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Le lynchage des noirs aux Etats-Unis entre la fin du 19è siècle et le milieu du 20è siècle
14/03/2003
 

Une pratique courante de l'Amérique raciste
 
Par Paul Yange
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Dans la salle comble du tribunal de Chattanooga, le 27 février 2000, le juge Douglas A. Meyers abandonne l'accusation de viol portée contre Ed Johnson. Une décision pour l'honneur de la justice américaine et de la victime, jeune Noir lynché par la foule quatre-vingt- quatorze ans plus tôt. Condamné à mort par un jury blanc au terme d'un procès sommaire et autorisé dans la foulée par la Cour suprême à faire appel, Ed Johnson n'a pas eu, à l'époque, le temps de faire valoir ses droits : dans la nuit du 19 mars 1906, il était tiré de sa cellule par des Blancs de la ville, traîné à travers les rues jusqu'au pont enjambant la rivière Tennessee, pendu, puis criblé de balles.

Entre 1882 et 1968, 4 742 Noirs ont connu un sort semblable, dont la moitié dans le Mississippi, la Géorgie, le Texas, l'Alabama et la Louisiane (statistiques établies par l'université de Tuskegee, Alabama).


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Ce passé en noir et blanc que l'Amérique contemporaine ne finit pas de cuver a ressurgi brutalement au cours de l’été 2000, à New York, avec une exposition de photos et cartes postales de lynchages perpétrés entre 1883 et 1960, principalement - mais pas exclusivement - dans les Etats du Sud, et la publication d'un ouvrage qui leur est consacré, Without Sanctuary (1). Une soixantaine de clichés sortis des greniers de l'Amérique et de ses albums de famille, exhibant des corps suppliciés, fouettés, écorchés, lacérés, mutilés, brûlés vifs. Et la foule, toujours présente, posant, radieuse ou indifférente, aux pieds des pendus, satisfaite du devoir accompli. Chasseurs à visage découvert, sûrs de leur impunité. Complicité des photographes, alertés par la rumeur ou la presse, qui installaient leur chambre noire sur les lieux mêmes de l'exécution pour procéder rapidement aux tirages. « Voici notre barbecue d'hier soir », écrit un dénommé Joe à ses parents, au dos d'une de ces cartes montrant les restes calcinés d'un pendu de dix-sept ans à Robinson, Texas, en mai 1916. Le fils attentionné a même pris soin de signaler sa présence au sein de la foule par « une croix sur la gauche du gibet ».

Une fête sauvage pour les Blancs du Sud, soudés dans leur peur et leur haine du « nègre » nouvellement émancipé. Ils en emportent parfois des souvenirs : des photos, une poignée de cheveux, une phalange, un lambeau de peau prélevé sur leur trophée. Une conception de la loi où le racisme se double de sadisme et de cruauté. La violence explose dans les vingt années qui suivent l'émancipation (1863) de quelque quatre millions d'esclaves et la fin de la guerre civile qui laisse un Sud dévasté et humilié. Jusqu'alors relativement protégés par l'investissement qu'ils représentaient, les Noirs sont désormais perçus comme une menace contre les fondements de la société blanche. Et le lynchage comme un instrument de contrôle par la terreur.


 
 

Au nom de la femme blanche

Le public, écrit dans Without Sanctuary l'historien et professeur à Berkeley Leon Litwack, « n'a alors aucun mal à justifier ces atrocités au nom du maintien d'un ordre social et racial et de la pureté de la race anglo-saxonne ».

C'est donc au nom de la race blanche, de la femme blanche guettée par les appétits débridés des Noirs, que l'on mutile et qu'on tue, de la Floride au Texas. La tradition sudiste tend à lier le lynchage aux meurtres et viols de femmes blanches. En réalité, on lynchait aussi bien les femmes (92 entre 1882 et 1927) et les enfants, comme en témoigne la photo de Laura Nelson, pendue en 1911 à un pont de l'Oklahoma avec son fils de quatorze ans dont elle avait pris la défense. Il ne suffisait bien souvent que d'avoir offensé la suprématie blanche : une dispute, des insultes, un témoignage à charge contre un Blanc, pouvait conduire à la potence. Tel Rufus Moncrief, torturé puis pendu à un arbre avec son chien pour avoir refusé de se découvrir devant un Blanc.

Et si des Blancs furent lynchés, essentiellement dans les Etats de l'Ouest, au moins leur culpabilité - meurtres et vols de bétail étant les principaux chefs d'accusation - était-elle préalablement établie avec certitude, relève l'historien. Une étude effectuée en 1933 (2) sur cent lynchages de Noirs a établi qu'un tiers des victimes étaient innocentes des faits qui leur étaient imputés. Et que, dans la moitié des cas, la police avait activement participé à l'exécution.


 
 

Qu'il y ait eu procès ou pas ne changeait rien à l'affaire. D'une part, parce qu'il s'agissait généralement de parodies de justice où l'accusé, condamné d'avance, comparaissait devant un jury blanc. D'autre part, parce que la foule, peu soucieuse des sentences rendues par le tribunal - quand elle ne les devançait pas -, entendait se faire justice elle-même, n'hésitant pas à tirer le prisonnier de sa cellule, souvent sous l'oeil complice du shérif. Ce qu'a rappelé le juge Meyers, de Chattanooga, en innocentant Ed Johnson près d'un siècle plus tard : « Il fallait à la communauté blanche un corps noir, pas nécessairement celui de la personne qui avait commis le crime. »

Les plus exposés, souligne le professeur Litwack, sont précisément les Noirs aspirant à une condition meilleure. Ceux qui s'éduquent, parviennent à acquérir un champ, une ferme, s'impliquent dans la vie politique. « Quand un Noir a des idées, la meilleure chose à faire est de le mettre sous terre le plus vite possible », professait ainsi un représentant du Mississippi à Washington.
Dans cet ordre racial, les classes dirigeantes et les rednecks (« petits Blancs ») sont solidaires. Et si les premières font parfois montre de davantage de compassion, c'est parce qu'elles se sentent moins menacées dans leur statut social et économique que les petits propriétaires, les fermiers ou les ouvriers agricoles, en concurrence directe dans le travail avec les anciens esclaves. Quand les cours du coton s'effondrent, les lynchages augmentent.

Après l'élection, en 1877, du président républicain Rutherford B. Hayes, le Sud a eu tôt fait de remplacer les lois généreuses de la reconstruction (1866-1875), destinées à protéger les Noirs, par de nouvelles restreignant leurs droits et les reléguant au statut de citoyens de deuxième zone. « Les Blancs ne pourront plus vivre dans ce pays si nous laissons les Noirs prendre de l'importance », expliquait benoîtement un témoin lors du procès d'un accusé noir. Peu à peu, ségrégation et discrimination s'étendent à l'ensemble des Etats-Unis, prioritairement dans les anciens Etats confédérés, où réside plus de 80 % de la population noire. C'est le système « Jim Crow », du nom d'un personnage de comédie mettant en scène des Blancs déguisés en Noirs pour mieux les railler.


 
 

Dans l'affaire Ed Johnson, la Cour suprême a poursuivi et condamné le shérif qui avait failli à son devoir de protection : ce fut la première et unique fois que la justice fédérale intervint. Localement, la justice préférait généralement conclure que les auteurs des lynchages, qui ne cachaient pourtant ni leur visage ni leur identité, étaient des « personnes inconnues ». Alors même qu'elles étaient fixées sur des cartes postales dont la poste fédérale a finalement interdit l'acheminement en 1908. Mais qui condamner quand toute la communauté est complice et que la presse souligne la « qualité » des lyncheurs, membres éminents de la société locale ? « A Paris, Texas, les représentants de la loi ont livré le prisonnier à la foule. Le maire a donné une journée libre aux écoliers et les Chemins de fer ont organisé l'excursion pour que le peuple puisse voir un être humain brûlé vif », témoigne en 1900 l'activiste Ida B. Wells, partie en croisade contre « la loi sans nom ».

Mais Ida B. Wells sera de moins en moins seule. L'Association nationale pour la promotion des personnes de couleur (NAACP), fondée en 1909, s'active. En mai 1921, à Tulsa (Oklahoma), un groupe d'hommes noirs se dresse pour protéger un cireur de chaussures, accusé de viol par la foule - mais pas par la supposée victime blanche. La tentative de lynchage tourne à l'émeute, le Ku Klux Klan se déchaîne contre le quartier noir de Greenwood. Le bilan officiel de l'époque, 35 morts, est établi aujourd'hui à 300 (dont 32 Blancs).
A partir de 1923, le nombre de lynchages commence à décliner, note Robert A. Gibson, de l'université Yale.

L'année précédente, la Chambre des représentants a vainement tenté de mettre la pratique hors la loi, le Sénat s'y est opposé, mais les débats autour du texte soumis au Congrès ont éveillé les consciences. L'élite exprime son dégoût - les femmes surtout, qui fondent en 1930, à Atlanta, l'Association des femmes du Sud contre le lynchage -, la presse noire naissante mène campagne, rejointe par de grands quotidiens comme le Chicago Tribune. Mais surtout, les Noirs quittent massivement les Etats lyncheurs du Sud pour gagner le Nord industrialisé : de 1910 à 1920, plus d'un demi-million plient bagage, et dans les années 20 ces départs se poursuivent au rythme de 70 000 par an.


 
 

Une nouvelle vague de terreur s'abat sur le Sud dès la fin des années 50 pour contrer le Mouvement des droits civiques - 21 militants sont assassinés entre 1961 et 1965 sans qu'aucun Blanc soit condamné, note Leon Litwack. La communauté blanche n'adhère plus à ces pratiques, mais elle s'empresse d'oublier. « Pour la majorité des Américains, les lynchages appartiennent presque à la littérature, explique l'antiquaire d'Atlanta James Allen, qui a depuis quinze ans rassemblé les documents photo de « Without Sanctuary ».

Ce ne sont pas des choses qu'on étudie à l'école. J'ai d'ailleurs réalisé que les visiteurs ne font pas la différence entre le crime raciste et le lynchage, qui, lui, impliquait une complicité de toute la communauté. Les Afro-Américains, en revanche, ont pu, avec l'exposition, mettre une image sur les cauchemars qui ont hanté leurs ancêtres. » Confrontée à son « odieux héritage », estime t-il, « la société américaine ne doit pas voir ces photos comme une collection : elles appartiennent réellement à la nation ».

"Ces clichés sont ceux d'une Amérique obsédée par ses nègres, obsession partagée par les Noirs et les Blancs", juge pour sa part l'écrivain Hilton Als, collaborateur du New Yorker. "Dans ma vie de citadin, j'ai tellement souvent changé de trottoir, la nuit, pour ne pas effrayer la femme blanche qui venait en face... Tellement de précautions prises pour ne pas effrayer les Blancs par ma simple existence... (3)"

(1) James Allen et Leon F. Litwack, Without Sanctuary, Lynching Photography in America, Twin Palms Publishers, Santa Fé (Nouveau Mexique), 2000. On peut consulter ces photographies sur le site http://www.journale.com/withoutsanctuary

(2) Artur F. Raper, The Tragedy of lynching, Dover Publication, New York, 1970 (édition originale 1933).

(3) Without Sanctuary, op. cit.


D'après un article de Anne Chaon, Le Monde Diplomatique, 2000

En savoir plus sur le lynchage aux Etats-Unis


       
Sur le même sujet sur Grioo.com
  10 millions de dollars par an pour la résolution de meurtres datant de l’époque des droits civiques
 
Pour en savoir plus
 http%3A%2F%2Fwww.journale.com%2Fwithoutsanctuary%2F
 
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