
Avec deux médailles d'or accrochées en août à son cou à Helsinki, Ladji Doucouré a vécu une saison qui lui vaut une nouvelle consécration en héritant du titre de champion de l'année 2005 par le quotidien L'Equipe. Entretien avec l'athlète, satisfait du travail accompli.
« Vous êtes le champion des champions français pour l'ensemble des rédactions de l'Equipe. Quelle est votre première réaction ?
Cette année n'était pas une année facile pour gagner. La concurrence était rude quand on voit ce que les autres sportifs ont également réalisé. Je suis surtout très touché de voir que les gens ont apprécié ce que j'ai accompli aux Championnats du monde.
Vous succédez à Laure Manaudou au palmarès qui, cette année, est désormais derrière vous au classement. Qu'est-ce que cela vous inspire ?
Elle aurait du gagner mais je pense que les élections ont eu lieu avant ses deux titres aux Championnats d'europe et ses records du monde. J'ai aussi un peu de chance et je suis fier de passer derrière elle, car elle a beaucoup marqué l'année dernière, ce qui n'est pas mon cas. Cela donne une petite histoire avec le malheureux qui n'a pas réussi lors des JO et se retrouve au premier rang l'année suivante.
Vous bénéficiez d'un incroyable capital sympathie et pourtant vous vous faites très discret en dehors de la piste...
Je suis simplement plus à l'aise sur le terrain sportif. Je ne veux pas mettre mon nez partout, je ne serais pas capable de le gérer même si je ne manque pas de confiance en moi. Mais je ne me vois pas intervenir en dehors de mon domaine d'activité.
Et le statut de champion qui doit promouvoir sa discipline, est-ce que vous l'assumez ?
Ça commence à venir. Je me rends compte qu'il faut parler de soi car il n'y a pas que moi qui en bénéficie. Tous les futurs sportifs également. Si aujourd'hui l'athlétisme est connu, c'est grâce à Marie-Josée Pérec ou encore Jean Galfione. Leur réussite a servi aux générations suivants, à moi désormais d'en faire autant même si je n'y arrive pas toujours.
Mais votre rôle est désormais étendu en dehors de la piste...
Je n'ai pas à subir une trop grosse pression parce que j'ai réussi à gagner une grosse compétition. Maintenant je dois rester au top mais il faut aussi faire accepter aux gens le fait qu'il arrive de perdre, ne de pas être opérationnel tout le temps. Cela fait partie de la vie de tous les jours.
Cette saison 2005 qui s'achève sur un titre de champion des champions s'est-elle déroulée comme vous l'aviez prévu ?
Exactement, comme prévue. Je me suis fixé de petits objectifs après les Jeux, gagner les Championnats d'Europe en salle, battre mon record, aller plus vite que l'année précédente sur 60 m haies, faire la tournée aux USA. Tout cela s'est bien passé. Ensuite je voulais monter encore d'un cran pour être bien présent aux Championnats du monde, décrocher une médaille. Je l'ai fait , j'ai battu mon record personnel sur 110. Et puis, il y a eu le relais. Nous avions envie de faire quelque chose ensemble.
Après le 110 m haies vous faites un tour d'honneur, dans le relais, vous êtes en revanche spectateur pour être parti le premier, comment avez-vous vécu ces deux moments très différents ?
L'émotion n'était pas la même. Dans la première course, tout dépendait de moi alors que dans la seconde, je suis responsable au départ mais après je ne maîtrise plus rien. J'étais spectateur et je ne pouvais rien faire. Il ne me restait qu'à crier et à attendre comme toutes les personnes qui étaient assises derrière leur poste de télévision ou dans les tribunes. L'attente a été longue, le stress intense, nous avons fini comme des fous.
Un bel esprit d'équipe
L'esprit d'équipe que vous affichez en athlétisme, d'où vous vient-il, du foot que vous pratiquiez quant vous étiez plus jeune ou du décathlon ?
Je pense que cela me vient du décathlon. Dans cette discipline, il y a un groupe d'une quinzaine de personnes qui se combattent pendant 2 jours, mais il y a surtout une vraie amitié qui se crée dans la difficulté. Le foot m'a sûrement influencé également. Dans le milieu d'où je viens, nous sommes toujours en groupe, nous avons l'habitude de travailler comme cela. Nous aimons nous montrer à plusieurs et non nous distinguer seul.
En parlant de décathlon, vous ne pensez pas y revenir un jour ?
Un retour dans cette discipline ne s'improvise pas. Il faut énormément travailler. Pour autant, je ne dis pas non. Pourquoi ne pas en refaire mais seulement à un moment où je pourrais m'y préparer sérieusement. Et puis, il y a des disciplines qui me manquent comme le saut à la perche. Les sensations sont très différentes. Enchaîner les épreuves est également très agréable.
Comment voyez-vous votre avenir, vous êtes vous fixé des limites ?
Athlète de l'année, sportif français de l'année, j'espère faire mieux plus tard. J'espère ne pas être encore au top, cela voudrait dire que je suis limité et je n'aime pas trop les limites. Je vais improviser maintenant même si il y a la compétition qui boucle tout : les Jeux Olympiques. J'ai cet objectif, mais prenons les choses les unes après les autres. Il y a déjà les Championnats d'Europe en 2006 puis de nouveaux Championnats du monde avant Pékin.
Vous avez vécu une fin de saison un peu difficile...
Je pense que c'est dû au boom médiatique. Tu es sans cesse tiraillé et il difficile, par conséquent, de savoir ce que tu veux.
Est-ce plus difficile de courir avec le statut de champion du monde ?
C'est certain, les gens t'attendent plus. Mais, en même temps, cela fait partie du jeu. Tout le monde faisait plus attention au résultat. J'ai eu des réflexions de partout. "Pourquoi es-tu allé courir à tel endroit ? Tu n'as pas gagné mais seulement fini troisième". Mais, cela fait partie de la compétition de perdre. Et j'avais peut-être perdu mais j'étais satisfait de mon chrono...
Pour qui auriez vous voté cette année si vous aviez dû donner votre avis ?
Le même trio que celui qui a été élu. Je n'aurais peut-être pas mis mon nom en premier. Non, allez, j'aurais voté pour moi sans croire à la victoire.
Quel est l'adjectif qui vous qualifie le mieux ?
Je vais piocher dans un dessin animé : simplet. Simple, je serais simple, voilà. L'homme qui essaie de rester : le plus simple possible.
Ladji, quand allons nous vous revoir ?
En 3040 aux Jeux Olympiques à Paris...
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