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Regards croisés : Chinua Achebe, V.S Naipaul
28/03/2004
 

Analyse de la trajectoire de deux grands écrivains originaires du tiers-monde, mais pas perçus de la même manière...
 
Par Paul Yange
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Chinua Achebe  
Chinua Achebe
 

Chinua Achebe / VS Naipaul

L'écrivain trinidadien d'origine indienne Vidiadhar Surajprasad Naipaul est entré dans l'histoire de la littérature en 2001 en obtenant le prix Nobel. Citoyen britannique né à Trinidad et d'ascendance indienne, Naipaul est plus connu que le nigérian Chinua Achebe, l'auteur du roman africain le plus vendu de l'histoire "Things fall apart". En terme de talent littéraire, Achebe peut être considéré comme l'équivalent de Naipaul. Pourtant leur notoriété n'est pas équivalente.

Achebe et Naipaul ont a peu près le même âge : 74 ans en 2004 pour Achebe, 72 ans cette année pour Naipaul. Tous deux ont commencé à écrire dans des territoires qui étaient des colonies britanniques à l’époque : au Nigeria pour Achebe, à Trinidad dans les Caraïbes pour VS Naipaul. Tous les deux, écrivant en anglais, ont connu un succès fulgurant. Achebe avec son fameux livre "Le Monde s’effondre" , qui était aussi son premier et qui date de 1958 et dans lequel il décrit et analyse la réaction d’un village nigérian face au colonialisme. "Le Monde s’effondre" est à ce jour le roman africain le plus vendu de l’histoire (plus d’une dizaine de millions d’exemplaires écoulés). Le livre de Naipaul "A house for Mr Biswas" (Une maison pour Mr Biswas), considéré comme son chef d’œuvre, dans lequel il jette un regard sur ses ancêtres déportés du continent indien pour venir travailler dans les champs de canne...ne connut pas immédiatement le fulgurant succès du premier livre d'Achebe, mais sa subtilité, son humour et le talent de son auteur en ont fait un chef d'œuvre unanimement reconnu par la suite.

Naipaul est l’exemple type de l’écrivain talentueux qui a vendu son âme à l’Occident. Un jour il sera récompensé par le prix Nobel ou quelque chose du genre
Chinua Achebe en 1985


On aurait pu prédire à l’orée des années 60 un destin similaire pour les deux hommes : une grande popularité dans le Tiers Monde et une reconnaissance à l’ouest. Les deux hommes étaient programmés pour devenir des témoins, des observateurs privilégiés de leurs régions d’origine qui sortaient du joug colonial, et connaissaient une période d’euphorie avant d’être confrontés à des problèmes sociaux, politiques et à des difficultés économiques. Si Chinua Achebe a grandement rempli cette attente, puisqu’il est un des grands témoins de son temps et de son continent d’origine, l’Afrique (Prononcez le nom d’Okonkwo, le héros fier au destin tragique de "Things fall apart" du Libéria au Kenya en passant par l'Afrique du Sud et toute personne ayant été au lycée verra de qui il s’agit). Paradoxalement cependant, en Occident, en dehors de spécialistes des études africaines, Chinua Achebe est un quasi-inconnu. Les deux hommes sont des génies de la littérature, et pourtant leurs trajectoires sont assez différentes. On peut même affirmer sans grand risque de se tromper que VS Naipaul est bien plus connu qu’Achebe qu’en occident. D’où vient donc cette différence médiatique ?

Naipaul comme Achébé est un témoin de son temps. Mais à la différence d’Achebe, il a adopté le comportement du "voyageur de l’Angleterre victorienne", arrogant et méprisant, célébré en Occident : selon les critiques, il présenterait dans ses livres, des vérités certes difficile à dire, mais nécessaires. Des extraits de ses livres de voyage ont été présentés dans tous les journaux occidentaux qui comptent. Dans ses livres de fiction, façonnés avec plus soin, son talent, indéniable, reste évident, mais une certaine misanthropie apparaît (humeur maussade, hostilité, envie d’être solitaire), particulièrement dans ceux donc l'action se situe en Afrique : comme dans "In a Free State" (1971) et "A Bend in the River" (1979).
Dans "In a free state", les personnages africains n'ont pas de nom, sont stupides et menaçants, parlent avec des grognements et "sentent mauvais" (pour utiliser un euphémisme) comme "de la végétation pourrie". Le mépris affiché par Naipaul ne l’a pas empêché d'être "canonisé" en Occident, mais inutile de dire que dans le Tiers Monde, on reste plus que circonspect vis à vis du personnage, malgré son talent.

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V.S.Naipaul, prix Nobel de littérature 2001  
V.S.Naipaul, prix Nobel de littérature 2001
 

Dans "Home and Exile", Achebe a des mots durs pour Naipaul, citant un des passages abusifs et caractéristiques du prix Nobel de littérature 2001 qu’il qualifie de "parfaitement scandaleux" et "d'imbécilités pompeuses". Achebe a d'ailleurs un but dans certaines de ses œuvres : montrer que l'Occident continue de vouloir voir l'Afrique comme un continent sombre, empreint de négativité et déshumanisant.

Il décrit dans "Home and Exile" un épisode qui a contribué à faire de lui un écrivain : étudiant à l’université d’Ibadan, son professeur de l'époque avais mis au programme "Mister Johnson", un roman écrit par l'anglo-irlandais Joyce Cary, un roman dont l'action se déroulait au Nigeria et qui passait en 1952 pour le "meilleur roman jamais écrit sur l'Afrique". Le professeur trouvait le personnage principal "drôle et coloré" alors qu'Achebe et ses camarades le trouvaient tout simplement idiot. Achebe ajoute même que sous la tolérance apparente du roman de Cary, perçaient "de la moquerie, du dégoût qui empoisonnaient progressivement son roman".

Pourquoi faudrait-il toujours dire du bien du monde dans lequel on vit, surtout s'il s'agit du tiers monde? Demanderait-on à un écrivain américain de toujours dire du bien de l'Amérique, à un écrivain allemand de toujours louer l'Allemagne? Ce serait stupide
VS Naipaul, 2001


Achebe s'est également attaqué à "au cœur des ténèbres", de Joseph Conrad, un classique de la littérature sur l'Afrique (le travail de Naipaul sur l'Afrique a parfois été jugé "conradien"). Selon Achebe, les professeurs des lycées des Etats-Unis où ce roman est toujours au programme doivent certainement être embarrassés par les allusions répétées de Conrad à l'Afrique comme un endroit où règne une " frénésie (délire) noire et incompréhensible", habitée par des "esprits rudimentaires" qui "bafouillent de façon grossière" au lieu de parler.


Derek Walcott, prix Nobel de littérature en 1992, a plus d'une fois critiqué son compatriote Naipaul  
Derek Walcott, prix Nobel de littérature en 1992, a plus d'une fois critiqué son compatriote Naipaul
 

Ils justifient ce passage en expliquant que l'Afrique est surtout le lieu de l'action, l’endroit où Kurtz l'européen se dissout et perd son humanité. C’est lui qui serait le véritable méchant du livre. Pour Achebe, cette excuse n’est pas bonne. Il ne nie pas les talents de Conrad, mais il critique fermement celui-ci car il "élimine l'africain en tant que facteur humain". Achebe ajoute : "Personne ne voit-il pas à quel point il est saugrenu de réduire l'Afrique à un arrière plan dans lequel un mesquin petit esprit européen vient se dissoudre ?" La vraie question concerne même en réalité la déshumanisation de l'Afrique, une attitude ancienne qui a toujours cours. La question est de savoir si un roman qui célèbre la déshumanisation d'une partie de la race humaine peut être appelé grande œuvre d’art. Ma réponse est non."

Pour Achebe, les occidentaux ont développé à propos de l’Afrique,continent à la fois proche et lointain, une série de mythes et de stéréotypes. En comparant sa civilisation à celle de l’Afrique, l’Occident trouve en quelque sorte un moyen de se rassurer.

Pourtant, bien que très critique à l’égard de l’Occident, Achebe est parfaitement lucide vis à vis de son continent d’origine : dans "A man of the people" (1966), il montre comment l’avidité et le tribalisme ont miné la démocratie en Afrique dans les années d’après indépendance, préparant le terrain pour les futurs coups d’Etat. Dans les "termitières de la savane" (1987), Achebe raconte l'histoire d'un dictateur qui fait supprimer les reportages mentionnant l’existence de la famine dans son pays et ordonne la mort d'un éditorialiste courageux qui avait autrefois été (au lycée) son camarade et son ami...Dans le livre d’Achebe, "son excellence" (c'est à dire le dictateur) n'est pas un clown, ni un maniaque, mais un homme charismatique qui a connu la réussite. Il est pourtant subtilement, mais inexorablement corrompu par le pouvoir et la peur de le perdre.

Tu craches sur ton peuple / ton peuple applaudit / tes ex-oppresseurs chantent tes louanges / les couronnes qui ornent ton front réprésentent du mépris / déguisé en inquiétude
"At Last", Sea Grapes, 1976. Poème de Derek Walcott sur VS Naipaul


Achebe et Naipaul semblent décrirent une Afrique en proie à de graves difficultés, mais leurs divergences proviennent du fait que pour Achebe (et d’autres écrivains africains de sa génération), il existe un fil qui le relie au continent qui l’a vu naître. Malgré parfois de graves moments de déception quand il est confronté à ce qui se passe sur le continent, l’écrivain reste conscient qu’il est fait du même sang et de la même chair, de la même humanité, que les habitants de l’Afrique.

Achebe ne demande pas à l’Occident de vénérer l'Afrique comme une source de sagesse tribale supérieure. Il demande simplement de regarder l'Afrique comme un continent de personnes, qui ne sont pas des anges, mais qui ne sont pas non plus des esprits rudimentaires. Pour Achebe il y a en Afrique des personnes parfois très talentueuses dans leurs domaines et qui connaissent souvent des succès remarquables dans ce qu'ils entreprennent dans la vie et dans la société.

En ce qui concerne Naipaul, son confrère écrivain, originaire de Trinidad, Derek Walcott, l'a plusieurs fois critiqué. Walcott a reçu le prix Nobel de littérature en 1992. Il s'est réjoui du fait qu'un écrivain originaire de Trinidad comme Naipaul obtienne le prix Nobel. Mais a aussi parlé de Naipaul dans un de ses poèmes (de 1976)comme "quelqu'un qui crachait sur son peuple". Il déclarait aussi : si Naipaul écrivait sur les Juifs ce qu'il écrit sur les africains, le louerait-on pour sa franchise ?










       
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Mots-clés
chinua achebe   littérature afro caribéenne   nigeria   vs naipaul   
 
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