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Christophe Ngalle Edimo : les problèmes des dessinateurs africains reflètent ce qui se passe dans la société
08/10/2007
 

Grioo.com a rencontré Christophe Ngalle-Edimo, représentant de l'association 'l'Afrique dessinée', qui explique les difficultés auxquelles doivent faire face les dessinateurs et scénaristes africains.
 
Par Paul Yange
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L’Afrique Dessinée est une association créée en 2001 qui regroupe des dessinateurs et scénaristes sensibles aux réalités africaines. Elle regroupe un noyau de 10 membres actifs qui s’investissent dans son développement.

Trois axes principaux de travail :

-témoigner des réalités de l’Afrique contemporaine par le dessin
-encourager l’expression singulière de ses membres et soutenir leur professionnalisation
-créer une plateforme internationale d’échanges pour les artistes (dessinateurs, scénaristes...)

L'Afrique dessinée souhaite participer au développement de la création, de la production et de la diffusion de la bande dessinée qui parle des réalités de l'Afrique contemporaine pour informer et sensibiliser le grand public. Elle souhaite apporter son témoignage sur le continent en proie à des mutations, et montrer que malgré un contexte difficile, la créativité existe lorsqu'elle n'est pas brimée par les pouvoirs en place.

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Christophe Ngalle Edimo  
Christophe Ngalle Edimo
 

Quelle est la situation des dessinateurs africains en France ?

Les dessinateurs de bande dessinée africaine ne sont pas différents des ingénieurs ou des footballeurs africains. Comme l’Afrique va mal, ils quittent le continent pour aller chercher fortune ailleurs, même si c’est une erreur.

Quand vous avez un projet de BD et que vous allez voir un éditeur ici en France, le projet présente une couverture, une note d’intention, quelques planches en couleur pour montrer que vous maîtrisez la couleur, ainsi que des planches en Noir et Blanc. Si on ne maîtrise par la couleur en tant que dessinateur, l’éditeur peut néanmoins retenir le projet en se disant qu’il va vous associer à un coloriste plus fort que vous. Le problème c’est que quand nous sommes arrivés avec l’envie de raconter une histoire africaine, l’éditeur nous a dit "écoutez monsieur, mais moi je fais des bandes dessinées de western, des bandes dessinées policières, des histoires d’amour, où est ce que je vais classer vos histoires ? Je ne peux pas créer de collection avec une seule Bande dessinée africaine. Organisez vous à plusieurs et revenez me voir."

Nous sommes revenus à plusieurs, mais l’éditeur nous a affirmé qu’il y avait un risque commercial et que personne n’allait acheter de bande dessinée parlant de l’Afrique : "Ce serait mieux si vous traitiez d’autres sujets..." Nous étions déçus car nous voulions traiter certains sujets liés à l’Afrique. Nous nous sommes réunis en association afin de dépasser les limites imposées par les éditeurs.


Nous avons créé une bande dessinée éditée à compte d’auteur, intitulée « une journée dans la vie d’un africain d’Afrique ». qui sortira en octobre. C’est notre première expérience en tant qu’éditeur. Mais comme nous ne pouvons pas vivre de ce projet, nous participons à des projets internationaux comme « Mafia cartoons » qui est un recueil italien sur les activités de la mafia. Plusieurs d’entre nous ont participé à ce projet qui nous a fourni une rémunération.

Le projet « valeur commune », par exemple est autre exemple de projet auquel certains d’entre nous ont participé. Initié par une association belge qui est parti du constat qu’il y avait en Europe des jeunes gens de races et de religions différentes qui vont être amenés à vivre ensemble, et qui partagent sans le savoir des valeurs.

Pour chacune des valeurs, par exemple la tolérance, il y a eu une bande dessinée qui a été faite. C’est un programme qui était bien rémunéré et qui permet de vivre en attendant que nos propres initiatives trouvent leur public.

Quelle est la situation des membres de l’association ?

Sur une dizaine de personnes (une photographe, huit dessinateurs, un scénariste) il n’y a que l’ivoirien Faustin Titi qui vit de la bande dessinée. Il réalise des travaux de commande. Par exemple, il y a une commande qui lui a été passée par une association qui s’occupe de la réinsertion des prostituées, et il a fait une bande dessinée. Il a touché 20 000 euros pour réaliser la BD. Mais pour les autres, il n’y a que des projets comme ceux dont je vous ai parlé plus tôt.

Caricatures représentant les membres de l'association  
Caricatures représentant les membres de l'association
 

Quel est le nombre d’exemplaires qu’il faut vendre pour qu’une Bande Dessinée soit rentable ?

Pour rentabiliser un livre classique il faut vendre 3000 exemplaires, mais pour une BD, il en faut 8000. Donc le dessinateur va galérer trois fois plus que l’écrivain pour réussir. Il faut rajouter à ça le problème de la spécificité car si on veut parler de sujets qui touchent l’Afrique, on risque la marginalisation chez les éditeurs. Il faut en conséquence travailler deux fois plus quand on est Noir. Ce qui se passe dans le reste de la société se retrouve aussi dans l’univers de la Bande dessinée.

La BD « Aya de Yopougon » a connu un grand succès ? A quoi l’attribuez-vous ? A la chance, l’ouverture d’esprit d’un éditeur ?

C’est l’ouverture d’esprit d’un éditeur, en fait d’un auteur qui s’est fait connaître depuis une quinzaine d’années, et qui a eu le courage en tant que directeur de collection d’imposer à la maison d’édition que cette Bande dessinée puisse naître. Ils ont pris ce risque qui s’est avéré payant.

Il faut aussi prendre en compte le fait que « Aya de Yopougon » a été construite de sorte d’être accessible à tout le monde. Il y a eu dans le temps d’autres initiatives comme « Magie Noire » d’un dessinateur ivoirien, Grou, qui abordait le sujet de la sorcellerie en Afrique. Mais c’était tellement ésotérique que même à l’intérieur de la Côte d’Ivoire les gens n’ont pas compris. En France les difficultés de compréhension ont été les mêmes, et le projet a finalement été un échec gigantesque qui a contribué à retarder l’émergence des dessinateurs africains en France. Il faut que les auteurs aussi réalisent que le public n’ait pas né dans un village en particulier et qu’il faut qu’il ait les codes pour comprendre les thèmes traités dans la Bande dessinée.


Quelles œuvres les membres de l’association ont déjà créé ? Pouvez-vous nous les commenter ?

Nous éditerons la BD « Une journée dans la vie d’un africain d’Afrique ». Le thème c’est qu’un homme se réveille un matin et se rend compte que sa petite fille est victime d’une crise de paludisme et il a une journée pour la guérir. Ce qui signifie des tracasseries, aller à l’hôpital, trouver un infirmier pas trop corrompu, faire en sorte que le dossier arrive, voir si le patron peut avancer de l’argent etc Nous voulons montrer à travers cette BD la structure actuelle de la société africaine qui est un peu mangée par l’argent au détriment de la solidarité.

Nous espérons pour juin 2008 sortir une autre bande dessinée intitulée « Yana femme de Bamako » qui va raconter l’émergence d’une femme de Bamako, partie d’un village pour s’établir dans la capitale et s’y faire une place. C’est une bande dessinée qui a été initiée suite à un atelier qu’on a mené au mois de juin 2007 avec des dessinateurs de Bamako, de Ouagadougou, et de Dakar. Nous nous sommes rassemblés et chaque dessinateur devait traiter un chapitre de la même histoire.

Dans notre recherche d’éditeurs, nous sommes allés partout et nous avons trouvé une oreille attentive en Italie, auprès d’une coopérative de bande dessinée située dans la région de Bologne.

Cette coopérative a édité la BD « un été à Tanger ». Ses deux auteurs ont participé à la biennale de Venise il y a quelques semaines, et la BD a par ailleurs été traduite en suédois. Mais on ne peut pas vraiment parler de succès, mais plutôt d’émergence, de début de reconnaissance, puisqu’on reconnaît maintenant que Titi Faustin est un auteur de bande dessinée.


Qu’est ce qui manque pour que les dessinateurs de BD Africaine en France soient reconnus ? La visibilité ...

C’est essentiellement la visibilité. Les éditeurs ne rendent pas facile cette visibilité puisqu’ils travaillent par collections. Collection "moyen âge", "science fiction"...et que dans ces collections il n’y a pas de place pour l’Afrique.

Pourtant en Afrique comme ailleurs, il y a des histoires d’amour, des histoires policières etc et ce que nous aimerions, c’est que l’Afrique ne soit pas classée en tant que collection, mais incluse dans les catégories thématiques, et de ce côté-là, on a beaucoup de mal, malgré l’émergence d’« Aya de Yopougon. »

Concernant la frilosité des éditeurs, il y a aussi un phénomène qu’il faut noter : certains dessinateurs africains apprennent à dessiner en lisant des bandes dessinées comme « Blek Le roc », Zembla, Tex Willer, etc Donc ils dessinent de la même façon. Et se voient répondre par les éditeurs que leur style ressemble à celui de ces bandes dessinées, mais que l’original existe déjà. Il faudrait que ces dessinateurs africains se disent qu’ils doivent chercher leur propre style et essayer de l’imposer même si c’est difficile.

Concernant le style des membres de l’association, d’où vient-il ?

La plupart à la base sont des caricaturistes qui ont travaillé pour des journaux à Douala, Abidjan, Kinshasa etc donc pour la presse. Sachant que la caricature est différente de la bande dessinée. La BD vous raconte une histoire sur 20, 30,40, 50, 60 pages tandis que la caricature doit signaler un défaut ou une qualité sur un dessin. Une BD c’est en moyenne entre 400 et 1000 dessins.

Sur les dix membres, il y en a sept qu'à la base sont des caricaturistes, il y en a un seul qui est un pur produit de la bande dessinée.

 
 

Les BD de l’Asie ou de l’Inde sont classées comment ?

Les BD qui viennent d’Asie sont spécifiques car elles bénéficient de l’effet Manga. Dans les mangas il y a différents styles, ils sont sectorisés par rapport à un public. Chacun peut trouver son type de manga, les travailleurs, jeunes filles, retraités etc Grâce aux dessins animés japonais des années 80, le manga s’est imposé depuis quinze / vingt ans. Actuellement, la bande dessinée de la Corée s’est bien implantée, et celle de l’Inde suit le même chemin.

Les africaines dans le monde de la BD ?

On peut noter qu’il y a peu de femmes africaines qui dessinent. On en a eu une du Congo Kinshasa, qui dessinait, mais à un moment donné son mari a dit qu’il fallait qu’elle s’occupe de lui, de leur enfant etc il a détruit la carrière de sa femme. Et depuis à part en Afrique du Sud, il n’y a pas vraiment de dessinateurs de sexe féminin.

Il y en a une dans l’association actuellement...

Oui Fifi Mukuna qui est congolaise, mais c’est l’exception qui confirme la règle.


Organisez-vous quelques ateliers ?

Oui nous avons participé deux fois au Fescari au Cameroun, deux fois au cocobulles en Côte d’Ivoire ? On essaye de regrouper les dessinateurs pour qu’ils nous parlent de leurs problèmes et nous évoquons aussi les problèmes qu’on rencontre ici, pour leur faire savoir que s’exiler n’est pas forcément la bonne solution. La "galère" existe aussi ici, certes sous une forme différente, mais elle existe.

On découvre aussi dans ces regroupements, qu’il y a beaucoup de gens qui sont de bons dessinateurs même de bande dessinée, mais qui n’ont pas l’occasion de se frotter au public, il n’y a pas assez d’exposition, pas assez d’éditeurs, pas assez de pages dans les journaux en Afrique. C’est ce combat qui doit être mené en Afrique..Ici nous devons essayer d’ouvrir les portes chez les éditeurs.

Nous intervenons aussi dans des collèges en partenariat avec des associations comme "Citoyenneté Jeunesse 93" par rapport à des préocuppations ponctuelles. Par exemple, un professeur de français avait fait savoir que dans son collège les garçons et les filles se parlaient très mal. Il a demandé s’il était possible via une bande dessinée de leur amener à s’expliquer et communiquer entre eux, de sorte qu’ils puissent se voir à travers des personnages. On a pu intervenir dans un collège à la Courneuve, à Sevran et en général les jeunes étaient contents de ces expériences.

Ci-dessous, quelques planches réalisées par les membres de "l'Afrique dessinée".

Mail : lafriquedessinee@yahoo.fr




Kodjo l'immigré (planche de Faustin TITI)





Planche de Didier RANDRIAMANANTENA





Dessin de Didier RANDRIAMANANTENA





Disc Jockey (Dessin de Simon-Pierre MBUMBO)





Percussionnistes (Dessin de Simon Pierre-MBUMBO)





Etude de personnage de Fifi MUKUNA





Planche de Fifi MUKUNA





Planche de Adjim DANNGAR








       
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afrique   cameroun   cote d'ivoire   rdc   senegal   
 
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