent leur raconter l’histoire de Thézin, ce poisson qui était amoureux d’une jeune fille. L’écriture en ce sens est une grande expérience humaine.


Dans le cadre d’une conférence, vous avez mentionné que l’auteur a besoin du lecteur pour échanger. Quels sont les commentaires de vos lecteurs qui vous ont le plus touchée?

L’auteur a certainement besoin du lecteur car il arrive que ce dernier l’éclaire sur certains aspects de son travail puisque la lecture est aussi un processus créateur, le lecteur n’étant pas passif. Les commentaires des lecteurs sont souvent empreints d’une grande générosité. Cela me touche profondément et pourquoi ne pas le dire, cela vous rassure car on est humain. Quand des lecteurs vous disent pleurer en vous lisant, c’est que vous parlez un langage qui atteint les fibres sensibles de leur être. Quand ils vous disent avoir l’impression de se promener dans votre histoire, d’en faire partie, de la voir se dérouler sous leurs yeux ou encore de lire et relire plusieurs fois un de vos livres, il s’agit là d’une grande récompense. Il y a les commentaires des enfants, particulièrement savoureux. Les jeunes lecteurs d’Alexis d’Haìti, ce roman qui parle de l’odyssée d’un enfant réfugié, me croient à peine lorsque je leur dis que l’histoire d’Alexis est une fiction. Ils disent s’identifier beaucoup au personnage.

En Guyane française, loin dans un village, une petite de douze ans m’a dit qu’elle croyait que tous les auteurs étaient des gens morts depuis longtemps. C’est dire la distance qui peut exister souvent entre l’objet livre, le texte, celui qui le reçoit et celui qui l’écrit. Et j’ai pensé, après avoir entendu cette réflexion, que malgré l’avidité dont je faisais preuve pour la lecture au cours de l’enfance et l’adolescence, jamais je ne pensais aux auteurs. Ils m’étaient inaccessibles, inexistants. Il y a aussi ces jeunes qui après une rencontre, vous disent avec toute la sincérité dont ils sont capables, que, grâce à la rencontre, ils vont lire dorénavant, comme ils n’ont jamais lu, ils liront tous les livres qui existent!


En d’autres mots, ils essaient de dire qu’on peut arriver à leur communiquer une passion. Cela ne dure certainement pas très longtemps mais cet enthousiasme est très touchant. À Montréal, des élèves d’une école secondaire, avec l’aide de leur prof de français ont mis en scène Alexis d’Haïti. J’ai été invitée à assister à une représentation. C’était réellement émouvant de voir ces jeunes de toutes origines vivre les angoisses, les peurs, les joies d’Alexis. Ce livre qui m’a procuré tant de joie et fait vivre tant d’émotions lors de l’écriture se réécrivait sous mes yeux avec de nouvelles paroles, de nouveaux mots, une énergie nouvelle.

Avez-vous eu des doutes à un moment par rapport à la possibilité d’accomplir vos objectifs de carrière en tant qu’écrivain? Si oui, comment les avez-vous surmontés?

Je n’ai pas d’objectif précis de carrière. Je n’en ai jamais eu. J’écris pour continuer à vivre. Je n’ai jamais décidé : voilà il faut que je devienne à tout prix écrivaine. Je le suis devenue parce que j’écrivais, tout simplement. D’autres aiment chanter ou peindre. J’aurais pu ne jamais écrire, j’aurais fait autre chose. Le doute, je crois est salutaire, le doute est nécessaire, il fait partie de ces choses qui nous rendent humains. J’écris toujours dans le doute car je ne sais rien du texte à venir, ni de la réception qui lui sera réservée. Je sais, par contre, que je n’aime pas penser que quelque chose est impossible, pourvu qu’on y mette de l’effort, sans obsession maladive. Je crois bien connaître mes forces, mes limites et j’essaie d’avancer sur cette route avec beaucoup de sérénité.


Avez-vous des nouveaux projets d’écriture que vous pouvez partager avec nous?

Ils sont nombreux. Le temps seul me manque. Je viens de publier un petit livre tout mignon pour les tout-petits. Il s’agit de La nuit du Tatou, publié aux Éditions Les 400 Coups, inspiré d’un conte Aymara. Les illustrations sont de Véronique Tapia, d’origine équatorienne. J’aime beaucoup la collaboration avec les jeunes illustrateurs et j’ai quelques autres projets (avec d’autres jeunes auteurs et illustrateurs) destinés aux jeunes lecteurs.

Croyez-vous qu’il soit possible de vivre de son écriture? Quels conseils avez-vous à donner aux jeunes désirant se consacrer à la littérature?

Autant il y a d’auteurs, autant il y a, je crois, de scénarios. Il y a sans doute ceux qui gagnent bien leur vie, pour une série de raisons, d’autres moins bien, la grande majorité pas du tout. Ceux qui ont plusieurs cordes à leur arc, ont sans doute la chance de pouvoir le faire, ceux qui ne craignent pas la précarité qui accompagne souvent ce métier arrivent sans nul doute à survivre. On peut dire que de tout temps et de manière générale, la condition des artistes et des écrivains n’a jamais été facile.

Selon moi, l’important est de penser d’abord au bien-être que vous procure ce que vous faites, l’activité à laquelle vous vous consacrez avant de penser voilà : je veux faire un livre pour ceci, pour cela. En second lieu, celui ou celle qui rêve de devenir écrivain, musicien, peintre ou autre, devrait faire sien ce vieil adage : C’est en forgeant qu’on devient forgeron.

Œuvres principales:



• 1994 – Balafres, Montréal, CIDIHCA
• 1997 - Le silence comme le sang, Les Éditions du Remue-ménage
• 1999 - Le Noël de Maïté, Montréal: Hurtubise HMH
• 1999 - Alexis d'Haïti, Montréal: Hurtubise HMH
• 2000 - Alexis, fils de Raphaël Montréal: Hurtubise HMH
• 1995 et 2000 - La Dot de Sara, Montréal : Les Éditions du Remue-ménage
• 2001 - Vingt petits pas vers Maria Montréal: Hurtubise HMH
• 2001 - Le livre d'Emma, Montréal/Port-au-Prince : Les Éditions du Remue-ménage/Éditions Mémoire, 2001; La Roque d’Anthéron (France) : Vents d’Ailleurs, 2004
• 2003 - La légende du poisson amoureux, éd. Mémoire d’encrier
• 2006 - Un alligator nommé Rosa, Montréal : Les Éditions du Remue-ménage, 2007


Contes:
• L'oranger magique: conte d'Haïti. Illustrations de Barroux. Montréal: 400 Coups, 2003.
• La légende du poisson amoureux. Illustrations de Tiga. Montréal: Mémoire d'encrier, 2003.
• La nuit du Tatou, Illustrations Veronica Tapia. Montréal, éd. Les 400 coups, 2008

Textes publiés dans des ouvrages collectifs:
• « Le vieil homme à moitié pierre ». Nul n'est une île: Solidarité Haïti. Sous la direction de Stanley Péan et Rodney Saint-Éloi. Montréal: Mémoire d'encrier, 2004: 29-43.
• « T'écrire ». Une journée haïtienne, textes réunis par Thomas C. Spear. Montréal: Mémoire d'encrier / Paris: Présence africaine, 2007: 213-215.



***Distinctions littéraires:
• 1995 Finaliste, prix littéraire Desjardins, pour La Dot de Sara.
• 1997 Finaliste, prix du Gouverneur Général, pour Le Silence comme le sang.
2007 Récipiendaire du prix belge Gros Sel, pour La Légende du poisson amoureux



***Traductions:
in English:
• "The House Facing the Sea" ("La maison face à la mer"). Trad. Christina Vander Vorst. Métamorphoses (Spring 2003): 193.
• The Book of Emma. Trad. Zilpha Ellis. Toronto: Insomniac Press, 2006.
en español:
• "La casa frente al mar" ("La maison face à la mer"). Casa de Las Américas 222 (enero-marzo 2001).
• El libro de Emma. Trad. José Antonio Jimeno. Tafalla (Espagne): Txalaparta, 2003.
in italiano:
• Il libro di Emma. Trad. Paola Ghinelli. Santa Maria Capua Vetere (Caserta, Italie): Edizioni Spartaco, 2007.
in het Nederlands:
• "Twee dagen om te vergeten" ("Deux jours pour oublier"). Trad. Kenneth Booten. Deus ex Machina 105 (juin 2003): 42.


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