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Leonora Miano : l'Afrique a besoin d'entendre un discours de responsabilité, même si cela déplaît
23/05/2006 |
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Salué par la critique, "L'intérieur de la nuit" est paru en 2005. Leonora Miano, son auteur, a répondu à nos questions  |
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Par
Paul Yange |
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"L'intérieur de la nuit" de Leonora Miano
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Votre premier roman "L'intérieur de la nuit" a été publié en septembre 2005. Comment vous est venue l'idée d'écrire un tel roman que d'aucuns ont qualifié de "terrifiant", "sombre", "pessimiste"...?
L'intérieur de la nuit a été publié en août 2005. Sa rédaction a été inspirée par un reportage sur les enfants de la guerre au Libéria, dans lequel un des interrogés racontait qu'une milice avait tué son frère et forcé la population à le manger. Le texte recrée cette nuit, à sa façon. Quant aux qualificatitfs que vous mentionnez, ne peut-on les appliquer à la vie elle-même?
Ayane, un des personnages principaux du livre, qui se pose des questions sur la scène dont elle a été le témoin dans son village (sacrifice humain avec cannibalisme) a longtemps vécu à l'étranger. Est ce le fait d'avoir vécu à l'étranger qui lui donne une vision différente de la plupart des villageois ?
Non, le fait qu'Ayané ait vécu ailleurs ne lui donne pas une plus grande acuité d'esprit qu'aux autres. ses jugements sont hâtifs, faciles. Je m'étonne qu'on la retienne comme la voix de la raison. Si sa vision est différente, c'est avant tout parce qu'elle a une autre sensibilité, ayant été élevée par des parents marginaux.
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Votre roman a reçu un excellent accueil en France, mais beaucoup ont retenu essentiellement le thème du cannibalisme. Est ce qu'en choisissant ce thème comme l'un des points principaux de votre roman, vous ne contribuez pas à alimenter même sans le vouloir les vieux clichés sur l'Afrique cannibale, barbare, sur l'étrangeté de la culture africaine "inférieure" à la culture occidentale ?
Je n'ai pas choisi le thème du cannibalisme. Il y a une scène de cannibalisme dans le texte, et ce n'est pas la même chose. Par ailleurs, je n'innove pas en la matière. Quant à l'image de l'Afrique que cela peut donner, je ne me suis pas posé la question. Toute vérité romanesque est partiale, partielle, parcellaire. Si on veut connaître l'Afrique, il faut y aller. Elle n'est pas dans les livres.
Votre roman est de portée universelle, mais au fond, n'adressez-vous pas, sans prendre de gants un message spécifique aux africains en leur disant qu'il faut qu'ils prennent leur responsabilité, qu'ils deviennent acteurs de leur propre destin et se débarassent d'une partie de leur culture qui les handicape ?
Oui, je crois que l'Afrique a besoin d'entendre un discours de responsabilité, même si cela déplaît. Il n'y a qu'en acceptant d'être responsable des choses, qu'on peut prendre des initiatives. Et oui, il faut accepter de chasser les ombres, peu importe qu'elles nous viennent de loin. Tout n'est pas utile dans nos usages. |

Pourquoi, à la fin du livre, faire pointer par un de vos personnages la responsabilité des africains concernant la traite négrière ?
Pour mettre ce trafic ancien en parallèle avec ceux qui ont cours aujourd'hui. Ils aboutissent tous à nous priver de nos forces, et cela, par notre propre faute. Des gamins sont razziés dans les villages comme d'autres le furent jadis, et si ce n'est pas à l'extérieur qu'ils sont vendus, leur destin (et le nôtre) est tout de
même entravé.
Avez-vous eu des réactions de lecteurs africains (résidant en Afrique ou en dehors d'Afrique) au sujet de votre livre ?
Oui, des réactions diverses. On m'a insultée. On m'a remerciée. De nombreuses personnes me traitent de vendue. D'autres me trouvent courageuse. Cette diversité me sied. Je n'aurais pas aimé faire consensus. |

Vous préparez actuellement un prochain livre. Peut-on savoir de quoi il traitera ?
Il sera encore dans une veine africaine, et interrogera encore la conscience de soi de l'Afrique contemporaine, mais sur un mode moins réaliste. |
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