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A la rencontre de Lucien Pinaud-Petzy, artiste-peintre antillais
13/07/2004
 

Portrait de cet ex-financier ayant cédé à l'appel de sa passion, qui commente pour vous quelques uns de ses tableaux
 
Par Hervé Mbouguen
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Cette semaine la rédaction a choisi pour vous un peintre d'origine antillaise, Lucien Pinaud Betzy, dont une partie des oeuvres surfe sur la vague actuelle du "pop-art" comme "Honnimal" présenté plus loin, qui n'a pas hésité à tourner le dos à sa carrière de financier pour s'adonner à sa passion, la peinture. S'il refuse d'être catalogué de par son origine, une partie de ses toiles emmène celui qui les contemple en Afrique ancestrale.
Conversation avec cet artiste droit dans ses bottes qui ne se reconnait aucun modèle et affirme être lu-même, et pas un autre, au même que Picasso est Picasso mais pas Monnet.


En fin d'article un lien vous permet de consulter les tableaux présentés dans l'article en grandeur nature.

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Lucien Pinaud-Betzy  
Lucien Pinaud-Betzy
 

Pouvez-vous vous présenter à nos internautes?

Bonjour, je m'appelle Lucien Pinaud-Betzy, j'ai 35 ans, je suis originaire des Antilles, j'habite Lyon, et incessamment sous peu j'habiterai Paris.

Quel est le cheminement qui vous a amené à devenir un peintre à temps complet?

J'ai toujours peint, j'ai toujours dessiné. Je voulais initialement devenir un styliste, mais quand on est jeune on a des idées un peu entre guillemet farfelues pour les parents. J'ai changé de voie et j'ai fait de la finance. En grandissant je me rendais compte que je dessinais tout le temps et que ça me passionnait, et que j'étais beaucoup plus à l'aise en peignant. J'ai décidé de tout arrêter pour faire de la peinture.

Une partie de vos peintures emmène le spectateur en Afrique. Qu'est-ce qui a poussé l'antillais que vous êtes à se découvrir une passion, au moins artistique, pour le continent noir?

Je n'ai pas réellement découvert le continent noir, mais j'ai essayé de me rapprocher de ce qu'on voit en premier lieu quand on m'observe, même si je suis un peu clair
Lucien Pinaud-Betzy
Je n'ai pas réellement découvert le continent noir, mais j'ai essayé de me rapprocher de ce qu'on voit en premier lieu quand on m'observe, c'est-à-dire ma couleur, quoique je suis un peu clair. On peut quand même supposer que j'ai aussi des origines blanches. Je me suis arrêté au continent noir parce que c'est ce qu'on voit en priorité. C'est ce qui m'a poussé à essayer de voir entre parenthèse d'où je venais.

Pas forcément moi, mais mes ancêtres, la partie la plus visible de l'iceberg si je puis m'exprimer ainsi. Ce petit parcours pendant lequel j'ai entre guillemet essayé de trouver mes origines m'a permis de voir certaines choses, de retrouver certaines choses, et en même temps sans être allé rechercher le côté blanc qui est en moi, j'ai pu le découvrir en allant faire mes petites démarches sur mon origine.

C'est une question assez délicate parce que c'est quelque chose d'assez privé que je n'aime pas particulièrement débattre, parce que chaque personne a un parcours, un vécu. Certains militent avec ça, je ne le fais pas parce que je suis d'abord un être humain, qui en sortant du ventre de sa mère était noir, mais j'aurais pu être blanc ce serait pareil.

C'est important de savoir d'où on vient, mais je crois que c'est important pour soi, pas pour les autres
Lucien Pinaud-Betzy
Mais quelque part c'est important de savoir d'où on vient, mais je crois que c'est important pour soi, pas pour les autres. Ce qui doit être important pour les autres c'est ce que je fais, c'est ce que je leur apporte, mais pas forcément d'où je viens. Je peux venir d'une contrée proche de la leur mais ne pas être pour autant intéressant pour eux, on ne doit pas être intéressant en fonction de son lieu de naissance.

"Honnimal"  
"Honnimal"
 

Une série de vos tableaux pourraient être décrits comme visuellement très agressifs, avec par exemple "Honimal", "J'@Dior", "L'homme est un animal comme les autres". Pouvez-vous parler de la série, ce qui vous a poussé à la faire, pourquoi vous avez choisi des couleurs très particulières, et s'il y a un message que vous essayez de faire passer?

Je parlerai d'abord des couleurs. Je viens des Antilles où la grisaille n'est pas très présente comme chacun le sait, il y a beaucoup de soleil. Les couleurs sont très flash et quelque part ça se retrouve dans mes tableaux. Maintenant, ce que j'ai voulu exprimer à travers ces toiles, ce sont mes questions, mes interrogations journalières. J'ai voulu à travers ces toiles poser mes questions parce que je n'ai pas les réponses, et simplement en les posant sur ces toiles, je pense que j'arrive à avoir certaines réponses dans le regard de ceux qui s'y arrêtent. Les couleurs même si elles sont un peu liées à mon vécu ne sont pas innocentes car certains tableaux sont assez agressifs comme vous dites, mais en même temps les couleurs donnent une pointe de douceur qui permet au message de passer. Je voulais faire en sorte que malgré cet éclat, malgré cette espèce d'explosion de couleurs qu'il y ait quand même un point fort, qu'on puisse s'arrêter à quelque chose.
Les écrits mélangés à la peinture c'est parce que j'écris et que j'adore l'écriture, mais je n'avais pas nécessairement envie de faire les deux, j'ai donc essayé de concilier les deux, et faire en sorte que le tableau puisse exprimer quelque chose, non pas parce qu'il y a des écrits, mais parce qu'en lui-même il exprime quelque chose, et les écrits corroborent en quelque sorte le reste du tableau, donc le dessin, l'expression graphique.

J' @Dior  
J' @Dior
 

Dans le cas particulier de "Honimal" le profane qui voit un gros noir aux lèvres bien épaisses pourrait avoir l'impression de se trouver en face de l'un de ces clichés peu flatteurs qu'on trouvait dans les dessins animés. Pourquoi ce choix qui peut apparaître provocateur pour beaucoup de noirs?

Quand on regarde bien, ce sont encore des clichés que j'ai voulu abattre parce que j'ai croisé des blancs avec des lèvres charnues, j'ai croisé des blancs avec le nez épaté, ce sont des clichés que je voulais casser pour montrer qu'un homme qu'il soit noir, blanc ou tout ce qu'on veut peut ressembler à quelqu'un d'autre. Et ensuite ce que j'ai voulu montrer c'est que l'homme que je voulais représenter, que je n'ai peint ni en noir ni en blanc mais en rouge, afin que ça ne mette l'accent sur aucune ethnie bien précise, j'ai voulu montrer que nous sommes dans un monde très patriarcal, et que quelque soient les sociétés, l'homme a toujours essayé d'avoir une place prépondérante, être à la base de tout, tout dominer. Ce que j'ai voulu montrer, c'est que le fait de chercher à être aussi présent montre qu'il y a un problème. Il y a quelque chose en lui qui l'affaiblit, et c'est peut-être pour cela qu'il se met en avant.
J'avais croisé un homme d'un certain âge, pratiquant les arts martiaux qui m'avait dit "je n'ai pas besoin de prouver que je suis fort parce que je sais que je le suis". Je pense que ça veut tout dire, et qu'un Homme, s'il sait ce qu'il vaut, n'a pas besoin de le prouver.
Le machisme est le paravent à la faiblesse de l'Homme (NDLR: c'est le sous-titre du tableau). Il n'y a pas de sentiment de supériorité, il n'y a que des sentiments d'infériorité. C'est parce qu'on se sent inférieur qu'on essaie d'écraser l'autre pour se montrer supérieur.

"Négrophobie"  
"Négrophobie"
 

Dans le tableau "Négrophobie" vous rendez hommage à ceux que Grioo nomme "Hommes Illustres", dont certains ont déjà été honorés par Grioo comme Basquiat, Malcolm X, Martin Luther King, Mandela et d'autres. Pouvez-vous nous parler de la genèse de ce tableau, de ce qui vous a poussé à le faire et du message que vous vouliez faire passer?

Ce tableau est assez particulier parce qu'on peut penser que c'est un hommage aux hommes noirs mais aussi un combat contre le racisme. D'ailleurs il s'appelle négrophobie où on peut voir le mot "ethnisme" qui pour moi a plus de valeur que le mot racisme qui n'existe pas vu qu'il n'y a à mes yeux qu'une seule race, la race humaine. L'ethnisme par contre existe, que ce soit chez les Portugais, chez les Africains, il existe plusieurs ethnies. Chez les noirs on peut trouver des noirs qui n'aiment pas d'autres noirs parce qu'ils sont un peu trop clairs ou un peu trop foncés. L'ethnisme existe partout.

Dans ce tableau j'ai voulu montrer des "hommes de couleur" qui ne se sont pas arrêtés à ce qu'ils étaient d'un point de vue ethnique
Lucien Pinaud-Betzy
Ce que j'ai voulu montrer sur ce tableau qui cible la communauté noire n'est pas que le racisme existe, que l'ethnisme ou la négrophobie existe, mais tout simplement dire, regardez les noms autour du tableau. Ce sont des gens qu'on appelle "hommes de couleur", moi je les appelles nègres ou noirs. Ce sont des gens qui ne se sont pas arrêtés à ce qu'ils étaient d'un point de vue ethnique, mais à ce qu'ils avaient à apporter aux gens. Ils ne se sont pas contentés de pleurer matin, midi et soir sur le racisme ou l'ethnisme, ils se sont levés, ils se sont battus. C'est vrai que c'était plus dur pour eux, mais ils y sont arrivés. Ce que j'aimerais dire aux gens qui se plaignent tout le temps, qu'ils soient noirs, blancs ou autres, c'est qu'il y aura toujours un moment dans la vie où nous tomberons sur quelqu'un qui n'aimera pas la couleur de nos cheveux, je pense aux blondes ou au blonds, une de nos particularités quelconque. Si on commence à faire l'inventaire de tous ces petits tracas, de tous ces petits "chichis", on passera des décénies et des décénies à se lamenter.
J'ai donc voulu par ce tableau montrer que j'ai pris le temps d'y réfléchir, et que le plus important dans la vie est de travailler, et quand on travaille, la réussite est à tous les coups au rendez-vous. Réussir ce n'est pas avoir son nom en haut de l'affiche mais se dire un jour qu'on a essayé parce qu'on avait envie.

"Princesse africaine"  
"Princesse africaine"
 

Parmi les personnes citées dans ce tableau on peut parler de Jean-Michel Basquiat un peintre noir très célèbre, pour lequel je me souviens vous avoir entendu réfuter le titre de "Picasso noir" que certains lui donnaient. Ce peintre en particulier vous a-t-il inspiré, et existe-il des peintres dont vous admirez le travail aujourd'hui?

Je réfute totalement cela parce que quand Picasso a lancé son mouvement le Cubisme, personne n'a traité Picasso de "Mamadou blanc" puisqu'on sait que le Cubisme est un dérivé de ce qu'on appelle vulgairement "l'art primitif" qui vient d'Afrique entre autres. Pourquoi veut-on toujours rattacher quelqu'un à une autre personne? Pourquoi ne pas reconnaître le talent d'une personne en tant que telle et c'est tout? Pour moi, Basquiat c'est Basquiat, Picasso c'est Picasso. Si un jour on reconnaît ce que je fais, j'espère qu'on dira "Pinaud", et non pas un semblant de je ne sais pas qui. Je ne veux pas être un substitut de quelque chose ou l'excrément de quelque chose. Je suis ce que je suis.

Jean-Michel Basquiat  
Jean-Michel Basquiat
© gallerywalk.org
 

Je n'ai été inspiré par aucun autre. Je m'intéresse depuis cinq ans aux peintres qui sont connus dans les livres, simplement pour découvrir le travail des autres, mais pas forcément pour m'en inspirer, même si, forcément, je me suis probablement inspiré inconsciemment de certaines choses. Je considère que nous avons suffisamment de richesse autour de nous, c'est-à-dire la vie, nos rencontres pour pouvoir avoir un bagage conséquent pour créer et construire notre propre vie.

Picasso, Basquiat, Dali, Monet et compagnie ont peint ce qu'ils ont vécu. Le mieux pour chacun est d'essayer d'avoir un minimum de recul sur la vie, et pas forcément de singer d'autres personnes qui ont essayé d'exprimer ce qu'elles vivaient. En singeant les autres je n'exprime pas ce que je vis, j'essaie de singer une vie complètement imaginaire, l'expression de quelqu'un d'autre.

Je pourrai dire que j'apprécie certaines toiles de certains peintres, comme ils auraient peut-être apprécié ce que je fais s'ils avaient pu le voir. Mais de là à m'en inspirer, je ne pense pas.

"Nègre marron", autoportrait  
"Nègre marron", autoportrait
 

On a pu voir deux familles de tableaux chez vous. Une famille dite "Poparts" avec des visuels très agressifs, et une famille plus abstraite. Peignez-vous d'autres familles de tableaux, ou le ferez-vous à l'avenir?

Je me suis arrêté en ce moment sur un style sur le surréalisme, mais je ne peux pas trop en parler parce que je n'ai qu'un seul tableau pour le moment même s'il y a une centaine d'esquisses derrière en vue d'une centaine de toiles, voire plus, parce que les esquisses ne sont pas terminées. J'en ai d'autres en tête, mais on ne peut pas en même temps manger de la soupe, manger des frites, boire son coca, faire du footing et prendre son bain de piscine. Sans faire de publicité je pense que je bois mon coca, et c'est déjà suffisant.

Où pourront être vus vos tableaux?

Pour le moment on peut les voir à Vincennes, Espace Daniel Saurano. Il y a quelques expositions à Lyon, et j'espère que si des galéristes lisent ou écoutent cette interview, qu'on pourra me voir dans des galeries à Paris ou ailleurs... et surtout ailleurs.

Pour contacter l'artiste par mail, lucienpinaud@hotmail.com

       
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