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Présidentielles, Guinée, Chinafrique: Jean Jacques Konadje répond à Grioo
27/10/2009
 

Consultant en relations internationales et géopolitique, Jean Jacques Konadje revient pour grioo.com sur les élections présidentielles en Afrique, la situation en Guinée, les relations Chine Afrique,...etc
 
Par Paul Yange
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Bonjour Jean Jacques Konadje. Comment voyez-vous les élections qui ont eu lieu ces derniers mois sur le continent ? Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'au Gabon ou au Congo notamment, elles n'ont pas fait l'unanimité...

Les élections sont considérées comme un mécanisme indispensable pour toute Démocratie. Elles permettent de mesurer le degré d’avancement et d’évolution d’un pays en matière de respect des droits humains, de liberté d’expression, de développement socioéconomique, etc. L’on ne peut parler d’élections sans faire allusion aux conditions de vie des peuples, ainsi qu’aux relations que ceux-ci entretiennent avec leurs élites politiques.

En Afrique, l’on a tendance à faire une confusion entre « tenue des élections » et « Démocratie » au sens noble du terme. Vous savez, un pays peut organiser des élections sans pour autant que celles-ci soient régulières, transparentes, libres et ouvertes à tous les candidats. Je dirai que les élections qui ont eu lieu ces derniers mois en Afrique, sont l’expression d’un recul démocratique ressenti sur tout le continent.

Il est dommage que 19 ans après le discours de la Baule, nos systèmes démocratiques en soient encore à un stade embryonnaire
Jean Jacques Konadje


C’est dommage que 19 ans après le discours de la Baule qui a favorisé l’avènement du multipartisme et suscité ce que certains spécialistes de la science politique ont appelé « le printemps de la Démocratie », nos systèmes démocratiques soient encore à un stade embryonnaire. Certains chefs d’Etat africains sont pris dans l’ivresse du pouvoir. Il leur suffit de passer quelques mois à la tête de leurs pays pour contracter la boulimie du pouvoir et devenir par la suite des mégalomanes.

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Denis Sassou Nguesso  
Denis Sassou Nguesso
© getty
 

Et, puisqu’ils sont en général impliqués dans des scandales dont les jugements relèvent des tribunaux internationaux, ils usent de différents moyens et pratiques, allant du tripatouillage des constitutions au gonflements des électeurs et passant par une mainmise sur leurs commissions électorales indépendantes, pour se maintenir au pouvoir. Sur le continent, le nombre de Présidents de la République retraités, c'est-à-dire ceux qui se sont retirés du pouvoir, après avoir fini d’exercer leur mandat ou perdu face à un adversaire politique, peuvent se compter du bout des doigts. Nombreux sont ceux qui perdent la vie dans des coups d’Etat, ou qui se voient contraints à l’exil.

Au Congo, l’on a assisté à un simulacre d’élection. Déjà, il faut dire que le taux d’abstention record (dû en partie à l’appel au boycott lancé par six candidats de l’opposition) observé lors de ces joutes électorales témoigne du malaise qui a plané sur ce scrutin présidentiel. Les résultats étaient connus d’avance, car vous conviendrez avec moi qu’en Afrique, lorsqu’un président au pouvoir, candidat à sa propre succession organise une élection présidentielle, ce n’est pour la perdre. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’élection présidentielle au Congo qui à mes yeux n’était qu’une simple formalité remplie par le président sortant, était loin d’être libre, transparente et démocratique. Et cela a été cautionné par des observateurs sur le terrain, notamment ceux de l’Union africaine et de la CEMAC.

Le Ghana, de l’Afrique du Sud et le Mali devraient être des cas d’école en Afrique. En faisant preuve de maturité politique, ces pays ont réussi là où bon nombre d’Etats africains échouent
Jean Jacques Konadje


L’élection présidentielle au Gabon a quant à elle, ouvert une période d’incertitude pour le pays. D’une façon générale, elle marque un rendez-vous manqué pour le Gabon avec son histoire. De toutes les façons les dés étaient déjà pipés. Il suffisait de se référer au patronyme de l’un des candidats pour anticiper l’issu du scrutin. Malgré le recomptage des voix (sans les représentants de l’opposition), l’on n’a pu échapper à cette mascarade électorale au cours de laquelle de dignes citoyens gabonais ont perdu la vie dans les émeutes de Port Gentil.

Le président ghanéen John Atta Mills en compagnie de Barack Obama  
Le président ghanéen John Atta Mills en compagnie de Barack Obama
 

Dans toute cette agitation, y a t-il des pays qui tirent mieux leur épingle du jeu que d'autres ?

Effectivement, il existe des pays africains qui réussissent à se démarquer des autres. Même s’ils ne sont pas nombreux, ces pays sont parvenus à s’intégrer dans une dynamique démocratique en organisant depuis une quinzaine d’années et de façon régulière des élections libres, transparentes et ouvertes à tous. Nous avons les exemples du Ghana, de l’Afrique du Sud et du Mali qui devraient être des cas d’école en Afrique. En faisant preuve de maturité politique, ces pays ont réussi là où bon nombre d’Etats africains échouent. Cela montre que ce n’est pas une fatalité pour nous peuples africains, de vivre sous le joug de régimes autoritaires et dictatoriaux.

Vous savez, l’exercice démocratique n’est pas une chose aisée, surtout dans nos pays, où les gens n’ont pas encore compris le bien-fondé de ce système politique. Il suffit de la volonté de nos leaders politiques pour que la Démocratie soit une réalité en Afrique. Cela veut dire que désormais, à la place de leurs intérêts personnels, devraient se substituer les intérêts de leurs peuples. Une élection organisée de façon démocratique permet de maintenir un climat sociopolitique stable dans un pays, condition favorable à tout développement. Par contre lorsqu’elle est mal organisée, une élection peut être source de conflit et susciter des contestations de tous genres allant de tentatives de coups d’Etats aux rébellions armées.

Vous êtes spécialiste en relations internationales. Comment analysez-vous les événements qui surviennent actuellement en Guinée, depuis le 28 septembre ?

Il faut dire que le 28 septembre restera comme une des journées les plus sombres de l’histoire du peuple guinéen. Elle marque une nouvelle étape dans la descente aux enfers de ce pays car depuis lors, la situation sociopolitique s’est considérablement dégradée. Le monde entier a découvert avec stupéfaction des massacres (aux armes à feu et aux armes blanches), viols collectifs et atrocités, commis par des forces armées. Tous les évènements qui surviennent aujourd’hui en Guinée, sont la volonté d’un groupuscule, c'est-à-dire le capitaine Dadis et ses comparses, dans leur stratégie de s’accaparer du pouvoir.

Moussa Dadis Camara  
Moussa Dadis Camara
© getty
 

Les évènements du 28 septembre ont été prémédités et planifiés. Les bérets rouges impliqués dans cette tuerie sont partis du camp Yaya Alpha Diallo, le quartier général de la junte. Les responsables de la junte ne peuvent en aucun cas dire qu’ils n’étaient au courant de cette expédition punitive. D’ailleurs le lieutenant Aboubacar Toumba Diakité, aide de camp du président, accusé par de nombreux témoins, a affirmé qu’il avait agi sous les ordres de ses supérieurs hiérarchiques. Sachant qu’il existe de très fortes tensions à l’intérieur de l’armée, la question que l’on pourrait se poser, c’est de savoir si le chef de l’Etat Dadis a été débordé par son armée ou a pesé sur ces massacres qui ont fait plus de 150 morts.

Les responsables de la junte ne peuvent en aucun cas dire qu’ils n’étaient au courant de cette expédition punitive
Jean Jacques Konadje


Toujours est-il que c’est inconcevable que des militaires fassent un usage aussi disproportionné de la force à l’endroit de populations venues manifester pacifiquement dans un stade contre l’intention d’un chef d’Etat autoproclamé de se présenter à l’élection présidentielle de janvier 2010. La communauté internationale ne peut passer sous silence ce carnage. Je me félicite d’ailleurs de la mobilisation et de la spontanéité dont elle a fait preuve en condamnant avec la dernière énergie cette barbarie. Je pense qu’une enquête internationale doit être diligentée, afin de faire toute la lumière sur cette affaire et de situer les responsabilités des uns et des autres.

Il faut imposer des sanctions ciblées à cette junte et se donner les moyens de les faire respecter. Ces sanctions ne doivent pas être symboliques. Elles doivent plutôt être à la hauteur des souffrances qui ont été infligées aux dignes citoyens guinéens. C’est bien dommage que de petits esprits voient en cette mobilisation de la communauté internationale, un acharnement contre un chef d’Etat qui en ce 21e siècle, méprisant les droits les plus élémentaires de son peuple, est prêt à marcher sur des cadavres pour conserver le pouvoir.

 
 

Pensez-vous que la junte se soit totalement discréditée ?

A son arrivée, la junte incarnait l’espoir et le changement pour des milliers de guinéens. Il faut rappeler que la guinée est un pays qui n’a connu dans son histoire, que de la dictature depuis son indépendance en 1958 avec Sékou Touré et Lansana Conté.

Les guinéens espéraient que le capitaine Dadis Camara, qui avait fait des promesses de rompre avec le poids de l’armée tout puissant et le rôle de la violence des armes par rapport aux urnes, tiendrait ses promesses. Cependant avec les agissements de la junte, les guinéens sont redevenus des spectateurs du désespoir. Et c’est surtout l’intention du capitaine Dadis de se présenter à l’élection présidentielle qui a totalement discrédité la junte. Il faut dire que le discrédit est perçu à deux niveaux :

A son arrivée, la junte incarnait l’espoir et le changement pour des milliers de guinéens. Il faut rappeler que la guinée est un pays qui n’a connu dans son histoire, que de la dictature depuis son indépendance en 1958 avec Sékou Touré et Lansana Conté
Jean Jacques Konadje


-Au niveau interne, le capitaine Dadis, tout en voulant monter qu’il est l’homme de la situation, a commis de graves erreurs dans sa stratégie de rapprochement vers le peuple guinéen. Ses sorties intempestives à la télévision nationale, suivies de propos musclés à l’encontre de certaines personnalités ont terni son image. A cela s’ajoutent les incohérences et contradictions qui se dégagent de ses différents propos.
-A l’échelle internationale, le discrédit de la junte, s’est accentué à la suite des évènements du 28 septembre dernier et surtout du bras de fer que la junte a engagé avec la Communauté internationale.

 
© reuters  

La transition vers un pouvoir civil est t-elle seulement possible dans le contexte actuel ?

De toutes les façons, il faudra bien que le pouvoir revienne un jour aux civils. Cependant, dans ce contexte actuel, la transition vers un pouvoir civil sera difficile parce qu’elle signifiera la fin des privilèges des militaires. Il ne faut pas oublier que pendant un quart de siècle, l’armée guinéenne a été habituée à l’argent facile, aux privilèges de tout genre et à l’augmentation fantaisiste de grades, en un mot, elle a été chouchoutée.

Encore faut-il savoir, si cette armée va laisser le capitaine Dadis quitter le pouvoir, surtout que la Communauté internationale l’accuse désormais d’avoir commis des crimes contre l’humanité. Au moment où je vous parle, Dadis ne fait plus l’unanimité dans une armée où les dissensions se font de plus en plus ressentir. En l’état actuel des choses, il serait très difficile pour l’opposition de prendre le pouvoir dans un pays où l’armée est indisciplinée et divisée.

Cependant, je pense que la Communauté internationale doit inciter la junte à créer des conditions favorables à une transition vers un pouvoir civil. Cela à travers des réformes comme celle de l’armée. Il appartient donc au médiateur désigné par la CEDEAO, en l’occurrence le président burkinabé Blaise Compaoré d’œuvrer dans ce sens. Nous espérons que sa médiation permettra aux militaires et forces vives de la nation de trouver un compromis politique et diplomatique acceptables permettant d’aller progressivement mais sûrement vers le scrutin présidentiel sans la participation de l’armée.

L'Afrique de l'Ouest  
L'Afrique de l'Ouest
© http://kristinej.files.wordpress.com
 

Y a t-il un risque de déstabilisation de la sous région d'Afrique de l'Ouest ?

Absolument ! Vous savez, l’Afrique de l’ouest est depuis plus de deux décennies, le théâtre de crises armées ayant fragilisé certains Etats qui la composent. Si la situation guinéenne persiste, elle risque de déstabiliser toute la sous-région ouest-africaine. La Guinée est un pays très fragile de par sa position géopolitique. En effet, elle est entourée de 6 pays dont 4, c'est-à-dire la Côte d’Ivoire, le Libéria, la Sierre Léone et la Guinée Bissau ont connu des guerres récentes. A cela faut-il ajouter deux medio-conflits que sont la rébellion touareg au Mali et le conflit séparatiste en Casamance, au Sénégal.

La Guinée est un pays très fragile de par sa position géopolitique. En effet, elle est entourée de 6 pays dont 4, c'est-à-dire la Côte d’Ivoire, le Libéria, la Sierre Léone et la Guinée Bissau ont connu des guerres récentes. A cela faut-il ajouter deux medio-conflits que sont la rébellion touareg au Mali et le conflit séparatiste en Casamance, au Sénégal. La situation en Guinée doit donc être perçue comme un enjeu sous-régional du fait des interdépendances qui existent avec ses pays voisins
Jean Jacques Konadje


La situation en Guinée doit donc être perçue comme un enjeu sous-régional du fait des interdépendances qui existent avec ses pays voisins. Cela dit, les risques de contagion de la crise aux pays frontaliers sont majeurs, du fait de la porosité des frontières, des mouvements de réfugiés et des ethnies transfrontalières qui peuvent se retrouver dans plusieurs pays de la sous-région. La prolifération et la circulation illicites des armes légères et de petit calibre (on estime à 10 millions, le nombre d’armes qui circulent en Afrique de l’Ouest) dans la sous-région ainsi que le phénomène de mercenariat (vétérans de guerre), peuvent contribuer à régionaliser la crise guinéenne.

On parle beaucoup de l'implication de la Chine en Afrique, présentée tantôt comme une opportunité pour les Africains, tantôt comme une menace. En Guinée, quelques temps après les massacres du 28 septembre, l'annonce d'un deal de 7 milliards de dollars avec la Chine a été effectuée par la junte. Comment analysez-vous ce phénomène ?

La coopération sino-africaine date de plusieurs décennies. Cependant les liens entre la Chine et l’Afrique se sont véritablement renforcés en ce 21e siècle, à la suite du premier forum sino-africain lancé en 2000. Et depuis lors, la Chine est de plus en plus présente sur le continent et dans plusieurs secteurs. On estime à plus de 100 mille le nombre de travailleurs chinois sur le continent africain. A cela, il faut ajouter les quelques 400 mille chinois installés en Afrique depuis plusieurs générations, qui ont été naturalisés et qui sont aujourd’hui africains. Le montant du commerce sino-africain a été multiplié par 20.

Le président chinois Hu Jintao lors d'une visite au Sénégal  
Le président chinois Hu Jintao lors d'une visite au Sénégal
© daylife
 

De 3 milliards en 1995, on est passé à 55 milliards de dollars en 2006. En 2008, on estimait à 1000, le nombre d’entreprises chinoises basées sur le sol africain. Tout cela fait de la Chine, le 3e partenaire commercial de l’Afrique après les Etats-Unis et la France. Il faut dire que la présence chinoise sur le continent africain doit être analysée sous plusieurs aspects. Elle peut être d’une part perçue comme une opportunité pour des pays africains en ce sens qu’elle permet à ce continent de retrouver un certain intérêt stratégique aux yeux des grandes puissances. Elle permet par ailleurs à l’Afrique de diversifier ses partenaires et donne plus de marges de manœuvres à nos dirigeants, par exemple dans leurs stratégies de négociations des matières premières.

Le montant du commerce sino-africain a été multiplié par 20 : De 3 milliards en 1995, on est passé à 55 milliards de dollars en 2006
Jean Jacques Konadje


Le renforcement de la présence chinoise en Afrique permet à nos Etats de disposer de ressources financières importantes. Les échanges commerciaux et les investissements chinois ont favorisé la croissance économique du continent qui a atteint un taux record de 5,2¨% en 2005. La chine a dans le même temps annulé 10 milliards de dollars de dettes bilatérales que lui devaient les pays africains. Les aides chinoises ont amélioré les infrastructures de certains pays africains et changé leur physionomie. Sur le plan de la consommation, il faut dire que les produits chinois se vendent en grande quantité en Afrique, parce qu’ils représentent un bon rapport qualité/prix, adapté au marché africain et permettent à de nombreuses populations africaines à faibles revenus de satisfaire leurs besoins élémentaires.

La Chine  
La Chine
 

D’autre part, lorsque nous analysons les retombées de cette présence chinoise sur les populations de nos différents pays africains, nous pouvons affirmer que l’implication de la Chine sur le continent peut être perçue comme une menace. D’abord, notons qu’il n’existe aucune conditionnalité aussi bien sociale, environnementale, que politique dans les relations entre l’Afrique et la Chine, à l’exception de la reconnaissance de Taïwan. Cela dit, il n’y a pas de transparence dans les contrats de marchés passés entre l’Afrique et la Chine. Et ces contrats de trocs profitent plus aux dirigeants africains qu’aux populations locales. Il faut aussi dire qu’on assiste de plus en plus à une concurrence déloyale des commerçants chinois vis-à-vis des commerçants africains à tous les niveaux.

Les chinois contrefont les produits locaux, les fabriquent à l’échelle industrielle en Chine et les vendent 20 à 30 fois moins chers que le prix du marché local africain. Ce mécanisme ne fait qu’augmenter le déficit commercial du continent et des centaines de petites et moyennes entreprises ont fermé boutique face à la concurrence. L’on se rappelle encore des mouvements de protestation contre les chinois qui ont eu lieu au Sénégal, en Zambie, au Cameroun, en Afrique du Sud, etc. Les entreprises chinoises qui réalisent de grands projets dans nos pays africains délocalisent leur main d’œuvre.

La Chine ne prend pas ses responsabilités de grande puissance dans sa stratégie de positionnement en Afrique
Jean Jacques Konadje


Et cette main d’œuvre chinoise, moins chère entre en concurrence avec la main d’œuvre africaine. La Chine ne prend pas ses responsabilités de grande puissance dans sa stratégie de positionnement en Afrique. Elle soutient par exemple des régimes autoritaires et souvent mal élus où mal gouvernance rime avec violation des droits humains et corruption, d’où le frein qu’elle constitue à l’émergence de l’Etat de droit en l’Afrique. Cette pratique est contraire à la sécurité humaine d’autant plus que la croissance économique sans la justice ne fait qu’entériner les conditions de vie misérables de la majorité des Africains, au bénéfice d’une petite minorité riche.

Hu Jintao  
Hu Jintao
© ap
 

En ce qui concerne le deal de 7 milliards de dollars, effectué entre la junte militaire guinéenne et la Chine, je pense qu’elle s’inscrit dans la stratégie de prédation de pékin vis-à-vis du continent. Cela montre que la Chine ne recherche que des intérêts économiques et se soucie peu du développement politique de ses partenaires africains. La Guinée, pour employer l’expression de feu Sékou Touré, est un scandale géologique. Elle regorge de plusieurs ressources dont la Chine a besoin.

Dans le contexte actuel, la signature de ce contrat permet à la junte militaire de résister face aux pressions de la Communauté internationale, car depuis les évènements du 28 septembre, le pays de Dadis Camara, privé de soutiens et d’aides extérieurs, est de plus en plus isolée de la scène internationale. D’un point de vue stratégique, ce partenariat pourrait amener la Chine à opposer à la Communauté internationale, son véto contre toute sanction quel que soit les crimes perpétrés par la junte. A travers ce deal, la Chine pourrait par ailleurs approvisionner la Guinée en armes.

La montée en puissance de la Chine sur le continent est elle symptomatique d'une recomposition des relations internationales, qui traduit la montée en puissance tout court de la Chine sur la planète ?

Je pense que la forte présence chinoise en Afrique a jeté un nouveau paradigme dans le paysage des relations internationales contemporaines. Désormais la voix de la Chine compte dans toutes les instances de décisions internationales. D’ailleurs de grandes puissances traditionnelles comme la France n’’hésitent pas à se tourner vers Pékin pour renforcer leur coopération économique. La Chine n’hésite pas à chasser sur les terres autrefois acquises aux grandes puissances occidentales.

Le président brésilien Lula et le premier ministre du Cap Vert Jose Maria Neves le 13 octobre 2009  
Le président brésilien Lula et le premier ministre du Cap Vert Jose Maria Neves le 13 octobre 2009
 

En quelques années, elle a bousculé l’équilibre des pouvoirs en Afrique, et menace même la première place de la France en tant que premier partenaire économique et commercial du contient et se positionne avant les Etats-Unis et la Grande Bretagne. La Chine renforce ses liens avec l’Afrique pour accroître son influence grandissante sur la scène internationale en ce sens que d’un point de vue diplomatique, cela lui permet de limiter l’influence des Etats-Unis, dans leur course à l’accès aux hydrocarbures africains.

Le deuxième sommet Amérique du Sud-Afrique (ASA) qui s’est tenu les 26 et 27 septembre derniers à Margarita au Venezuela, a été un grand rendez-vous entre les dirigeants africains et latino-américains. Au-delà du Brésil, c’est toute l’Amérique du Sud qui veut nouer des partenariats avec l’Afrique. A l’instar de la Chine, l’approche de l’Amérique latine s’inscrit dans une stratégie de coopération Sud-Sud
Jean Jacques Konadje


La Chine cherche par ailleurs à contrer l’influence du Japon qui recherche des alliés en Afrique pour appuyer sa candidature comme membre permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies. La fidélisation du vote africain à Pékin permet à la Chine de contrebalancer l’influence des puissances concurrentes.

D'autres pays comme le Brésil veulent s'impliquer davantage en Afrique, Hugo Chavez a organisé récemment un sommet avec les pays africains; Quel est l'agenda qui se cache derrière cette manifestation ?

Le deuxième sommet Amérique du Sud-Afrique (ASA) qui s’est tenu les 26 et 27 septembre derniers à Margarita au Venezuela, a été un grand rendez-vous entre les dirigeants africains et latino-américains. Au-delà du Brésil, c’est toute l’Amérique du Sud qui veut nouer des partenariats avec l’Afrique. A l’instar de la Chine, l’approche de l’Amérique latine s’inscrit dans une stratégie de coopération Sud-Sud. Les 60 chefs d’Etats réunis à ce sommet, ont manifesté leur volonté de former de véritables puissances afin de contribuer à l’équilibre du monde. En gros à l’heure de la mondialisation, les pays du Sud veulent parler d’une seule et même voix.

Hugo Chavez, Kadhafi, Lula, Jean Ping etc lors du 2ème sommet Amérique du Sud Afrique en septembre 2009  
Hugo Chavez, Kadhafi, Lula, Jean Ping etc lors du 2ème sommet Amérique du Sud Afrique en septembre 2009
 

Selon les différents dirigeants, ce renforcement de la coopération Sud-Sud devrait passer par la mise en œuvre d’un certain nombre d’infrastructures dans plusieurs domaines à savoir la création d’un nouveau système financier et économique international fondé sur une logique de développement, devant aboutir à la création d’une banque bi-régionale entre l’Afrique et l’Amérique du Sud appelée « la banque Sud-Sud ». Ce projet a pour objectif de contrer le FMI et la Banque Mondiale, avec la perspective d’une monnaie unique et d’une alliance atlantique sud pour s’opposer à la longue à l’OTAN.

Les pays présents à ce sommet ont envisagé l’ouverture des marchés agricoles européens aux pays africains. En vue de parler à l’unisson, ces pays ont décidé de créer le secrétariat de l’ASA, un organe commun aux deux régions du monde. Il a été également question du renforcement de la coopération dans les secteurs énergétiques et alimentaires en créant par exemple une compagnie pétrolière plurinationale appelée « Petrosur » chargée d’alimenter en énergie les deux continents, mais aussi d’apporter un appui technique aux continent africain afin de le rendre auto-suffisant.

Hugo Chavez recevant le président sud-africain Jacob Zuma  
Hugo Chavez recevant le président sud-africain Jacob Zuma
© daylife
 

Comment voyez le rôle actuel des grandes puissances traditionnelles (Etats-Unis, France etc.) sur le continent ? Comment évoluera t-il selon vous ?

Depuis quelques années, les Etats-Unis manifestent une vision stratégique pour l’Afrique. Cet intérêt s’est accru avec l’adoption de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), par le congrès américain en mai 2000. C’est une loi qui porte sur la libéralisation des échanges et la croissance en Afrique. Elle s’inscrit dans une stratégie de conquête de marché et a ouvert la voie à l’interventionnisme énergétique et militaire américain sur le continent africain. Il faut préciser que le pétrole est une première raison importante de l’accroissement de l’intérêt stratégique des américains pour l’Afrique.

Le continent a aussi pris de la valeur aux yeux de Washington de par sa proximité avec l’Amérique, car le golf de Guinée par exemple, se trouve en face de la Côte est américaine, de l’autre côté de l’atlantique. Il faut aussi dire que les Etats Unis veulent diversifier leur source d’approvisionnement en pétrole, ce qui réduirait les risques de rupture d’approvisionnement. A cela s’ajoute la dimension sécuritaire de la présence étasunienne en Afrique.

La France reste malgré tout, un acteur essentiel sur le continent africain. Cependant la question de son désengagement vis-à-vis de l’Afrique se pose depuis quelques années. Par exemple, en 25 ans, 70 000 français ont quitté l’Afrique. Dans le même temps, les investissements directs sont passés de 35% en 1980 à 8% en 2003. A cela s’ajoute la chute de l’aide publique au développement ces 10 dernières années
Jean Jacques Konadje


Plusieurs sites américains sur le contient ont été la cible d’attentats perpétrés par Al Qaida. Ainsi depuis quelques années, l’on assiste au déploiement de la flotte militaire américaine dans les eaux autour du contient. A cela s’ajoute le déploiement de forces terrestres dans des pays comme Djibouti. En 2002, les Etats-Unis ont réorganisé leur programme militaire en Afrique avec la mise sur pieds du programme ACOTA (African Contingency operations training assistance).

Nicolas Sarkozy lors d'un séjour en République Démocratique du Congo  
Nicolas Sarkozy lors d'un séjour en République Démocratique du Congo
 

En gros, il faut dire que le rôle des Etats-Unis en Afrique se résume à l’exploitation des ressources minières et énergétiques et la sécurisation des voix de communication pour garantir son approvisionnement. Cependant face à la concurrence de la Chine, les Etats-Unis sont appelés à repenser leur vision stratégique pour l’Afrique en prenant en compte les besoins spécifiques des populations locales.

La France quant à elle, est l’une des anciennes grandes puissances qui est liée à un certain nombre de pays francophones par des accords de défense et des accords de coopération militaire. Elle reste malgré tout, un acteur essentiel sur le continent africain. Cependant la question de son désengagement vis-à-vis de l’Afrique se pose depuis quelques années. Par exemple, en 25 ans, 70 000 français ont quitté l’Afrique. Dans le même temps, les investissements directs sont passés de 35% en 1980 à 8% en 2003. A cela s’ajoute la chute de l’aide publique au développement ces 10 dernières années. Parallèlement, le réseau françafrique soutient depuis les indépendances plusieurs régimes africains dans l’optique de piller les ressources naturelles et énergétiques de certains pays africains.

A son arrivée à l’Elysée, le président Sarkozy avait annoncé une rupture dans la politique de la France en Afrique; ce qui est loin d’être une réalité. Dans le contexte de la crise financière internationale où la présence chinoise est de plus en plus forte, la France commence à être en perte d’influence sur le continent africain. La présence chinoise apparaît donc comme un défi vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale. Dans un tel contexte deux cas de figures se présentent à la France. Soit elle se replie vers d’autres continents, soit elle met en place une politique de présence beaucoup plus active sur le continent.

       
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