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Jacques Bonjawo, MSN Program Manager chez Microsoft
22/04/2003
 

Découvrez le portrait de cet africain devenu grand manager chez Microsoft
 
Par Hervé Mbouguen
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Dans le second volet de l'interview, Jacques Bonjawo est interrogé sur l'Université Virtuelle Africaine, dont il est président du conseil d'administration. L'UVA dispense des cours à distance aux étudiants africains en utilisant les moyens les plus modernes (Internet, CD-Rom, Vidéo-conférence, ...).

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Pouvez-vous vous présenter à nos internautes ?
Jacques Bonjawo  
Jacques Bonjawo
 

Jacques Bonjawo, 42 ans. Né à Yaoundé. Comme nombre d’africains, je suis cosmopolite, pour ne pas dire membre de la diaspora, car je n’aime pas beaucoup ce mot, qui implique un exode involontaire. Je vis à Redmond, une banlieue de Seattle, avec ma femme Jamie et nos deux enfants. En marge de mon travail quotidien, mon centre d’intérêt primordial c’est naturellement l’Afrique. J'ai eu la chance de beaucoup voyager, en particulier en Afrique, soit sur invitation, soit en suscitant moi-même les occasions. J’espère pouvoir continuer à le faire longtemps encore, car dans le monde qui se dessine, il est important d’avoir une dimension universaliste, de comprendre et respecter des cultures autres que la sienne, si l’on veut appréhender les problèmes contemporains.

J’ai toujours essayé de me mettre au service de l’Afrique, où que je me trouve. J’estime que l'éducation est le fer de lance de notre jeunesse
Jacques Bonjawo


J’ai toujours essayé de me mettre au service de l’Afrique, où que je me trouve. J’estime que l'éducation est le fer de lance de notre jeunesse. C’est l’éducation qui pourrait permettre à nos peuples de s'épanouir pleinement et de vivre en harmonie avec nous mêmes, et avec le reste du monde. C’est dans cette optique que je contribue au développement de l’Université virtuelle africaine, dont la mission est précisement d’éduquer les africains grâce aux nouvelles technologies de l’information et des communications. Très bientôt, Internet - osons le dire - deviendra un instrument de libération des peuples.

Vous avez fait vos études en France, travaillé aux Pays-Bas avant d’opter pour les Etats-Unis et un MBA à l’Université George Washington.
 
 

Pouvez-vous nous donner votre vision de cette partie de votre parcours ? (France, Pays-Bas, Etats-Unis).
Pouvez nous également nous dire quelles difficultés vous avez rencontrées en arrivant dans ces différents pays ? Comment l’africain que vous êtes s’adapte t-il à ces cultures très différentes de la sienne ?


J’ai eu un parcours quelque peu atypique, en ce sens que, après un baccalauréat scientifique (on disait alors Bac C) et des années de prépa math sup/math spé à Paris, j’ai dû interrompre mes études pour un certain temps, en raison des difficultés familiales. En cette période de moindre dynamisme, d’incertitudes, de mélancolie et surtout de sollitude, j’ai appris à séparer du reste ce qui pouvait mener tout droit à l’action. C’est ainsi que j’ai décidé d’intégrer sur concours une école privé d’informatique, qui à la différence des écoles d’ingénieurs du microcosme, avait un programme très pratique, sinon pragmatique et tout à fait complet en informatique. L’informatique était alors une discipline toute nouvelle en Europe et avec un diplôme d’ingénieur informaticien on avait l’embarras du choix parmi les meilleures boîtes : Bull, IBM, Philips, etc... Ainsi, à la sortie de l’école, n’ayant aucune perspective d’emploi dans mon pays, j’ai opté pour Philips aux Pays-Bas, d’abord parce que j’avais une grande considération pour cette société décidément très dynamique, ensuite parce que je voulais améliorer mon anglais.

Des difficultés, oui j’en ai rencontrées pas mal, d’abord comme la plupart des étudiants africains résidant en Europe, c’était la précarité constante. Il fallait se lever à 4h du matin pour aller faire la queue – souvent dans le froid – pour son titre de séjour, il fallait donner les leçons particulières de maths pour gagner un peu d’argent, se battre pour trouver un logement décent, etc... ; d’autre part, mes parents ayant disparu alors que j’avais à peine 25 ans, il fallait, dans ces circonstances si difficiles pour moi, apprendre à vivre autrement.

Des difficultés, oui j'en ai rencontrées pas mal, d'abord comme la plupart des étudiants africains résidant en Europe, c'était la précarité constante
Jacques Bonjawo
Toujours est-il qu’après un séjour pourtant très mémorable chez Philips, sur un coup de tête, j'ai décidé de partir aux USA, histoire d’avoir une vie meilleure. Car, je commençais à avoir le sentiment que mon avenir serait compromis dans les boîtes européennes et que je ne ferai que du surplace, pas plus. C’est ainsi que je suis arrivé à Washington à la fin de l’automne 89. Moins d’un mois plus tard, je trouvais du travail comme cadre informaticien dans une compagnie de la place, laquelle offrait même de me faire mon titre de séjour. J’en étais heureux !


Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir l’informatique, et referiez-vous ce choix si c’était à refaire ?
 
 

Ce choix s’est facilement imposé à moi car cela correspondait à mon tempérament de ne pas être coupé de l’action, d’être pour les résultats facilement mesurables. Comme je l’ai dit, j’ai toujours voulu me mettre du côté de l’action . Les autres disciplines, telles qu’elles étaient enseignées, me semblaient trop théoriques. Il n’y a certes pas de science sans théorie, mais les théories pures livrent des conclusions souvent très éloignées de la réalité; or, j’ai toujours voulu comprendre et agir dans notre monde, qui n’est pas un monde abstrait. Et Dieu sait qu’on peut être brillant avec des diplômes tout en étant incapable d’être opérationnel.

L’Informatique était alors une science relativement nouvelle et très fascinante. Elle venait de prendre un pas décisif avec l’introduction sur le marché par IBM de l’ordinateur personnel (PC). Le PC permettait de faire des merveilles et connu donc un succès énorme. Des noms comme Bill Gates ou Steve Jobs n’étaient pas encore très connus en France mais nul ne doutait de ce qui se dessinait déjà à l’horizon, à savoir un changement radical dans la manière dont nous travaillons, et même dans la manière dont nous vivons ; et pourtant les grandes écoles et universités étaient encore très sous-équipées en matière de matériel informatique. Cela peut paraître étonnant aujourd’hui mais on en était là.

Referai-je le même choix ? Difficile à dire car le monde n’est jamais figé et les choses évoluent tellement vite
Jacques Bonjawo
Referai-je le même choix ? Difficile à dire car le monde n’est jamais figé et les choses évoluent tellement vite. Aujourd’hui je ne fais pas que de l’informatique (heureusement !) et l’ensemble de mes activités m’absorbent mais me passionnent. Toujours est-il que les principes qui m’ont guidé dans mon choix initial restent les mêmes.


Vous avez essentiellement travaillé pour des grands groupes, Philips, PriceWaterhouseCoopers et aujourd’hui Microsoft.
Quelques unes des sociétés pour lesquelles Jacques Bonjawo a travaillé  
Quelques unes des sociétés pour lesquelles Jacques Bonjawo a travaillé
 

Y a t-il une raison particulière à ce choix de grandes sociétés ?

Je n’ai pas travaillé que pour des grands groupes. En réalité, j’ai démarré à Washington dans une petite structure relativement stable qui s’appelait NALU. Mon chef était d’ailleurs un homme très brillant et un programmeur de talent, mais qui se méfiait justement des grosses boîtes dans lesquelles sévit une compétition très vigoureuse. Il avait refusé une offre d'IBM parce qu’il n’aimait pas le risque et se souvenait d’amis informaticiens talentueux qui étaient sans travail, après avoir été licenciés de ces groupes, parfois sur un coup de tête. Il voulait contrôler lui-même son agenda.

Pour ma part, ce qui m’a attiré par la suite dans les grands groupes était le désir du changement. Je voulais relever de nouveaux défis et avoir la possibilité de travailler sur des gros projets avec de gros moyens. Il y avait aussi, disons-le, la perspective de pouvoir côtoyer des personnalités qui comptent dans l’industrie.

Sinon, j’aime beaucoup les petites structures et je pense qu’elles ont à leur avantage une certaine souplesse en raison de leur taille. Mais les grands groupes que j’ai choisis étaient les moins rigides, tous structurés comme un ensemble de start up. Et il ne se fait aucun doute que Microsoft, malgré sa taille, est l’organisation la plus souple que j’aie jamais connue.

Que vous ont apporté ces grands groupes ?
Microsoft  
Microsoft
 

Microsoft m’a beaucoup apporté sur la capacité à conduire des projets complexes avec des échéances pratiquement impossibles à respecter. En dehors des méthodes solides de développement du logiciel, j’y ai appris beaucoup de choses, en particulier savoir bien m’organiser, gérer mon temps, éviter des meetings qui perdent du temps car on en a jamais assez ; éviter la paperasserie ou des volumineux rapports qui souvent sont des fourre-tout sans intérêt. Lorsqu’un problème se pose, savoir le définir exactement et éliminer tout ce qui est secondaire. Savoir travailler en équipe, et surtout détecter et recruter les meilleurs talents. La concision est la règle d’or. Je n'exagère nullement quand je dis que j'apprends quelque chose de nouveau tous les jours. Des réunions qui durent quinze minutes ou moins sont très fréquentes. Par exemple tous les six mois, il y a ce qu’on appelle « strategic review », une journée qui comprend entre autres une séance pendant laquelle chaque groupe a dix minutes pour présenter à Bill Gates et son état major le projet sur lequel il travaille !

Coopers & Lybrand  
Coopers & Lybrand
© www.asadsigns.com.au/
 

Coopers & Lybrand (NDLR: La société s'appelle aujourd'hui PriceWaterhouseCoopers) était une très bonne boîte, qui s’est encore améliorée après sa fusion avec Pricewaterhouse. J’était chef de projet informatique et ce qu’il y avait de nouveau c’est que je travaillais très souvent directement avec nos clients; j’avais aussi le contrôle de mon budget et mon agenda, et la totale liberté de recruter des contractuels pour m’aider dans mes projets. Je passais donc le plus clair de mon temps à rencontrer les clients, leur faire des propositions et rejoindre mon équipe pour les mettre en oeuvre. J’ai eu à réaliser des grands projets avec des clients divers, y compris le gouvernement fédéral américain dont le degré de gâchis et de bureaucratie m’a tout de même surpris.

 
© depannage.tv.free.fr  

Tout autre a été mon expérience de Philips, en Hollande; les ingénieurs étaient d’un bon niveau et créaient de bon produits mais l’on pouvait facilement se permettre de loisirs. Pratiquement tous les jours, il y avait toujours un pot d’adieu ou un gâteau d’anniversaire à déguster. Et tout le monde y était invité. C’était sympa mais cela impliquait en contrepartie qu’il fallait toujours interrompre ce que l’on faisait pour jouer le jeu. En plus, dès 17 h, il n’y avait presque plus personne au bureau.

Vous travaillez aujourd’hui chez Microsoft. Comment avez-vous rejoint la société?
 
 

J’étais senior associate chez PricewaterhouseCoopers et c’est à l’occasion d’une rencontre fortuite à Washington avec des cadres de Microsoft que j’ai été invité à son siège social de Redmond pour une série d’interviews. Au terme de ces entretiens, Microsoft m’a fait une offre, que j’ai acceptée, non sans avoir d’abord persuadé ma femme que c’était le bon choix, car elle exprimait - à juste titre - quelques inquiètudes quant aux implications de ce changement sur notre vie familiale: ma fille était toute bébé et je la voyais déjà à peine…

Je voulais travailler avec des gens qui, comme moi, se passionnaient pour ce qu’il faisaient, et n’étaient pas là simplement pour faire carrière.
J’estimais que mon intérêt n’était pas, comme il est de coutume dans ces milieux, de me vendre au plus offrant en matière de rémunération
Jacques Bonjawo
Au demeurant, ce qui m’a vraiment convaincu d’embarquer ma famille dans cette aventure nouvelle était surtout la culture d’entreprise de cette organisation. Elle est toute particulière. Pas de veste, pas de cravate. Presque tout le monde m’impressionnait et chacun paraissait avoir son style personnel; je n’arrivais pas à faire la distinction entre les managers et leurs subordonnées. Je voulais travailler avec des gens qui, comme moi, se passionnaient pour ce qu’il faisaient, et n’étaient pas là simplement pour faire carrière. J’avais d’ailleurs eu des offres parallèles très interessantes, dont une contre-offre très généreuse de PricewaterhouseCoopers. Mais, j’estimais que mon intérêt n’était pas, comme il est de coutume dans ces milieux, de me vendre au plus offrant en matière de rémunération.


Vous êtes maintenant « Program Manager » de la division MSN. Que recouvre cette appellation, et comment accède-t-on à un tel poste ?
Jacques Bonjawo est "Program Manager" de la division MSN  
Jacques Bonjawo est "Program Manager" de la division MSN
 

En particulier, quelles sont vos responsabilités opérationnelles concrètes et qu’attend de vous l’état-major de Microsoft ?

Être PM, comme on dit, c’est avoir des grandes responsabilités. Vous êtes essentiellement chargé de la réalisation d’un nombre de projets. Pour ce faire, vous devez travailler avec une équipe pour s’attaquer à ces projets et les mener à terme. L’un des aspects les plus importants de la tâche est la définition des spécifications techniques du projet dans un document. Ce n’est que vous qui pouvez le faire. Cela exige beaucoup de connaissances techniques, de clarté et de précision car le document en question devient le « cahier des charges ». Bien entendu, ce sont des projets avec des échéances à respecter scrupuleusement et c’est là le plus grand défi à relever.

Le PM est une espèce de chef d’orchestre qui sait motiver le groupe, qui comprend à la fois la technologie et le business et peut communiquer aisément. Pour le devenir, il faut en avoir le tempérament, et surtout l’ambition, et faire ses preuves. Cela dit, il y a de brillants ingénieurs qui ne veulent pas manager. Pour eux, il a été crée le titre de « distinguished engineer » dont le plus célèbre porteur est mon collègue Dave Cutler, le légendaire père de Windows NT.

Microsoft a la réputation d’être une société multiraciale. Cela est-il vrai, et comment se déroulent vos relations avec vos collègues ?

Oui, Micosoft est multiraciale. C’est cela d’ailleurs qui fait sa force; ce que nous ne recherchons pas, c'est que chacun se ressemble. Pour moi, la compétence principale de Microsoft est sans aucun doute le recrutement. La compagnie fait en amont un travail formidable dans ce domaine. Il y a rarement moins de sept interviews avant une offre. J’estime néanmoins qu’il n’y a pas assez de noirs au siège social mais c’est une situation qui s’améliore avec le temps. Les Indiens, quant à eux, forment la deuxième population après les Américains ! Les Européens sont les troisièmes. Il faut aussi dire que Microsoft aimerait voir un assouplissement des conditions permettant l'immigration de travailleurs étrangers.

Quant à mes rapports avec mes collègues, ils sont excellents dans l’ensemble. Comment serait-ce possible autrement, lorsqu’on travaille sur des projets volumineux et complexes, qui requièrent une coopération sans faille de tous. Ecrire de bons logiciels exige beaucoup de concentration et de collaboration.


Par rapport à vos précédentes expériences, diriez vous que Microsoft est une entreprise plus exigeante que la moyenne ?

Beaucoup plus. Microsoft, c’est la plongée dans l’action. C’est l’exécution. On se met à la tâche dès le premier jour et l’on est rapidement immergé. Il faut surtout savoir s’organiser, pour éviter un naufrage prématuré. J’ai souvent dit, lorsque l’on me demandait de résumer mon expérience à Microsoft, que je retenais trois formules pour définir la vie dans la firme de Redmond.

La première, empruntée à son co-fondateur Bill Gates, c’est « Microsoft pays its people to sit and think » (les salariés de Microsoft sont rémunérés pour s’asseoir et penser). Autrement dit, avoir la puissance intellectuelle (on dit « intellectual horsepower ») ne suffit pas. Encore faut-il renouveler sa pensée, sa réflexion et ses connaissances en permanence. Pas de confort de l’esprit. On s'attend à ce que vous apportiez une fraîcheur de pensée et une approche originale dans la résolution des problèmes.

Chez Microsoft il faut renouveler sa pensée, sa réflexion et ses connaissances en permanence. Pas de confort de l’esprit
Jacques Bonjawo
La deuxième, cela n’est un secret pour personne, c’est qu’il faut travailler très dur et accepter un effort prolongé, ce qui peut être très éprouvant physiquement.

La troisième, sans doute la plus importante et plus difficile, c’est qu’il faut produire les résultats, et ce dans les délais. Voilà tout. J’ai connu des compagnies où l’on pouvait « s’en sortir » avec une ou deux des trois formules.

En revanche, il y a à Microsoft une culture d’entreprise et une intensité de vie que je trouve très belles.

Microsoft c’est quelques noms prestigieux, comme Steve Ballmer, mais aussi et surtout Bill Gates son fondateur mythique. Quels rapports entretenez-vous avec les deux hommes ?
Steve Balmer  
Steve Balmer
© BBC
 

Steve et Bill ont prouvé que lorsque l’on a de la passion, de la persévérance et de la tenacité, on peut aller au-delà de l’imaginable. Malgré leur réussite légendaire, ils ont gardé le même amour pour le travail et continuent de s’évaluer périodiquement, et même de se remettre en cause comme tous les autres salariés de la firme. C’est presque inédit. Avec de tels hommes, il est évident que le rôle de l’entrepreneur, si cher à l’économiste Schumpeter, a pris une dimension toute particulière.

Bill, tout comme Steve, a toujours pratiqué ce qu’on appelle à Microsoft « open-door policy » (politique de la porte ouverte). Chaque employé peut le voir sans protocole, même s’il est vrai que dans la pratique les managers le voient plus fréquemment. Il n’y a pas de demande formelle d’audience. Un simple rendez-vous suffit. Il vient aussi de temps à autre spontanément vers les employés pour boire un café avec eux et s’enquérir de leurs nouvelles.


J’ai eu l’avantage, sinon la chance de travailler sur des projets qui lui étaient chers, donc de pouvoir compter sur son attention et soutien sans faille, que j’ai, je crois, su au mieux utiliser. Bien sûr cela m’a donné l’occasion d’examiner de près cet homme d’une capacité extraordinaire. Bill est un personnage d’une très grande complexité et, on l’a vu, qui a une capacité de rebond phénoménale dans les situations les plus difficiles. Sa pensée subtile et profonde, son intellect puissant et sa vaste culture (il lit énormément) lui ont permis d'occuper une place toute spéciale dans les cercles.

J’ai aussi eu l’occasion d’avoir des contacts plus informels avec lui à son domicile futuriste de Seattle, notamment lors du dîner annuel qu’il organise pour les jeunes stagiaires d’été avec leurs managers. L’idée est que son éclatante réussite servira d’exemple et suscitera une saine émulation parmi ces jeunes. Il se trouve que cela vaut aussi pour leurs managers !

Comment Jacques Bonjawo voit-il son futur ? Dans une grande multinationale ? A son propre compte ? En Afrique ?
Jacques Bonjawo est l'auteur de "Internet, une chance pour l'Afrique" qu'on trouve à la FNAC ou chez Amazon  
Jacques Bonjawo est l'auteur de "Internet, une chance pour l'Afrique" qu'on trouve à la FNAC ou chez Amazon
© http://www.karthala.com/
 

Je ne me suis jamais soucié de mon avenir personnel, je vous le dis tout net. Pour l’heure, je pense que c’est de l’avenir de l’Afrique que nous devons nous préoccuper. Comme vous le savez, j’ai publié un livre principalement à l’intention des jeunes africains afin qu’ils considèrent les NTIC et l’Internet comme une chance pour le développement de notre continent, qu’ils comprennent que la mondialisation - qui est injuste et inéquitable - est irreversible et qu’il nous appartenait de définir notre place dans ce mouvement inéluctable, au lieu de se contenter de s’y opposer. Cela commence par une prise de conscience des enjeux et une bonne éducation. Bien que ce livre m’ait pris plus de temps que je ne l’avais prévu, son succès a, à posteriori, justifié et recompensé mes efforts. Je continue d’ailleurs de le promouvoir quand je peux, notamment en donnant des conférences dont une plus récente à la Banque mondiale à Washington et une autre bientôt à Marrakech.

En marge de mes responsabilités déjà énormes à Microsoft, je travaille - sans rémunération - sur le projet d’Université virtuelle africaine qui est basée à Nairobi, et m’en trouve bien ; en tant que président du conseil d’administration de l’UVA, j’ai, avec d’autres, entrepris des efforts considérables, qui devraient porter des fruits très bientôt, je l’espère. En attendant, nous avons déjà plus de 25,000 étudiants dans 17 pays africains inscrits. Cela n’est pas mince, et me donne une certaine satisfaction. Mon espérance pour l’Afrique n’en est que plus vivace.

Mais, sur un plan strictement personnel, je n’ai toujours pas renoncé à mon rêve de jeunesse de rejoindre un groupe de Jazz un de ces jours...


Quel(s) conseils donneriez-vous à ceux désirant vous imiter ? En particulier comment evaluez-vous l'apport de votre MBA dans votre carrière?
Jacques Bonjawo, amateur d'hélicoptère à ses heures perdues  
Jacques Bonjawo, amateur d'hélicoptère à ses heures perdues
© http://www.dcbmbaa.org
 

Le MBA en finance m’a été très utile, tant par son contenu que par le fait qu’il faisait de moi un « interlocuteur valable » dans mes relations avec les clients. Je l’avais fait à temps partiel après avoir exercé ma profession pendant cinq ans, et mon campus se trouvait à un pas de mon bureau, ce qui a vraiment facilité les choses. J’ai beaucoup aimé le programme car je le trouvais très pragmatique ; Il m’a donné l’occasion d’approfondir mes connaissances en Finance, en Comptabilité, mais surtout en Investissements dans les marchés financiers. J’ai aussi pu maîtriser les notions d’économie tout en évitant des constructions fatasmagoriques ; étudier beaucoup d’auteurs classiques, dont Schumpeter - qui n’avait jamais été un pur économiste en chambre - dont l’approche m’a beaucoup marqué. En dehors de sa théorie de la « destruction créatrice », j’ai surtout retenu l’importance qu’il accorde au rôle de l’entrepreneur, qui ne doit pas se contenter seulement de gérer, mais doit aussi innover...Aujourd’hui, on voit bien que c’est l’innovation qui dessine le monde de demain.

Quant aux conseils, il serait un peu présomptueux de ma part de vouloir en donner, même s’il est vrai que j’en serai un peu tenté ; s’il y a des jeunes qui veulent m’imiter, je souhaite qu’ils fassent plutôt mieux que moi; car les jeunes de moins de 30 ans aujourd’hui font partie de ce que Bill Gates appelle de tous ses voeux la génération Internet. Ils ont accès beaucoup plus tôt à l’ordinateur et l’information que nous ne l’avions à notre époque. Le seul problème c’est de pouvoir trier l’info. C’est un défi pour tout le monde. Je me permettrai néanmoins de dire qu’au delà de la technologie, il est important d’être un homme de dialogue, un homme ouvert, un pragmatique plutôt qu’un dogmatique. Et que ce qui compte avant tout, c’est la liberté de l’esprit. J’ai toujours été un esprit libre ; cela m’a parfois amené à prendre des positions peu orthodoxes, mais qui m’ont paru pleines de bon sens. Je ne me suis jamais renié, même si cela se paie !

Du reste, je dirai qu’il n’y a pas de recette miracle pour réussir. Chaque fois que je me retourne sur mon parcours mouvementé, s’il y a un indice qui me frappe toujours, c’est que j’ai très souvent réussi a forcer ma paresse...

Comment vous contacter ?

M. Bonjawo nous a laissé son e-mail, mais envoyez vos courriers à redaction@grioo.com qui transmettra.






Dans le second volet de l'interview, Jacques Bonjawo est interrogé sur l'Université Virtuelle Africaine, dont il est le président du conseil d'administration, qui dispense des cours à distance en utilisant les moyens les plus modernes (Internet, CD-Rom, Vidéo-conférence, ...), pour dispenser des cours aux étudiants africains.

Les remerciements de l'équipe grioo.com vont à Thierry Babou pour avoir rendu possible cette interview.

       
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diaspora africaine   jacques bonjawo   
 
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